Théâtre national d'opérette et de comédie musicale Ion Dacian

Théâtre d'opérette à Bucarest
(Redirigé depuis Tnomid)

Le Théâtre national d'opérette et de comédie musicale « Ion Dacian » de Bucarest est une institution culturelle nationale refondée en par le gouvernement roumain[1]. Il est financé par le ministère de la Culture.

Situé au cœur de la capitale, au bord de la rivière Dâmbovița, à côté du boulevard Octavian Goga, il hérite d'une longue histoire et d'un patrimoine de spectacles joués ou créés au cours des siècles passés. Le théâtre est installé depuis 2015 dans un bâtiment flambant neuf équipé spécialement pour les spectacles musicaux.

Il s'est ouvert aux différents genres musicaux qu'il propose au public roumain, avec une prédominance récente pour les comédies musicales puis l'opérette. Comme il en est d'usage dans le monde de l'opérette, Les représentations sont toujours dans la langue nationale, donc en roumain, même si certaines chansons sont parfois interprétées dans leur langue d'origine.

Informations essentielles

Teatrul Național de Operetă și Musical „Ion Dacian”
logo de Théâtre national d'opérette et de comédie musicale Ion Dacian
Logo du Théâtre national « Ion Dacian ».
Compagnie
Lieu Bucarest, Roumanie
Surnom Opereta București ou Opereta ou TNOMID
Statut juridique institution publique dépendante du Ministère de la Culture roumain
Tutelle Ministère de la Culture roumain
Date de création automne 1931 (théâtre de revue Alhambra)
Direction Radu Petrovici, manager (directeur général); Alexandru Pătrașcu, directeur général adjoint
Direction artistique Radu Petrovici
Composante orchestre ; chef d'orchestre ; chœur ; corps de ballet: chanteurs ; comédiens
Site web https://www.opereta.ro
Résidence
Résidence Théâtre national d'opérette et de comédie musicale « Ion Dacian »
Coordonnées 44° 25′ 27″ nord, 26° 06′ 40″ est
Type Opéra («boite à chaussures»).
Architectes Eliodor Popa
Inauguration
Fermeture Teatru Alhambra : 1931-1947 ; Teatru al Armatei (devenu Teatrul Nottara) : 1947-1949 ; Teatru de Stat, dans le Théâtre "Regina Maria", rebaptisé en Théâtre d’État d'Opérette : 1950-1986
Capacité 550 places
Anciens noms Teatru Alhambra ; Teatru al Armatei (devenu Teatrul Nottara) ; Teatru de Stat de Operetă ; Teatrul de Operetă Ion Dacian ; Teatrul Național de Operetă Ion Dacian.

Les origines de l'opérette roumaine : La source française et la saveur viennoise

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L'opérette roumaine telle qu'elle a été jouée à ses débuts, comme au cours des différentes époques qu'elle a traversé, trouve son origine et ses influences au sein des deux grandes écoles que sont l'opérette française et l'opérette viennoise. De nombreux musiciens compositeurs et librettistes d'abord étrangers puis autochtones ont en effet étudié à Paris, Berlin, Milan, Madrid ou à Vienne et apportent naturellement ces cultures musicales et théâtrales d'abord en Transylvanie puis en Valachie. Les sensibilités françaises et viennoises prennent rapidement le dessus sur les autres avec en particulier l'influence de Jacques Offenbach et de Johann Strauss. Les œuvres françaises ou viennoises sont très présentes dans les spectacles créés à l'étranger et sont joués régulièrement en Roumanie, mais elles sont aussi les sources d'inspiration pour les créations roumaines originales depuis 1850[2],[3].

De la terrasse d'Oteteleșanu au Théâtre d’État d'Opérette

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Theodor Aman - Fête avec des violonistes (1884), huile sur toile, Musée national d'art de Roumanie, Bucarest
Theodor Aman - Fête avec des violonistes (1884), huile sur toile, Musée national d'art de Roumanie, Bucarest

Au début du XXe siècle, l’ancienne guinguette-café connue sous le nom de Terasa Oteteleșanu, située sur la Calea Victoriei à Bucarest  lieu emblématique de la vie mondaine et culturelle de l’entre-deux-guerres  joua un rôle essentiel en tant qu’espace informel de diffusion de la musique et du théâtre léger. Des troupes d’opérette et de vaudeville, telles que celle dirigée par le ténor Constantin Grigoriu, y présentaient le répertoire du genre à un public bucarestin de plus en plus réceptif, contribuant ainsi à sa familiarisation avec l’opérette européenne[4]. Les transformations urbaines menées entre 1930 et 1934 entraînèrent la disparition de la Terasa Oteteleșanu : à l’emplacement du jardin et du café fut érigé le Palatul Telefoanelor Palais des téléphones »), édifice moderne de style Art déco, témoignant des mutations architecturales et fonctionnelles de Bucarest. Ainsi disparut l’une des scènes informelles les plus vivantes de la musique et du spectacle bucurestois  mais sa mémoire demeure à l’origine du processus d’institutionnalisation de l’opérette dans la capitale [5],[6].

Dans le climat d’après-guerre, sur fond de reconfiguration de la vie théâtrale en Roumanie, fut fondé en 1950 le Théâtre d’État d’Opérette, qui ouvrit ses portes le avec la première du spectacle Vânt de libertate d’Isaac Dounaïevski. Cette institution reprit l’héritage du répertoire d’opérette cultivé à la Terasa Oteteleșanu et dans d’autres espaces informels, tout en offrant une structure stable, un répertoire constant et des professionnels du genre, devenant ainsi le noyau organisé de la vie de l’opérette à Bucarest[4]. Ainsi, l'évolution d'une salle d’été telle la Terasa Oteteleșanu, vers la scène professionnelle du Théâtre d’État d’Opérette, reflète la transformation des spectacles d'opérette, passant d’une initiative privée, conviviale et saisonnière à son l’institutionnalisation dans un cadre théâtral permanent, reconnu au niveau national[7],[8].

« Ce furent les prémisses de la constitution, dans les pays roumains, d’une vie musicale moderne, qui a attiré initialement l’aristocratie et, ultérieurement, sans doute, la bourgeoisie en train de se former. Les principautés n’étaient plus pour les occidentaux une terra incognita , d’autant plus que les itinéraires artistiques qui comprenaient Pétersbourg et Stamboul traversaient d’habitude la Transylvanie et les pays danubiens (des concerts y ont été donnés par Fr. Liszt, Bernhard Romberg, J. Joachim, J. Brahms, J. Strauss, etc.). Les XVIIIe et XIXe siècles enregistrent un afflux de formations théâtrales et musicales (opéra, vaudeville, Singspiel, opérette) qui, de passage ou fixées pour des périodes plus longues ou plus courtes dans les capitales des principautés (Bucarest, Jassy) ou dans d’autres villes du pays, ont trouvé ici un public déjà avisé, d’autant plus que de nombreux intellectuels avaient commencé leurs études en Occident (Paris, Vienne, Budapest, Leipzig, Rome, Milan, Prague), où certains d’entre eux bénéficiaient également d’une instruction musicale à différents degrés[9]. »

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Du vaudeville à l'influence viennoise

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A. Flechtenmacher, timbre des postes roumaines.
A. Flechtenmacher, timbre des postes roumaines.
Première de Crai Nou à Braşov, en 1882.
Première de Crai Nou à Braşov, en 1882.
"Sânziana și Pepelea", Oradea, 1976.
"Sânziana și Pepelea", Oradea, 1976.

En Roumanie, au XIXe siècle, c'est le style viennois qui rencontre le plus de notoriété et de succès. La tradition de l'opérette est solide et constante depuis ses débuts en 1830. La vie artistique était alors dominée par le vaudeville[10]. Le thème classique et caricatural du vaudeville est l'épouse où le mari trompé et les « portes qui claquent » : trois personnages essentiels que sont le mari, la femme et l'amant se succèdent rapidement sur scène, se croisent sans se voir, et donnent naissance à la fameuse réplique : « Ciel, mon mari ! ». En 1848, Baba Hârca (Baba la vieille sorcière) est la première opérette créée en Roumanie le au Théâtre National de Iași par le compositeur moldave d'origine allemande-saxonne Alexandru Flechtenmacher, qui recherchait un style de musique roumaine propre[11]. Il s'agit d'un vaudeville avec un côté musical inhabituellement développé. Baba la sorcière est un personnage populaire des contes traditionnels roumains, qui fait geler les eaux et vit isolée dans une grotte ou au sommet d'un grand arbre. Les contes de fées lui donne aussi une facette bénéfique[12].

En 1882, un autre grand succès marque la naissance de l'opérette dans le pays : Crai Nou (La nouvelle lune), du jeune compositeur Ciprian Porumbescu, sur un livret de Vasile Alecsandri[13]. La première a lieu à Braşov dans une scène improvisée, la salle des fêtes du Gymnase roumain, le 27 février 1882[14]. L’œuvre, qui met en valeur la culture et les traditions roumaines, en opposition à la culture viennoise, affiche clairement un visage patriotique, à un moment où la Transylvanie est sous l'autorité de l'Autriche-Hongrie. Elle est surtout connue pour son célèbre chœur à la viennoise[15] et par le fait que Porumbescu a réussi à mettre en valeur l'esprit folklorique roumain (Hora, Doina (en), danses campagnardes, chansons anciennes) dans l'Art lyrique tout en les conjuguant avec des influences occidentales[16],[17].

