Tiddis

cité numide

Tiddis est un site archéologique situé au lieu-dit El-Kheneg, sur le territoire de la commune de Beni Hamiden, dans la wilaya de Constantine, en Algérie. Établi sur un relief rocheux dominant les gorges du Rhummel, à environ seize kilomètres au nord-ouest de Constantine, le site a connu une occupation antérieure à la période romaine, attestée notamment par plusieurs nécropoles protohistoriques et par leur mobilier[1].

Tiddis
Castellum Tidditanorum
Image illustrative de l’article Tiddis
Ruines de Tiddis.
Localisation
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Constantine
Commune Beni Hamiden
Protection Inscrit à l'inventaire général des biens culturels immobiliers (2007)
Coordonnées 36° 27′ 48″ nord, 6° 29′ 02″ est
Histoire
Époque Protohistoire, Antiquité, Moyen Âge
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
Tiddis
Tiddis

À l'époque romaine, l'agglomération est connue par l'épigraphie sous les désignations Castellum Tidditanorum et res publica Tidditanorum. Elle dépend de Cirta dans le cadre de l'organisation territoriale traditionnellement appelée Confédération cirtéenne[2]. Son urbanisme est fortement conditionné par la pente : la voie principale suit le relief et les monuments publics, habitations, lieux de culte, ateliers et ouvrages hydrauliques occupent plusieurs terrasses[3].

Les fouilles systématiques ont principalement été conduites par André Berthier à partir de 1941 et pendant environ trois décennies. Elles ont mis au jour le forum, des voies dallées, des quartiers d'habitation et d'artisanat, des thermes, plusieurs ensembles religieux et un réseau de collecte et de stockage de l'eau. Une partie importante du plateau demeure cependant inexplorée[3]. Tiddis est inscrit à l'inventaire général des biens culturels immobiliers algériens par arrêté du 14 juillet 2007[4].

Toponymie

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Le nom antique Tiddis n'est pas directement attesté sous cette forme. Jacques Gascou souligne qu'il est restitué à partir de l'ethnique latin Tidditanus, attesté dans plusieurs inscriptions. Les formes Castellum Tidditanorum, « castellum des Tidditains », et res publica Tidditanorum sont en revanche connues par l'épigraphie[2].

Mohand-Akli Haddadou propose plusieurs rapprochements avec le berbère, notamment avec idis, « côté » ou « flanc », qu'il met en relation avec la situation topographique de la ville. Il évoque également tidist ou tadist, « ventre », ainsi que le verbe ddes, « organiser »[5]. Le site a également été désigné sous le nom de Qsantina l-qadima, « Constantine la vieille »[6].

Géographie

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Site et relief

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Panorama de Tiddis

Tiddis occupe un relief rocheux bordé par les gorges du Kheneg, parcourues par le Rhummel. L'altitude varie approximativement de 450 m dans les secteurs les plus bas à près de 575 m au sommet du plateau[7]. L'habitat antique s'est principalement développé sur le versant oriental, tandis que les secteurs occidental et méridional du plateau restent beaucoup moins connus archéologiquement[3].

La déclivité a conditionné l'organisation de l'agglomération. Les constructions suivent des terrasses naturelles ou aménagées et les voies épousent les irrégularités du terrain. La principale voie nord-sud, couramment identifiée au cardo, traverse la ville selon un parcours sinueux. Un grand escalier de 38 marches et cinq paliers assure une liaison transversale dans le quartier artisanal[3].

Environnement archéologique

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Dans son Atlas archéologique de l'Algérie, Stéphane Gsell situe les ruines de Tiddis sur la croupe rocheuse du Kheneg et signale plusieurs groupes de vestiges antiques dans les environs, notamment vers Mechta Nahar, El Héri et Safsafa[8].

À El Héri, à quelques kilomètres au nord de l'agglomération, se trouve le mausolée associé à la famille de Quintus Lollius Urbicus. D'autres établissements antiques sont connus autour du Kheneg, mais leurs relations administratives avec le Castellum Tidditanorum ne sont pas établies.

