Église universelle de la vie
L'Église de la vie universelle (EVU ; en anglais Universal Life Church, ULC) est une organisation religieuse non confessionnelle fondée en 1962 par Kirby J. Hensley[1],[2] qui a pour doctrine : « Faire ce qui est juste ». L'Église de la vie universelle plaide pour la liberté religieuse, offrant à tous l'ordination légale pour devenir officiant (appelé ministre en anglais). L'EVU ordonne des officiants de toutes origines et de toutes croyances, chrétiens, juifs, athées, païens, etc.[3]
| Lieu | Monde |
|---|---|
| Date (fondation) | 2 mai 1962 |
| Régions d’origine | Californie, USA |
La popularité de l'EVU vient en partie de l'envie de demander à des amis ou des êtres chers de célébrer son propre mariage. Cela a attiré de nombreuses célébrités à devenir des officiants ordonnés.
Histoire
modifierFondation
modifierL'Église de la vie universelle est fondée par Kirby J. Hensley, « un prêtre baptiste autodidacte qui est profondément influencé par ses lectures sur la religion mondiale »[2]. Le but est d'offrir « une totale liberté de religion et (…) rassembler toutes les personnes de toutes les religions, au lieu de les séparer »[2]. Kirby J. Hensley crée en 1959 « une nouvelle religion qui met l'accent sur ce que toutes les religions ont en commun »[1] sous le nom d'« Église de la vie » à Modesto, en Californie[3],[4] puis dépose les statuts en 1962[1],[5].
Au début, les cérémonies se tiennent dans le garage de Kirby J. Hensley. Peu de temps après sa création, l'Église de la vie universelle propose des ordinations par correspondance.
La croissance de l'église est affectée par les mouvements sociaux des années 1960, en particulier la guerre du Vietnam. Une rumeur prétend que l'ordination donne droit à une exemption légale de la conscription ; les demandes d'ordination augmentent considérablement, mais la rumeur se révèle fausse[3].
L'EVU et son fondateur, Kirby J. Hensley, sont très présents dans les médias, notamment Rolling Stone qui lui donne une forte visibilité[6]. Kirby J. Hensley « devient une sorte de héros populaire parmi les jeunes », en particulier auprès des étudiants, qu'il ordonne en masse lors d'événements en public[1]. Conformément à la loi de Californie qui exempte les écoles religieuses d'accréditation[7], il offre la possibilité d'obtenir un doctorat en théologie de l'EVU pour vingt dollars, y compris « dix leçons gratuites expliquant comment créer une église. » En 1974, l'église a déjà ordonné plus d'un million d'officiants. Cette même année, un tribunal américain reconnait que l'EVU est admissible à l'exonération des impôts religieux[3],[8].
Expansion et divisions ultérieures
modifierLa création de nouvelles branches avec des modes de fonctionnement différents provoque des dissensions dans l'Église universelle de la vie, qui prétend conserver le contrôle malgré la différence de nombre d'adhérents[9]. Il existe aujourd'hui plusieurs groupes opérant sous le nom d'EVU, qui ne se reconnaissent pas forcément les uns les autres[10].
Des soupçons de manipulation fiscale entachent à cette époque l'existence de l'EVU, et le fisc américain suspend l'exonération fiscale en 1984. Un procès s'engage, il dure 16 ans, et oppose Kirby J. Hensley et sa famille contre le fisc. L'affaire se règle lorsque le groupe d'EVU Modesto paye 1,5 million de dollars d'arriérés d'impôts[10].
En 1999, l'EVU propose des ordinations en ligne. La couverture médiatique des journalistes et des célébrités ordonnés en accroit la popularité. La liste des membres de l'EVU augmente et, entre 1962 et 2008, l'EVU estime avoir ordonné 20 millions de personnes dans le monde[9],[11].
