Tétishéri
Tétishéri ou Tétishéryt est la fille de Tienna (ou Tjenna) et Néférou (ou Néferou) qui ne sont pas membres de l'élite égyptienne. Sa mère avait la qualité de « maîtresse de maison » et son père la fonction de « juge ». Elle est choisie comme épouse, en dépit de son ascendance non royale, par le roi Senakhtenrê Iâhmes dit « l'Ancien » (XVIIe dynastie) qui en fait sa grande épouse royale.
| Tétishéri | |||||
Statue de Tétishéri (British Museum). | |||||
| Nom en hiéroglyphe | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Transcription | Ttj šry.t | ||||
| Période | Deuxième Période intermédiaire-Nouvel Empire | ||||
| Dynastie | fin de la XVIIe, début de la XVIIIe dynastie | ||||
| Fonction principale | reine d'Égypte | ||||
| Famille | |||||
| Père | Tjenna | ||||
| Mère | Néférou | ||||
| Conjoint | Senakhtenrê Iâhmes | ||||
| Enfant(s) | ♂ Seqenenrê Tâa ♀ Iâhhotep Ire ♀ Ahmès-Inhapy ? ♀ Satdjéhouty ? ♂ Ouadjkheperrê Kames ? |
||||
| Sépulture | |||||
| Nom | Tombe de Tétishéri | ||||
| Type | cénotaphe | ||||
| Emplacement | Abydos | ||||
| modifier |
|||||
Attestations
modifierLa reine est connue par plusieurs documents :
- la stèle associée à son cénotaphe à Abydos, érigée pendant le règne de son petit-fils Ahmôsis Ier, aujourd'hui conservée au Musée égyptien du Caire (CG 34002)[1],
- une stèle découverte à Hermonthis qui porte le cartouche d'Ahmôsis Ier et mentionne la « mère du roi » (mw.t-nsw.t) Téti et des restaurations du temple local ; la stèle est aujourd'hui conservée au Musée Petrie (UC 14402)[2],
- quelques bandages de la momie, découverts dans la cachette royale TT320 et mentionnant le nom de ses parents[3].

Une statuette conservée longtemps au British Museum (EA 22558) et portant une inscription mentionnant Tétishéri a été identifiée comme un faux par W. V. Davies, qui s'est fondé sur l'imitation servile de son inscription à partir d'un fragment inférieur d'une statue similaire de la reine (aujourd'hui disparue). Cependant, certains chercheurs remettent en question cette attribution et s'interrogent sur l'authenticité potentielle de la statuette elle-même, voire de l'inscription.
Généalogie
modifierElle est l'épouse d'un roi qui est très probablement Senakhtenrê Iâhmes, et la mère de Seqenenrê Tâa et d'Iâhhotep Ire, qui formeront le couple royal, et peut-être de Ouadjkheperrê Kames, et la grand-mère d'Ahmôsis Ier, les fondateurs de la XVIIIe dynastie, qui combattirent les Hyksôs et réunifièrent les Deux Terres. Seqenenrê Tâa est connu pour avoir deux sœurs : Ahmès-Inhapy et Satdjéhouty, qui sont filles de Senakhtenrê Iâhmes et peut-être de Tétishéri[4],[5].
Biographie
modifierTétishéri vécut assez âgée et fut reconnue par décret pour ses services rendus à l'Égypte pendant ces temps troublés. Elle est la première des trois figures féminines qui dominent les débuts du Nouvel Empire. Elle vécut jusque sous le règne de son petit-fils, Ahmôsis Ier[6].
Sépulture
modifierTombeau et momie
modifierTétishéri fut probablement inhumée à Thèbes et pourrait avoir été réinhumée dans la cachette royale TT320[3]. Aucun tombeau à Thèbes n'a encore été formellement identifié comme étant celui de la reine Tétishéri, bien qu'une momie qui pourrait être la sienne, connue sous le nom de « Femme inconnue B », ait été placée parmi les dépouilles de membres de la famille royale réinhumées dans la cachette royale[7]. Découverte officiellement en 1881, elle fut initialement identifiée par erreur comme celle de Ramsès Ier par Gaston Maspero. En 1909, après un examen plus approfondi, Grafton Elliot Smith détermina qu'il s'agissait de la momie d'une femme âgée inconnue et lui attribua le nom correspondant, tout en la datant de la XVIIIe dynastie. Georges Daressy et Margaret Alice Murray notèrent que certains bandelettes associées à cette momie portaient le nom de Tétishéri. Certains chercheurs la dataient de la XVIIe dynastie et l'identifièrent formellement comme celle de Tétishéri. Ses caractéristiques principales sont ses cheveux blancs, témoignant d'un âge très avancé, une structure osseuse délicate et des tresses, suggérant une jeunesse et une plénitude[8].