Histoire

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Occupation protohistorique et numide

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La nécropole orientale de Tiddis s'étend à quelques centaines de mètres de la porte nord. Jean Bussière y distingue quatre types de sépultures protohistoriques : des cercles funéraires, des sépultures en grotte, des fosses rectangulaires et des bazinas à base cylindrique[1]. Des dolmens sont également connus sur différents versants du relief.

Quatre tombes à fosse étudiées dans cette nécropole contenaient une quarantaine de vases modelés. Parmi eux figurent un grand vase caliciforme à décor peint et un vase tripode dont les trois pieds sont façonnés en forme de têtes humaines. L'étude du mobilier et des restes osseux met en évidence des pratiques funéraires variées, comprenant des sépultures collectives et, dans certains cas, le dépôt d'ossements à l'intérieur de récipients[1].

Gabriel Camps a consacré une étude spécifique à la céramique des sépultures de Tiddis. Les formes et décors appartiennent à un répertoire nord-africain ancien ; les motifs sont principalement géométriques, mais comprennent également quelques représentations végétales, animales ou humaines[9].

Une grande bazina a livré un vase portant une inscription libyque peinte. Le contexte de cette sépulture a été daté par le carbone 14 autour de 250 av. J.-C., avec une marge d'environ un siècle. Camps considérait ce document comme l'une des plus anciennes inscriptions libyques disposant alors d'une datation intrinsèque[10].

Les découvertes témoignent également d'échanges à longue distance avant la domination romaine. Des amphores rhodiennes destinées au transport du vin sont attestées à Tiddis ; elles sont datées du dernier quart du IIIe siècle av. J.-C. et de la première moitié du IIe siècle av. J.-C.[11]. D'autres découvertes comprennent de la céramique importée et des monnaies numides ou carthaginoises[12].

Des stèles puniques et néopuniques témoignent parallèlement de relations culturelles et religieuses avec le monde punique. Certaines structures autrefois désignées de manière générale comme « préromaines » ont été réexaminées à la lumière des recherches sur l'architecture numide[3]. La chronologie précise des différentes phases précédant la domination romaine reste néanmoins inégalement établie.

Époque romaine

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Tiddis appartient au territoire de Cirta. L'interprétation institutionnelle du terme castellum a fait l'objet de discussions. Jacques Gascou considère qu'il ne faut pas opposer un castellum indigène à un pagus romain comme deux communautés distinctes : dans les dépendances de Cirta, le castellum peut correspondre au centre d'un pagus, les deux termes étant susceptibles de désigner des aspects différents d'une même organisation territoriale[2].

Arc de Triomphe, Tiddis, Algérie

La vie civique est documentée par plusieurs inscriptions. Des décurions et l'emploi de fonds publics sont attestés à Tiddis. Sous les Sévères apparaît la formule res publica Tidditanorum ; une dédicace à Gordien III, datée de 239, emploie res publica Castelli Tidditanorum et précise que le monument a été érigé aux frais publics par décret des décurions[13].

L'emploi de res publica témoigne de l'existence d'une communauté organisée mais ne suffit pas, à lui seul, à attribuer à Tiddis le statut de municipe indépendant[14].

L'onomastique de Tiddis associe des gentilices romains, notamment Iulius et Sittius, à des cognomina d'origines diverses. Hans-Georg Pflaum a utilisé ce corpus pour étudier l'intégration de la population dans les cadres civiques romains[15].

La période impériale voit l'aménagement ou le remaniement des principales constructions actuellement visibles : voies dallées, forum, thermes, habitations, sanctuaires, ateliers et installations hydrauliques.

Antiquité tardive et occupation médiévale

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La présence chrétienne est attestée à Tiddis au Ve siècle. Un évêque nommé Abundius Tidditanus figure parmi les prélats de Numidie convoqués à Carthage en 484 sous le règne du roi vandale Huneric[16].