Un grand nombre de personnes qui demandent l'ordination de l'EVU le font pour officier légalement lors de mariages [12] ou pour accomplir d'autres rites spirituels. Un article de 2007 note que « [à] peu près 70 % des personnes qui sont ordonnées par l'Église de la vie universelle le font… pour officier lors de mariages[11] ». Selon une enquête menée en 2016 par le site Web spécialisé sur le mariage The Knot et rapportée par le Baltimore Sun, 43 % des couples aux États-Unis choisissent de faire célébrer leur mariage par un ami ou un membre de la famille, contre 29 % en 2009[13].
Moins courant est l'exemple de cet Amérindien de Cincinnati qui a eu besoin de l'affiliation de l'EVU pour effectuer dans des hôpitaux de la région une cérémonie de purification dans le cadre d'un rituel de prière pour d'autres Amérindiens[11].
Après la mort de Kirby J. Hensley en 1999, l'organisation se divise. Un monastère est créé à Seattle par Dan Zimmerman sous le nom des Officiants de l'Église universelle de la vie[3] (ULCM en anglais), sans affiliation avec l'EVU. Il fait officiellement sécession en 2006 à la suite de différends financiers, juridiques et philosophiques[14] à cause d'un certain George Freeman connu pour des affaires de moeurs dans les années 1970, devenu propriétaire du monastère. Des ordinations automatiques par Internet, sans intervention humaine, sont pratiquées[15],[16].
À ce jour, le séminaire ULC est le seul organisme affilié et autorisé par l'ULC HQ (Quartier général), dirigé par Kevin Andrews et Violet A. Lucas à Folsom, en Californie.
Croyances et pratiques
modifierL'Église de la vie universelle fait remonter sa doctrine à l'anticléricalisme de la Réforme protestante et finalement aux paroles de saint Paul selon lesquelles l'Église est un « sacerdoce de tous les croyants »[17],[18]. Une publication du Ministère américain de l'armée répertoriant l'ensemble des religions résume ainsi la doctrine de l'EVU :
« L’Église de la vie universelle n’a qu’une croyance. Elle croit en ce qui est juste et en le droit de chaque personne d’interpréter ce qui est juste. L’Église de la vie universelle n’a pas de credo ou de livre faisant autorité comme une Bible. Ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’Église peuvent s'abonner à un périodique et à d’autres documents qu’elle publie à partir de son siège international. Il n’y a pas de directives éthiques spécifiques si ce n’est de faire “ce qui est juste”. […] L’Église universelle de la vie est ouverte et tolérante envers les personnes de toutes religions. Elle s’oppose uniquement aux religions qui tentent de nier la liberté de religion. Tout ministre de l'EVU peut ordonner de nouveaux membres. L’Église de la vie universelle n’a pas de rituel spécifique, bien que les congrégations locales en célèbrent une grande variété. Il y a deux rassemblements (conventions) chaque année au printemps et à l’automne, au cours desquels les membres et les ministres se rencontrent pour célébrer et faire des affaires[2]. »
Kirby J. Hensley croyait personnellement en la réincarnation, en un Jésus simplement humain, et « en la réunification de toutes les religions et de tous les gouvernements sous la bannière de l'universalité de la vie pendant trente ans de troubles autour de l'an 2000[1] ». Cependant, ses croyances n'était pas doctrinale, ce qui a permis aux membres de suivre leurs propres doctrines. Le Manuel de l'armée pour les aumôniers note également que l'EVU « a une structure très lâche », les personnes ordonnées reçoivent « un ensemble d'instructions sur la façon de former une congrégation » mais qu'ils fonctionnent en toute autonomie, et que les pratiques collectives ne sont pas requises « mais les congrégations locales sont tenues de tenir des réunions régulières »[2]. L'EVU n'a pas de restrictions médicales ou diététiques, ni d'exigences particulières en matière d'inhumation[2]. En ce qui concerne le service militaire, le manuel note que l'EVU ne tient aucune opposition doctrinale au service militaire, mais « respecte l'opinion individuelle de ses membres »[2].
Statut légal
modifierLa légitimité de l'ordination de l'EVU est contestée, principalement sur les questions fiscales et la célébration des mariages.
