Trésor des Massaliètes

bâtiment antique de Delphes, Grèce-Centrale, en Grèce

Le Trésor des Massaliètes (ou Massaliotes), aussi nommé Trésor des Marseillais, Trésor ionique ou anciennement Trésor éolique, est un trésor grec, construit à Delphes par les Massaliètes dans le sanctuaire de la Marmaria[1],[2]. L'édifice est réalisé en calcaire rose et marbre de Paros. Sa datation oscille entre 540 et 500 av. J.-C., la datation la plus privilégiée aujourd’hui étant celle de 510 av. J.-C.[3].

Trésor des Massaliètes
Image illustrative de l’article Trésor des Massaliètes
Localisation
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Ville Delphes
Coordonnées géographiques 38° 28′ 49″ N, 22° 30′ 29″ E
Image illustrative de l’article Trésor des Massaliètes
Le trésor correspond au n° 4.
Histoire
Lieu de construction Sanctuaire d'Athéna Pronaia
Date de construction Entre 540 et 500 av. J.-C.
Caractéristiques
Type Trésor
Longueur 8,58 m
Largeur 6,36 m

Géolocalisation sur la carte : Grèce
(Voir situation sur carte : Grèce)
Trésor des Massaliètes
Grèce antique

Description

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Cet édifice reprend un plan particulier des trésors sous la forme d’un petit temple de plan rectangulaire consistant en une cella avec prodomos distyle in antis[1],[3]. Sur sa partie la plus basse, le trésor mesure précisément 6,360 mètres de large sur 8,586 mètres de long, soit plus petit que son voisin, le Trésor dorique[4],[5].

Vue arrière du Trésor des Massaliètes. Sont ici clairement visibles les vestiges de l'élévation.

Les fondations du trésor sont réalisées en calcaire de Parnasse, ces blocs étant relativement bruts, à l’exception de la dernière assise qui venait supporter l’euthyntérie. Le dallage, en légère pente de la cella au stylobate, était composé de dalles de 9 centimètres d’épaisseur et d’approximativement 60 centimètres de largeur[2],[4]. Ne sont conservées que les deux premières assises du mur ainsi que celles du soubassement[3].

La première assise de l’édifice est réalisée en calcaire rose de Saint-Élie, le reste de l’élévation, comprenant treize assises sous l’architrave, est réalisé en marbre blanc de Paros. La troisième assise de cette élévation présente un tore cannelé à huit cannelures et un astragale de perles et pirouettes introduisant la décoration, faisant retour dans le pronaos. Devant une porte qui devait faire au minimum 2 mètres de large, se situent deux colonnes couronnées de double chapiteaux à palmes à vingt-deux palmes[1],[2],[3].

Plan du trésor des Massaliètes de Delphes.

La hauteur totale de l’édifice est sujette à de nombreux débats. Cependant, les études les plus récentes amènent à restituer une hauteur de colonne de 5,17 mètres, soit 10,8 fois le diamètre du fût[1],[3]. Ce fût s’affine du bas vers le haut, le diamètre inférieur étant d’environ 52 centimètres pour 40 centimètres au diamètre supérieur, dimension donnée par les chapiteaux. Aucun élément de l’architrave n’est conservé. Cette architrave était probablement composée de plusieurs assises de plus en plus débordantes et décorée d’ores en relief[1],[2],[4]. Aucune plaque entière de la frise n’est conservée mais des fragments permettent d’en estimer la taille : celle-ci faisait 9 centimètres de profondeur pour approximativement 60 centimètres de haut et s’étendait sur les quatre faces de l’édifice, pour un total de 29 mètres de long. Le très grand nombre de fragments de cette frise permet d’en identifier les scènes, mais non pas de les restituer avec certitude. Sont identifiées des scènes de gigantomachie et d’amazonomachie, ces dernières se retrouvant parmi les plus anciennes représentations d’amazonomachie dans le marbre[3],[6].

