Une femme indomptable

film sorti en 1957

Une femme indomptable (あらくれ, Arakure?) est un film japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1957 et adapté d'un roman homonyme de Shūsei Tokuda publié en feuilleton dans le journal Yomiuri Shimbun en 1915.

Une femme indomptable
Description de cette image, également commentée ci-après
Affiche du film.
Titre original あらくれ
Arakure
Réalisation Mikio Naruse
Scénario Yōko Mizuki
Shūsei Tokuda (roman)
Musique Ichirō Saitō
Acteurs principaux Hideko Takamine
Ken Uehara
Masayuki Mori
Sociétés de production Tōhō
Pays de production Drapeau du Japon Japon
Genre Drame
Durée 121 minutes
Sortie 1957

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Synopsis

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Au début de l'ère Taishō, à Tokyo, la jeune Ōshima est la seconde épouse de Tsuru, un homme aisé qui la traite comme une domestique. Celui-ci a une maîtresse, Oyū, mariée elle aussi. Lorsque Ōshima fait une fausse couche en tombant dans l’escalier après une violente dispute, elle est renvoyée dans sa famille adoptive.

Elle part travailler à l’auberge d'une ville de montagne pour rembourser les dettes de son frère. Elle y noue une liaison avec Hamaya, le propriétaire des lieux, marié et père de deux enfants ; découverte par la tenancière, elle est reléguée dans une station thermale où elle lave le linge à la rivière. Son père, la croyant tombée dans la prostitution, vient la ramener à Tokyo et la sépare de son amant.

De retour dans la capitale, elle se met en ménage avec Onoda, un tailleur, et ouvre avec lui un atelier de couture exploitant le marché naissant du prêt-à-porter occidental. Femme énergique et combative, Ōshima se querelle — parfois jusqu'aux mains — avec son mari. Elle se rend dans les montagnes pour rembourser une dette à Hamaya, et y apprend qu'il est mort de la tuberculose.

Quand elle découvre que cette même Oyū est la maîtresse de son mari, une violente altercation éclate entre les deux femmes. Ōshima décide de quitter le foyer, téléphone à Kimura, le jeune tailleur récemment embauché par le couple, et lui propose de partir avec elle monter une nouvelle affaire en embauchant aussi le meilleur apprenti de l’atelier.

Fiche technique

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Distribution

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Autour du film

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Audie Bock écrit à propos du film que « Naruse souhaitait réaliser un film sur une femme forte, mais se plaignait que le public ne s'intéresserait qu'aux héroïnes maltraitées et pathétiques. Cette héroïne tombe amoureuse et se laisse facilement tromper. Croyant agir à sa guise, elle finit par être victime des circonstances. »[7]

Naruse rend ici un hommage teinté d'humour aux benshi, les bonimenteurs du cinéma muet japonais. Vers le milieu du film, Ōshima et Hamaya assistent à une projection : à l'écran, deux amants — dont la femme semble être un onnagata — conversent sur une plage, tandis que la voix du benshi accompagne la scène. Le benshi est aussi montré en pleine performance. La séquence se poursuit jusqu'à ce que la pellicule se déchire, interrompant brutalement la projection.

Analyse

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Selon Catherine Russell dans The Cinema of Naruse Mikio (en), Une femme indomptable occupe une place singulière dans l'œuvre tardive de Mikio Naruse. Adapté par Yōko Mizuki du roman naturaliste de Shūsei Tokuda (1915), le film suit Ōshima, incarnée par Hideko Takamine dans l'une de ses interprétations « les plus actives et les plus énergiques », un personnage que Russell tient pour « l'un des plus libérés de toute l'œuvre de Naruse ». Couturière qui monte sa propre affaire, se bat à coups de poings, roule à bicyclette et rejette les hommes qui la déçoivent, Ōshima incarne la figure de la « femme nouvelle » que Naruse avait explorée dès les années 1930.

Le paradoxe central du film ne tient pas à un déplacement de l'intrigue vers le passé : le roman de Shūsei Tokuda, publié en 1915, est déjà ancré dans cette époque[8],[9],[10], et le film place son carton d'ouverture au « début de l'ère Taishō »[11]. Russell s'appuie sur le critique Richard Torrance, selon qui Tokuda n'était pas tant un défenseur des droits des femmes qu'un auteur fasciné par « un nouveau type d'être humain… qui ne se souciait d'aucune convention sociale ». Le corps, le jeu et l'énergie de Hideko Takamine sont manifestement ceux des années 1950, mais elle se trouve « lâchée dans le Japon d'il y a quarante ans » ; le film, écrit Russell, « déplace ainsi son énergie féministe sur une représentation datée de la modernité ». Ce décalage n'est pas fortuit : Naruse reconnaît lui-même que « le thème d'une héroïne indépendante et volontaire n'avait guère de succès au box-office ». Le cadre d'époque, déjà donné par le roman, devient alors un abri commode — un moyen de faire exister une femme moderne là où le présent des années 1950 ne semblait plus vouloir d'elle. Ses énergies, conclut Russell, sont « dirigées vers le passé plutôt que vers l'avenir » — comme si Naruse, dans un présent devenu « mélancolique et sombre », ne parvenait plus à trouver de place pour une telle femme.

Russell insiste sur la vitesse du récit comme forme même de la modernité : le film « passe si brusquement d'une phase de la vie d'Ōshima à la suivante que la rapidité de la modernisation s'y trouve littéralement mise en scène ». Chutes et ascensions sociales s'enchaînent, marquées par les coiffures et surtout par les vêtements. La mode joue ici un rôle décisif : en s'appuyant sur Walter Benjamin, pour qui « l'éternel est plutôt un volant à une robe qu'une idée », Russell voit dans le spectacle d'Ōshima « l'annonce de la fin d'une époque ».

Le film contient enfin sa propre réflexivité. Lors de la séquence du cinéma dans le cinéma, la pellicule se rompt et « l'écran vire au blanc » ; Naruse interrompt le réalisme narratif par un « procédé réflexif habile ». Russell y lit un indice ambigu : ce geste vers l'avant-garde reste « un geste plutôt qu'une action »[12].

Récompenses et distinctions

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Notes et références

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  1. あらくれ (arakure) est la nominalisation du verbe 荒くれる (arakureru) et désigne un tempérament ou un comportement rude et violent, ou une personne de ce caractère (« 荒くれ男 »)
  2. 1 2 (ja) Kotobank, « 荒くれ (Arakure) signification : Un roman de Shūsei Tokuda, publié dans le Yomiuri Shimbun en 1915. », sur コトバンク (consulté le )
  3. (ja) « [NFAJ] あらくれ|Arakure (1957) », sur nfad.nfaj.go.jp (consulté le )
  4. 1 2 (ja) « あらくれ|Arakure (1957) », sur db.eiren.org (consulté le )
  5. 1 2 (ja) Une femme indomptable sur la Japanese Movie Database.
  6. (ja) « あらくれ(1957) - Arakure sur KINENOTE(キネノート) », sur www.kinenote.com (consulté le )
  7. Audie Bock, Japanese film directors, New York : Published for the Japan Society by Kodansha International, (ISBN 978-0-87011-304-8, lire en ligne)
  8. La traduction anglaise du roman par Richard Torrance — Rough Living (University of Hawai'i Press, 2001) — situe explicitement l'intrigue dans le Japon Meiji, en suivant la vie d'Ōshima de 1884 à 1910.
  9. (en-US) Tokuda Shusei, « Rough Living », sur UH Press, (consulté le )
  10. (en) Susanna Fessler, Review of Shusei, Tokuda, Rough Living, H-Japan, H-Review, (lire en ligne)
  11. Les caractères japonais en surimpression sont : 大正の始め (Taishō no Hajime?).
  12. (en) Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio : Women and Japanese Modernity, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-4290-8), p. 304-309
  13. (ja) « 毎日映画コンクール 第12回(1957年) » [« 12e cérémonie des prix du film Mainichi - (1957) »], sur mainichi.jp (consulté le ).

Liens externes

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