Cénotaphe
modifier
Le roi Ahmôsis Ier fit ériger un monument commémoratif, ou cénotaphe, en son honneur à Abydos, au sein de son vaste complexe funéraire. Cette structure en briques crues fut découverte en 1902 par l'Egypt Exploration Fund et contenait une stèle monumentale relatant la dédicace par Ahmôsis Ier et son épouse-sœur Ahmès-Néfertary d'une pyramide et d'un enclos (ou sanctuaire) à Tétishéri[6]. Son découvreur, C. T. Currelly, pensait que la mention d'une « pyramide » de Tétishéri dans le texte ne désignait pas le bâtiment où la stèle avait été trouvée, mais plutôt la pyramide plus imposante associée à un grand temple funéraire à sa base, découverte en 1900 par A. C. Mace. Cependant, de récentes découvertes remettent en question cette hypothèse. Les fondations de la structure, initialement décrites par Currelly en 1903 comme un « sanctuaire » ou un « mastaba », se sont révélées en 2004, grâce à la reprise des fouilles menées par l'Institut oriental de Chicago sous la direction de S. Harvey, constituer en réalité les assises inférieures d'une pyramide en briques, la dernière pyramide de reine construite en Égypte. Des fragments du pyramidion ou dalle de couverture en calcaire ont également été mis au jour, confirmant ainsi la forme pyramidale de cette structure. Une prospection magnétique a par ailleurs révélé une enceinte en briques d'environ 70 mètres sur 90 mètres, un élément qui n'avait pas été détecté par les archéologues précédents. Ces éléments peuvent donc désormais être identifiés comme étant les caractéristiques décrites sur la stèle d'Ahmôsis Ier trouvée à l'intérieur : une pyramide et un enclos, construits au milieu du propre complexe funéraire d'Ahmôsis Ier[9]. Sur une stèle retrouvée par Flinders Petrie dans la chapelle funéraire de la reine-mère, Ahmôsis dit :
« Je me suis souvenu de la mère de ma mère et de la mère de mon père, la grande épouse royale et mère de roi, Tétishéri, juste de voix. Sa tombe et sa chapelle demeurent à Thèbes et à Abydos (...). Ma Majesté souhaite faire pour elle une pyramide et un temple dans la Terre sacrée (...). On creusera son lac, on plantera ses arbres, ses offrandes seront fixées ; on pourvoira le temple de personnel, on le dotera de champs, de troupeaux, de prêtres funéraires. »
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ Vandersleyen 1995, p. 217 et 228.
- ↑ Vandersleyen 1995, p. 217 et 221.
- 1 2 Dodson et Hilton 2004, p. 129.
- ↑ Ryholt 1997, p. 272-280.
- ↑ Dodson et Hilton 2004, p. 126-129.
- 1 2 Vandersleyen 1995, p. 228.
- ↑ Partridge 1994, p. 28.
- ↑ Höber-Kamel 2003, p. 21.
- ↑ Barbotin 2008, p. 125-127.
Bibliographie
modifier- (en) Robert Partridge, Faces of Pharaohs, The Rubicon Press, ;
- Claude Vandersleyen, L'Égypte et la Vallée du Nil : De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, t. 2, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio », , 710 p. (ISBN 978-2130465522) ;
- (en) Kim Steven Bardrum Ryholt, The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period, vol. 20, Copenhague, Museum Tusculanum Press, coll. « Carsten Niebuhr Institute Publications », (ISBN 978-8772894218) ;
- (de) Gabriele Höber-Kamel, « Von den Hyksos zum Neuen Reich. Der lange Weg zum Grossreich. », Kemet, no 2,
- (en) Aidan Dodson et Dyan Hilton, The complete royal families of Ancient Egypt, Thames & Hudson, (ISBN 978-0-500-05128-3) ;
- Christophe Barbotin, Âhmosis et le début de la XVIIIe dynastie, Paris, Pygmalion, , 295 p. (ISBN 9782857048602).