Trois compositeurs Eduard Caudella avec Harță Răzeșul (1872), George Stephănescu avec Sânziana și Pepelea (1880), sur un livret de Vasile Alecsandri et Scaiul bărbaților (1885) puis Constantin Dimitrescu (en) avec Sergentul Cartuș (1895) et Nini (1897) sont les premiers compositeurs d'opérettes roumaines[18]qui ont véritablement permis d'asseoir l'intérêt et le goût prononcé du peuple roumain pour cet art, genre qui restera populaire jusqu'à aujourd'hui[19].

Les premières troupes lyriques créées montent alors très souvent les œuvres « classiques » des compositeurs français Offenbach, Lecocq et trouvent alors leurs piliers au travers d'artistes comme le ténor Constantin Grigoriu, qui, avec sa troupe, présente presque tout le répertoire d'opérette apparu sur les scènes européennes, et cela, sur la célèbre terrasse d'Oteteleșanu de Bucarest[20]. Il permet ainsi de faire connaître des artistes comme Florica Cristoforeanu (ro), Mara d'Asti[21], Florica Florescu[22], Ion Băjenaru (ro), George Niculescu-Basu (ro), V. Maximilian (ro), Nae Leonard (ro) – mais aussi par des gens de théâtre comme Constantin Tănase (en) et Nicolae Vlădoianu (ro) (directeurs des compagnies de théâtre "Cărăbuș" et "Alhambra")[23],[24].

Nae Leonard dans Der Bettelstudent (L’Étudiant mendiant)
Nae Leonard dans Der Bettelstudent (L’Étudiant mendiant)
Nae Leonard dans Der Bettelstudent (L’Étudiant mendiant).

Un artiste particulièrement doué se détache des acteurs de l'époque : Nae Leonard (ro). Chanteur, acteur et danseur qui deviendra le « Prince de l'Opérette », il déroule une carrière impressionnante. Remarqué par ses qualités vocales exceptionnelles, il est invité à jouer dans la plus grande troupe d'opérette du pays : la Compagnie Lyrique Roumaine de Constantin Grigoriu, interprétant les rôles principaux dans La Périchole de Jacques Offenbach, Le Comte de Luxembourg de Franz Lehár et fr:La Mascotte d'Edmond Audran. Mais c'est la représentation de la célèbre opérette La Veuve joyeuse de Franz Lehár, en 1906, et son interprétation de Danielo qui lui assure une grande renommée[3]. Il devient alors une idole du public et fait l'objet d'un culte à la façon de Rudolph Valentino. La même année, Il est engagé comme premier ténor par l' Opéra Populaire de Vienne pour jouer Don José dans Carmen, rôle qui rencontre un échos très favorable dans la presse et auprès du public. Après 1918, l'opérette ne soulève plus le même enthousiasme en Roumanie, et Leonard, à court d'argent, accepte des engagements à l'étranger. Entre 1924 et 1926 il joue à Lyon et Paris, puis Marseille. Il est très bien accueilli par le public français. Il donnera 120 représentations de La Bayadère de Kálmán. Malade de la tuberculose, il rentre en Roumanie et meurt dans sa ville natale de Câmpulung en 1928[25],[26].

L'épopée des compagnies Cărăbuș et Alhambra

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La mort du ténor correspond à une quasi-disparition de l'opérette en Roumanie, remplacée par les comédies musicales et les revues. Les compagnies Cărăbuș de Constantin Tănase (en)[27], fondée en 1919, et l'Alhambra de Nicolae Vlădoianu (ro), créée en 1931 et installée dans la salle de la strada Sărindar[28], en sont les spécialistes mais relancent l'opérette dans les années 1930 avec le spectacle La Calul bălan (Im weißen Rößl)) de Ralph Benatzky monté en 1935 au Théâtre Cărăbuș (ro) puis donné en tournée dans tout le pays pendant presque 2 mois[29]. D'autres opérettes suivront, concurrencées par celles présentées par l'Alhambra (ro) installé à l'automne 1931 dans la salle de la strada Sărindar[30].

Une revue de l'Alhambra vers 1930.
La troupe du Cărăbuș vers 1920.
Une revue à l'Alhambra (haut), et La troupe du Cărăbuș (bas).
Nicolae Vlădoianu et Nicușor Constantinescu.
Constantin Tănase.
Nicolae Vlădoianu (haut droite) et Constantin Tănase (bas).

Nicolae Vlădoianu cherche un nouveau Nae Leonard et découvre une étoile montante : le jeune ténor Ion Dacian (ro) à l'opéra de Cluj, il rejoint la troupe en 1939. Dacian deviendra la figure de proue de l'opérette roumaine contemporaine. Il joue en 1941 dans Vânzătorul de păsări (Le marchand d'oiseaux) de Carl Zeller, Vânt de Primăvară (Voix du Printemps)[31] et Sânge vienez (ro)[32] (wienerblut) de Johann Strauss II . De 1941 à 1944, les tournées d'opérettes de l'Alhambra, avec Ion Dacian en ténor vedette, s'enchaînent dans tout le pays[33].

Dans l'un de ses articles, l'écrivain et chroniqueur dramatique Mircea Ștefănescu (ro) couvre d'éloges le ténor :

« Domnul Dacian este, pentru operetă, ceea ce aruncă marea la o mie de ani. Dacă nu era domnia sa, opereta trebuia să mai aștepte reînvierea la noi, așa cum sa-a așteptat-o atâta vreme. Nuntă fără mire nu se poate. »

« Pour l'opérette, M. Dacian est l'artiste introuvable qui n'apparaît qu'une fois par millénaire. Sans lui, l'opérette devrait attendre sa renaissance ici, comme elle l'attend depuis si longtemps. Pas de mariage sans marié. »

Plus de seize premières d'opérette ont été jouées à l'Alhambra entre 1940 et 1946, une véritable résurrection pour cet art en Roumanie. La plupart ont fait l'objet de tournée dans tout le pays, où Ion Dacian, devenu codirecteur en 1942, joue le premier rôle[34]. Les réalisations sont très soignées et les mises en scènes jugées remarquables par les connaisseurs et les critiques. Certains tableaux sont une débauche de luxe et de beauté, comme dans O noapte la Veneția (Eine Nacht in Venedig) et les spectacles brillent de leur qualité et réalisation[35].

La page de l'histoire de la troupe Alhambra se tourne définitivement avec son ultime production en automne 1946 : La Princesse de cirque (Die Zirkusprinzessin) du composition hongrois Emmerich Kálmán, qui malgré le grand succès rencontré en Roumanie se révèle être une catastrophe commerciale en raison du coût de sa tournée en orient en 1947. Désespéré et ruiné, le directeur de la troupe Nicolae Vlădoianu met fin à ses jours la même année, ne pouvant faire face à la faillite de sa compagnie, déjà affaiblie depuis la fin de la guerre[34]. Constantin Tănase, disparaît quant à lui en 1945, au sommet de sa gloire, auréolé d'une immense popularité. Les causes de sa mort restent incertaines à ce jour[19]. Selon l'une des hypothèses non confirmée, il aurait été assassiné par les Russes, mécontent de certaines de ses chansons  très critiques de l'occupation soviétique  chansons qu'il avait refusé de censurer ou modifier[36].

Le rideau de fer tombe sur la scène de l'opérette : 1946-1954

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Journal de propagande communiste roumain La science et la Culture, en 1950.
Journal de propagande communiste roumain La science et la Culture, en 1950.

La première période du communisme en Roumanie est marquée par un lien étroit avec l'Union soviétique qui occupe le pays, et par conséquent impose une censure et un encadrement très strict. Au lendemain de la guerre, un tour de vis est imprimé aux arts vivants en Union soviétique. Il est décliné dans tous les pays satellites. L'art doit avant tout être un reflet du combat pour les idéaux socialistes[37]. Les conséquences sont directes pour la culture, car elle subit les pressions idéologiques les plus directes. « Attirer les masses vers la culture » est le leitmotiv des autorités socialistes. Des adaptations plus « accessibles » aboutissent à un résultat insipide qui n'attirent personne. Le folklore est aussi passé à la moulinette des dogmes communistes, disloqué ou déformé sur le modèle des orchestres populaires et des ensembles de chansons et de danses soviétiques. Les principes esthétiques sont sacrifiés aux impératifs politiques. La quasi-obligation de s'inspirer des chansons populaires et ouvrières influence les spectacles[38].

Le théâtre, l'opéra et les spectacles musicaux, tels l'opérette ou la comédie musicale, sont défigurés ou manipulés par la propagande soviéto-communiste. Les artistes en place en 1945-1946 ne sont pas écartés mais ils doivent jouer leurs rôles de laudateurs zélés[39]. Le réalisme socialiste ou la méthode de création unique nécessite une vision internationaliste et fortement pro-soviétique[40]. L'art doit être au service de l'idéologie et l'opérette ou les comédies musicales n'y échappent pas. « Cosmopolitisme » et « influence bourgeoises malsaines » sont pourchassées et les spectacles recalibrés[41],[42].

