Tombe des géants

monuments funéraires appartenant à la culture nuragique, 1600-238 av. J.-C., Sardaigne

Une tombe des géants (tomba dei giganti en italien) est un monument funéraire appartenant à la culture nuragique (1600 - ). On recense un peu moins de 1 000 tombes des géants dans toute la Sardaigne, en Italie. Il existe deux grands types de tombes de géants : des tombes aériennes, mégalithiques, les plus nombreuses, et des tombes hypogées à façade architecturale, imitant le type mégalithique, dont l'aire de diffusion est beaucoup plus restreinte. L'essor de deux types d'architecture est certainement parallèle et contemporain et semble lié autant à la persistance locale de la tradition des « domus de janas » néolithiques qu'aux possibilités matérielles offertes par les sites d'implantation.

Exèdre de la tombe des géants de Coddu Vechiu (Arzachena).

Étymologie

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L'origine du terme « tombe des géants » peut autant s'expliquer par la taille de ce type de monument[1],[2] que par la tradition homérique. Selon l'Odyssée, Ulysse accoste sur l'île des Lestrygons, un peuple de géants anthropophages, dont le roi se nomme Antiphatès. Il est probable que le royaume des Lestrygons corresponde à la Sardaigne et à la Corse et que le récit homérique retranscrive un conflit réel entre les marins grecs et les autochtones, soit à l'époque mycénienne, soit à l'époque historique, les Eubéens ayant atteint les côtes sardes au Xe siècle av. J.-C., époque où ils commerçaient avec les Tyrrhéniens.

Architecture

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Les tombes de géants sont généralement construites en étroite relation topographique avec un nuraghe ou un village voisin. Généralement, elles sont isolées ou constituent de petits groupes (deux ou trois tombes), mais parfois elles constituent de véritables nécropoles qui ne sont pas liées à une seule unité d’habitat mais occupent un espace bien défini qui pourrait correspondre à une aire communautaire, sacrée et inviolable, au service de plusieurs villages plus ou moins équidistants de la nécropole (7 tombes à Narbolia, 6 à Su Pranu, 5 à Madau, 4 à Birori)[3],[4].

Au fil du temps, les tombes ont subi d’importantes dégradations voire destructions, si bien que la proportion de monuments dont la structure n’est plus définissable, en raison du mauvais état de conservation ou de lacunes dans les sources, atteint 50 %[4].

Tombes mégalithiques

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Il est admis que l'architecture des tombes des géants s'est inspirée de celle des constructions mégalithiques funéraires qui les ont précédées, dolmens et allées couvertes[5]. Au cours de la période nuragique, les tombes mégalithiques ont connu une évolution architecturale. Dans un premier temps, les tombes sont directement inspirées des anciens monuments mégalithiques, les bâtisseurs nuragiques se contentant de rallonger le couloir funéraire et de rajouter une façade monumentale à une allée couverte traditionnelle[6]. Ce processus est bien documenté pour les tombes de géants de Li Lolghi, Coddu Vecchiu, Moru (Palau), Lu Brandali (Arzachena), Aidu (Cossoine) et Paule Luturru (Samugheo). Une transformation analogue eut lieu à Su Cuaddu de Nixias (Lunamatrona), où une ciste lithique à faciès Monte Claro fut intégrée dans une tombe de géants de type dolménico-stélaire[6]. On recense près de 300 monuments de ce type.

