Une visite inopportune
Une visite inopportune est la dernière comédie écrite par le dramaturge Copi en 1987. La pièce, en un acte et 33 scènes, est créée à Paris en 1988 ; Copi meurt du sida pendant les répétitions le . L’œuvre s’inscrit dans le contexte des années SIDA en France.
| Une visite inopportune | |
| Auteur | Copi |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | comédie en 33 scènes |
| Éditeur | Christian Bourgois éditeur |
| Collection | Titres |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 1988 |
| Nombre de pages | 93 |
| ISBN | 2-267-01874-8 |
| Date de création | 1988 |
| Metteur en scène | Jorge Lavelli |
| Lieu de création | Paris - Théâtre national de la Colline |
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Argument
modifierLe personnage central, Cyrille, un vieil acteur, se meurt du sida dans un hôpital[N 1]. Autour de lui gravitent : son fidèle ami Hubert ; le personnel médical : une infirmière et un médecin, le professeur Vertudeau ; la Mort (Regina Morti) ; un jeune journaliste.
Dans l’espace scénique se joue le passage entre la vie et la mort. Hôpital et théâtre se fondent. Le rêve, le burlesque, la tragédie sont entremêlés dans ces dernières heures. L’humour noir de Copi prend la mort comme objet de dérision, il la caricature, en mettant en scène une sorte de carnaval macabre autour de sa propre mort[2], en se moquant de lui-même, de son état d’agonie et de sa fin tragique. La réalité se déforme et surgissent des questions essentielles sur l’existence, la mémoire, la transcendance. Copi engage également une réflexion sur le théâtre : la pièce évoque le Malade imaginaire[N 2] et La Cerisaie y est citée[4],[5].
La pièce se termine par le suicide de Regina Morti (humiliée par Cyrille qui préfère être dans les bras d’Hubert, la Reine des Morts se suicide en se poignardant avec un couteau à rosbif) et le mort de Cyrille[6].
Écriture, édition et création
modifierCopi est diagnostiqué séropositif en 1984 ; il commence à écrire Une visite inopportune en 1986 ; il meurt l'année suivante à l’âge de 48 ans[1].
La pièce est publiée en 1988 à Paris par l'éditeur Christian Bourgois, avec des textes de François Cavanna, Michel Cournot, Guy Hocquenghem, Jorge Lavelli et Jacques Sternberg[1].
La pièce est créée le et jouée jusqu'au dans une mise en scène de Jorge Lavelli au Théâtre national de la Colline à Paris[7],[8],[9]. La production obtient le Grand prix du théâtre du Syndicat de la critique, catégorie meilleure création d'une pièce française[10].
- Personnages et distribution à la création
- Cyrille : Michel Duchaussoy
- L’infirmière : Catherine Hiegel
- Hubert : Jean-Claude Jay
- Le journaliste : Philippe Joiris
- Regina Morti : Judith Magre
- Le professeur Vertudeau : Jean-Luc Moreau.
Représentations
modifier- - : mise en scène d'André Brassard, avec France Castel, Gérard Poirier, Dominique Quesnel, Roger La Rue et Paul Savoie, Espace Go, Montréal[11].
- : mise en scène de Lukas Hemleb, avec Dominique Constanza, Sylvia Bergé, Éric Génovèse, Jérémie Lippmann, Clément Hervieu-Léger et Gérard Giroudon, Studio-Théâtre, Comédie-Française, Paris[12],[13].
- 9 - : mise en scène de Laurent Pelly, avec Christiane Millet, Théâtre de l'Ouest parisien (TOP), Boulogne-Billancourt.
- puis : Maison de la culture, Grenoble.
- : mise en scène de Mario Dragunsky, chorégraphie de Miguel Ángel Berna (es), coproduction de la Compagnie 4cats et de la Scène nationale du Sud-Aquitain,, avec Bernard Ménez, Théâtre de Bayonne[4],[14].
- - : mise en scène de Philippe Calvario, avec Sissi Duparc, Marianne James et Michel Fau et les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet, Paris[15],[16],[17].
Citations
modifier- Cyrille - Quel ami ? Hubert ! Dites-lui que je suis mourant, qu’il revienne un autre jour !
