Tibériade

ville israélienne en Galilée

Tibériade [en hébreu טבריה (Tverya), en arabe طبرية (Tabarīya), en latin Tiberias, en grec ancien Τιβεριάς (Tiberias), est la capitale de la Galilée, dans le nord d'Israël.

Tibériade
(he) טבריה
Blason de Tibériade
Héraldique
Tibériade
Vue de Tibériade.
Administration
Pays Drapeau d’Israël Israël
District District nord
Maire Ron Cobi (en)
Démographie
Population 44 234 hab. (2018[1])
Densité 4 145 hab./km2
Géographie
Coordonnées 32° 47′ 20″ nord, 35° 31′ 20″ est
Superficie 1 067,1 ha = 10,671 km2
Localisation
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Tibériade
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Tibériade
Liens
Site web http://www.tiberias.muni.il

C'est une ville historique et touristique, une des quatre villes sacrées pour les juifs (avec Jérusalem, Hébron et Safed)[2]. Ville mixte arabe et juive en 1948, sa population arabe est expulsée en 1948 et la Vieille Ville détruite en 1948-1949.

La cité antique est située dans la partie sud de l'agglomération d'aujourd'hui.

Géographie

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Bâtie sur la rive ouest du lac de Tibériade, la ville est aujourd'hui une station balnéaire forte de 40 000 habitants, réputée pour ses sources chaudes et à effets thérapeutiques, où il pleut moins de 50 jours par an et où la température est en moyenne de 20° C en hiver.

Histoire

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Construite vers 26 apr. J.-C. par Hérode Antipas, un fils d'Hérode le Grand, la ville doit son nom à l'empereur Tibère. Ville païenne, Tibériade est fréquentée par les Romains qui viennent y prendre les eaux aux sources thermales chaudes aux propriétés curatives.

Après la destruction du Temple de Jérusalem, le foyer de la vie spirituelle juive se transporte vers le nord et Tibériade devient la capitale d'Israël[réf. nécessaire] et le centre des études rabbiniques. La ville est aussi un ancien évêché. Elle est mentionnée dans le Nouveau testament, notamment dans l'Évangile selon Jean 6:23[réf. nécessaire].

La ville est prospère jusqu'au XIe siècle, puis pâlit à l'époque des croisés.

Rabbi Akiva, rabbin martyr au nom de la Torah, ayant vécu au Ier siècle, est l'un des grands sages reposant à Tibériade[3]. Le rabbin Moïse Maïmonide y est également enterré, au côté de son père Maïmon ben Yossef HaDayan. Les traditions talmudiques assignent à Tibériade et à Safed une sainteté qui rivalise avec celle de Jérusalem. Selon elles, le Messie sortira du lac de Génézareth, à Tibériade, et établira le siège de son empire à Safed.[réf. nécessaire]

Empire ottoman

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Tibériade est ensuite remise aux Juifs, à Joseph Nassi, duc de Naxos, et doña Gracia Nasi, par Soliman le Magnifique. Après la mort de Joseph Nassi en 1579, le marrane Alvaro Mendes, redevenu en 1585 à Istanbul Salomon ben Yaïsh, obtient cette concession avec le titre de duc de Mytilène, et tente de la faire vivre avec l'aide de l'Angleterre, mais la ville décline jusqu'au XVIIIe siècle[4].

Famille juive à Tibériade (1893).

En 1886, la ville compte 3 500 habitants selon Pierre Auguste Raboisson, « dont 2 500 Juifs, venus un peu de partout, mais principalement du nord de l'Afrique, de l'Espagne et de la Russie »[5]. Dix ans plus tard, la ville est décrite comme n'occupant que le cinquième de son ancienne enceinte ; « elle compte de 4 à 5 000 habitants dont les deux-tiers ou les trois-cinquièmes sont juifs. Les musulmans ont une mosquée assez pittoresque. Quant aux chrétiens, ils sont en majorité grecs ; il y a pourtant aussi des latins, et une mission protestante relevant de l'Eglise libre d'Écosse avec un hôpital »[6].