La structure canonique de la tombe de géants, presque toujours répétée avec très peu de variations, est celle d’une chambre sépulcrale de forme rectangulaire, dont le côté postérieur curviligne est dit « en abside »[6]. La façade monumentale est construite avec de grands orthostates plantés en arc de cercle, d'une hauteur décroissante du centre vers les extrémités, dessinant une forme d'exèdre, au pied de laquelle court un banc-siège[6]. La dalle centrale est la plus haute (3 à 4 m) et la plus finement ouvragée. Elle s'apparente à une stèle de forme semi-ogivale, communément appelée « stèle cintrée » : formée d'une dalle (ou de deux dalles superposées) rectangulaire ou trapézoïdale, à surface travaillée, dont la partie supérieure est courbe, et dont le profil est généralement souligné par un cadre en relief marquant aussi une division horizontale[4]. La stèle correspond au point central de la tombe et en signale la présence de loin[4]. La base de cette stèle comporte une petite ouverture, un petit portillon d’entrée de forme trapézoïdale ou arquée[4], mais c'est une ouverture symbolique, la véritable ouverture se situant latéralement sous forme d'une porte à linteau ou d'un portillon aménagé dans une dalle trapézoïdale (Battos et Iloi à Sedilo, Tamuli à Macomer, Perdu Pes et Badde Pizzia à Paulilatino, S’Ena Iloghe et Sant’Arvara à Dorgali, etc.)[3].

La chambre est le plus souvent partiellement enterrée. Elle est de forme rectangulaire, d'une hauteur de 2 à 3 m, recouverte par des dalles posées à plat ou en encorbellement[2]. La superficie des chambres funéraires des plus grands monuments varie d'environ m2 (Is Concias, Sa Domu e S'Orcu, Coddu Vecchiu) jusqu'à 17,8 m2 (Goronna), en passant par des valeurs intermédiaires (Monte de s'Ape et Li Lolghi environ 12 m2)[7]. L'ensemble était à l'origine recouvert d'un tumulus allongé[8],[4], ressemblant à une coque de bateau renversée, avec une hauteur décroissante de la façade vers la partie postérieure, généralement arrondie en « abside »[5].

Dans un second temps, au cours du Bronze moyen II (1400 - ), au centre et au nord de la Sardaigne, les orthostates et la stèle d'entrée disparaissent au profit de murs cyclopéens, inspirés de l'architecture des nuraghes, construits avec des blocs polygonaux parfaitement façonnés et joints, sur lesquels reposent des assises ordonnées de pierres bien travaillées[3] ; orthostates latéraux et murs cyclopéens pouvant coexister[8]. On observe aussi des exemples clairs de restructuration d’une ancienne tombe à orthostates et « stèle cintrée » en une tombe à façade construite avec des assises isodomes dans le centre-nord de l’île (Jumpadu à Oliena, Madau 2 à Fonni)[3]. La littérature archéologique n'est pas très homogène, elle adopte plusieurs terminologies et la dénomination « dolménique‑orthostatique » peut parfois désigner des éléments certes orthostatiques, mais aussi des tombes isodomes, construites avec des blocs travaillés de manière extrêmement soignée, utilisant des dalles à ajustement parfait pour la façade et les parois de la chambre, des blocs à profil curviligne pour l’abside, et des arcs monolithiques pour la couverture (Iloi 1 et 2, Busoro‑Sedilo, Biristeddi‑Dorgali, Tamuli‑Macomer)[4].