Parmi les nombreux fragments retrouvés, certains fragments correspondent à de la statuaire en ronde bosse, jugés comme appartenant au fronton. Cependant, leur nombre très réduit et leur état de conservation ne permettent pas d’identifier le décor[2],[3]. Grâce à un fragment retrouvé correspondant à une Nikè en mouvement, des acrotères latéraux sont restitués, couronnant le fronton. Le fragment ne permet pas de déterminer si ces acrotères étaient ailés ou non, mais des parallèles avec d’autres édifices poussent les chercheurs à supposer qu’ils l’étaient. Ces parallèles les incitent également à établir la théorie qu’une représentation figurée couronnait l’édifice en son centre[2],[7].

Le trésor était certainement vivement polychromé. La palette très fragile des peintres de l’époque, particulièrement sur du marbre, n’est cependant pas parvenue jusqu’à nous, seuls les pigments les plus résistants sont conservés. Le manque de matériel ainsi que le silence des sources concernant les couleurs de l’édifice posent de nombreux problèmes aux chercheurs. Il ne fait aucun doute que de nombreux rehauts de couleurs, tel que le rouge et le bleu, voire certains éléments dorés à l’or fin, furent présent sur tout l’édifice, donnant à celui-ci un aspect riche et coloré[3],[8].

Fonction

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Le terme « trésor » (θησαυρός), en usage depuis l’Antiquité, a longtemps été source de malentendus et d’incompréhension, nécessitant analyse complète des édifices pour en identifier la correcte fonction[9]. Différents termes, au cours du temps, ont été utilisés afin de désigner ces édifices, tels que maison (οίκος) ou naos (ναός). Les trésors, ayant tous peu de points communs, sont principalement consacrés dans les sanctuaires panhelléniques, afin de mettre en valeur des cités et, dans de rares cas, des particuliers et de servir d’abri aux différentes offrandes apportées, ne pouvant être conservées en plein air. Ce manque de précision architecturale a souvent poussé les chercheurs à interpréter les trésors comme des temples, et vice-versa, d’autant plus qu’il n’est pas certain que les Grecs fissent une telle distinction entre ces deux fonctions[10],[11].

Une étude datée de 2022 remet en question l’attribution de trésor au Trésor des Massaliètes, pour une interprétation l’identifiant, ainsi que son voisin, le Trésor dorique, comme des temples. Cette proposition se base sur divers éléments : tout d’abord le peu d’offrandes apportées au sanctuaire de la Marmaria rend difficile l’explication d’une présence aussi importante de trésors. Ensuite, la hauteur particulièrement élevée pour un trésor, très similaire à celle du temple au tuf à proximité, clairement identifié comme un temple, tend à rapprocher l’édifice à un temple et non à un trésor. Enfin, cette identification ferait coïncider la réalité avec les textes de Pausanias, identifiant les trésors de la Marmaria comme des temples[12].

Style éolique ou ionique ?

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Le style général de l’édifice fut en premier lieu identifié comme un édifice de style éolique, le trésor étant érigé par Marseille, colonie originaire de Phocée[2],[4].

Cette identification est aujourd'hui délaissée, l'édifice ayant été ré-étudié et rattaché au style ionique.

Les chapiteaux à palmes

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Le chapiteau à palmes constitue un élément isolé dans le groupe des chapiteaux « à couronnes de feuilles », distinguant le trésor d’autres édifices similaires[3]. À l’exception du Trésor de Clazomènes, également présent à Delphes et érigé autour de 550 av. J.-C., il n’existe pas d’exemples contemporains aux chapiteaux à palmes du Trésor des Massaliètes[4].

Ce chapiteau fut découvert en deux fragments (A et B) et se présente comme un chapiteau à vingt-deux palmes, dont l’astragale est orné de vingt-deux perles et quarante-quatre pirouettes pour l’un (B) et couronné d’un abaque pour l’autre (A). Le fragment B mesure 31,7 centimètres de haut, avec un diamètres inférieur de 41 centimètres et un diamètre supérieur de 63 centimètres. Le fragment A mesure 36 centimètres de haut en tout dont l’abaque mesure 12 centimètres, avec un diamètre inférieur de 41 centimètres également et un diamètre supérieur de 71 centimètres[13].