« Simfoniile, operele, operetele, baletul, oratoriile, sonatinele, cvartetele, marşurile, corurile etc. abundă în teme sociale şi socialiste. Noile creaţii "sunt luate în 30 majoritate din viaţă, se referă la om, la lupta lui, la victorie"[43]. »

« Symphonies, opéras, opérettes, ballets, oratorios, sonatines, quatuors, marches, chœurs, etc. regorgent de thèmes sociaux et socialistes. Les nouvelles créations « sont pour la plupart tirées du réel, elles font référence à l'homme, à sa lutte, à sa victoire ». »

Décret de création du théâtre d’État d'Opérette de Bucarest, 1950.
Décret de création du théâtre d’État d'Opérette de Bucarest, 1950.

D'autre part, l'accès aux théâtres et à l'opéra est très limité. Les syndicats et organisation ouvrières disposent de 90 % des places. 10 % seulement des places sont ouverts au grand public et donc aux habitués obligés de faire de longues queues à l'unique guichet d’État. Le marché noir est par conséquent très développé. Un rapport de la CIA, daté de 1954, dresse un paysage très clair à ce sujet[44]. La production théâtrale et musicale de la Roumanie socialiste des années 1950 est donc une parenthèse dont l'intérêt artistique est secondaire et parfois très faible voire inexistant. Elle devient un simple instrument politique, de facture médiocre, avec pour objectif essentiel de façonner l'Homme Nouveau, et les arts devaient évidemment y contribuer[45]. L'activité artistique dans le domaine des spectacles musicaux n'est qu'une déformation, parfois ridicule, du sens et de la beauté de l'opérette, sous prétexte de faire figurer clairement l'obsession de la lutte des classes dans chaque pièce[46].

En 1950, après un passage intermédiaire de 1947 à 1950 au Théâtre aux armées[47], grâce à la création d'une section musicale sur la strada Uranus, les compositeurs et comédiens d'opérette trouvent une nouvelle maison au Théâtre Regina Maria, rebaptisé en Théâtre d’État d'Opérette le 7 novembre 1950[48]. Le bâtiment, une architecture remarquable des années 1920[49], situé sur la Piața Națiunilor Unite, sera détruit par Ceaușescu en 1986. Le théâtre ouvre sur l'adaptation roumaine de la pièce du compositeur soviétique Isaac Dounaïevski Vânt de Libertate (Vent de liberté)[50], avec toute l'ironie qu'un tel titre pouvait représenter pour les Roumains qui vivaient dans la période la plus dure de la dictature communiste. Mais l'opérette roumaine a aussi sa place au travers d’œuvres à succès comme Ana Lugojana[51] (1950) du compositeur Filaret Barbu (ro) ou Culegătorii de stele (1954) de Florin Comișel (ro), dans laquelle figurent pêcheurs, ouvriers, ingénieurs et employés de bureau d'une centrale hydro-électrique, une pièce tombée aux oubliettes depuis[52]. Enfin, pour certaines de pièces à résonance politique particulièrement importante, un « public » mobilisé était vivement invité à faire la queue par le pouvoir communiste afin que ce dernier puisse se targuer de leur succès populaire[53].

Une scène structurée, un ensemble stable et un répertoire majoritairement classique : 1954-1970

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"Lăsați-mă să cânt", affiche d'époque, 1954.
Lăsați-mă să cânt, affiche d'époque, 1954.
"Wiener Blut", affiche viennoise, 1873.
Wiener Blut, affiche viennoise, 1873.
Wiener Blut, valse de Johann Strauss II.

Le 30 octobre de l'année 1954 marque d'une pierre blanche la création roumaine avec la première de la pièce Lăsați-mă să cânt (ro) (Laissez-moi chanter) de Gherase Dendrino (ro), sur un livret de Erastia Sever, Liliana Delescu et Viorel Cosma (ro), dont le rôle principal est interprété par Ion Dacian. L'œuvre anniversaire, écrite en 1953 pour les 100 ans de la naissance de Ciprian Porumbescu, est une célébration de sa pièce Crai Nou, écrite 72 ans plus tôt en 1882. Elle fait le trait d'union avec la première opérette roumaine[54]. Dans un contexte de déclin de l'opérette en Roumanie, la pièce présentée sur la scène du Théâtre d’État d'Opérette est un franc succès, succès qui doit certainement à sa distribution. La pièce est aussi jouée à l'étranger, dans les autres pays du bloc de l'Est, son livret est traduit en allemand, tchèque, russe et hongrois[55].

Des œuvres de référence, pour l'essentiel des opérettes classiques viennoises ou hongroises, contribuent à la qualité artistique des productions du théâtre. Le répertoire de l'institution, où l'un des ténors les plus remarquables de l'opérette est à la barre  Ion Dacian [56],[57], celui dont le nom figure dans le titre du théâtre depuis 1992, est ainsi constitué de : Ţara surâsului (Das Land des Lächelns) de Franz Lehár (1965) ; Secretul lui Marco Polo (ro) (Le secret de Marco Polo) de Francis Lopez (1966) ; Sânge vienez (Wiener Blut) de Johann Strauss (1967), Contesa Marița (Gräfin Mariza) d'Emmerich Kálmán (1967)[58].

Il est difficile d'évoquer la qualité de l'interprétation des œuvres jouées au travers des critiques roumains, n'étant pas libres d'écrire ce qu'ils ressentaient[59], toutefois les critiques des pays occidentaux apprécient les spectacles donnés par les comédiens roumains. Plusieurs tournées de la troupe sont en effet réalisées non seulement en URSS (1957) et dans les pays satellites : Hongrie, Bulgarie et Pologne (1965), mais aussi en Italie lors du Festival d'Opérette de Trieste où la Prințesa circului (Die Zirkusprinzessin) est jouée, puis à Berlin-Ouest et Munich en 1968, dans Gräfin Mariza (Comtesse Maritza) où tous les textes sont traduits en allemand. La bonne fortune du Théâtre d'Opérette roumain se confirme en Autriche, Allemagne de l'Ouest, Belgique, Luxembourg et Hollande en 1969, et de nouveau en RFA en 1970. Ion Dacian, qui dirige le théâtre depuis 1963, en assure la mise en scène des pièces. Il en sera écarté en 1971, sans explications[60]. La même année il rend hommage au compositeur Gherase Dendrino (ro) dans un Medalion, une œuvre commémorative[61].

La dernière pièce montée par Ion Dacian, en tant que directeur et réalisateur sera une comédie musicale en 1969 : My Fair Lady du compositeur Frederick Loewe[62]. Véritable défi pour Dacian et sa troupe, le résultat dépasse toutes les attentes et le succès est complet. Ion Dacian est encensé par la critique, tant comme réalisateur qu'acteur, car il joue aussi dans le spectacle. La soprane Cleopatra Melidoneanu[63], réalise une belle performance dans le rôle principal d'Eliza Doolittle, réussite qui lui ouvrira le chemin d'une renommée nationale et internationale au sein de la troupe. L’œuvre sera jouée sans interruption pendant 34 ans au théâtre.

Un équilibre entre classique et pièces roumaines : 1971-1989

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Les successeurs de Ion Dacian ont continué à maintenir un équilibre entre pièces des répertoires classiques autrichien ou hongrois (Strauss, Lehár, Kálmán, Benatzky, etc.) et les créations roumaines telles Spune inimioară, spune! (Dis mon cœur, dis!), 1972 d'Elly Roman (ro) , Mătușa mea, Faustina (Ma tante Faustina)[64] (1973) de Liviu Cavassi et Doru Butoiescu, Raspantia (1975) et Leonard (1976) de Florin Comișel (ro). La programmation autochtone reflète les auteurs qui apportent une contribution notable à l'opérette roumaine : Gherase Dendrino (ro) (1901-1973), Filaret Barbu (ro) (1903-1984), Nicolae Kirculescu (ro) (1903-1985), Elly Roman (ro) (1905-1996), Alfred Mendelsohn (ro) (1910-1966), Viorel Doboș (ro) (1917-1985), Henry Mălineanu (1920-2000), Florin Comișel (ro)(1922-1977), George Grigoriu (ro) (1927-1999)[65]. Cette approche a permis au théâtre de conjuguer une tradition internationale avec l’identité culturelle roumaine et de maintenir l’intérêt du public pour le genre de l’opérette[65],[66].

Le théâtre Regina Maria, 1930.
Le théâtre Regina Maria, 1930.

En 1977, pour célébrer le centenaire de l'indépendance de la Roumanie, une œuvre ad hoc est montée : Eternel Iubiri (Amour éternel), composée par George Grigoriu sur un livret de Constantin Florea. La première a lieu le au Théâtre d’État d'Opérette de Bucarest. L’œuvre, dont le sujet est la lutte contre les Turcs, s'inscrit dans la droite ligne de la propagande nationaliste du parti communiste mettant en avant le patriotisme et les héros de l'histoire roumaine. Cette politique culturelle national-communiste qui s'affirme et devient très visible sous Ceaușescu, avait déjà été initiée dans les années 1960 par Gheorghe Gheorghiu-Dej[67].

Des comédies musicales américaines sont aussi à l'affiche en 1974 : Oklahoma! de Richard Rodgers et West Side Story en 1978, dont le titre a été traduit en roumain Poveste din cartierul de vest, de Leonard Bernstein. Elles attirent un nouveau public[68].

De 1976 à 1981, sous la direction de la chorégraphe Mihaela Atanasiu, un nouveau style est impulsé, en particulier avec un ballet moderne. Une nouvelle génération de créateurs de de réalisateurs prend le relais et modernise les classiques présentés depuis longtemps au Théâtre d'Opérette de Bucarest. La scène bucarestoise devient un laboratoire de création. Les années 1978, 1979 et 1982, de longues tournées sont organisées : en Italie, Sardaigne et Sicile où les spectacles joués devant des dizaines de milliers de spectateurs (scènes extérieures) sont très bien accueillis[69].

À partir de 1982, la situation se dégrade, en écho à ce qui se passe dans tous le pays, les conditions financières et matérielles sont de moins en moins favorables. La troupe se scinde en deux : une partie pour le répertoire habituel et une autre plus réduite pour les spectacles de divertissement à la mode. En 1986, Le théâtre est rasé, dans le cadre du programme architectural pharaonique et destructeur de Ceaușescu, et la troupe est remisée dans la petite salle du Théâtre national de Bucarest (TNB)[4].

La liberté retrouvée et la reconstruction d'un nouveau théâtre

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En recherche d'identité : 1990-2006

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L’institution traverse une période de recherche, d’essais, d’adaptation aux nouvelles conditions. Sous la direction de Sorana Coroamă-Stanca (ro) (1990-1992), on tente ainsi de moderniser le répertoire, en mettant en scène un cabaret politique (Plaisir d'amour) et en organisant des concerts tels que le Stabat Mater de Rossini ou un Concert Mozart. En 1992, sous le mandat de Nicolae Ciubuc, le théâtre est rebaptisé Théâtre d'Opérette Ion Dacian en l'honneur du grand ténor et ancien directeur[70].

Entre 1994 et 1999, l'institution est dirigée par le ténor Dorin Teodorescu (ro) qui lui apporte un nouveau souffle, aidé en cela par Daniel Eufrosin (directeur artistique), Cleopatra Melidoneanu et Amza Săceanu. Entre 1990 et 1997, en raison de financements incertains, le théâtre se débrouille pour atteindre l'équilibre et pratique le collage et l'évènement-spectacle. C'est seulement à partir de 1997 qu'Offenbach ré-apparaît à l'affiche avec Frumoasa Elena (La Belle Hélène)[71]. Pendant cette période, Micuța Dorothy (La petite Dorothy) composé par Marius Țeicu (ro), La Calul bălan (L'Auberge du Cheval-Blanc) de Ralph Benatzky , Paganini de Franz Lehár, et Lăsați-mă să cânt (ro) (laissez-moi chanter) sont réalisés par deux grandes cantatrices et metteurs en scène : Migry Avram Nicolau et Constanța Câmpeanu (ro). Après cinquante saisons, depuis la création du Théâtre d’État en 1950, le théâtre propose un répertoire de 18 titres dans une large palette : Opérette, opéra comique, comédie musicale, opérette moderne et opérette pour enfants[71]. Pour cet anniversaire, Die Blume von Hawaii (La Fleur d'Hawaï) de Paul Abraham est jouée le [71].

Le , le théâtre est titularisé Théâtre National[72] et la saison est marquée par la première Suzana (Die keusche Susanne), de Jean Gilbert, aussi réalisé par Constanța Câmpeanu et Migry Avram Nicolau. Le de la même année, une autre comédie musicale américaine est mise à l'honneur : Hello, Dolly (1964) de Jerry Herman. Suit fin novembre une tournée d'une semaine en Allemagne où sont proposées trois pièces, entièrement jouées en langue allemande : Der Zigeunerbaron (le Baron tzigane) de Strauss, La Belle Hélène (1864) d'Offenbach et un pot-pourri sur la vie du compositeur Robert Stolz : Medalion Robert Stolz[73].

La saison 2002-2003 s'ouvre sur une grande première nationale, Fântâna Blanduziei (La fontaine de Blanduzia), créée par l'un des compositeurs contemporains les plus connus : Cornel Trăilescu (en), sur un livret du poète et dramaturge Aurel Storin (ro) en se basant sur l’œuvre originale (1883) du grand poète roumain Vasile Alecsandri. Des spectacles pour enfants se jouent aussi pendant plus de 5 ans chaque mercredi et jeudi. 2003 voit le début d'une nouvelle collaboration avec la chaîné nationale culturelle et d'éducation : ro:TVRM Educațional (ro) afin de promouvoir l'activité du théâtre[74]. Lăsați-mă să cânt revient dans lors de la saison 2003-2004. Les spectacles se multiplient jusqu'en 2005 malgré la destruction de la salle par le feu[75].

Une nouvelle orientation et un succès confirmé par le public : 2006-2012

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"Liliacul", 2010-2011.
Liliacul, 2010-2011.
"Rebecca", 2010-2011.
Rebecca, 2010-2011.
Răzvan-Ioan Dincă, 2022
Răzvan-Ioan Dincă, 2022.
"Romeo și Julieta", 2010-2011.
Romeo și Julieta, 2010-2011.

De 2006 à 2012, une nouvelle direction change le fonctionnement du théâtre, renouvelle le répertoire et donne une résonance internationale à l'institution. Il s'agit de Răzvan-Ioan Dincă (ro), directeur général de 2006 à 2012[76], puis directeur général de l'Opéra National de à 2015 (dont dépend le Théâtre National d'Opérette de 2013 à 2016). Outre ses casquettes de directeur de scènes, Dincă est Responsable du programme SCENART, un projet mis en place de 2009 à 2013, financé par l'Union Européenne, en collaboration avec l'institution italienne Accademia Teatro alla Scala de Milan[77] qui vise à soutenir les compétences et métiers du spectacle en Roumanie[78]. Le pays est en effet confronté à la disparition du centre de formation des professions du spectacle après la chute du communisme, comme à une absence de cadre juridique ou technique pour les métiers de la scène[79]. Il réussit à faire aboutir ce projet qui apportera une meilleure organisation et un véritable centre de formation pour tous les théâtres de Roumanie[80].

Très attaché au développement des comédies musicales au côté des opérettes, il est aussi à l'origine, en 2008, du Festival de spectacles musicaux de Bucarest : Festivalului Internațional al Artelor Spectacolului Muzical „Viața e frumoasă!” (Festival international des arts de la scène musicale « La vie est belle ! »). La première édition se révèle un succès et ses spectacles sont considérés de qualité[81]. Le festival se produit tous les ans de 2008 à 2016[82].

Au cours de son mandat, tant que le théâtre dispose de la salle Studio du TNB entre 2008 et 2012, de grandes productions sont proposées au public : Liliacul (Die Fledermaus), primée en 2010[83], Silvia (Csárdásfürstin), trois comédies musicales Rebecca (comédie musicale) de Sylvester Levay sur un livret de Michael Kunze et Romeo și Julieta (Roméo et Juliette, de la haine à l'amour) de Gérard Presgurvic, Fantoma de la Operă (The Phantom of the Opera) d'Andrew Lloyd Webber, sur un livret de Charles Hart ainsi que l'opérette Văduva veselă (Die lustige Witwe) de Franz Lehár. Un rapprochement artistique entre la Roumanie et la Hongrie est par ailleurs mis en place au travers de spectacles coproduits avec le Théâtre d'opérette de Budapest.

Pendant la période 2006-2011, l'activité artistique est riche et les salles bien remplies, en témoignent les rapports d'activité et de direction publiés au ministère de la culture de 2012[84]. Le théâtre arrive à couvrir 15% de son budget, un chiffre jamais retrouvé depuis lors[85].

Une parenthèse mouvementée avec l'Opéra et la construction du nouveau théâtre Ion Dacian : 2012-2015

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La salle du théâtre.
Le foyer et le bar.
Théâtre d'opérette Ion Dacian - intérieurs.

