Tsuruhachi et Tsurujiro

film japonais de Mikio Naruse sorti en 1938

Tsuruhachi et Tsurujiro (鶴八鶴次郎, Tsuruhachi Tsurujirō?) est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1938, adapté d’une nouvelle de Matsutarō Kawaguchi parue en 1934 dans la revue Ōru yomimono (ja).

Tsuruhachi et Tsurujiro
Description de cette image, également commentée ci-après
Titre original 鶴八鶴次郎
Tsuruhachi Tsurujirō
Réalisation Mikio Naruse
Scénario Mikio Naruse
Matsutarō Kawaguchi (nouvelle)
Musique Nobuo Iida (ja)
Acteurs principaux Isuzu Yamada
Kazuo Hasegawa
Sociétés de production Tōhō
Pays de production Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Genre Comédie dramatique
Durée 88 min
Sortie 1938

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Synopsis

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Dans le Tokyo de la fin de l'ère Meiji, Toyo et Jirō sont, sous les noms de Tsuruhachi et Tsurujirō, un duo de shin'nai[1] très populaire : elle joue du shamisen, il chante. Ils se connaissent depuis l'enfance et ont été formés l'un et l'autre par la mère de Toyo, aujourd'hui morte. Tous deux sont passionnés par leur art, mais cette passion engendre des disputes continuelles : Jirō tient que le récitant mène et que le shamisen doit suivre, « comme l'épouse suit son mari », et chaque représentation s'achève sur ses reproches. Sahei, son assistant, et Takeno, l’exploitant de la salle de théâtre, les réconcilient à chaque brouille.

Lors d'un séjour dans un onsen, à l'invitation de Takeno, Toyo annonce qu'elle songe à épouser Matsuzaki, un riche protecteur. Jirō révèle alors ses véritables sentiments et elle accepte de l'épouser, lui. Jirō rêve de posséder son propre théâtre de variétés et commence les travaux. Toyo réunit l'argent sans lui dire qu'il s'agit d'un prêt de Matsuzaki. Lorsque Jirō l'apprend, il rompt les fiançailles et l'accuse d'avoir été la maîtresse de Matsuzaki. Toyo déclare alors qu'elle épousera ce dernier.

Livré à lui-même, Jirō noie son chagrin dans l’alcool, ses prestations se dégradent et il ne trouve plus d'engagements que dans de modestes salles de province.

Deux ans plus tard, Takeno veut réinscrire le duo à l'affiche du Meijin-kai, le gala qui réunit les maîtres de l'art. Toyo accepte aussitôt, avec l’accord de son mari, mais Jirō se fait longuement prier et c'est Sahei qui l'y décide. Les retrouvailles sont un triomphe. Toyo, enthousiaste, se dit même prête à quitter son mari pour pouvoir jouer en public. Le dernier soir, Jirō dénigre à nouveau son jeu et s'acharne jusqu'à ce qu'elle jure de ne plus jamais paraître à ses côtés. Il avoue ensuite à Sahei, atterré, avoir menti. Toyo était meilleure au shamisen que lui au chant. Par amour pour elle — la faveur du public étant brève — il voulait lui assurer une vie heureuse auprès d'un homme riche. Il réclame du saké.

Isuzu Yamada et Kazuo Hasegawa

Fiche technique

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Distribution

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Selon le générique

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Rôles principaux

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Distribution masculine

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  • Unpei Yokoyama (ja) : le préposé au vestiaire à chaussures d'un théâtre de vaudeville de faubourg
  • Kenhō Nakamura : un vendeur de billets
  • Kan Yanagiya (ja) : le vendeur de billets du Kirakutei
  • Bonpei Yamagata : le préposé au vestiaire à chaussures du Kirakutei
  • Chōsei Yamada
  • Keiji Sakakida
  • Gorō Fukuchi : Ginba, artiste de rakugo
  • Jun Maki
  • Kinji Fujiwa
  • Chōji Oka