Des constructions plus anciennes sont alors réutilisées ou transformées. Une basilique, des installations interprétées comme des baptistères et plusieurs sépultures chrétiennes sont connues sur le site[16]. Une phase de fortification attribuée à la période byzantine a été datée entre le milieu du VIe siècle et le VIIe siècle à partir du mobilier numismatique associé[16].

Du mobilier postérieur à l'Antiquité, notamment des céramiques vernissées, témoigne d'une fréquentation médiévale. La nature et l'importance de cette occupation restent cependant moins bien documentées que celles des phases protohistorique et romaine.

Économie et artisanat

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Une inscription de l'époque de Sévère Alexandre documente l'établissement de nundinae, marchés périodiques autorisés par le gouverneur P. Iulius Iunianus Martialianus. Ils devaient se tenir deux fois par mois, la veille des calendes et la veille des ides[13]. Brent D. Shaw distingue ces marchés périodiques du marché permanent associé au forum. L'inscription relative aux nundinae avait été placée dans une enceinte située près de l'entrée méridionale de l'agglomération[17].

À Tiddis, cette inscription du IIIᵉ siècle réglementait les nundinae, marchés tenus deux fois par mois. Son texte martelé conserve aussi la trace des bouleversements politiques de l’Empire romain.

Emanuele Papi et Francesco Martorella ont proposé d'identifier comme grenier un bâtiment constitué de trois pièces rectangulaires contiguës, partiellement creusées dans la roche. Cette identification repose notamment sur la disposition des salles et de leurs ouvertures. Les auteurs soulignent cependant que l'édifice ne possède pas le plancher surélevé caractéristique de plusieurs horrea romains d'Afrique[18].

Travail du textile

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Des ateliers de foulons, ou fullonicae, témoignent d'une activité liée au nettoyage et au traitement des textiles. Une enquête de terrain conduite par Touatia Amraoui a permis d'identifier environ dix ateliers à Tiddis. Ils comportent des groupes de cuvettes comparables à ceux des fullonicae de Timgad, mais leur approvisionnement en eau diffère : aucun puits n'est connu dans la ville et les ateliers utilisent les citernes[19].

Dans l'atelier A, une conduite en terre cuite alimentait l'un des compartiments à cuvette et pourrait avoir été reliée aux citernes de la terrasse voisine. Dans l'atelier K, aménagé dans la maison à mosaïque, une conduite en plomb reliait une citerne domestique à un compartiment de travail[19].

Amraoui met en relation la dispersion de ces ateliers dans la ville avec la présence des réservoirs d'eau nécessaires à leur fonctionnement. Les installations étudiées sont attribuées à une période comprise approximativement entre le IIIe siècle et le Ve siècle[19].

Production et circulation de la céramique

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Vase provenant de Tiddis.

La céramique occupe une place importante dans la documentation archéologique du site. Aux productions modelées des sépultures protohistoriques s'ajoutent, à l'époque romaine et durant l'Antiquité tardive, des productions tournées.

Des fours de potiers ont été identifiés dans plusieurs secteurs. La découverte d'un poinçon-matrice destiné à estampiller de la terre sigillée claire D fournit un indice direct d'une fabrication locale de vaisselle fine[20]. Michel Bonifay place par ailleurs Tiddis parmi les ateliers algériens attestés pour certaines productions africaines tardives[21].

Le mobilier comprend également des céramiques importées. Zineb Belabed signale des estampilles attribuées à Sex. Murrius/Festus et à L. Rasinius Pisanus[22]. Ces potiers sont rattachés par Allard W. Mees aux productions de Pise, dont il étudie la diffusion en Méditerranée[23].

Des lampes portant des motifs chrétiens sont attestées pendant l'Antiquité tardive[16]. Des recherches récentes ont également recensé plusieurs secteurs de fours et des moules de lampes tardives ; l'absence de stratigraphies conservées limite toutefois la datation précise de certaines installations[24].