Le , un incendie avait détruit partiellement la salle qui hébergeait le Théâtre National d’Opérette, ainsi que ses annexes, au Théâtre national de Bucarest (TNB). La presse dévoile alors la fragilité, l'impréparation et l’inadéquation des systèmes anti-incendie dans tous les lieux culturels de la capitale[86]. La troupe, dirigée par Amza Săceanu (depuis 1998) qui espérait pouvoir ré-utiliser les lieux rapidement[87], se retrouve sans salle, sans costume ni décors. Une longue errance de salles provisoires en tournées nationales commence alors, errance qui ne se terminera qu'en 2016[88]. En 2008, après avoir attendu 3 ans que la salle Omnia du ministère de l'intérieur soit aménagée, comme cela était annoncé en [89], la troupe est finalement accueillie dans la salle Studio du TNB, enfin reconstruite après l'incendie qui l'avait frappé fin 2005[90]. Mais elle doit la quitter en 2012 en raison d'un grand programme de rénovation du TNB[91]. Le Théâtre National d'Opérette part donc en tournée nationale en 2012-2013[92], en attendant de trouver une salle définitive consacrée à l'opérette et aux spectacles musicaux, dont la construction avait été annoncée en 2012[93]. Entre 2013 et 2015, c'est le Palatul Național al Copiilor (Palais national des enfants) de Bucarest qui héberge le Théâtre d'opérette.

Parallèlement, plusieurs conflits internes et contestations concourent à affaiblir le théâtre. Dès 2007, les artistes et leur syndicat se plaignent de la nouvelle salle Studio et de sa sonorisation, de la nouvelle direction et aussi de leur paie[94]. En , le gouvernement décide sans concertation la fusion de l'Opéra National de Bucarest avec le Théâtre National d'Opérette. La décision est très mal reçue par les artistes et la justice est même saisie pour demander une suspension de cette décision[95].

Après le retard de la rénovation de la salle Omnia prévue pour héberger le théâtre d'opérette, et face à une situation instable voire une impossibilité de jouer à certaines périodes, il est décidé de construire un nouveau bâtiment pour le théâtre. La décision est annoncée le par le directeur Răzvan-Ioan Dincă et le ministre de la culture lors d'une conférence de presse[96]. La nouvelle maison de l'Opérette est prévue pour l'automne 2013 pour un budget de 11 millions d'euros, aura une structure métallique en acier et se déploiera sur une superficie d'environ 3 400 m2, répartie sur trois niveaux. Un certain nombre de défis techniques doivent être surmontés en particulier la hauteur et la profondeur de la salle dont l'acoustique doit être parfaite, la façade principale vitrée de grande hauteur et des éléments en porte-à-faux[97].

"Braodway București", 2014.
Braodway București, 2014.
"Silvia", 2015.
"Silvia", 2015.

Il s'agit de la première salle moderne destinée aux spectacles musicaux en Roumanie depuis 1989, avec une capacité d'accueil de 550 spectateurs apportant une excellente visibilité à chaque spectateur, et équipée d'une machinerie scénique adaptée aux comédies musicales. Dotée d'une grande scène de 14 mètres de large sur 20 mètres de profondeur, d'une salle de répétition de chorale et de ballet, d'un espace de répétition pour l'orchestre, d'une fosse d'orchestre et d'un grand foyer d'une capacité de 100 à 150 places, le bâtiment compte aussi des cabines de répétition individuelles pour les musiciens, un dépôt de costumes, une cordonnerie, un atelier de couture, un dépôt de partitions ainsi que plusieurs espaces de service au public et des annexes[98]. Selon l'architecte Cristian Mihu, le bâtiment ne manque pas de qualités architecturales mais n'est pas situé là où il devrait pour un centre artistique de cette importance. Son éloignement du vieux centre de Bucarest dans un quartier entièrement démoli dans les années 1980, et ponctué de bâtiments au volumes marqués et en disharmonie les uns avec les autres, est regrettable. De surcroît ce type de bâtiment public aurait dû faire l'objet d'un concours d'architecture, ce qui aurait permis d'ouvrir des débats utiles et d'aborder un certain nombre de questions d'urbanisme non résolues à ce jour[99].

Le nouveau Teatrul Național de Operetă și Musical Ion Dacian est inauguré le avec la première du Fantôme de l'Opéra (The Phantom of the Opera)[100]. L'évènement anniversaire du pour les 65 ans du théâtre[101] sera l'un des derniers jours de spectacle avant une fermeture administrative en . Faute de réception en bonne et due forme, d'avis de fonctionnement nécessaire, et en raison d'un problème de sécurité électrique, sans oublier un litige sur le terrain où a été construit le bâtiment, Le théâtre reste fermé plusieurs années[102] et rouvre en . Un problème d'acoustique insuffisante constaté lors de la première représentation en 2015 n'a pas pu être réglé à ce jour[19], les chanteurs doivent donc porter un micro-cravate afin de pouvoir amplifier leur voix[103].

Le travail et la direction prise par Răzvan-Ioan Dincă ont été poursuivis par Alina Moldovan de 2013 à 2015. Le répertoire disponible lors des saisons 2012-2013 et 2013-2014 est très riche :

  • Comédies musicales : Rebecca de Sylvester Levay, des créations roumaines : Broadway-Bucureşti (création roumaine de référence), Supermarket et Paris, mon amour, un spectacle de foyer qui rencontre un grand succès et sera joué dans toute la Roumanie et pendant plusieurs années[104], sans oublier Romeo şi Julieta, de Gérard Presgurvic donnée la première fois en 2009 (première à Paris en 2001).
"Fantoma de la Opera", 2015.
"Fantoma de la Opera", 2015.
  • Opérettes : Liliacul (Die Fledermaus), Silvia (Princesse Czardas), Voievodul țiganilor (Der Zigeunerbaron) Contesa Maritza (Gräfin Mariza) et Văduva veselă (La Veuve joyeusee).
  • Théâtre-danse : Maria de Buenos Aires un opérita-tango d'Astor Piazzolla (Première en 2011), Royal Fashion et Urban Kiss, deux créations du théâtre.
  • Concerts et évènements : Festivalul Internațional al Artelor Spectacolului Muzical - Viața e frumoasă! Ve édition 2012 et VIe édition 2013 ; Tournée nationale 2012/2013 qui s'ouvre à Constanţa le avec Contesa Maritza (Gräfin Mariza) et se prolonge dans tout le pays dont Timişoara, Braşov, Sibiu, Târgu Mureş et Craiova ; Festivalul Zilele Monteorului en et 2013, à Sărata Monteoru (judeţul Buzău) ; Zilele Culturii Româno-Maghiare - Aiud, du 6 au  ; Gala Internaţională de Operetă şi Musical à Kiev le  ; Concert de Primăvară (Concert de Printemps: airs/arias et duos du répertoire international) ; Invitaţie la Vals, Concert de romanţe en 2014.
  • Spectacles de magie et spectacles pour enfants : Kids Magic Show, HAZARD, Cocoşelul Neascultător (Le cocq désobéissant), Frumoasa din pădurea adormită (La Belle au bois dormant) et Micuța Dorothy (La petite Dorothy) composé par Marius Țeicu (ro), un spectacle interactif pour les enfants pour les enfants issus d'unités d'éducation spécialisée et de milieux défavorisés en .

Les principaux spectacles proposés pour la saison 2014-2015 sont dans la continuation des deux saisons précédentes : Contesa Maritza (Gräfin Mariza), Liliacul (Die Fledermaus), Silvia (Princesse Czardas), Văduva veselă (La Veuve joyeusee), Voievodul țiganilor (Der Zigeunerbaron), pour les opérettes ; Dolce Vita, Fantoma de la Operă (The Phantom of the Opera) , Paris, Mon Amour, Rebecca, Romeo și Julieta (Roméo et Juliette, de la haine à l'amour) de Gérard Presgurvic pour les comédies musicales ; Anais, María de Buenos Aires pour le théâtre danse ; des galas, récitaux et pots-pourris mais aussi quelques opérettes pour enfants : Cocoșelul neascultător (Le cocq désobéissant) et Frumoasa din pădurea adormită (La Belle au bois dormant)[105].

Une institution chaotique au ralenti : 2015-2022

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"Victoria și al ei husar", 2017.
"Victoria și al ei husar", 2017.
Secretul lui Marco Polo, 2022.
Voievodul țiganilor, 2022.
Spectacles de la saison 2022-2023

La suspension par le ministère de la culture en 2015 du mandat d'Alina Moldovan, en raison d'une déclaration de patrimoine incomplète[106], mettra un coup d'arrêt au nouveau cap lancé en 2006. Innocentée et revenue à la tête du théâtre trois ans plus tard, Alina Moldovan constatant le démantèlement de tout ce qui avait été mis en place pendant 13 ans, démissionne une semaine après sa réintégration, en 2018[85]. Le très apprécié festival Viața e frumoasă! disparaît en 2017 pour être apparemment remplacé par un autre le festival Ion Dacian[107].

Le Festivalului Internațional al Artelor Spectacolului Muzical „Viața e frumoasă!” est arrêté sur la décision de la directrice intérimaire Bianca Ionescu-Ballo[108], et remplacé par le festival "Ion Dacian", un festival sans véritable écho dans la presse qui laisse deviner un évènement mineur[109] et sans envergure par rapport à Viața e frumoasă!.

Par ailleurs, la fusion entre l'Opéra National de Bucarest et le Théâtre National d'Opérette se révèle un mariage forcé et raté sans résultat probant, un nouveau gouvernement revient à la situation antérieure et le Théâtre d’Opérette de Bucarest retrouve son indépendance en [110].