Mandat britannique

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La ville était réputée pour ses vieux quartiers, ses murailles arabes et sa citadelle. La plupart des Juifs vivaient du tourisme. La ville est touchée par une inondation le 14 mai 1934[7].

Le , pendant la grande révolte arabe (1936-1939), a lieu le massacre de Tibériade par des Arabes s'opposant aux mandataires britanniques et à l'immigration juive, qui tuent 19 habitants juifs et incendient maisons et synagogue. Les représailles des Special Night Squads font 64 morts Arabes les jours suivants.

En 1948, 440 maisons de la Vieille Ville avec 1150 chambres appartenaient à des Juifs et 260 maisons avec 1060 chambres à des Arabes[7].

Guerre de 1948 et destruction de la Vieille Ville

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Démolitions à Tibériade, avril 1948.

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Tibériade est attribué à l’État arabe[8]. Le Yishouv s'empare de la ville sans réelle bataille[7].

Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, Tibériade est la première ville qui connaît un exode de sa population arabe. Il y avait alors 6000 Juifs et 5000 Arabes qui vivaient à Tibériade[9], les Juifs étant majoritairement mizrahis (Juifs Orientaux établis depuis longtemps et non-sionistes)[2]. L'expulsion des Arabes de la ville est préparée dès février 1948 entre les responsables sionistes de Tibériade et la Haganah. Le plan Daleth attribuait la conquête de Tibériade à la brigade Golani et prévoyait l'expulsion des faubourgs arabes vers la Vieille Ville en cas de résistance[10]. Un incident survient le 8 mars entre les 2 communautés : un échange de coups de feu fait une vingtaine de blessés (Juifs et Arabes). Immédiatement, les dirigeants concluent un accord de cessez-le-feu connu comme l'accord de Tibériade. Néanmoins, la Haganah décide d'évacuer 145 familles juives de la Vieille Ville, et laisse un peloton avec celles qui n'ont pas voulu quitter leurs foyers[11]. Un nouvel incident a lieu le 8 avril : la communauté arabe propose dès le lendemain le renouvellement de l'accord de non-agression conclu préalablement. La proposition est rejetée par le comité des habitants juifs[12]. Les nouvelles des massacre de Deir Yassin et de Khirbat Nasr al-Din sèment la panique dans la population arabe. De plus, l’armée de libération arabe n’avait pas pu faire entrer plus de 30 volontaires dans la ville. La Haganah entame une campagne de terreur, le , en faisant rouler des barils d’explosifs dans les rues des quartiers arabes et en diffusant des sons sinistres par hauts-parleurs pour épouvanter les Arabes. Les Britanniques, chargés de maintenir l’ordre, ne réagissent pas, mais proposent aux Arabes de les protéger, avant de les pousser à la négociation sur les modalités de l’évacuation. Celle-ci est accélérée par l’envoi de 30 camions par le roi Abdallah de Jordanie pour transporter femmes et enfants[9]. Le 17 avril, les Arabes demandent de l'aide aux Britanniques[13]. Un deuxième convoi d'évacuation de 20 bus fournis par les Britanniques est également mentionné. Le gouverneur britannique impose un couvre-feu à partir de 14 heures le jour de l'expulsion[2]. Le , Tibériade n’a plus de population arabe. Le pillage des biens arabes commence immédiatement. Le 3 mai, un comité est formé pour distribuer les biens arabes, dont font partie Yosef Nahmani du Fonds national juif et le maire, Shimon Dahan. Sur les 530 dounams de propriétés arabes, 115 sont attribués au Palestine Jewish Colonisation Association (en) (Association de colonisation juive de la Palestine), 80 dounams au Fonds national juif et le reste au Gardien de la propriété des absents[14]. Une large part de l'historiographie, notamment israélienne, considère que le départ des habitants arabes de la ville était volontaire ou dénie toute responsabilité à Israël[2].