L'entrée est alors remplacée par un trilithe, avec parfois un bloc supérieur de forme parallélépipédique ou tronco-pyramidale, dit bloc « à denticules », comportant toujours trois cavités en arc de cercle ou à section quadrangulaire, comprises entre quatre denticules, toujours équidistants et de dimensions égales. Cette pierre, habituellement une par tombe, plus rarement deux (S’Abbaia à Silanus) et exceptionnellement trois (Elighe Onna à Santu Lussurgiu), n’a jamais été retrouvée dans sa position originelle, même s’il paraît tout à fait probable qu’elle ait été placée au centre de l’exèdre pour fermer le profil supérieur de la façade arquée de l’exèdre. Cet élément architectural singulier est documenté dans une cinquantaine de tombes, presque toutes situées dans le centre de la Sardaigne et plus rarement dans le Sulcis (Barrancu, Su Nidu ’e Su Crobu). La fonction de ce bloc demeure très controversée[4]. Une première interprétation a conduit à y voir un simple élément décoratif mais la découverte ultérieure de trois petits piliers lithiques fragmentaires dans la couronne de la tombe à façade architectonique IX de Sos Furrighesos à Anela a été à l'origine d'une nouvelle interprétation. Selon cette thèse, le bloc « à denticules » aurait comporté une fonction cultuelle, où chaque cavité aurait été destinée à accueillir de petits bétyles[9] comportant un langage symbolique identique à celui des bétyles de plus grandes dimensions associés à certaines tombes de géants. En 1995, Giovanni Lilliu a rejeté cette théorie au motif qu’il n’y avait aucune correspondance entre le diamètre des trous des blocs et celui des petits bétyles trouvés dans les tombes respectives. Certains chercheurs, dont Mauro Perra, y voient un élément structurel et décoratif placé au sommet de l’exèdre, servant à un mécanisme d’ouverture de la chambre pour y introduire le défunt par le haut et Lilliu a repris ultérieurement cette hypothèse en l’appliquant à la tombe de Bidistili à Fonni. Cette nouvelle interprétation soulève toutefois de nombreuses objections, quant à son caractère complexe et peu fonctionnel, tout en présentant un risque d'instabilité certain dans le cas d'une couverture de forme ogivale[3].

En Sardaigne méridionale, et dans une moindre mesure dans la Sardaigne centrale, les tombes de géants comportent une structure en assises de blocs plus ou moins équarris et une entrée avec architrave, qui rappellent directement l’architecture et les techniques constructives des nuraghes et définies comme « nuragiques » pour cette raison par Giovanni Lilliu (Sa Domu e S’Orcu, Is Concias)[10].

Tombes hypogées à façade architecturale

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On désigne ainsi les tombes de géants, entièrement ou partiellement creusées dans la roche, en forme d'hypogée, dont l'architecture extérieure imite les tombes de géants mégalithiques. Diverses expressions peuvent aussi être utilisées pour les désigner : « tombes hypogées de géants », « tombes de géants taillées dans la roche », « tombe à façade architectonique », « domus de façade », « domus à architecture apparente ». L'utilisation du mot « domus » présente l'intérêt de souligner l'étroite parenté de ces tombes avec la tradition hypogée prénuragique des « domus de janas » tout en comportant un risque de confusion[11]. P. Melis a recensé 94 tombes hypogées à façade architecturale[12]. L'aire de diffusion de ce type de sépulture semble être limitée au nord-ouest de la Sardaigne, et en particulier à la province de Sassari à une exception près. L'apparition des tombes hypogées à façade architecturale trouve probablement son origine dans la longue tradition funéraire des hypogées néolithiques, caractéristique du nord-ouest de la Sardaigne, mais elle pourrait aussi s'expliquer par un contexte géomorphologique favorable (présence de roches très tendres, existence de parois naturelles verticales se prêtant bien à la création de façades monumentales)[11].

Si l'archéologue G. Lilliu avait dans un premier temps défendu l'hypothèse de la priorité du modèle hypogée sur le modèle mégalithique, puis dans un second temps soutenu la thèse inverse, alors que E. Castaldi avait émis l'idée de la concomitance des deux versions, il n'y a désormais plus aucun doute : les tombes hypogées sont de claires imitations des tombes des géants mégalithiques et leur essor réciproque est certainement parallèle et contemporain. Cela est démontré sans équivoque sur le site de la nécropole de Sa Figu à Ittiri : la tombe II, constituée d'une ancienne domus de janas creusée dans la paroi rocheuse, a été recouverte d'un « tumulus » construit, avec des orthostates et des pierres, de manière parfaitement analogue à celui des tombes des géants mégalithiques ; quant à la tombe IV, son tumulus a été entièrement taillé dans la roche au-dessus de la paroi où a été creusée la chambre[13]. Dans les deux cas, la création du « tumulus » est sans aucune justification fonctionnelle puisqu'un tumulus est normalement destiné à protéger la chambre funéraire, ce qui s'avère ici totalement inutile. Il ne reste que 40 tombes où l'on peut encore identifier des traces du tumulus, dans les autres cas l'état de ruine de la tombe est tel que cet élément ne peut être déduit que par la présence d'une excavation visible dans sa partie supérieure[14]. Dans les rares cas où la tombe a été creusée dans un bloc erratique (Campu Lontanu I à Florinas, Sa Figu V, Crastu Peltuntu à Giave), on constate que le bloc a également été retravaillé pour lui donner un profil allongé et voûté symbolisant le tumulus funéraire mais l'exèdre est manquante, bien qu'elle ait pu être construite avec des orthostates, aujourd'hui disparus[13]. Dans tous les cas, il apparaît par conséquent que l'objectif est donc de reproduire, le plus fidèlement possible, un type d'architecture « standardisé »[15].

