Touranisme hongrois
Le touranisme hongrois (en hongrois, magyar turánizmus) est un phénomène historiographique et politique qui s'articule autour d'une association de l'histoire hongroise avec celle de certains peuples d'Asie centrale, d'Asie intérieure ou de la région de l'Oural. Le mot « touranisme » ou « pantouranisme » en général renvoie à une idéologie politique fondée sur une unité supposée et une volonté d'unification des peuples de langues finno-ougriennes (comme le hongrois) et de langues ouralo-altaïques (comme le turc).
Des conceptions touranistes apparaissent dès le Moyen Âge dans plusieurs chroniques hongroises, notamment à propos d'un lien entre les Hongrois et les Huns. À partir du XVIIIe siècle, des recherches ont lieu sur ce sujet de façon plus ou moins scientifique. Au XIXe siècle, l'idéologie pantouraniste se développe au sein du mouvement nationaliste hongrois (à une époque où le royaume de Hongrie fait partie de l'Empire d'Autriche) en réaction au pangermanisme et au panslavisme.
Historique
modifierSources médiévales du touranisme hongrois
modifierLa tradition historique de la noblesse hongroise considérait les peuples turcs comme les plus proches parents des Hongrois, les Huns étant considérés comme tels.
Cette tradition est présente dès le XIIIe siècle dans des chroniques médiévales (Gesta Hungarorum, Gesta Hunnorum et Hungarorum, le chronographe Pictum[réf. nécessaire] et la Chronica Hungarorum de Johannes de Thurocz).
Selon la Chronica Hungarorum, les Hongrois sont des descendants des Huns originaires des régions asiatiques de la Scythie et les Turcs partagent avec eux cette origine scythique.
Recherches scientifiques sur le sujet (à partir du XVIIIe siècle)
modifierCette tradition sert de point de départ à des recherches sur l'ethnogenèse du peuple hongrois, qui débutent au XVIIIe siècle, en Hongrie mais aussi hors de Hongrie.
Sandor Körösi Csoma (1784-1842)
modifierConceptions touranistes sur l'histoire des Hongrois
modifierAvant la conquête de la plaine pannonienne par les Hongrois, ceux-ci étaient semi-nomades[1] et leur culture était analogue à celle des autres peuples des steppes.
La plupart des scientifiques présument[réf. nécessaire] que les anciens conquérants hongrois ont une origine ouralienne, principalement pour des raisons de généalogie linguistique, mais aussi sur la base de recherches génétiques effectuées sur un nombre limité d'anciens squelettes découverts dans des tombes de l'époque de la conquête[réf. nécessaire].
Les tribus proto-hongroises vivaient dans la zone de steppe de la forêt eurasienne[pas clair][2].
Ces ancêtres des Hongrois et leurs relations avec d’autres peuples nomades cavaliers ont été et sont toujours un sujet de recherche. En tant que mouvement scientifique, le touranisme s’intéresse à la recherche sur les cultures asiatiques dans le contexte de l’histoire et de la culture hongroises.
Il était incarné et représenté par de nombreux chercheurs partageant les mêmes prémices (origine asiatique des Hongrois et leur parenté avec les peuples asiatiques) et parvenant à des conclusions identiques ou très similaires. Le touranisme a joué un rôle moteur dans le développement des sciences sociales hongroises, notamment de la linguistique, de l'archéologie et de l'orientalisme.
Matthias Alexander Castrén (1813-1852)
modifierOn peut citer notamment les travaux du linguiste finlandais Matthias Alexander Castrén, nationaliste finnois et promoteur de l'idéologie du pantouranisme. Il conclut de ses recherches que les Finnois sont originaires d'Asie centrale et que, loin d'être un petit peuple isolé dans une principauté sous tutelle de la Russie (le grand-duché de Finlande, 1809-1917), ils font partie d'une communauté plus large comprenant des peuples tels que les Magyars, les Turcs et les Mongols.
Le touranisme politique en Hongrie
modifierAu XIXe siècle
modifierLe touranisme politique naît en Hongrie au XIXe siècle à partir de ces travaux, en réponse au développement du pangermanisme et du panslavisme, considérés par les Hongrois comme dangereux pour la nation hongroise et pour le royaume de Hongrie, qui fait alors partie de l'Empire d'Autriche (1804-1866), a pour roi le chef de la maison (allemande) de Habsbourg, et compte des minorités allemandes et slaves importantes. En 1866, les Hongrois obtiennent un statut égal à celui des Allemands, dans le cadre de la Double monarchie austro-hongroise.
Le touranisme politique est un mouvement nationaliste romantique, qui insistait sur l'importance d'une ascendance commune et d'affinités culturelles entre les Hongrois et les peuples du Caucase et de l'Asie centrale et intérieure, tels que les Turcs, les Mongols, les Parsis, etc. Il appelait à une collaboration plus étroite et à une alliance politique. entre eux et la Hongrie, afin de défendre et de promouvoir des intérêts communs et de contrer les menaces posées par les politiques des grandes puissances européennes. L'idée d'une « fraternité et d'une collaboration touraniennes » a été copiée sur le concept panslave de « fraternité et de collaboration slaves ».
Après la Première Guerre mondiale
modifierEn 1920, à la suite de la Première Guerre mondiale, le royaume de Hongrie subit des pertes territoriales considérables (traité de Trianon) : il perd notamment la Croatie, la Slovaquie et la Transylvanie.
Selon certains, le touranisme politique joue alors un rôle dans la formation des idéologies d'extrême droite hongroises en raison de sa nature nationaliste ethnique. Il commence à porter des sentiments antisémites et suprémacistes concernant « la supériorité d'une race hongroise unifiée ». Cependant, Andrew C. Janos affirme que le rôle du touranisme a été faible dans le développement des idéologies d'extrême droite dans l'entre-deux-guerres[3].
Notes et références
modifier- ↑ GYÖRFFY György: István király és műve. 1983. Gondolat Könyvkiadó, Budapest, p. 252.
- ↑ HAJDÚ Péter: Ancient culture of the Uralian peoples, Corvina, 1976, p. 134
- ↑ « Alors que le touranisme n'était et restait qu'une idéologie marginale de la droite, la deuxième orientation des nationaux-socialistes, le pan-européanisme, comptait un certain nombre d'adhérents et avait été adoptée comme plate-forme de plusieurs groupes nationaux-socialistes », JANOS, Andrew C., The Politics of Backwardness in Hungary, 1825-1945, 1982, page 275.