La « valse » des directeurs contribue également au désordre profond qui secoue le théâtre. Entre 2015 et 2023, sept directions se succèdent sur fond de contestations internes, affaires judiciaires, démissions brutales inexpliquées, incompétences ministérielles, mais aussi en conséquence des scandales et luttes intestines incessantes à l'Opéra National de Bucarest[111], la maison-mère du Théâtre National d'Opérette de 2013 à 2016[112].

Enfin, une fois la séparation tant réclamée par les artistes effective, il est apparu, dans l'utilisation de l'argent public comme dans les performances artistiques, une absence complète de résultats qui a continué à entacher l'image de l'institution, mal gérée par son ministère de tutelle et sa propre direction[113],[85]. Entre 2017 et 2018, le théâtre est hébergé provisoirement au Palatul Național al Copiilor (ro). Les résultats des années 2017 et 2018 sont désastreux comme le montrent les indicateurs de performances publiés dans le cahier des objectifs du Concours de Projets de Management 2018 (celui remporté par Bianca Ionescu-Ballo)[114]. La période 2016-2018 ressemble plus à une période de congés ponctuée de rares journées d'activité pour les artistes, au vu du très petit nombre de spectacles joués : aucun spectacle en 2016, 27 en 2017 et 36 en 2018. Ainsi moins d'un spectacle est joué sur scène par semaine, et cela, sur la meilleure année : 2018. Cette situation anormale s'explique par la conjonction d'un énième déménagement, du chaos à l'Opéra National de Bucarest en 2016, et du changement de statut du TNOMID qui retrouve son indépendance de droit en , mais dans les faits seulement courant 2017.

Pour la saison 2015-2016 : la scène a présenté Fantoma de la Operă (The Phantom of the Opera), Romeo și Julieta (Roméo et Juliette, de la haine à l'amour) de Gérard Presgurvic, Silvia (Princesse Czardas) de Emmerich Kálmán, Dolce Vita et Anais.

La saison 2016-2017 est amputée de son année 2016  caractérisée par un vide retentissant , puis en 2017 sont joués Victoria și al ei husar (Viktoria und ihr Husar) de Paul Abraham, Liliacul (Die Fledermaus), la comédie musicale "London - A New Story" (de Bianca Ionescu-Ballo), et Bonjour, bonne nuit Paris!  dont le nome était à l'origine Paris, Mon Amour , spectacle de foyer original imaginé et créé par Răzvan-Ioan Dincă en 2010[104], mais profondément modifié par Bianca Ionescu-Ballo, il devient alors un collage hétéroclite.

Entre 2018 et 2023, outre les nombreux pot-pourris proposés, les pièces classiques d'opérettes Țara surâsului (Das Land des Lächelns), Voievodul țiganilor (Der Zigeunerbaron), Victoria și-al ei husar (Viktoria und ihr Husar) , Liliacul (Die Fledermaus), Candide (opérette), Secretul lui Marco Polo (Le secret de Marco Polo) sont à l'affiche presque chaque année. Côté comédies musicales, le public peut voir : My Fair Lady, Kiss Me, Kate, Jack, între dragoste și nebunie, une création du théâtre[115] et Rebecca[116], auxquels s'ajoute quelques ballets courts et des opérettes pour enfants : Frumoasa din pădurea adormită (La Belle au bois dormant) , Cenușăreasa (Cendrillon), Alice în Țara Minunilor (Alice au pays des merveilles), Ileana cea vitează (Ileana la Brave), une création roumaine.

Directions du théâtre National d'Opérette depuis 1990

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"Prințesa circului", 2024.
"Prințesa circului", 2024.
"Meșterul Manole", 2024.
"Meșterul Manole", 2024.
Période Directeur
1990 - 1992Sorana Coroamă-Stanca (ro)
1992 - 1994Nicolae Ciubuc[117]
1994 - 1999Dorin Teodorescu (ro)
2001 - 2006Amza Săceanu[118]
2006 - 2012Răzvan-Ioan Dincă (ro)
2013 - 2015Alina Moldovan
- En septembre 2013,le théâtre d'opérette passe sous la tutelle de l'Opéra National de Bucarest -
2015 - 2016George Călin
2016 (moins d'une semaine début avril)Tiberiu Soare (ro)
2016 (8-19 avril)Vladimir Vlad Conta (ro)
2016 (mai)Beatrice Rancea
2016 - 2018Bianca Ionescu-Ballo (intérimaire)
- En novembre 2016, le théâtre d'opérette redevient indépendant -
2018 (une semaine)Alina Moldovan
2018 - 2023 (novembre)Bianca Ionescu-Ballo (mandat de cinq ans)
2023 (novembre) - 2024 (décembre)Radu Petrovici (intérimaire)[119]
2025 - 2029Radu Petrovici (mandat de cinq ans)

Situation du théâtre Ion Dacian fin 2024

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Opereta Lounge "Operetele mele"
Opereta Lounge "Tango passion"
Opereta Lounge "Tango passion" et son public
Les "Opereta Lounge" du Théâtre Ion Dacian.

Les éléments d'information de ce chapitre ont pour source les rapports d'activité publiés sur le site du ministère de la culture roumain[120], les livrets d'objectifs pour le concours de projets de gestion 2018 et 2014[121], ainsi que le projet de gestion du concours 2024 pour la direction de l'institution[122].

La saison 2023-2024, sous la houlette du nouveau directeur intérimaire Radu Petrovici, se différencie par un resserrement des spectacles majeurs : Meșterul Manole (operă rock) (ro) d'après un projet d'opéra-rock du groupe Phoenix, et Prințesa circului (Die Zirkusprinzessin) d'Emmerich Kálmán.

Le public et son appréciation

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La saison théâtrale se déploie généralement entre octobre (année n) et juin (année n+1).

L'institution a lancé des sondages d'opinion auprès des spectateurs afin de suivre l'évolution du profil actuel du public, cela au cours de la période 2021-2023. Ces sondages sont complétés par les statistiques fournies par la page Facebook. Malgré des résultats incomplets, et dont la cohérence peut être améliorée, le public du théâtre évolue et des tendances claires ont pu être observées[123]:

  • L'audience des 20–26 ans connaît un taux de croissance constant : de 13,33 % en 2021 à 23,50 % en 2023, ce qui compense la baisse de l'audience senior (plus de 60 ans) qui est passée de 18,88 % en 2021 à 9,13 % en 2023 ;
  • La motivation de la baisse de participation du public est notamment le manque de qualité des prestations, la proportion de ces retours étant en constante augmentation, passant de 24,44 % en 2021 à 33,33 % en 2023 ;
  • Les préférences du public du TNOMID sont particulièrement orientées vers les comédies musicales, avec une moyenne de 31,52 % sur la période 2021-2023, suivies de l'opérette avec 24,19 %.
  • L'opéra est un genre musical de plus en plus apprécié par le public, avec une moyenne de 14,17 %, mais en augmentation de 14,18 % en 2021 à 18,03% en 2023.

En 2025, la catégorie de public la plus importante se trouve dans le segment d'âge jusqu'à 35 ans (43,71 %), la revitalisation de l'institution attirant un segment important d'un nouveau public avec 30,13 % de nouveaux spectateurs. D'autre part, la moyenne des notes attribuées par le public est de 9,65/10[124].

Image et communication

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Considérée comme démodée et dépourvue d'originalité, l'identité visuelle a été remplacée en . Le nouveau logo représente une métaphore minimaliste du volume du bâtiment du théâtre.

En ce qui concerne la communication, la principale présence publique reste le réseau social Facebook. Le site web, en cours de reconfiguration depuis , reflète le changement de vision, mettant en avant les informations utiles au public, à savoir la liste des spectacles à venir, accompagnée de liens vers les agences de billetterie en ligne.

Artistes et qualité des spectacles

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La qualité des spectacles laisse à désirer dans les années chaotiques (2016 à 2019)[85] et Les "pots-pourris" (mélanges de plusieurs extraits d’œuvres) qui bouchent les trous d'une programmation insuffisante, persistent jusqu'en saison 2022-2023. Ainsi, durant la période 2021-2023, le succès de nombre de premières n'est pas au rendez-vous. On joue Candide, la célèbre opérette de Leonard Bernstein, My Fair Lady, mise en scène par feu Ion Caramitru, Der Zigeunerbaron et Le Secret de Marco Polo, des titres du grand répertoire de l'opérette, une première de comédie musicale en 2022 Jack, între dragoste și nebunie (Jack, between love and madness) de Diego Mecchi, et plusieurs premières de ballet/danse contemporaine (Le Vitrail d'une vie, Alice au pays des merveilles, etc.), ainsi que des reprises de spectacles plus anciens (par exemple Rebecca, Butterflies), sans attirer le public. La multiplication de nombreux spectacles de type "collage" ou pots-pourris mettant bout à bout des fragments de diverses opérettes ou comédies musicales pallie l'échec de certaines premières produites, cela avec le moins de coût possible. Le spectacle Candide a été ainsi arrêté très rapidement à la seconde représentation, tué par la pandémie, et les autres premières n'ont pas dépassé, en moyenne, un nombre de 1,5 représentations sur trois ans[125].