Extérieurement, les tombes hypogées à façade suivent ainsi un modèle architectural assez codifié, caractérisé par la présence d'une exèdre semi-circulaire et d'une haute « stèle cintrée » placée au centre de la façade du tombeau, toutes deux creusées dans la paroi rocheuse ou construites avec des dalles orthostatiques imitant presque parfaitement la façade d'une tombe des géants de type mégalithique. La composition de la « stèle cintrée » s'organise selon quatre types principaux : le premier est constitué d'une « lunette » surmontant un panneau percé dans sa partie inférieure de la porte d'accès, le deuxième est semblable au précédent sauf que la porte s'ouvre en dessous du panneau, le troisième est constitué d'un double panneau en dessous de la lunette et le quatrième est au contraire dépourvu de tout élément sculpté et ne conserve que la forme extérieure de la stèle mégalithique[16].

La présence de trois trous sur la couronne de la façade en arc, au-dessus de la lunette, est une caractéristique spécifique des tombes à façade architecturale. La présence de trous de couronnement est certaine, bien que dans de nombreux cas il n'en subsiste que des traces. La forme des trous est variable (semi-elliptique, arrondie, quadrangulaire) mais il faut tenir compte du fait que l'érosion du calcaire a souvent altéré leurs contours d'origine. Concernant la fonction de ces trous, il n'existe qu'un seul témoignage archéologique mais il est incontestable : dans les cavités de la tombe IX de Sos Furrighesos, on a découvert des fragments de petits blocs de pierre, qui ont été assimilés à des petits bétyles. L'existence d'un triplet bétylique sur la façade de toutes les tombes hypogées à façade est communément admise par les chercheurs mais comme dans le cas du bloc dit « à denticules » des tombes mégalithiques sa fonction est discutée. G. Lilliu a contesté cette hypothèse considérant que le phénomène est limité à quelques cas exceptionnels et il a estimé qu'en général les trous devaient abriter des objets en matériaux périssables, suffisamment hauts pour se détacher de la façade et ainsi être exposés. Pour P. Melis, les éléments insérés dans les trous de couronnement devaient correspondre à mobilier liturgique amovible, constitué d'un matériau moins lourd et moins durable que la pierre (en bois, par exemple), ce qui expliquerait leur rareté[17].

Intérieurement, la tombe de géants en hypogée tend à reproduire, quoique sous une forme plus courte et plus trapue, l'espace allongé qui caractérise la chambre funéraire des tombes mégalithiques[18]. Dans les tombes créées à partir de « domus de janas » antérieures, le plan original de l'hypogée néolithique est rarement préservé. Il y a une volonté de créer un espace unique, soit en démolissant les murs de séparation entre les différentes pièces, soit en agrandissant les cellules existante jusqu'à créer un vaste espace polylobé, dans lequel le contour des anciennes chambres de la domus de janas préexistante est à peine reconnaissable. La chambre peut prendre des formes plus variées (circulaire, elliptique transversale) d'autant que dans les cas de réutilisation d'anciennes « domus de janas » préhistoriques, le plan préexistant à plusieurs chambres a pu constitué une contrainte technique difficile à surmonter[18].