Site archéologique

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Nécropoles

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Plusieurs espaces funéraires entourent l'agglomération. Aux sépultures protohistoriques s'ajoute une importante nécropole d'époque romaine à l'est du rempart.

En 1863, Jacques Auguste Cherbonneau indique y avoir observé plusieurs centaines de cippes ou fragments de monuments funéraires. Il distingue notamment des autels rectangulaires portant des inscriptions, des dalles, des stèles à fronton arrondi et plusieurs autres formes de cippes[25]. Ses relevés épigraphiques mentionnent notamment des Iulii, Caecilii, Sittii, Volussii et Lollii.

Urbanisme et monuments

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La partie la plus densément urbanisée occupe le versant oriental. La forte pente empêche l'application d'une trame orthogonale régulière. La voie principale, identifiée au cardo, décrit un tracé sinueux depuis la porte nord en direction des secteurs méridionaux. Dans le quartier artisanal, un escalier de 38 marches réparties entre cinq paliers assure une circulation transversale[3].

L'entrée septentrionale est marquée par l'arc ou porte associé aux Memmii. Entre cette porte et le forum se concentrent plusieurs monuments bordant la voie dallée. Le plan publié par Berthier et repris par Siada y localise notamment des constructions religieuses, une église chrétienne, deux baptistères, de petits thermes, des maisons partiellement taillées dans le rocher, un grand réservoir et plusieurs sanctuaires[3].

Le forum occupe une terrasse aménagée dans la pente et a livré plusieurs inscriptions honorifiques et civiques, dont la dédicace à Gordien III de 239[13]. Les quartiers voisins comprennent des installations artisanales, dont des fours, des ateliers de foulons et une huilerie.

Parmi les habitations dégagées figure la maison dite « à mosaïque ». Construite sur plusieurs niveaux, elle comprend des citernes, des pièces résidentielles et une petite installation thermale ; des vestiges d'hypocauste y sont conservés[26]. Une fullonica fut ultérieurement aménagée dans cet ensemble[19].

Gestion de l'eau

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L'approvisionnement en eau constitue un aspect important de l'organisation urbaine. Le site ne présente pas de trace assurée d'un aqueduc alimentant les quartiers supérieurs ; les systèmes connus reposent largement sur la récupération et le stockage des eaux pluviales[19].

Dans la partie haute se trouve un grand ensemble d'environ 20 m sur 13 m, traditionnellement désigné comme « château d'eau ». Il comprend trois citernes communicantes. Des canalisations provenant du haut du relief conduisent l'eau vers des bassins de décantation avant son stockage ; une autre conduite rejoint un bassin-citerne appartenant aux thermes voisins[19].

Nabil Bouaouira distingue plusieurs catégories d'aménagements : canaux creusés dans le substrat rocheux, canaux maçonnés, conduites de terre cuite, bassins de décantation et citernes. Les réservoirs peuvent être directement creusés dans la roche ou construits en maçonnerie, plusieurs conservant un enduit hydraulique[7].

Une inscription des années 251-253, découverte près de bassins destinés à la récupération de l'eau, mentionne des travaux réalisés sous la responsabilité de Marcus Cocceius Anicius Faustus Flavianus, curateur et patron des colonies cirtéennes. Le texte indique que des déblais furent enlevés et que la roche fut taillée afin de permettre la collecte de l'eau ad salutem populi, « pour la santé du peuple »[27].

L'inscription, connue sous les références AE 1946, 61 et ILAlg II, 3596, est datée grâce aux noms des empereurs Trébonien Galle et Volusien[27]. Michaël Vannesse interprète l'opération non comme la construction d'un aqueduc, mais comme un aménagement de la montagne destiné à recueillir les précipitations. Il rapproche ces travaux de trois citernes contiguës dont la capacité totale a été estimée à environ 350 m3[27].

