Toron des chevaliers

Le Toron (arabe : تبنين, Tebnīne) est une forteresse[1] ayant appartenu aux croisés, au Liban sur la route de Tyr à Damas. Il se trouve dans l'actuel village de Tibnine. Victor Guérin a émis l'idée que Tibnine a toujours été une ville forte : « ... Tout porte à penser que, à l'époque judaïque et peut-être même kananéenne, Tibnin, à cause de sa position avantageuse au cœur même du pays, était déjà une ville forte,...[2]. »

Toron
Image illustrative de l’article Toron des chevaliers
Toron des chevaliers à Tibnine, vue de côté de la Hâra al-Gharbié.
Fin construction 1105
Protection Patrimoine mondial Patrimoine mondial (2026)
Coordonnées 33° 11′ 43″ nord, 35° 24′ 44″ est
Pays Drapeau du Liban Liban
District Bint-Jbeil
Village Tibnine
Géolocalisation sur la carte : Liban
(Voir situation sur carte : Liban)
Toron

Le château de Toron[3] doit son nom au vieux français qui signifie "éminence" ou "colline isolée" certainement dû à sa situation géographique.

Histoire

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Le Toron des Chevaliers[4],[5] se situe dans la seigneurie de Toron dans le royaume de Jérusalem. Il est construit par Hugues de Falkenberg[6] en 1105 pour aider à la réduction de la ville de Tyr encore aux mains des Fatimides. À la mort de Hugues de Falkenberg, comme le château est sans défenses, l'émir Izz al-Mulk veut s'en emparer, mais le roi Baudouin Ier inféode celui-ci au seigneur Gervais de Bazoches[7] qui meurt peu après, exécuté sur la place de Damas.

Le château revient alors au seigneur Onfroy Ier[8]. En héritent alors successivement ses descendants Onfroy II de Toron et Onfroy IV de Toron[9],[10]. Banias, qui est donné à Baudoin II par les Assassins en 1128, est hérité par Onfroy II lorsqu'il se marie avec la fille de Renier Brus, seigneur de Banias et d'Assebebe. Onfroy II cède une partie de Banias et de Chastel Neuf aux Hospitaliers en 1157. Banias et Toron sont fusionnés jusqu'à ce qu'ils tombent aux mains de Nur ad-Din en 1164 avant d'être récupéré.

Le château de Toron[11] reste une forteresse croisée jusqu'en 1187, avant de tomber aux mains de Saladin[12],[13].

« Son neveu, Taqi al din Omar, assiégeait le Toron, mais la garnison lui opposa une si vive résistance qu'il dut appeler Saladin à l'aide. Celui-ci obtint enfin, après de rudes assauts, la capitulation de la garnison qui dut payer rançon, abandonner son matériel de guerre et tout ce qui se trouvait dans la forteresse, mais elle obtint la liberté, et fut reconduite à Tyr par une escorte du sultan (26 juillet 1187). »

 Abu Chama[14].

« … Le samedi 22 juillet 1189, le sultan doit se rendre à Tibnin dont un détachement franc voulait s’emparer par Surprise. Saladin donna l’ordre à la garnison de Tibnin d’évacuer la place et il tendit un piège aux Francs. Il savait qu’un corps de cavalerie suivait une peu en arrière l’infanterie franque. Il divisa ses troupes en huit parties de vingt cavaliers chacune légèrement armés ; chaque section était très éloignée l’une de l’autre, et elle avait pour mission de tenir le plus longtemps possible, de fuir ensuite, et d’attirer ainsi, de la manière la plus inoffensive, les Francs à l’endroit que Saladin avait choisi pour leur tendre une embuscade. Alors ceux de Tibnin et ses sections de cavalerie, après avoir fait semblant de fuir devaient faire volte-face en entrainant leurs poursuivants là où Saladin n’avait plus qu’à les attendre les uns après les autres pour les décimer. Mais un excès de bravoure de la garnison de Tibnin qui battait en retraite, les vingt cavaliers qui devaient les premiers fixer un instant les fantassins francs refusèrent de fuir, malgré les ordres formels qu’ils avaient reçus. Ils résistèrent seuls aux efforts de l’ennemi, et en se défendant pendant plusieurs heures ils permirent à la cavalerie franque de revenir après avoir massacré ceux de Tibnin. Ils disputèrent la victoire à des troupes infiniment supérieures. Mais leur courage rendit inutiles toutes les dispositions que Saladin avait prises. Impatient de ne voir venir personne, en fin de journée, il quitta les lieux qu’il avait choisis pour écraser les chrétiens. Ceux-ci, le voyant arriver, se retirèrent en bon ordre, sans avoir perdu beaucoup de monde. »