Les portes d'entrée des tombes architecturales s'ouvrent à la base de la stèle cintrée, elles ont rarement été préservées intacte du fait des diverses réutilisations ultérieures auxquelles les tombes ont été soumises qui ont presque toujours modifié leur forme et leurs dimensions. Pour autant, dans les rares cas où elles sont restées pratiquement intactes, elles ne semblent pas différentes des portes qui caractérisaient les « domus de janas ». Lorsque la tombe est une ancienne domus réaménagée, l'épaisseur d'origine de la porte d'entrée a été réduite par la construction de la façade et la petite antichambre est conservée pour servir de couloir d'entrée[19]. Les portes sont généralement de forme quadrangulaire, souvent avec des angles incurvés, éventuellement semi-circulaire (tombe d'Oridda à Sennori). Dans les rares cas de portes peu ou pas modifiées, on constate que leurs dimensions sont extrêmement petites (0,47 m de largeur sur 0,50 m de hauteur en moyenne)[20] et surtout encore plus petites que celles des tombes des géants classiques (0,488 m de largeur sur 0,625 m de hauteur en moyenne). Ces dimensions réduites posent la question des méthodes de transfert des corps à l'intérieur de la tombe d'autant que la difficulté d'accès est accentuée par la présence, derrière l'entrée, d'un court couloir d'introduction, qui existe aussi dans les tombes de géants classiques, mais qui n'existe pas dans les domus de janas[21].

La superficie moyenne constatée dans 67 tombes est de 7,49 m2 et, dans la majorité des tombes (soit 41), elle est comprise entre 5 et m2. La tombe IV de Sa Figu étant totalement atypique avec ses 27,53 m2. Il est vraisemblable que les dimensions de la salle hypogée soient liées à la taille du noyau familial de référence. Ces valeurs sont assez conformes à celles des tombes de géants mégalithiques[7]. La présence d'un banc interne à la chambre ou le creusement de niches dans les murs de la chambre ne sont pas systématiques et semblent donc liés à des besoins spécifiques[22] et constituent autant de questions sur l'utilisation des espaces internes de ces tombes[23].

Fonction funéraire

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Les tombes des géants sont des édifices funéraires collectifs[1]. Ce sont les seules sépultures connues pour le début de la période nuragique.

Datation

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Les découvertes de matériel archéologique sont fréquentes dans l’espace communautaire de l’exèdre, et beaucoup moins dans la chambre, étant donné que les défunts ne possédaient généralement pas de mobilier personnel, reflet d’une société encore largement égalitaire. La longue fréquentation de l’exèdre, avec la répétée déposition de vases (surtout dans la partie droite, adjacente au banc), a créé des contextes archéologiques caractérisés par des céramiques très fragmentées, mais néanmoins interprétables sur le plan typologique. Les objets, surtout céramiques, renvoient à des datations à partir du début du Bronze moyen (XVIIe siècleXIVe siècle av. J.-C.)[24]. Le Bronze moyen est la période de construction maximale des tombes de géants, d’abord dolméniques, auxquelles s’ajoutent au fil du temps celles à assises polygonales et celles isodomes[24].

À partir du Bronze récent (XIVe siècleXIIe siècle av. J.-C.), les tombes de géants seront de moins en moins édifiées et utilisées. Dans le centre-sud de l’île, surtout au Bronze récent, les tombes évoluent vers des tombes à couloir semi-enterrées dépourvues d’exèdre. L’usage des tombes de géants ne semble perdurer jusqu’à la fin de l’âge nuragique : à partir du Bronze récent, leur construction diminue et, probablement déjà au cours du Bronze final, leur utilisation cesse également. Au Premier âge du fer, leur usage est exceptionnel (Iloi 2, Coddu Vecchiu)[25].