Distribution féminine

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  • Sumie Tsubaki : la jeune fille qui vient se faire accepter comme élève
  • Tamae Kiyokawa (ja) : la mère de cette jeune fille
  • Tomoko Itō : une joueuse de shamisen
  • Kimiko Atsumi
  • Yukiko Misawa
  • Sumiko Kagawa
  • Masako Sanjō
  • Yagarako Miura
  • Sakiko Usui
  • Ayako Matsuoka : O-Matsu, la servante

Participation spéciale (artistes de Yose (en))

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  • Sukejirō Harumoto
  • Kashiku Fuminoya
  • Kowakō Takemoto
  • Seizō Tsuruzawa

Autour du film

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« Dans Tsuruhachi et Tsurujiro (Tsuruhachi Tsurujirō, 1938), il existe une séquence impressionnante, lorsque pour se rendre chez la joueuse de shamisen Tsuruhachi (Isuzu Yamada), Tsurujiro (Kazuo Hasegawa) fait un détour, allant de ruelle en ruelle, pour éviter la rue principale : le spectacle de la vie des gens dans ces ruelles est extraordinaire […] Ce spectacle tout simple suffit à créer chez le spectateur une sympathie à l'égard de la population qui y vit. Naruse aime les pauvres gens ordinaires qui ne se remarquent pas et vivent à l'écart ; il est le peintre de la tristesse quotidienne de ceux qui ne se mettent pas en avant[5]Tadao Satō

  • Dans le film, Isuzu Yamada (1917-2012) joue du shamisen. Née à Osaka, elle est la fille d'un acteur de shinpa et d'une geisha renommée du quartier de Kitashinchi, à Osaka. Elle commence vers six ans l'étude du tokiwazu, du nagauta, du kiyomoto et de la danse classique japonaise. À dix ans, elle reçoit le nom d'artiste d'Umemichi, de l'école Kiyomoto, et devient natori, c'est-à-dire habilitée à se produire et à enseigner sous ce nom. Elle entre au studio Nikkatsu d'Uzumasa en 1930, à treize ans[6].
  • La nouvelle de Matsutarō Kawaguchi parait dans la revue Ōru yomimono (ja) en octobre 1934. L'auteur en a également tiré une pièce de théâtre shinpa. Trois de ses œuvres remportent la première édition du prix Naoki en 1935 : 鶴八鶴次郎 (Tsuruhachi Tsurujirō?), 風流深川唄 (Fūryū Fukagawa Uta?) et 明治一代女 (Meiji Ichidai Onna?)[7],[8],[9].
  • Tatsuo Ōsone réalise une autre version en 1956 sous le même titre avec Kōkichi Takada et Chikage Awashima dans les rôles-titres[10].

Analyse

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Dans son livre The Cinema of Naruse Mikio (en), Catherine Russell range Tsuruhachi et Tsurujiro dans le genre du geidō eiga (ja), ces films sur la voie de l'artiste, consacrés à des interprètes formés aux techniques des arts traditionnels et aux difficultés qu'il y a à leur rester fidèle. Russell souligne que Naruse ne se plie pourtant jamais à l'idéal du « style monumental » décrit par Darrell William Davis — « l'équilibre de la conduite, la perfection de la composition et la contemplation de l'espace » : aux longues séquences de représentation, il mêle un mélodrame de coulisses fait de détresse psychologique, de désirs contrariés, d'alcool et de soucis d'argent, et il rompt sans cesse la perfection décorative des pièces à tatami par un montage qui revient aux personnages discutant du désordre de leur vie. Elle juge le film « truffé d'attitudes condescendantes envers les femmes »[11] : Toyo est sommée de choisir entre le mariage et la scène comme si les deux étaient inconciliables, et les fautes de jeu que lui reproche Jirō ne sont que de menues divergences de style, alors même que c'est la mère de Toyo qui les a formés tous les deux. En lui refusant à la fin le droit de jouer, le film entérine la cruauté de Jirō ; mais le dénouement est si absurde, écrit Russell, qu'il a surtout pour effet de mettre en évidence la privation totale de pouvoir d'une femme musicienne[12].