- Professeur - Vous ne mourrez jamais cher maître. Votre nom nous survivra tous ! Cyrille – Je ne parle pas de mon nom, je parle de moi !
- C’est vous, maître qui théâtralisez tout ce que vous touchez ! On se sent aspirés par votre théâtralité !
- Vous êtes le seul néophyte dans cette comédie de la mort et notre dernier spectateur… Improvisez-moi une lumière plus théâtrale, baissez les rideaux et voilez cette lampe sur la commode.
- Professeur - Vous ne songez pas à nous quitter ! La science a des exigences aussi impératives que le théâtre. Vous devriez être fier des succès répétés contre la mort dont vous êtes le héros dans ce temple de la science. Est-ce que la vraie mort qui vous guette a quelque chose à envier à la mort drapée en noir d’une scène de théâtre ?
- Cyrille - Je ne peux pas vous épouser, ma chère Regina, j'ai le sida. Regina mortis - Quelle maladie sublime ! Quelle apothéose que celle de succomber terrassé sous le poids de tant d’aventures scandaleuses ! Quelle merveilleuse fin pour un vrai artiste ! Et quel destin pour une veuve !
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Une didascalie indique : « Décor : une chambre dans un hôpital parisien, avec une porte donnant sur un couloir et une autre sur la salle de bains. »[1].
- ↑ Copi se rapproche de la satire mordante de la médecine dans Le Malade imaginaire, avec la dérision des médecins prétentieux qui ne font que cacher leur ignorance ; l'infirmière et le médecin sont deux sortes de bouffons au milieu d’un arsenal médical sophistiqué[3].
Références
modifier- 1 2 3 Henry Ferney Vásquez Sáenz 2021, p. 72.
- ↑ Thomas Barège 2013, p. 159.
- ↑ Henry Ferney Vásquez Sáenz 2021, p. 79.
- 1 2 « Une visite inopportune de Copi », sur Compagnie 4Cats, Bordeaux.
- ↑ « Les artistes et le Sida. La représentation de la maladie. Créer un état d'urgence », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Henry Ferney Vásquez Sáenz 2021, p. 74.
- ↑ « Une visite inopportune [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
- ↑ « Une visite inopportune de Copi. Java - requiem. La dernière pièce écrite par Copi, avant de mourir, dans un hôpital parisien, si drôle, qu'au-delà des fous rires les spectateurs n'ont pas le temps de penser à l'incroyable défi de l'auteur », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « 7 photographies d'une représentation par l'agence Marée-Breyer », sur Gallica.
- ↑ « Le palmarès 1988 du Syndicat de la critique », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Diane Godin, « Le réel dérisoire. Une visite inopportune », Jeu. Revue de théâtre, no 90 (1), , p. 168-170 (lire en ligne
[PDF]). - ↑ « La Visite inopportune : l'ange Copi est déjà passé », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Richard Robert, « Copi ou la mort en scène », Esprit, no 279, , p. 200-202 (lire en ligne
). - ↑ « Une visite inopportune [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
- ↑ Véronique Hotte, « Une Visite inopportune », La Terrasse, (lire en ligne).
- ↑ Armelle Héliot, « Une visite inopportune de Copi montée comme une farce », Le Figaro, (lire en ligne).
- ↑ « Une visite inopportune [notice de spectacle] », sur Bibliothèque nationale de France.
Bibliographie
modifier- Thomas Barège, « Une visite inopportune de Copi: un testament français ? Lecture intertextuelle », dans Françoise Morcillo, Catherine Pélage (dir.), Littératures en mutation. Écrire dans une autre langue, Orléans, Éditions Paradigme, coll. « Cultures littéraires », (ISBN 978-2-86878-303-5), p. 159-172.
- Danièle Lucio, L'écriture de la mort dans le théâtre de Copi : dans "La Tour de la Défense" (1978), "Une Visite inopportune" (1988) (mémoire de maîtrise en Études théâtrales, sous la direction de Michel Corvin), Paris, Université Sorbonne-Nouvelle, , 82 f.
- Henry Ferney Vásquez Sáenz, « Quelle maladie sublime : Une visite inopportune (1988) de Copi ou la « comédie de la mort » », Hybrida, no 3, , p. 61-84 (lire en ligne
).