Quatre États des États-Unis et la totalité des provinces du Canada[19] ne reconnaissent aucune légitimité aux officiants de l'Église de la vie universelle de célébrer des mariages[20]. Il est néanmoins possible pour les officiants de s'inscrire en tant que notaire public, juge de paix ou conseiller municipal.
Critique
modifierL'EVU est critiquée pour sa facilité d'ordination. Des plaisantins ont ainsi soumis des demandes d'ordination pour leurs animaux de compagnie[21], avec succès. En 2015, le New York Times écrit que l'EVU « débite les ordinations à un rythme de chaîne de montage, se moquant d'un processus qui ailleurs nécessite des années d'études au séminaire. »[22] La politique du monastère est bien davantage visée que celle de l'ULC Modesto (l'église originale), où un séminaire ULC a été fondé en 1997.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 (en) James R. Lewis, The Encyclopedia of Cults, Sects, and New Religions, Prometheus Books, (ISBN 978-1-61592-738-8, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 U.S. Department of the Army, Religious Requirements and Practices: A Handbook for Chaplains (2001), p.
- 1 2 3 4 5 (en) Hoesly, « 'Need a Minister? How About Your Brother?': The Universal Life Church between Religion and Non-Religion », Secularism and Nonreligion, vol. 4, no 1, (ISSN 2053-6712, DOI 10.5334/snr.be)
- ↑ Lewis Ashmore, The Modesto messiah: The famous mail-order minister, Universal Press, (ISBN 0-918950-01-5, lire en ligne
) - ↑ Ashmore, Lewis, The Modesto messiah : the famous mail-order minister, Bakersfield, Calif., Universal Press, (ISBN 0918950015, OCLC 5551316, lire en ligne
) - ↑ « Inside the Universal Life Church, the Internet’s one true religion », sur web.archive.org, (consulté le )
- ↑ « Exemptions from the higher education licensing process for religious colleges », (consulté le )
- ↑ (en) « Cramer v. Commonwealth », sur Justia Law (consulté le )
- 1 2 Sue Nowicki, « Universal Life Goes On » [archive], sur The Modesto Bee,
- 1 2 (en-US) « Inside the Universal Life Church, the Internet's one true religion - The Kernel », The Kernel, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 Lauren Bishop, Ordained for the Occasion, The Cincinnati Enquirer (April 14, 2007), p.
- ↑ (en) « Couples Personalizing Role of Religion in Wedding Ceremonies », The New York Times, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Brittany Britto, « The new normal: Friends, family presiding at weddings » [archive], sur The Baltimore Sun,
- ↑ « Pa. judge nullifies weddings by online ministers » [archive du ], USA Today (consulté le )
- ↑ (en) « UI students serve as ordained ministers » [archive du ], The Daily Iowan (consulté le )
- ↑ (en) Jane Hodges, « Chapel Bound: Getting Ordained Online » [archive], sur The Wall Street Journal,
- ↑ « 775 F2d 576 Lynch v. Universal Life Church », OpenJurist, (consulté le )
- ↑ The federal reporter, coll. « The federal reporter » (no v. 775), (lire en ligne)
- ↑ « Wedding Laws By State » [archive], Universal Life Church Online (consulté le ) : « As of this writing, Canada, the United Kingdom and Australia do NOT permit ULC ministers to officiate legal marriage ceremonies. »
- ↑ « HENRY P. OSWALD v. VICTORIA A. OSWALD » [archive],
- ↑ Cody Clark (Daily Herald), « You may now lick the bride: Canine clergyman helps household pets tie the knot » [archive du ], Pet Weds: Pet & Animal Nuptials (consulté le )
- ↑ « Couples Personalizing Role of Religion in Wedding Ceremonies » [archive du ], The New York Times, (consulté le )
Liens externes
modifier- Sites de l'Église universelle de la vie et de ses antennes : ulchq.com, ulcseminary.org, ulc.net