Rites funéraires

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Sur les 91 tombes à façade architecturale dont l'orientation a pu effectivement être relevée, 77 tombes sont orientées selon un arc de 180° allant du nord-est au sud-ouest, et sur un échantillon de 48 tombes mégalithiques on a constaté que toutes les tombes, à une seule exception près, sont orientées selon un arc compris entre 69° et 185° d'azimut, correspondant dans les deux cas à l'arc de rayonnement du soleil[26].

Compte tenu de leur architecture ostentatoire, les tombes des géants sont considérées comme des marqueurs territoriaux du pouvoir d'une classe dirigeante ou comme des tombes d'une communauté entière, remplaçant la pratique funéraire antérieure, de type familial, par un rite collectif[27].

L'hypothèse selon laquelle les niches dans les tombes hypogées, quand elles existent, auraient servi au dépôt ultérieur de restes osseux provenant de sépultures antérieures, afin de libérer de l'espace pour de nouvelles sépultures, semble la plus plausible, ce qui expliquerait également la grande variabilité de leur absence/présence et de leur nombre[28]. Dans les tombes des géants mégalithiques, les fosses sont assez rares et dans tous les cas toujours situées à l'extérieur de la tombe, au niveau de l'exèdre. La présence de petites fosses dans les tombes hypogées, non pas dans le sol mais au niveau des niches (1 à 2 par niche) et vraisemblablement destinées à des offrandes liquides ou à des rites lustraux, renvoie clairement à la tradition souterraine des « domus de janas ». Il est également intéressant de noter le fait que, à la seule exception de la tombe d'I Piani à Sassari, les fosses, tant dans le sol que dans les niches, ne sont jamais associées aux bancs intérieurs, ce qui peut laisser penser que les bancs intérieurs et les fosses assuraient la même fonction[28].

Quoi qu'il en soit, les rites funéraires associés demeurent inconnus[29] mais il pourrait s'agir de sépultures secondaires : dans un premier temps, les corps étaient décharnés par exposition à l'air libre (peut-être devant l'exèdre), puis dans une seconde étape, les ossements restant étaient déposés à l'intérieur de la chambre[30].

Symbolismes

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Le rôle de l'exèdre dans les tombes de géant demeure un sujet de controverses mais il est cependant communément admis qu'elle constituait un espace cérémoniel, probablement non seulement lié au rite funéraire, mais aussi à des cérémonies pouvant se répéter cycliquement tout au long de l'année. Les bancs installés à la base de l'exèdre, outre leur fonction de lieu d'offrandes et d'objets symboliques, ont été interprétés comme la preuve que les participants à la cérémonie passaient de longs moments à proximité de la tombe. G. Ugas a même émis l'hypothèse que d'importantes réunions entre membres du clan pouvaient s'y tenir, à l'instar de celles qui se tenaient dans les huttes villageoises, mais cela paraît improbable pour les exèdres les plus petits[31]. Selon P. Melis, il est certain que les deux ailes ouvertes de l'exèdre peuvent suggérer une idée d'accueil, autant physique que symbolique[32]. Certains auteurs ont souligné que la forme extérieure d'une tombe des géants rappelle celle d'un protomé, où la façade en demi-cercle pourrait symboliser les cornes et la chambre funéraire l'avant-corps[33]. Selon cette hypothèse, les cultes funéraires en lien avec les tombes des géants seraient à rapprocher de celui d'un culte pré-nuragique du « dieu taureau » et d'une « déesse mère » : dans un rituel associant la mort à la naissance, le taureau et la déesse-mère étaient censés s'accoupler afin de redonner vie aux défunts dans l'au-delà selon le principe de la renaissance[33].