 Albert Champdor[15],[16].

Dix ans plus tard, en 1197, le Toron des Chevaliers est assiégé par les croisés allemands de la troisième croisade. Le château est démantelé par le sultan Malik al-Mu'azzam. Il est rétrocédé en 1229 aux Francs, deux ans après la mort de Malik al-Mu'azzam le . Il est restitué par l'empereur allemand Frédéric II à Marie d'Antioche et d’Arménie (1215-1259), arrière-petite-fille d’Onfroy III de Toron. Il est définitivement perdu pour les croisés en 1266.

Le Toron des Chevaliers est utilisé par différentes armées au fil des siècles en raison de sa position stratégique surplombant de vastes étendues de terrain. Il est détruit et reconstruit plusieurs fois au cours des ans. L'armée napoléonienne en route pour conquérir la Syrie en 1804 le saccage. Les forces françaises pronazies de Vichy y sont stationnées en 1940. Un an plus tard, un bataillon de l'armée britannique arrive pour les déloger et tient le château jusqu'à ce que le Liban obtienne son indépendance en 1943. Les premiers soldats irlandais qui arrivent dans la région à la suite de l'application des résolutions 425 (1978) et 426 du Conseil de sécurité des Nations unies organisent leur défilé de remise des médailles sur le toit de la tour ouest du château le . Jusqu'en 1921, deux lions de marbre gardaient l'entrée principale du château[17],[18]. Les bêtes enchaînées sont une source de mystère car leur présence ne peut être datée ou rattachée à aucune des différentes factions qui régnaient sur la ville. Les lions ont disparu de nos jours, très probablement emportés et vendus par les locaux.

Monnaie de seigneurie des croisés de Toron en Galilée, XIIe siècle. Inscription : Château de Toron (Castri Toroni)[19].

Chabib Pacha Al-Assaad (arabe : شبيب باشا الأسعد) est né en 1852 à Tibnine, dans le château familial érigé au centre des ruines du château fort, siège du règne de son père, Ali Bey Al-Assaad. Tibnine et son château cessent d’être un centre de pouvoir quand Chabib Pacha Al-Assaad déménage à Saïda, où il décède en 1917[20].

Il ne reste que peu de traces du Toron des Chevaliers d’origine[21]. La ruine qu'on voit aujourd'hui est d'une époque postérieure au Moyen Âge ; l'enceinte est flanquée d'ouvrages carrés et demi-circulaires. C'est l'œuvre de Dahir al-Umar (arabe : ظاهر آل عمر الزيداني), pacha d’Acre au XVIIIe siècle, qui, voulant se rendre indépendant, s'était révolté contre l'Empire ottoman.

En 2026, l'UNESCO inscrit la forteresse, en tant que partie des « châteaux du mont Amel », concomitamment sur les listes du patrimoine mondial et du patrimoine mondial en péril[22].

Liste des Seigneurs de Toron

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Caractéristiques

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De nos jours, il ne subsiste presque plus rien mis à part les substructions ainsi que quelques assises de gros blocs.

Le château possédait une alimentation en eau grâce à un berquil situé à l'extérieur de l'enceinte. De plus, à l'intérieur du château, avait été construite une chapelle castrale dédiée à la Vierge.