La destruction de la ville est décidée dès le 11 juin pour rendre impossible tout retour des réfugiés palestiniens. Le retour des habitants juifs est aussi empêché[15]. La municipalité prend argument de la vétusté de certains bâtiments pour défendre le projet de destruction. La plupart des bâtiments avaient été rénovés après les inondations de 1934[16]. L‘armée israélienne se charge d'expulser la vieille ville (Juifs et Arabes ensemble) pour détruire de nombreuses maisons et refaçonner la ville[17]. La première vague de destructions importantes a lieu en juillet et août 1948, l'armée invoquant des « raisons sécurité ». La destruction s'achève en janvier 1949[16]. Les ingénieurs de la municipalité coopèrent au processus[18] ; les synagogues, mosquées, églises et bâtiments pouvant convenir au logement sont épargnés[19]. Le coût des explosifs nécessaires s'élevait à 25 000 livres palestiniennes[19]. De nombreuses maisons sont détruites par des incendies, sans que les responsables soient identifiés[20]. Les rues tortueuses sont remplacées par de larges avenues. Les Juifs qui ont été expulsés se voient offrir de nouvelles maisons, à la différence des Arabes, qui deviennent des réfugiés palestiniens[17].

La superficie habitable des bâtiments démolis était de 74 000 m2. volume des débris était de 142 000 m3[21]

Période israélienne

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Vue aérienne de Tibériade.

Moshe Weiss, ancien maire-adjoint et chef du comité de sécurité en 1948, devient maire de la ville à la mort de Dahan en juin 1951. Il hébraïse son nom en Sahar[19].

Un comité interministériel est nommé en 1950 pour gérer les conséquences de la destruction de la Vieille Ville et faire des propositions de développement[22]. Les propriétaires juifs sont indemnisés en 1958[23]. En 1956, les décombres n'avaient toujours pas été évacués[24]. Pour Abbasi, la décision de la destruction de la Vieille Ville est le fait de Juifs Ashkénazes ; cette destruction et le peu de cas qu'ils font de l'indemnisation des habitants, pourtant juifs mais orientaux, informe sur le mépris des sionistes ashkénazes envers le monde oriental[25]. Contrairement au reste d'Israël, l'enquête d'indemnisation des propriétés détruites a aussi listé les biens arabes détruits et leurs propriétaires[26].

Au XXIe siècle, Tibériade est un important centre touristique avec sa vieille ville et ses remparts, outre sa proximité avec le lac de Tibériade, et de son caractère sacré pour le judaïsme et le christianisme. Son voisin immédiat au sud, Hammat Tiberias, qui fait maintenant partie de la Tibériade moderne, est connu pour ses sources chaudes censées guérir la peau et d'autres maladies, depuis environ deux mille ans[27].

Tibériade a consolidé sa position comme l’un des principaux centres touristiques du nord du pays. Sa situation sur les rives du lac de Tibériade, également appelé mer de Galilée, en fait une destination prisée aussi bien pour le tourisme religieux que pour les activités de loisirs. Les visiteurs sont attirés par les plages, les promenades aménagées le long du lac ainsi que par les possibilités de navigation et de sports nautiques.

La ville occupe également une place importante dans le patrimoine religieux juif. Considérée comme l’une des quatre villes saintes du judaïsme avec Jérusalem, Hébron et Safed, elle abrite plusieurs sites de pèlerinage, dont les tombes traditionnellement attribuées à Maïmonide, à Rabbi Akiva et à Rabbi Yohanan ben Zakkaï. Ces lieux attirent chaque année de nombreux visiteurs venus d’Israël et de l’étranger. Tibériade est également associée à l’histoire du Talmud de Jérusalem et à plusieurs centres d’études rabbiniques qui ont joué un rôle majeur dans le développement du judaïsme après l’Antiquité.

Le tourisme chrétien constitue également une composante importante de l’économie locale. La proximité de Capharnaüm, du mont des Béatitudes, de Tabgha et d’autres sites liés au ministère de Jésus en Galilée attire de nombreux pèlerins chrétiens. La ville sert ainsi souvent de point de départ pour la découverte des principaux lieux saints de la région.