L'installation d'un nouveau directeur intérimaire en 2024, Radu Petrovici, a été marqué par une comédie musicale basée sur une composition originale roumaine Meșterul Manole (ro), qui s'avère un grand succès et se joue à guichet fermé[126], suivi d'une tournée nationale. Les programmes proposés pour le second semestre 2024 utilisent le stock de productions existant en présentant les spectacles les plus aboutis[127].

Des finances fragiles, en cours de redressement

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La période précédant l’installation définitive de l'institution dans son nouveau théâtre () a été très affectée par une période instable tant en terme d'indépendance, d'organisation que de possibilité de disposer d'une salle.

En conséquence, la performance des deux premières années (2017, 2018) dans le nouveau bâtiment est très faible et les coûts par spectateur déraisonnables : 4 300 lei (soit environ 924 euros), deux fois plus élevé que le même coût du Metropolitan Opera de New York. La vente de billets a plafonné à 4 600 billets vendus pour toute l'année 2017, une saison qui n'a mis à l'affiche que 12 spectacles et 27 représentations[128]. La priorité du gestionnaire lors de son premier mandat officiel (2018-2023) a été de sauver l'institution. En 2023, on compte plus de 30 000 spectateurs payants pour 77 représentations. Le coût par spectateur a baissé pour atteindre environ 1 000 lei (soit 202 euros), un niveau plus proche de la normale. Mais la situation financière du théâtre reste précaire[129].

L'institution récemment ré-instaurée (en 2016) n'a même pas réussi à garder les droits de présentation de la comédie musicale Le Fantôme de l'Opéra, alors que les représentations de 2015 avaient été très réussies. Le titre a donc été retiré du répertoire, sans être amorti financièrement et en plein succès.

En 2025, le redressement financier est spectaculaire, les revenus propres atteignant un maximum historique de 4 millions de lei, soit 78 % de plus qu'en 2023, dans le contexte d'un financement public le plus faible sur la période 2017-2025.

Le projet 2025-2029

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Radu Petrovici, Directeur général en 2025.
Radu Petrovici, Directeur général en 2025.

Les éléments d'information de ce chapitre ont pour source le projet de gestion 2024-2029[122].

Selon Radu Petrovici, le nouveau directeur de l'institution depuis 2025[130] :

« L'opérette n'est pas le parent pauvre de l'opéra, et la comédie musicale n'est pas la vulgarisation de l'opérette, mais elles sont les sœurs plus jeunes et plus joyeuses du théâtre, de l'opéra et de la musique classique. Elles sont l'âme d'une fête donnée sur de la musique raffinée et complexe. L'opérette et la comédie musicale, aux côtés de l'opéra et de la musique classique, sont importants pour la Roumanie car ils attestent et certifient son identité européenne sur le plan culturel."[131]. »

Stratégie et Politique artistique 2025-2029

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Selon le projet de gestion du Théâtre National d'Opérette et de Comédie Musicale „Ion Dacian” pour la période 2024–2029[122], le TNOMID bénéficie d'un public fidèle, attaché aux spectacles musicaux. Les sondages réalisés ces dernières années soulignent la nécessité d'interventions sur l'offre de spectacles sur plusieurs plans : réduction des événements de type gala, collages ou concerts, concentration sur l'amélioration de la qualité des spectacles existants ou à venir et l'exploration d'autres genres musicaux, tels que l'opéra-comique (singspiel) et le théâtre musical.

Un nouveau type d'évènement-spectacle a été lancé en 2024 : l'opéreta Lounge (Salon d'opérette)[132] ou Salon d'opérette, qui consiste à utiliser le foyer du théâtre en scène ouverte sur le public, où la séparation naturelle scène-public n'existe plus et les échanges entre les deux sont favorisés. Les articles circulent près des spectateurs et les mouvements sont fluides. Ce salon accueille concerts en direct, récitals de musique classique, expositions d'art et soirées de danse, de lecture ou de poésie[133].

Toujours selon la direction du théâtre, Le TNOMID vise d'une part à augmenter la rentabilité des spectacles en multipliant le nombre de fois où le même titre est donné sur scène, et d'autre part à mettre en avant les comédies musicales modernes. Une meilleure qualité artistique est aussi recherchée, elle sera facilitée par la persistance des titres, permettant plus de répétitions.

La programmation de la saison 2024-2025 comporte autant de comédies musicales : Romeo și Julieta (Roméo et Juliette, de la haine à l'amour), bien reçue par la critique et dont le succès a permis de prolonger le nombre de représentations jusqu'à 20, dans la période mars-[134], My Fair Lady, Meșterul Manole, Jack, între dragoste și nebunie (Jack, between love and madness) de Diego Mecchi et Rebecca, que d'opérette : Voievodul Țiganilor (Der Zigeunerbaron), Liliacul (Die Fledermaus), Prințesa Circului (Die Zirkusprinzessin)[135], Victoria și-al ei husar (Viktoria und ihr Husar), Țara surâsului (Das Land des Lächelns).

A ces deux genres s'ajoutent des salons d'opérette (Opereta Lounge) : Operetele mele - Recital Emmerich Kalman, des pot pourris : Musical Evolution, Bonjour, bonne nuit, Paris, un ballet Fluturi, un spectacle pour Noël: Joyful Christmas et une tragédie lyrique : Vocea Umană ( La Voix humaine) de Francis Poulenc sur des paroles de Jean Cocteau[136]

Le Théâtre d'opérette de Bucarest est le seul théâtre spécialisé en opérette dans toute l'Europe, les autres ont fermé ou bien se sont reconvertis. En comparaison avec le paysage sinistré du spectacle lyrique français que décrit Christiane Stutzmann en 2017[137], la Roumanie porte encore le flambeau d'une scène consacrée à l'opérette, mais aussi aux comédies musicales. Le TNOMID produit essentiellement des adaptations étrangères et propose de temps en temps des créations roumaines.

D'après les différents rapports d'activité produits par le théâtre depuis 2008, le public de l'opérette est clairement senior (plus de soixante ans à 80 %) tandis que celui des comédies musicales est nettement plus jeune (20-45 ans à 80 %). Le théâtre multiplie les comédies musicales afin de développer le public plus jeune, ce qui lui permet d'augmenter ses recettes (le prix d'une place de comédie musicale est plus élevé de celui d'une opérette) par spectacle et de fidéliser un nouveau public.

Ainsi, un nouvel opéra-rock, inspiré d'un immense succès de la musique rock roumaine des années 1970 du groupe légendaire Phoenix: Cantafabule (ro), a été annoncé par le directeur du théâtre le , pour la saison 2025-2026. La production sera une création entièrement roumaine, un projet en collaboration avec l'ex-chanteur, compositeur et musicien du groupe: Josef Kappl (ro)[138].


Bibliographie

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Opérette & arts

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Filmographie, émissions radiophoniques et airs d'opérette

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  • (ro) Adina Sima - "Orhideea", de Teatrul Național de Operetă și Musical "Ion Dacian" (prod.) et de Dance Motion Program (réal.), 23 avril 2022, Enregistrement vidéo, 3 minutes et 51 secondes [voir en ligne] : Invitée spéciale : Adina Sima, chante un air du musical 'Rebecca', 'Manifeste pour la paix', dans le programme intensif de préparation Dance Motion, édition 6. Théâtre National d'Opérette et Musical 'Ion Dacian'.".
  • (ro) Nicolae Leonard și Hariclea Darclée, de Radio România Cultural (prod.) et de Daniela Ivanov (réal.), 22 décembre 2022, Diffusion radiophonique, 29 minutes [voir en ligne] : « Azi ne întâlnim cu două voci mari. Aflăm povestea vieții ”prințului operetei” – Nicolae Leonard și povestea premierei mondiale, la Roma, a operei Tosca, de Puccini, care a fost salvată de la dezastru de Hariclea Darclée. » (« Aujourd'hui, nous rencontrons deux grandes voix. Nous découvrons la vie du « prince de l'opérette », Nicolae Leonard, et l'histoire de la première mondiale à Rome de Tosca de Puccini, sauvée du désastre par Hariclea Darclée. » en roumain).
  • (ro) Cum a murit marele Constantin Tănase, de Stellarium (prod.) et de Flavius Calin (réal.), 22 janvier 2023, Enregistrement vidéo, 9 minutes et 47 secondes [voir en ligne].
  • Printesa Circului, de TNOMID (prod.) et de Beatrice Rancea (réal.), 13 décembre 2024, Enregistrement vidéo, 59 secondes [voir en ligne] : Spectacle joué au Théâtre National d'opérette de Bucarest.
  • Opereta Lounge - Extraits de la saison 2023-2024:
    • (ro) Operetă Lounge - Sorin Zlat Jazz Series, de TNOMID, 31 mai 2024, Enregistrement vidéo, 1 minute 55 secondes [voir en ligne].
    • (ro) Opereta Lounge - Tango Passion, de TNOMID, 13 juin 2024, Enregistrement vidéo, 2 minutes et 50 secondes [voir en ligne].
    • (ro) Opereta Lounge - Interbelic Serenade, de TNOMID, 6 juillet 2024, Enregistrement vidéo, 2 minutes et 1 seconde [voir en ligne].
    • (ro) Opereta Lounge - Sueño latino, de TNOMID, 7 juillet 2024, Enregistrement vidéo, 1 minute 48 secondes [voir en ligne].
    • (ro) Tango Passion - Teaser, de TNOMID, 22 juillet 2024, Enregistrement vidéo, 37 secondes [voir en ligne].
    • (ro) Opereta Lounge - Dragă Ana- One woman musical show, de TNOMID, 22 mai 2024, Enregistrement vidéo, 2 minutes et 33 secondes [voir en ligne].
  • (ro) Vocea Umană, de TNOMID (prod.) et de Radu Petrovici (réal.), 08 février 2025, Enregistrement vidéo, 1 minute 23 secondes [voir en ligne] : Spectacle joué au Théâtre National d'opérette de Bucarest.