Le rôle de la « stèle cintrée » a aussi fait l'objet de nombreuses interprétations et aucune thèse ne fait encore l'unanimité. L'archéologue E. Castaldi a d'abord émis l'hypothèse que la stèle cintrée était une fausse porte, puis il a proposé d'y voir une « stèle-porte », forme pétrifiée d'une véritable porte en bois qui, à l'origine était censée fermer les allées couvertes. Quant à E. Contu, il pensait que la décoration architecturale de la façade était dérivée d'un bâtiment primitif semblable à un petit temple in antis, avec les murs latéraux prolongés vers l'avant et une voûte en berceau, dont les éléments reproduits dans l'architecture des tombes de géants devaient avoir à l'origine une fonction qui fut ultérieurement perdue. G. Liliu puis A. Moravetti ont proposé d'y voir une représentation symbolique de la porte de l'au-delà, héritière de la fausse porte à deux panneaux superposés déjà présente dans certaines « domus de janas » (S'Incantu, Mesu 'e Montes). Pour P. Melis, le fait que la façade d'une tombe des géants (mégalithique ou de type hypogée) constitue une porte d'accès vers l'au-delà est indéniable mais cela n'implique pas nécessairement la représentation d'une véritable porte, dont la forme arquée paraît assez improbable, ni de reproduire en pierre la façade architecturale d'un édifice plus ancien dont aucune trace n'a par ailleurs été retrouvée. Pour lui, la stèle cintrée doit être interprétée comme un symbole liturgique lié à des croyances religieuses qui étaient à la base du rite de passage par lequel le corps d'un défunt était régénéré dans un cycle incessant de la vie[34]. Étant donné les dimensions extrêmement réduites des portes et des couloirs d'accès à la chambre funéraire, il est également probable que ces aménagements comportaient une fonction symbolique de passage de la dépouille mortelle du monde des vivants vers celui des morts[35].

Bétyles

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Parmi les éléments externes communautaires les plus typiques, les bétyles en pierre travaillée, de taille moyenne à grande (1 à 2 m)[30], étaient placés verticalement près des tombes de géants, devant ou sur les côtés, isolément ou en groupes (Perdu Pes‑Norbello, Cubas‑Dualchi, Tamuli‑Macomer). On en connaît environ une centaine dans toute l’île. Leur forme, conique ou tronco‑conique, et leurs dimensions peuvent évoquer une silhouette vaguement anthropomorphe, tout comme leur profil concavo‑convexe. La présence de bétyles de formats moyens, petits et miniaturisés, déposés comme offrandes dans l’exèdre ou comme éléments sommitaux de la tombe est aussi à souligner. Certains bétyles coniques présentent des caractères sexuels[30] : protubérances coniques dans la moitié supérieure, interprétées comme des seins (Tamuli‑Macomer, Sant’Antine ’e Campu‑Sedilo), ou une forme d’ensemble phallique (S’Abbaia‑Silanus)[36].

Pour P. Melis et G. Ugas, il est probable qu'un élément aussi important du culte funéraire que la « triade bétylique » (ou trio d'objets liturgiques en matériau non lithique) placée au sommet de la façade devait avoir une signification rituelle précise dans la religion nuragique, peut-être également en lien avec le cycle de la vie (naissance, mort, régénération) ou avec le cycle lunaire (lune croissante, pleine et décroissante) lui-même pouvant symboliser le cycle de la vie (naissance, maturité mort)[37].

Les fouilles archéologiques ont aussi révélé l'existence de petites fosses remplies de céramiques et de petits cailloux[8]. Ces aménagements à l'extérieur des tombes pourraient correspondre à des rituels, en lien avec les inhumations, les bétyles symbolisant les dieux ou les aïeux veillant sur les défunts, ou d'autres rituels pas strictement funéraires mais liés aux guérisons[8].

Répartition géographique

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Répartition géographique des tombes des géants.