Le réseau hydraulique intervenait également dans les activités artisanales, les ateliers de foulons utilisant des citernes domestiques ou voisines reliées dans certains cas aux installations de travail par des conduites de terre cuite ou de plomb[19].

Religions

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Baal Hammon et Saturne

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Le sommet de Tiddis et ses environs ont livré un ensemble de stèles votives associé à Baal Hammon puis, à l'époque romaine, à Saturne. André Berthier et Marcel Le Glay ont consacré une étude au sanctuaire du sommet et à son mobilier[28].

La documentation comprend des stèles néopuniques et des monuments votifs de l'époque romaine. Seize stèles consacrées à Saturne et conservées au musée Cirta ont été étudiées par Ahmed Seghiri. Elles associent notamment des représentations de dédicants à des croissants, rosaces, palmes, couronnes, signes dits de Tanit et motifs d'échelles[29].

Le motif de l'échelle est particulièrement représenté à Tiddis. Werner Huß recense 33 stèles néopuniques ou romaines portant ce symbole dans le nord-ouest de la Tunisie et l'est de l'Algérie, dont 26 provenant du Castellum Tidditanorum[30].

Marcel Le Glay avait proposé de rattacher ce symbole à des influences venues de Campanie avec les Sittiani. Huß privilégie au contraire un arrière-plan punique ou néopunique et interprète l'échelle comme un symbole de passage entre le monde terrestre et le monde céleste[30].

Cérès et les Cereres

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Le culte de Cérès et des Cereres est attesté par l'épigraphie. Plusieurs personnes portant les titres de sacerdos Cereris ou sacerdos Cererum sont connues à Tiddis[2].

L'emplacement précis du sanctuaire reste discuté. Un bâtiment à trois salles avait été rapproché des Cereres, mais Papi et Martorella ont proposé en 2007 d'y reconnaître plutôt un grenier et d'envisager une autre localisation du sanctuaire[31].

Le culte de Mithra est attesté par une inscription mentionnant des cultores qui indiquent avoir édifié un aménagement à leurs frais : I(nvicto) M(ithrae) cultores de suo a solo aedificarunt. L'inscription est répertoriée sous le numéro ILAlg II, 3576[3].

André Berthier avait identifié comme mithraeum une cavité située près de la porte nord, en bordure de la voie principale. Salima Siada a réexaminé cette attribution en 2024. Elle relève que certains éléments diffèrent de la disposition habituelle des mithraea et qu'une partie du mobilier utilisé dans l'interprétation ancienne provient de structures voisines[3].

L'existence du culte de Mithra à Tiddis n'est donc pas remise en cause, mais la fonction précise de la cavité et les relations entre les différents espaces du secteur demeurent discutées.

Une statue de Cybèle, autrefois invoquée pour proposer la présence immédiate d'un sanctuaire de la déesse à côté du mithraeum, avait été découverte plus bas sur la pente. Berthier avait lui-même envisagé qu'elle puisse provenir d'une terrasse située aux environs du forum[3].

Christianisme

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Une basilique chrétienne se trouve à l'est de la voie principale, près de l'entrée septentrionale et en face du secteur traditionnellement identifié comme mithriaque. Son plan comporte trois nefs et s'adapte à la forte pente du terrain[16].

Des éléments de chancel, une mosaïque funéraire chrétienne et plusieurs sépultures ont été découverts dans ce secteur[3]. Deux autres installations sont interprétées comme des baptistères[16].

L'attestation d'Abundius Tidditanus à la conférence de Carthage de 484 confirme qu'une communauté chrétienne organisée existait à Tiddis à cette époque[16]. Le mobilier comprend également des lampes portant des symboles chrétiens.

Quintus Lollius Urbicus et les Lollii

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Mausolée de la famille de Quintus Lollius Urbicus.

Quintus Lollius Urbicus, qui mène au IIe siècle une carrière sénatoriale avant de devenir notamment gouverneur de Bretagne puis préfet de Rome, entretient des liens étroits avec Tiddis. Les décurions du Castellum Tidditanorum l'honorent comme patron de la communauté[2].

