Şanlıurfa
Şanlıurfa (souvent appelée simplement Urfa) est une ville du sud-est de la Turquie. Elle fut d'abord nommée Orhai, en araméen, Rohais, Édesse (ou Édessa), puis Urfa et aujourd'hui Şanlıurfa ou Riha en kurde. Le nom antique d'Édesse est Osroé, qui provient peut-être du nom du satrape Osroès qui gouverna la région. Selon la légende, Adam et Ève séjournèrent dans la cité, qui serait la ville natale d'Abraham et qui abriterait la tombe de sa femme, Sarah. D'autres textes désignent la ville comme celle de Rûh, l'une des villes construites après le Déluge.
| Şanlıurfa Riha, Urfa, Édesse | ||||
Şanlıurfa et la mosquée Mevlid-i Halil | ||||
| Administration | ||||
|---|---|---|---|---|
| Pays | ||||
| Région | Région de l'Anatolie du sud-est | |||
| Province | Şanlıurfa | |||
| District | Şanlıurfa | |||
| Maire Mandat |
Mehmet Kasım Gülpınar (YRP) 2024-2029 |
|||
| Indicatif téléphonique international | +(90) | |||
| Plaque minéralogique | 63 | |||
| Démographie | ||||
| Population | 472 238 hab. (2007) | |||
| Géographie | ||||
| Coordonnées | 37° 09′ nord, 38° 48′ est | |||
| Localisation | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Turquie
Géolocalisation sur la carte : région de l'Anatolie du Sud-Est
Géolocalisation sur la carte : province de Şanlıurfa
| ||||
| Liens | ||||
| Site de la mairie | http://www.sanliurfa-bld.gov.tr | |||
| Site de la province | http://www.sanliurfa.gov.tr | |||
| modifier |
||||
Préhistoire
modifierHistoire
modifierAntiquité
modifierÉdesse fut la capitale d'un important État dès le IIe millénaire av. J.-C., le Hourri. Vers -1200, après la chute de l'Empire hittite, la ville fut rattachée à la principauté néo-hittite de Karkemish. Au VIIe siècle av. J.-C., elle subit l'invasion assyrienne d'Assurbanipal (-669/-626), mais aujourd'hui rien ne permet de l'identifier avec une des nombreuses cités conquises par l'empereur d'Assyrie.
Périodes hellénistique et romaine
modifierPlus tard, lors de la victoire d'Alexandre le Grand (-336/-323) sur les Perses achéménides et de sa libération, Urhai est occupée par une population araméenne. En -303, les Macédoniens reconstruisent la ville et la rebaptisent Édesse, en souvenir d'une cité de leur pays (selon l'historien et le géographe grec Appien et Étienne de Byzance). La ville devient alors la capitale de la province d'Osroène et est peuplée, ainsi que plusieurs autres villes, de vétérans de l'armée.
Vers -132 (ou -136), un chef de tribu, Aryu (ou Ariou, -132/-127 ou -136/-127), s'affranchit des Séleucides qui gouvernent la ville et fonde un royaume (ou principauté) indépendant avec Édesse pour capitale. À part quelques souverains d'origine arménienne ou parthe, la plupart sont alors nabatéens. Ce royaume, quelquefois appelé principauté des Abgar (11 souverains porteront ce nom), parvient à conserver son autonomie pendant près de quatre siècles, malgré les divers conquérants qui traversent son histoire.
Selon Pline l'Ancien, à l’époque romaine, les habitants sont des Arabes et leurs souverains auraient porté le titre de phylarque (chef d’une phylé) ou toparque (magistrat). Le royaume s'étend au nord jusqu'aux Monts Taurus, à l'ouest jusqu'à l'Euphrate, qui le sépare de la Commagène, et à l'est jusqu'au Tigre. Il comprend, à part Édesse, des villes importantes comme Carrhes (Harran), Nisibe (en Mésopotamie), