Ugo Spirito

philosophe italien

Ugo Spirito, né le à Arezzo et mort le à Rome, est un philosophe, écrivain, journaliste et homme politique italien.

Ugo Spirito
Ugo Spirito photographié vers 1930.
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Disciple du philosophe Giovanni Gentile, il est un des principaux théoricien du corporatisme. Représentant du « fascisme de gauche » décrit par l'historien Giuseppe Parlato, notamment en raison de son concept de Corporation propriétaire, Ugo Spirito s'oriente vers le communisme-soviétique et le maoïsme dans l'après Seconde guerre mondiale[1].

Biographie

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Famille

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Fils de Prospero et Rosa Leone, Ugo Spirito naquit en 1896 à Arezzo mais passa son enfance à Ferrandina au sein d’une famille bourgeoise, traditionaliste et religieuse, dont le grand-père était issu de l’aristocratie de l’ancienne administration bourbonienne[2]. Son père, Prospero, ingénieur, rompit avec la tradition familiale en se formant à Naples dans l’entourage intellectuel de Francesco De Sanctis, Bertrando Spaventa et Donato Jaja. Il s’intéressa particulièrement à la pensée de Giacomo Leopardi et de Arthur Schopenhauer[2].

Formation universitaire

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Éduqué dans la foi catholique, Spirito s'écarte progressivement de la religion pour se rapprocher du positivisme, notamment durant ses années de lycée au Ginnasio-Liceo G.B. Vico de Chieti, sous l’influence de son professeur de philosophie Emilio La Rocca, qui fut l’un de ses premiers maîtres[2]. Inscrit à la Faculté de Droit de Rome, qu’il fréquente de 1914 à 1918, il y rencontre Mario Praz et étudie l’anthropologie et la sociologie criminelle. Il se consacre au travail sur le terrain dans les asiles et les prisons, influencé par Enrico Ferri, dont il suit également les cours universitaires. Le 20 décembre 1918, il obtient son diplôme en droit avec une thèse en droit civil intitulée I doveri inerenti al diritto di patria potestà (Les devoirs inhérents au droit à l'autorité parentale), soutenue avec la note de 82/100[2].

Une rencontre décisive : Giovanni Gentile

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De plus en plus insatisfait du positivisme, il Spirito opère un tournant vers la philosophie néo-idéaliste. Celui-ci se concrétise le 10 janvier 1918 par sa rencontre avec Giovanni Gentile dont il suit les conférences et devient l’un des principaux disciples. Le 10 juillet 1920, il obtient sa laurea avec une thèse sur Il pragmatismo nella filosofia contemporanea (Le pragmatisme dans la philosophie contemporaine), dirigée par Gentile[2]. Ce dernier le recrute aussitôt comme rédacteur au Giornale critico della filosofia italiana. En novembre, Spirito est nommé assistant à la chaire de pédagogie, poste qu’il occupera jusqu’en octobre 1928, d’abord à l’École de pédagogie, puis à la Faculté des Lettres et de Philosophie[2].

En 1922, il rencontre Benedetto Croce et l’invite à collaborer à la revue Nuova Politica Liberale, collaboration qui prendra fin en 1925, après l’adhésion de Spirito au Manifeste des intellectuels fascistes. Dès janvier 1923, Spirito commence sa carrière de publiciste et devient directeur de la revue Educazione nazionale, en remplacement de Giuseppe Lombardo Radice, poste qu’il occupe jusqu’en juillet 1924[2]. À partir de 1926, il devient secrétaire de rédaction du Giornale Critico della Filosofia Italiana, puis rédacteur pour les disciplines philosophiques, économiques et juridiques de la nouvelle Enciclopedia Italiana Treccani. En juin 1924, Gentile, devenu ministre de l’Instruction publique du premier gouvernement Mussolini, le nomme inspecteur honoraire chargé des œuvres complémentaires de la commune de Rome. La même année, Spirito obtient la libera docenza (habilitation) en philosophie[2].

Travaux juridiques et carrière

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Publiant de nombreux travaux sur le positivisme juridique, et en particulier sur l’anthropologie criminelle et la sociologie criminelle, Spirito fonde en 1927 la revue bimestrielle Nuovi Studi di Diritto, Economia e Politica, publication qu'il dirige avec Arnaldo Volpicelli. Il collabore ensuite à la revue Archivio di studi corporativi, organe de l’école de sciences corporatives de Pise dirigée par Giuseppe Bottai[2].

Du 5 au 8 mai 1932, il participe au Congrès d'études syndicales et corporatives de Ferrare au cours duquel il propose, dans Individuo e Stato nell’economia corporativa, la thèse de la « corporation propriétaire »[2]. Cette proposition lui vaut de nombreuses accusations de « philobolchevisme » et de sympathie pour le socialisme par des représentants de l'aile droite du fascisme, notamment Stefano Mario Cutelli qui attaquera ses propositions « substantiellement jacobines et socialisantes »[3]. Spirito est cependant soutenu par Mussolini lui-même lors de deux audiences privées, les 25 mars 1932 et 13 mai 1933 ainsi que qu'une approbation dans un article non signé du Popolo d’Italia (3 octobre 1933)[2].

De 1932 à 1935, il est professeur chargé d’Économie et de Politique corporative à l’école de perfectionnement en sciences corporatives de l’Université de Pise. En 1935, il devient membre de la commission chargée d’évaluer les travaux des Littoriali lors des congrès d’études corporatives. Sur invitation de Gentile, il participe également au Congrès italo-français d’études corporatives[2]. Cependant, la même année 1935, la revue Nuovi Studi est suspendue et son poste d’enseignement à Pise lui est retiré. Sur décision du ministre de l’Éducation nationale Cesare Maria De Vecchi, il est muté comme professeur de Philosophie et d’Histoire de la philosophie à l’Institut supérieur royal de Messine[2].

À partir de 1936, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Giuseppe Bottai, le fait transférer, sur intervention de Gentile, à la chaire de philosophie théorique de la Faculté des Lettres et Philosophie de l’Université royale de Gênes. Enfin, à partir de 1938, il enseigne à la Faculté de Magistère de l’Université de Rome. En décembre 1941 (13-14), il participe à Rome au Ier Congrès national d’études philosophiques consacré à la réforme de la Faculté de Philosophie, aux côtés de Gentile[2].

Spirito après la Libération : philosophie et adhésion au communisme

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Après la libération de Rome par les Alliés, en juillet 1944, Spirito subit un procès d’épuration et est suspendu de son enseignement pour apologie du fascisme par décret ministériel du 31 juillet 1944. Cette accusation est finalement levée le 14 décembre 1944, et il reprend ses fonctions le 9 mai 1945. En 1947, il reprend la direction et la publication de la troisième série du Giornale critico della filosofia italiana. C’est à cette époque qu’il adhère au communisme[2].

En 1949, il participe au 1er Congrès national de philosophie qui se tient à Mendoza (Argentine) du 30 mars au 9 avril, en compagnie d’intellectuels tels que Raymond Aron, Eugen Fink, Hans-Georg Gadamer, Karl Löwith, Rodolfo Mondolfo et Cornelio Fabro. À partir du 1er février 1951, il obtient la chaire de philosophie théorique à la Faculté des Lettres et Philosophie de Rome[2]. En 1956, il se rend en URSS et y rencontre Nikita Khrouchtchev. En 1961, il visite la Chine de Mao. Ces voyages aboutissent à l’essai Comunismo cinese e Comunismo Russo (Communisme chinois et Communisme russe) publié en 1962[2].

En 1959, il reçoit le Prix national du Président de la République pour les sciences. En 1969, il est nommé membre national de l’Académie des Lincei. En 1973, il reçoit les prix « Penna d’oro » et « Libro d’oro » d’une commission présidée par le poète et sénateur à vie Eugenio Montale[2]. Il reprend ses études corporatives avec une communication sur L’actualité du corporativisme, présentée en 1972 à l’inauguration de l’Institut d’études corporatives de Rome. En tant que président de la Fondation Gentile, il organise en 1975, avec la Scuola Normale de Pise et l’Institut de l’Enciclopedia Italiana, un colloque international sur « La pensée de Giovanni Gentile », au cours duquel il prononce une relation intitulée « Gentile Romano ». En 1976, il publie Dall’attualismo al problematicismo (De l'actualisme au prolematicisme) et, en 1977, son autobiographie finale Memorie di un incosciente (Mémoires d'un inconscient)[2].

Il meurt à Rome en avril 1979.

Individu, État et corporatisme

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Ugo Spirito en 1967.

Parmi les différents niveaux de recherche, la réflexion sur les structures de l'État se distingue dans la pensée d'Ugo Spirito. Prenant clairement ses distances avec la pensée libérale, Ugo Spirito ne voit aucune opposition entre la figure de l'individu et celle de l'État. Dépassant cette interprétation, qu'il juge désorganisée et arbitraire, Spirito perçoit au contraire l'État comme une figure au sein de laquelle l'individu se réalise progressivement. Le binôme État/individu devient ainsi une équation où le second terme se résout et se réalise pleinement dans le premier, caractérisé « non pas comme une simple superstructure disciplinaire, mais comme un organisme exprimant une volonté unique et composant tous les désaccords individualistes ».

En ce sens, la seule voie viable pour atteindre ce modèle est la forme corporative dans laquelle l'État, qui d'un État d'individus devient un État de producteurs, représente le lieu où l'intérêt public et l'intérêt privé coïncident, puisque, pour reprendre les mots de Gentile, en lui « cette source de vie économique et morale qu'est l'individu » n'est pas (et ne doit pas être) « annulée » .

Le concept développé par Spirito a été défini comme l'immanence de l'individu dans l'État, visant la mobilisation des individus dans et pour les structures créées par l'État lui-même. Même après la chute du régime fasciste, Spirito a constamment maintenu ses positions ; selon Alessandra Tarquini, il était et est resté un intellectuel totalitaire, antidémocratique et antilibéral, un ennemi acharné de l'individualisme[1].

Si, selon Spirito , l'économie est politique et doit être subordonnée aux choix sociaux, le rôle qu'il assigne à l'État en matière d'intervention publique doit être compris dans ce sens. Loin d'envisager une situation comparable au collectivisme, le philosophe se distancie également des excès désorganisés qu'il attribue aux systèmes libéraux. Le fonctionnaire d'État, censé remplacer le capitaliste privé, était jugé par Spirito :

« non pas comme un agent du collectivisme ou du capitalisme d'État (dont nous savons ce qu'il a produit avec le soviétisme), mais comme un simple délégué technique, qui se fait le garant d'une réalité différente : assurer socialement, aujourd'hui le contrôle de la production, demain la propriété même des moyens de production. »

— Luca Leonello Rimbotti, dalla prefazione a Pareto. Di Ugo Spirito, Settimo Sigillo, Roma, 2000, pag. 8

Publications

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  • Filosofia della grande civilizzazione. La « rivoluzione bianca » dello Scià, Luni Editrice, 2019
  • Storia del diritto penale italiano, 1925, 3e ed. 1974
  • Il nuovo diritto penale, 1929
  • Critica dell'economia liberale, 1930
  • L'idealismo italiano e i suoi critici, 1930; 3e ed. 1974
  • I fondamenti dell'economia corporativa, 1932
  • Capitalismo e corporativismo, 1933
  • Scienza e filosofia, 1933
  • La vita come ricerca, 1937, 2ª ed. Rubbettino, 2007
  • Dall'economia liberale al corporativismo, 1939
  • La vita come arte, 1941
  • Il problematicismo, 1948
  • La vita come amore, 1953
  • Critica della democrazia, 1963; 2e ed. Rubbettino, 2008
  • Il comunismo, 1975
  • Dall'attualismo al problematicismo, 1976
  • Memorie di un incosciente, Rusconi, Milan, 1977
  • Vilfredo Pareto, Cadmo Editore, Roma, 1978
  • Critica della democrazia, Luni Ed., Milan-Trento, 1999
  • Il corporativismo: dall'economia liberale al corporativismo; i fondamenti dell'economia corporativa; capitalismo e corporativismo, raccolta di saggi, Rubbettino, 2009
  • Il corporativismo come liberalismo assoluto e socialismo assoluto, Pacini Mariotti, 1933

Notes et références

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(it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Ugo Spirito » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 Alessandra Tarquini, « SPIRITO, Ugo », sur Dizionario biografico degli italiani, Roma, Istituto dell'Enciclopedia Italiana.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Sergio Carotenuto, « Ugo Spirito: positivista, attualista, corporativista comunista », Academia,‎ . (lire en ligne)
  3. ↑ Olindo De Napoli, « Come nasce una rivista antisemita. Tradizionalismo e razzismo nell'azione di Stefano Mario Cutelli », Le Carte e la Storia, no 2,‎ (lire en ligne)

Bibliographie

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  • Antimo Negri, Dal corporativismo comunista all'umanesimo scientifico. Itinerario teoretico di Ugo Spirito, Manduria, Lacaita, 1964.
  • Pierre-Philippe Druet, "Ugo Spirito et ses commentateurs", Revue Philosophique de Louvain, Année 1976, 22, pp. 256-262.
  • Franco Tamassia (a cura di), L'opera di Ugo Spirito, Rome, 1986.
  • Atti del Convegno Internazionale Il pensiero di Ugo Spirito, Rome 6-; Rome, 1988.
  • Antonio Russo, Positivismo e idealismo in Ugo Spirito, Roma, Fondazione Ugo Spirito, 1990.
  • Giovanni Dessì, Ugo Spirito. Filosofia e rivoluzione, Milan, Luni, 1999.
  • Antonio Russo, Ugo Spirito. Dal positivismo all'antiscienza, Milan, Guerini e Associati, 1999.
  • Hervé A. Cavallera, Ugo Spirito: la ricerca dell'incontrovertibile, Formello, SEAM, 2000.
  • Danilo Breschi, Spirito del Novecento. Il secolo di Ugo Spirito dal fascismo alla contestazione, Rubbettino, 2010.
  • Antonio Cammarana, Proposizioni sulla filosofia di Giovanni Gentile, prefazione del senatore Armando Plebe, Roma, Gruppo parlamentare MSI-DN, Senato della Repubblica, 1975, 157 Pagine, Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze BN 758951.
  • Antonio Cammarana, Teorica della reazione dialettica: filosofia del postcomunismo, Roma, Gruppo parlamentare MSI-DN, Senato della Repubblica, 1976, 109 Pagine, Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze BN 775492.
  • Vincenzo Pirro, Ricordo di Ugo Spirito, in Nuovi Studi Politici n. 3, p. 51–56, Ed. Bulzoni, Rome, 1979.
  • Paolo Bettineschi, L'esperienza storica e l'intrascendibilità del conoscere. Sul sapere di non sapere, in «Rivista di Filosofia Neo-Scolastica», 2019, n. 3, p. 521-529.
  • Eugenio Serra, Il tema del comunismo in Ugo Spirito dal 1946 al 1960, in «Democrazia e Diritto», 3/2020, p. 99-119.
  • Gaetano Bizzoco, Ideologia futurista, Mondadori, 2025.

Liens externes

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