Parallèlement à son développement touristique, Tibériade s’est affirmée comme un centre régional de commerce, de services et d’hôtellerie. Les investissements réalisés dans les infrastructures touristiques, les hôtels, les promenades et les équipements de loisirs ont contribué à renforcer son rôle économique dans la région de la Galilée. Aujourd’hui, la ville demeure l’une des destinations touristiques les plus fréquentées du nord d’Israël.

Démographie

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Redbelly tilapia (Tilapia zillii; « Poisson de Saint-Pierre ») servi dans un restaurant de Tiberias/Tibériade.

Selon le Bureau central des statistiques (CBS), en , 41 700 habitants vivaient à Tibériade. Selon CBS, en , la ville était classée 5 sur 10 sur l’échelle socio-économique. Le salaire mensuel moyen d’un employé pour l’année 2009 était de 4 845 NIS.

Presque toute la population est juive à l’époque moderne. Parmi les Juifs, beaucoup sont Mizrahim et Sépharades.

Population de Tibériade
19222 543
19313 220
194611 810
19485 500
195516 800
196120 800
197223 700
198328 200
199535 700
200540 000
201041 300
201542 600

Jumelages

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Notes et références

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  1. (he) 44,234 - (2018) תושבים מספר [PDF], odata.org.il, p. 3.
  2. 1 2 3 4 Mustafa Abbasi, « The War on the Mixed Cities: The Depopulation of Arab Tiberias and the Destruction of its Old, 'Sacred' City (1948-9) », Journal of Holy Land and Palestine Studies, 2008, no 7-1, p. 45-80, doi.10.3366/E1474947508000061.
  3. « Lieux Saints d’Israël - Le Tombeau de Rabbi Akiva », sur Torah-Box (consulté le ).
  4. L'expulsion des Juifs de Provence et de l'Europe méditerranéenne (XVe-XVIe siècles): exils et conversions, Peeters Publishers, (ISBN 978-90-429-1634-0, lire en ligne)
  5. Pierre Auguste Raboisson, En Orient; récits et notes d'un voyage en Palestine et en Syrie par l'Égypte et le Sinaï, 2de partie, Paris : Librairie catholique de l'oeuvre de Saint-Paul, 1886, p. 275 (lire en ligne).
  6. Lucien Gautier, « Le Lac de Tibériade », Le Globe. Revue genevoise de géographie, vol. 41, no 1, , p. 141 (DOI 10.3406/globe.1902.4816, lire en ligne, consulté le )
  7. 1 2 3 Abbasi, 2008, p. 53.
  8. Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
  9. 1 2 Illan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. (ISBN 978-221363396-1). Version électronique, p. 127.
  10. Abbasi, 2008, p. 49, 51.
  11. Abbasi, 2008, p. 51.
  12. Abbasi, 2008, p. 48.
  13. Nahum Av, The Struggle for Tiberias:The first to be Liberatex in the War of Independance, Tel Aviv : Ministère de la Défense d'Israël, 1991, cité par Abbasi.
  14. Abbasi, 2008, p. 50-51.
  15. Abbasi, 2008, p. 51 et 55.
  16. 1 2 Abbasi, 2008, p. 54.
  17. 1 2 Ariella Aïsha Azoulay, « Architecture of Destruction, Dispossession, and Appropriation », Scapegoat, été-automne 2013, no 5, p. 156-157.
  18. Abbasi, 2008, p. 55.
  19. 1 2 3 Abbasi, 2008, p. 56.
  20. Abbasi, 2008, p. 58-59.
  21. Abbasi, 2008, p. 60-61.
  22. Abbasi, 2008, p. 65-66.
  23. Abbasi, 2008, p. 71.
  24. Abbasi, 2008, p. 75.
  25. Abbasi, 2008, p. 78-79.
  26. Abbasi, 2008, p. 80.
  27. (en) Patricia Erfurt-Cooper et Malcolm Cooper, Health and Wellness Tourism: Spas and Hot Springs, Channel View Publications, (ISBN 978-1-84541-363-7, lire en ligne)

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Jean De Fraine, Nouvel atlas historique et culturel de la Bible, Paris, 1961.

Articles connexes

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Liens externes

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