Un peu moins de 1 000 tombes des géants ont été recensées dans toute la Sardaigne (dont 802 de type mégalithique), mais avec une forte concentration dans une bande est‑ouest large d’au maximum une cinquantaine de kilomètres, comprise entre le golfe d’Orosei et la Planargia méridionale, avec une densité maximale entre le Marghine et le Barigadu, correspondant donc à la province de Nuoro et à une partie de celle d’Oristano : environ 20 % des tombes de géants se trouvent respectivement dans les provinces de Sassari et d’Oristano, 9 % dans celle de Cagliari, tandis que la province de Nuoro atteint à elle seule près de 50 %[38].

Notes et références

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  1. 1 2 Costa 2009, p. 84.
  2. 1 2 Melis 2003, p. 32.
  3. 1 2 3 4 5 Moravetti 2014.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 Bagella 2017, p. 280.
  5. 1 2 Melis 2003, p. 31-33.
  6. 1 2 3 4 Bagella 2017, p. 277.
  7. 1 2 Melis 2014, p. 41.
  8. 1 2 3 4 Costa 2009, p. 85-86.
  9. Melis 2003, p. 36.
  10. Bagella 2017, p. 283.
  11. 1 2 Melis 2014, p. 13.
  12. Melis 2014, p. 9.
  13. 1 2 Melis 2014, p. 18.
  14. Melis 2014, p. 69.
  15. Melis 2014, p. 14-15.
  16. Melis 2014, p. 42.
  17. Melis 2014, p. 75-77.
  18. 1 2 Melis 2014, p. 14-17.
  19. Melis 2014, p. 19.
  20. Melis 2014, p. 33.
  21. Melis 2014, p. 34.
  22. Melis 2014, p. 78.
  23. Melis 2014, p. 81.
  24. 1 2 Bagella 2017, p. 285.
  25. Bagella 2017, p. 288-289.
  26. Melis 2014, p. 59;61.
  27. Melis 2014, p. 105.
  28. 1 2 Melis 2014, p. 78-85.
  29. Costa 2009, p. 85.
  30. 1 2 3 Melis 2003, p. 38.
  31. Melis 2014, p. 66.
  32. Melis 2014, p. 68.
  33. 1 2 Bittichesu 1998.
  34. Melis 2014, p. 52-55.
  35. Melis 2014, p. 36.
  36. Bagella 2017, p. 288.
  37. Melis 2014, p. 77-78.
  38. Bagella 2017, p. 279.

Annexes

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Bibliographie

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  • (it) Stefania Bagella, « Tombe di giganti e altre sepolture nuragiche », dans Alberto Moravetti,Paolo Meli,Lavinia Foddai,Elisabetta Alba, La Sardegna nuragica : Storia e monumenti, Sassari, Carlo Delfino Editore, , 450 p. (ISBN 9788871389950, lire en ligne), p. 277-290
  • (it) Caterina Bittichesu, « Le Tombe dei giganti », Logos, , p. 26-32 (lire en ligne [PDF])
  • Laurent-Jacques Costa, Monuments préhistoriques de Corse, Errance, , 189 p. (ISBN 9782877723893), p. 84-86
  • Paolo Melis, La civilisation nuragique, Rome, Carlo Delfino editore, , 95 p. (ISBN 9788871382791)
  • (it) Paolo Melis, L’ipogeismo funerario della Sardegna nuragica : Tombe di giganti scolpite nella roccia, Sassari, Carlo Delfino editore, coll. « Sardegna Archeologica, Scavi e Ricerche » (no 11), , 270 p. (ISBN 9788871388120, lire en ligne)
  • (it) Alberto Moravetti, « Nota sulle tombe di giganti », dans Alberto Moravetti, Elisabetta Alba, Lavinia Foddai, La Sardegna nuragica : Storia e materiali, Carlo Delfino editore, , 494 p. (ISBN 9788871387505), p. 49-64
  • Kewin Peche-Quilichini, « Les Tombes des géants sardes, de la légende à l'archéologie », Archéologia, n°556, juillet-, p.48-55.

Articles connexes

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