La réception critique japonaise de 1938, telle que Russell la reconstitue à partir des débats de la Kinema Junpō, confirme l'écart entre le film et la politique culturelle du moment. Les critiques jugent la fin peu convaincante – Chiyota Shimizu déclare n'avoir « aucune patience pour un film pareil » – et reprochent à Naruse de n'avoir su ni prendre ses distances avec son sujet ni y imprimer sa marque, ce qui rend le film « peu accordé à l'esprit de notre temps ». Ils saluent en revanche l'interprétation d'Isuzu Yamada. Selon Russell, le film ne va pas au bout de la doctrine du kokutai dont son sujet relève, à la fois par les contradictions que fait surgir une protagoniste forte à qui le récit ne rend pas justice, et par le flou dans lequel Naruse laisse le cadre historique ainsi que les caractéristiques du shin'nai[1] : les critiques disent ne pas saisir la portée des chants et regrettent que le film n'ait pas « d'intérêt comme document sur la culture populaire de l'époque ». Un autre critique voit quant à lui dans l'ascendance hollywoodienne du film – Bolero, de la Paramount, via la nouvelle de Matsutarō Kawaguchi – la raison de son échec à représenter l'esprit d'Edo. Dans une lettre publiée par la même revue, Ikumi Mita loue la beauté formelle du film, mais y trouve un déficit de ce réalisme dans lequel Naruse est le plus à l'aise, et estime qu'il aurait dû s'attacher aux forces sociales faisant obstacle à la réussite du couple. Russell y voit un trait commun aux geidō eiga que Naruse tourne pendant la guerre : l'attention s'y porte sur l'entrelacs des intrigues touchant à l'identité d'interprète des personnages, bien plus que sur l'exactitude historique de l'époque et des arts représentés[12].

Notes et références

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  1. 1 2 3 « Le shinnai-bushi, un art d’Edo qui a du chic - Maison de la culture du Japon à Paris | THEATREonline », sur www.theatreonline.com (consulté le )
  2. Crédité 道源勇二 par la National Film Archive of Japan, qui ne donne pas la lecture ; la romanisation « Dōgen » suit l'IMDb. Son nom est parfois écrit « Michinari » pour d'autres films.
  3. (ja) « [NFAJ] 鶴八鶴次郎 | Tsuruhachi Tsurujirō (1938) », sur nfad.nfaj.go.jp (consulté le )
  4. (ja) « 鶴八鶴次郎|Tsuruhachi Tsurujirō (1938) », sur db.eiren.org (consulté le )
  5. Tadao Satō, Le Cinéma japonais, t. II, Paris, Centre Georges Pompidou, (ISBN 978-2-85850-930-0), p. 62
  6. (ja) « KINENOTE - 山田五十鈴 - Isuzu Yamada », sur www.kinenote.com (consulté le )
  7. (ja) « Kotobank 鶴八鶴次郎 Tsuruhachi Tsurujirō », sur コトバンク (consulté le )
  8. (ja) « Kotobank 風流深川唄 Fūryū Fukagawa Uta », sur コトバンク (consulté le )
  9. (ja) « 明治一代女 Meiji Ichidai Onna, Définition et usage », sur コトバンク (consulté le )
  10. (ja) « [NFAJ] 鶴八鶴次郎 | Tsuruhachi Tsurujirō (1956) », sur nfad.nfaj.go.jp (consulté le )
  11. Extraits du dialogue selon les sous titres :
    Takeno dit à Toyo : « En tant que femme et joueuse de shamisen, c’est à toi de faire des concessions. » (à 30 min)
    Toyo : « Je pense qu’une femme doit finir par se marier un jour. » (à 35 min)
    Toyo : « Mais, en tant que femme, je me suis parfois sentie très seule. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je me marie le plus tôt possible pour ne pas vivre seule à l’avenir. » (à 37 min)
  12. 1 2 (en) Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio (en) : Women and Japanese Modernity, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-4312-7), « 3. Not a Monumental Cinema: Wartime Vernacular, 1938-1945 », p. 137-146

Voir aussi

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