Airs d'opérette et revues

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  • (ro) interprète : Constantin Tănase (en) année=1920-1945, « Antologie de cuplete din perioada interbelică » [« Anthologie de couplets de la période de l’entre-deux-guerres »], 58 minutes (Enregistrement discographique), sur youtube.com, Bucarest (consulté le ).
  • (ru) interprète : Svetlana Varguzova, « The Wind of Liberty: Pepita's Song "Chertovu dyuzhinu detishek " », Air issu de l'opérette Vent de Liberté de Isaac Dounaïevski, enregistrement de 1999, Album "Operetta, Operetta, Operetta", 1999, Moscow Operetta Theatre Orchestra - 3 minutes et 10 secondes (Enregistrement discographique), sur youtube.com, Moscou, Melodya, (consulté le ).
  • (ro) interprète : Ion Dacian (ro), « Când sărmanul tatăl meu » [« Quand mon pauvre père »], Air tiré de l'opérette Vânzătorul de păsări (Der Vogelhändler) de Carl Zeller. Album "Arii și Duete din operete", Teatru National de Opereta Ion Dacian, Electrecord, EDC 746 Ion Dacian – Arii Și Duete Din Operete - 5 minutes et 11 secondes (enregistrement discographique), collecton "Memoria Operetei", sur youtube.com, Bucarest, Electrecord, 2006 (enregistrement original vers 1960) (consulté le ).
  • (ro) interprète : Ion Dacian (ro), « Ion Dacian si Corul Operetei Bucuresti-Mugurel de cantec romanesc (din opereta "Lasati-ma sa cant") » [« Ion Dacian et le Chœur d'Opérette Bucarest-Mugurel (extrait de l'opérette Lasati-ma sa cant) »], Lăsați-mă Să Cînt (Selecțiuni), Gherase Dendrino, Electrecord, ECD 1131, România, 1966 (Enregistrement discographique), sur youtube.com, Bucarest, Electrecord, (consulté le ).
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  • (ro) interprète : Ion Dacian, « Sărmane lăutar pribeag » [« Pauvre violoniste errant »], Extrait de Medalion Gherase Dendrino - 1 minute 46 secondes (Diffusion TV), sur youtube.com, Bucarest, TVR, (consulté le ).
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  • (ro) interprète : Cleopatra Melidoneanu soprano, « CLEOPATRA MELIDONEANU - Cavassi-Butoiescu MĂTUȘA MEA, FAUSTINA », Enregistrement de l'opérette Mătușa mea, Faustina, Cleopatra Melidoneanu soprano - Liviu Cavassi (chef d'orchestre), Chœur et orchestre du Théâtre National d'Opérette - 4 minutes et 17 secondes (Diffusion radiophonique), sur dailymotion.com, Bucarest, romaniaevocis, (consulté le ).
  • (ro) interprète : Corul Conservatorului Ciprian Porumbescu (Choeur du conservatoire Ciprian Porumbescu), « Ciprian Porumbescu - Crai nou, Cor - Aria Dochitei - Hora » [« Ciprian Porumbescu - Crai nou, Chœur - Aria de Dochieta - Hora »], Air tiré de l'opérette Crai nou, Orchestre du Studio de la Radio Roumaine et Chœur du Conservatoire Ciprian Porumbescu, direction : Carol Litvin, EDC 162, Roumanie, 2007, 1995 (1ère édition) - 4 minutes et 56 secondes (Enregistrement discographique - Ref Electrecord – EDC 162), sur youtube.com, Bucarest, Electrecord, (consulté le ).

Rapports d'activités, livret d'objectifs des concours de direction, et projets de gestion présentés aux concours

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  • Page des concours de direction organisé pour le Théâtre national d'opérette et de comédie musicale « Ion Dacian » - (ro) Ministerul Culturii (Ministère de la Culture), « "Transparență - Managementul instituțiilor subordonate - Anunțuri management" » [« Transparence - Gestion des institutions subordonnées - Annonces de direction »], sur cultura.ro, depuis 2016 (consulté le ).
    • Concours 2018 pour le mandat 2019-2023 : (ro) Ministerul culturii și identității naționale, O.M.C.I.N. nr. 2605-03.08.2018 – caiet de obiective TNOMID Ministère de la Culture et des Identités Nationales nr. 2605-03.08.2018 – Livret des objectifs du TNOMID »], Bucarest, Ministerul culturii și identității naționale, , 21 p. (présentation en ligne, lire en ligne).
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Liens externes

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Notes & références

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  80. Les résultats probants de Scenart au bout d'un an de projet:
  81. Articles et interview de 2008 à 2013 :
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  94. Une fusion contestée entre l'Opéra et l'Opérette :
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  101. La fermeture du théâtre et ses nombreux problèmes techniques ou juridiques :
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  103. 1 2 Deux Articles de presse: un annonçant la première et le second évoquant le succès de la pièce :
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    • (ro) Redactia Hotnews, « Teatrul National de Opereta lanseaza albumul cu muzica din spectacolul "Paris, mon amour" » [« Le Théâtre national d'opérette lance un album avec la musique du spectacle "Paris, mon amour" »], « Le spectacle Paris, mon amour est l'une des productions les plus réussies de l'institution, jouée jusqu'à présent dans plus de dix villes du pays devant des milliers de spectateurs. Construit sur la structure d'un collage de différents moments musicaux, Paris, mon amour imagine un monde du Paris de tous les jours, mais aussi du Paris des courtisanes, des bouquetières, des petits vendeurs ambulants et des amoureux de partout. La première du spectacle a eu lieu en avril 2010 dans le Foyer du Théâtre National de l'Opérette, décoré sous la forme d'un café parisien, où les spectateurs, assis à des tables, pouvaient prendre une coupe de champagne et une tarte au caviar pour profiter de l'atmosphère bohème de Paris de la manière la plus agréable possible. Răzvan-Ioan Dincă, le metteur en scène du spectacle, a déclaré à l'occasion de la première : « Je voulais porter sur scène un Paris au parfum vintage, celui que l'on voit sur les photographies sépia, un mélange de superflu et de profond, de grotesque et d'appétissant, de charmant et parfois d'inaccessible, une ville de femmes aisées, de bidonvilles et de taudis, un mélange de réel et de touristique… Quant aux personnages, ils se construisent en fonction de la situation que la musique, le phrasé musical et parfois les paroles supposent. Des fragments de vie sont ajoutés et présentés au public comme des représentants de certains groupes, quartiers et mentalités. » », sur hotnews.ro (HotNews.ro), (consulté le ).
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  126. les critères de performance officiels sont en effet très mauvais: (ro) Ministerul culturii și identității naționale 2018, p. 9.
  127. les critères de performance officiels devenus acceptables en 2024 : (ro) Ministerul culturii 2024, p. 15.
  128. (ro) AGERPRES, « Radu Petrovici - declarat câştigător, în urma finalizării concursului de management pentru Teatrul de Operetă Ion Dacian » [« Radu Petrovici - Déclaré vainqueur au concours pour la direction du théâtre d'opérette « Ion Dacian » »], sur agerpres.ro (Agerpres), (consulté le ).
  129. traduction française : (ro) Radu Petrovici 2024, p. 3.
  130. (ro) Teatrul Național de Operetă și Musical „Ion Dacian”, « Opereta Lounge » [« Salon d'opérette »], sur opereta.ro (TNOMID), 2024-2025 (consulté le ).
  131. (ro) Extraits d'"opereta Lounges" proposés par le TNOMID sur la saison 2023-2024 :
  132. Articles et critiques sur Romeo și Julieta produit au TNOMID en mars 2025 :
  133. (ro) Printesa Circului 2024.
  134. Articles de presse et extrait du spectacle :
  135. Christiane Dupuy-Stutzmann 2016-2017, L'opérette est-elle amenée à disparaître ?, p. 443-456.
  136. (ro) Agerpress, « Radu Petrovici, managerul Teatrului Național de Operetă: Pentru anul viitor - un musical bazat pe albumul 'Cantafabule' » [« Radu Petrovici, directeur du Théâtre national de l'opérette : Pour l'année prochaine - une comédie musicale basée sur l'album « Cantafabule » »], sur agerpres.ro (Agerpress), (consulté le ).