Il a souvent été présenté comme originaire de Tiddis. Jacques Gascou remarque cependant que Stéphane Gsell, suivi par d'autres auteurs, ne précisait pas les arguments ayant conduit à identifier Tiddis comme sa patrie. Les liens d'Urbicus avec les environs sont en revanche établis : des terres lui sont associées à El Héri, où se trouve le mausolée familial[2].

Une inscription répétée sur le monument commémore son père Marcus Lollius Senecio, sa mère Grania Honorata, ses frères Lucius Lollius Senecio et Marcus Lollius Honoratus ainsi que son oncle Publius Granius Paulus[32]. D'autres membres de la gens des Lollii sont également attestés dans l'épigraphie de Tiddis et de ses environs[2].

Histoire des recherches

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Premières explorations au XIXe siècle

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L'identification moderne de Tiddis remonte au milieu du XIXe siècle. En 1852, Léon Renier et le colonel Creuly explorent les ruines du Kreneg. Les procès-verbaux de la Société archéologique de la province de Constantine indiquent dès 1853 que les ruines doivent désormais être désignées sous le nom de Tiddis[33].

J. Marchand attribue explicitement à Renier et Creuly la reconnaissance, en 1852, du nom antique et de la formule res publica Tidditanorum à partir des inscriptions découvertes au Kreneg[34]. Lors de sa propre visite, Marchand décrit également des vestiges à environ 300 m au nord-est du Kreneg, une ancienne voie et des lieux d'extraction d'argile qu'il dit utilisée pour la fabrication de vases, de lampes et de conduites d'eau[34].

Les recherches prennent une forme plus organisée au début des années 1860. En 1862, Jacques Auguste Cherbonneau indique avoir copié plusieurs inscriptions du Kreneg alors qu'il installait des ouvriers destinés à des fouilles ordonnées par le préfet du département[35].

Son rapport publié en 1863 décrit le dégagement de la porte orientale et de l'enceinte ainsi que l'étude de la nécropole située à l'est du rempart[36]. Cherbonneau étend également ses reconnaissances à Mechta Nahar et aux Oulad Ouerzeg ; il décrit notamment sur la rive gauche de l'oued Smendou un établissement comprenant une habitation, des installations agricoles et une pièce de bains pavée de mosaïque, qu'il interprète comme un grand domaine rural[36].

Les monuments funéraires continuent d'attirer l'attention au cours du siècle. Une étude publiée en 1876-1877 décrit notamment les dolmens et tumulus du Kreneg[37].

En 1911, Stéphane Gsell intègre Tiddis à son Atlas archéologique de l'Algérie, avant que les principaux monuments actuellement visibles ne soient dégagés[8].

Fouilles du XXe siècle et réexamens récents

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En 1940, André Berthier obtient de Louis Leschi, directeur du Service des Antiquités, l'ouverture d'un chantier à Tiddis. Jérôme Carcopino mentionne les premières campagnes de 1941 et 1942, interrompues par la guerre puis reprises après celle-ci[38].

Les dégagements mettent rapidement au jour la voie dallée, les portes monumentales, le forum, des sanctuaires, des maisons et des installations artisanales. Louis Leschi publie dès 1942 un premier ensemble d'inscriptions découvertes lors de ces campagnes[39].

Les recherches se spécialisent ensuite. Gabriel Camps et Berthier étudient les bazinas et la céramique protohistorique ; Berthier et Marcel Le Glay publient le sanctuaire du sommet et les stèles à Baal-Saturne ; Paul-Albert Février puis Jean Bussière poursuivent les recherches dans la nécropole orientale.

En 1966, Roger Guéry réalise des sondages accompagnés d'observations stratigraphiques. Claudia Kleinwächter a souligné l'importance de ces interventions, peu mises en valeur dans la synthèse ultérieure de Berthier[40].