La restitution de ce chapiteau pose depuis bien plus d’un siècle de nombreux problèmes. Les différentes propositions se contredisent et se réfutent. William Bell Dinsmoor propose en 1923 une restitution à un seul chapiteau, se refusant à l’utilisation du chapiteau double, décrivant la restitution superposée comme « The ugly form resulting from this restoration […] ». Selon lui, cette forme ne peut s’être développée du chapiteau palmiforme égyptien, prenant la forme d’un double chapiteau, et ne peut donc pas être restituée comme telle. De plus, les fragments ne permettent pas d’assembler ces deux fragments ensemble, même si l’un présente un abaque (A) et l’autre une astragale (B), le lit n’était pas propice à leur superposition. Ceux-ci proviendraient simplement de deux colonnes différentes[3],[13].

Cette argumentation ne convainc cependant pas les chercheurs français, persuadés d’une superposition des chapiteaux. Selon Georges Daux, la différence de hauteur des deux chapiteaux ne rend pas possible d’attribuer ceux-ci à des colonnes différentes. Il n’est d’ailleurs pas pensable que l’un des deux chapiteaux ait son abaque taillé dans le même bloc, et l’autre dans un bloc séparé. De plus, toujours selon G. Daux, l’argument du lit non propice à la superposition n’est pas pertinent. L’état de conservation des fragments, non seulement des chapiteaux mais également des colonnes, ne permet pas d’affirmer avec certitude la surface du lit, l’aspect irrégulier de celui-ci étant certainement dû, en premier lieu, à un endommagement. La restitution des chercheurs français est aujourd'hui l'hypothèse la plus soutenue[1],[2],[3].

Sources

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  1. 1 2 3 4 5 6 Jean-François Bommelaer et Didier Laroche, Guide de Delphes. Le site, Paris, École Française d’Athènes, (ISBN 2-86958-037-1, lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Théophile Homolle, Fouilles de Delphes., t. II : Topographie et architecture. Le sanctuaire d’Athéna Pronaia. Les temples de tuf par Robert Demangel. Les deux trésors par Georges Daux, Paris, éditions E. de Boccard, (lire en ligne)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Muriel Garsson, Le trésor des Marseillais : 500 av. J.-C., l'éclat de Marseille à Delphes, Marseille, Somogy, (ISBN 9782757206010)
  4. 1 2 3 4 5 (en) William Bell Dinsmoor, « Studies of the Delphian treasuries. II: The four Ionic treasuries », Bulletin de correspondance hellénique, vol. 37, , p. 5-83 (lire en ligne)
  5. Jean-François Bommelaer, Marmaria, le sanctuaire d'Athéna à Delphes, Paris, École française d'Athènes, (ISBN 978-2-86958-085-5)
  6. Pierre Amandry et François Chamoux, Guide de Delphes. Le Musée, Paris, École française d'Athènes, (ISBN 978-2-86958-038-1, lire en ligne)
  7. Anne Jacquemin et Didier Laroche, « À propos d’acrotères delphiques », Revue archéologique, vol. 72, , p. 225-258 (lire en ligne)
  8. Maud Mulliez, « Geste, matière et numérique : 3D et archéologie du geste », In situ, vol. 42, , p. 1-19 (lire en ligne)
  9. (en) Louis Dyer, « Olympian Treasuries and Treasuries in General », The Journal of Hellenic Studies, vol. 25, , p. 294-319 (lire en ligne Accès payant)
  10. Marie-Christine Hellman, L'architecture grecque, t. II : Architecture religieuse et funéraire, Paris, Picard, (EAN 9782708407633)
  11. Georges Roux, « Trésors, temples, tholos », Travaux de la Maison de l’Orient, vol. 7, , p. 153-171 (lire en ligne Accès libre)
  12. Sandrine Huber, Didier Laroche, Manon Bublot et Anne Jacquemin, « Delphes : les vestiges sur la terrasse de Marmaria, 2017‑2021 » (notice archéologique), Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, (lire en ligne Accès libre)
  13. 1 2 (en) William Bell Dinsmoor, « The Aeolic Capitals of Delphi », American Journal of Archaeology, vol. 27, no 2, , p. 164-173 (lire en ligne Accès libre)

Liens externes

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