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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Références

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  1. « Actualités », sur lorientlejour.com, (consulté le ).
  2. Victor Guérin, Description géographique, historique et archéologique de la Palestine, accompagnée de cartes détaillées, Troisième partie : Galilée, t. II, Paris, éd. Imprimerie nationale, 1880, p. 379.
  3. Le vieux mot français touron ou toron signifie ‘‘une éminence, une colline isolée’’ Guillaume de Tyr. I. XI. e. v.
  4. Victor Guérin, p. 378.
  5. , Les Familles d'outre-mer de Du Cange, publiées par E.-G. Rey, Paris, éd. Imprimerie impériale, 1869, p. 474.
  6. René Grousset, Histoire des Croisades et du Royaume franc de Jérusalem, tome II : Monarchie franque et monarchie musulmane : l’équilibre, Paris, éd. Plon, 1935, ASIN : B00752UOJ8, p. 840-842.
  7. René Grousset, Histoire des Croisades et du Royaume franc de Jérusalem, tome II, p. 843-846.
  8. Les Familles d'outre-mer de Du Cange, publiées par E.-G. Rey, Paris, éd. Imprimerie impériale, 1869, p. 468-476.
  9. (en) « Humphrey de Toron », sur Helena P. Schrader (consulté le ).
  10. Ahmed Sheir, The Fief of Tibnin (Toron) and its Castle in the Age of the Crusades AD (1105-1266 AH 498- 664): A Study of its economic, political and military Role (1 ed.), Norderstedt, éd. Grin Verlag, p. 99-101. (ISBN 978-3-656-86945-0). (Consulté le 29 décembre 2019.)
  11. « Croisés de France en Orient-Latin », sur templiers.net (consulté le ).
  12. Geoffrey Regan, Saladin and the Fall of Jerusalem, Beckenham (Kent), éd. Croom Helm, p. 137. (ISBN 0-7099-4208-7).
  13. عماد الدين الأصفهاني, (1888). كتاب الفتح القسي في الفتح القدسي. Leyde, éd. E.J. Brill, p. 25-27.
  14. Abu Chama, « Le Livre des deux jardins. Histoire des deux règnes. Celui de Nour ed-Dîn et celui de Salah ed-Dîn », traduction d'Adrien-Charles Barbier de Meynard, Recueil des historiens des Croisades, publié par les soins de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, tome IV, Historiens orientaux, Paris, coéd. Imprimerie nationale / Librairie C. Klincksieck, 1898, p. 306-307.
  15. Albert Champdor, « Saladin, prince d’Orient », dans La Nouvelle Revue, janvier-février 1939, Paris, p. 51 et 52.
  16. « Revue de l'Orient latin », sur Gallica, (consulté le ).
  17. Denyse Le Lasseur, « Mission archéologique à Tyr (avril-mai 1921 », Syria, t. 3, no 2, , p. 116-133 (JSTOR 4389751), Institut francais du Proche-Orient.
  18. http://www.jstor.org/stable/4389751
  19. L.-G. Schlumberger, « Les principautés franques d’après les plus récentes découvertes de la numismatique », Revue des Deux Mondes, 1876, p. 592 (lire en ligne)
  20. Ḥaydar Riḍā Rukaynī, Jabal ‘Āmil fī Qarn, 1163-1247 H - 1749-1832 M, Édition : al-Ṭab‘ah 1, Beyrouth, éd. Dār al-Fikr al-Lubnānī, 1997, p. 94-100
  21. « Croisés de France en Orient-Latin », sur templiers.org.free.fr (consulté le ).
  22. « Châteaux du mont Amel », UNESCO (consulté le ).
  23. Charles du Fresne du Cange, Familles d'Outremer, publiées par Emmanuel-Guillaume Rey, Imprimerie Impériale, Paris, 1869, pages 468-476.
  24. Onfroi 1er n'apparaît qu'une fois, en 1115, parmi les témoins (Omfredus de Torum) d'une charte de Baudoin 1e en faveur de l'abbaye de Josaphat (Delaborde, Chartes de Zerre Sainte provenant de l'abbaye de Josaphat, dans Bibliothèque des Ecrivains français d'Athènes et de Rome, 1880, fascicule XIX, n° 5).