Les campagnes dirigées par Berthier se poursuivent jusqu'en 1973. Sa monographie Tiddis. Cité antique de Numidie, publiée en 2000, rassemble une grande partie des résultats accumulés depuis les années 1940.

Kleinwächter a toutefois relevé plusieurs limites méthodologiques de cette publication : l'occupation tardive a modifié ou masqué la forme de certains bâtiments anciens, plusieurs identifications architecturales ou religieuses restent incertaines et certaines datations proposées par Berthier reposent sur des rapprochements hypothétiques entre bâtiments et personnages connus par l'épigraphie[40].

Des travaux ultérieurs ont réexaminé plusieurs dossiers, notamment le statut institutionnel du castellum, les nécropoles protohistoriques, les bâtiments de stockage, la gestion de l'eau, l'artisanat textile, la production céramique, le christianisme et les structures associées au culte de Mithra.

Notes et références

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  1. 1 2 3 Jean Bussière, « Quatre sépultures berbères protohistoriques de la nécropole orientale de Tiddis (Algérie) », Antiquités africaines, vol. 34, , p. 31-43 (DOI 10.3406/antaf.1998.1281, lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 Jacques Gascou, « Pagus et castellum dans la Confédération Cirtéenne », Antiquités africaines, vol. 19, , p. 175-207 (DOI 10.3406/antaf.1983.1096, lire en ligne)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Salima Siada, « Réexamen du mithraeum nord de Tiddis et essai d'identification de la structure sur la terrasse supérieure », La Revue d'études archéologiques, vol. 22, no 1, , p. 450-476 (ISSN 1111-7699, lire en ligne)
  4. « Liste générale des biens culturels protégés – Constantine », sur Ministère de la Culture et des Arts (consulté le )
  5. Mohand-Akli Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie, Tizi Ouzou, Éditions Achab, (ISBN 978-9947-9-7225-0), p. 521-522
  6. Gilbert Meynier, L'Algérie des origines. De la préhistoire à l'avènement de l'islam, Paris, La Découverte, (ISBN 9782707159373), p. 118-119
  7. 1 2 (ar) Nabil Bouaouira, « مورد الماء بمدينة تيديس الرومانية - دراسة في أنظمة الإستقطاب ومنشآت التخزين ومجالات الاستغلال » [« La ressource en eau dans la ville romaine de Tiddis : étude sur les systèmes de captage, les installations de stockage et les domaines d'exploitation »], Journal of Humanities, vol. 8, no 3, , p. 712-730
  8. 1 2 Stéphane Gsell, Atlas archéologique de l'Algérie, Alger et Paris, Adolphe Jourdan ; Fontemoing, (lire en ligne), feuille 17 (Constantine), no 89
  9. Gabriel Camps, « La céramique des sépultures berbères de Tiddis », Libyca. Anthropologie, Préhistoire, Ethnographie, vol. 4, , p. 155-203
  10. Gabriel Camps, « Recherches sur les plus anciennes inscriptions libyques de l'Afrique du Nord et du Sahara », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, nouvelle série, vol. 10-11, 1974-1975, p. 143-166
  11. (en) Khaoula Bennour (dir.), « The Numidian Country and Its Commercial and Economic Opening on the Mediterranean Basin and Its Southern Prolongation », dans Archaeology and Economy in the Ancient World : Sessions 6–8 – Single Contributions, vol. 55, Heidelberg, Propylaeum, , 275-287 p. (DOI 10.11588/propylaeum.1035.c14078), p. 279-280
  12. Virginie Bridoux, « Les établissements de Maurétanie et de Numidie entre 201 et 33 av. J.-C. Synthèse des connaissances », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, vol. 120, no 2, , p. 369-426 (DOI 10.3406/mefr.2008.10477, lire en ligne)
  13. 1 2 3 Jean Marcillet-Jaubert, « Quelques inscriptions latines d'Algérie », Antiquités africaines, vol. 3, , p. 145-156 (DOI 10.3406/antaf.1969.902, lire en ligne)
  14. Jacques Gascou, « L'emploi du terme respublica dans l'épigraphie latine d'Afrique », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, vol. 91, no 1, , p. 383-398 (DOI 10.3406/mefr.1979.1193, lire en ligne)
  15. Hans-Georg Pflaum, « Remarques sur l'onomastique du Castellum Tidditanorum », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, nouvelle série, vol. 10-11, 1974-1975, p. 9-43
  16. 1 2 3 4 5 6 7 (ar) Hamida Fourali, « تيديس في الفترة المسيحية القديمة » [« Tiddis à l'époque chrétienne antique »], المجلة التاريخية الجزائرية, vol. 5, no 2, , p. 217-234 (ISSN 2572-0023, lire en ligne)
  17. (en) Brent D. Shaw, « Rural Markets in North Africa and the Political Economy of the Roman Empire », Antiquités africaines, vol. 17, , p. 37-83 (DOI 10.3406/antaf.1981.1072, lire en ligne)
  18. (it) Emanuele Papi et Francesco Martorella, « I granai della Numidia », Antiquités africaines, vol. 43, , p. 171-186 (DOI 10.3406/antaf.2007.1424, lire en ligne)
  19. 1 2 3 4 5 6 7 Touatia Amraoui (dir.), « Alimentation et gestion de l'eau dans les ateliers antiques de Numidie : le cas des fullonicae », dans L'eau dans les villes du Maghreb et leur territoire à l'époque romaine, Ausonius, coll. « Mémoires » (no 54), , 215-224 p. (ISBN 978-2-35613-230-7, lire en ligne), p. 218-222
  20. Roger Guéry, « Notes de céramique. II. Un poinçon-matrice pour estampiller la terre sigillée « D » à Tiddis », Bulletin d'archéologie algérienne, vol. 3, , p. 275-279
  21. (en) Michel Bonifay, « Africa: Patterns of Consumption in Coastal Regions Versus Inland Regions. The Ceramic Evidence (300–700 A.D.) », Late Antique Archaeology, vol. 10, , p. 529-566 (DOI 10.1163/22134522-12340041)
  22. (en) Zineb Belabed, « Tiddis Pottery, A Timeless Imprint and a Source for Writing Its Ancient History », Revue des Sciences Humaines, vol. 35, no 4, , p. 499-511 (ISSN 2588-2007)
  23. (de) Allard W. Mees, Die Verbreitung von Terra Sigillata aus den Manufakturen von Arezzo, Pisa, Lyon und La Graufesenque : Die Transformation der italischen Sigillata-Herstellung in Gallien, Mainz, Römisch-Germanisches Zentralmuseum, coll. « Monographien des Römisch-Germanischen Zentralmuseums » (no 93), (ISBN 978-3-88467-173-3), p. 54-57
  24. Touatia Amraoui, « Les activités artisanales au Castellum Tidditanorum (Numidie) durant l'Antiquité tardive », sur HAL,
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  28. André Berthier et Marcel Le Glay, « Le sanctuaire du sommet et les stèles à Baal-Saturne de Tiddis », Libyca. Archéologie-Épigraphie, vol. 6, , p. 23-58
  29. Ahmed Seghiri, « Stèles dédiées au dieu Saturne trouvées à Tiddis », Revue des Sciences Humaines, no 6, , p. 21-35
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  36. 1 2 Auguste Cherbonneau, « Rapport sur les fouilles du Kreneg (Tiddi et Calda). Inscriptions romaines inédites », Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, vol. 7, , p. 170-213 (lire en ligne)
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Annexes

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Bibliographie

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  • André Berthier, Tiddis. Cité antique de Numidie, Paris, De Boccard, coll. « Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres / Nouvelle série » (no 20),
  • Mounir Bouchenaki, Cités antiques d'Algérie, Alger, Ministère de l'Information et de la Culture, coll. « Art et Culture » (no 12), , 114 p.

Articles connexes

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Liens externes

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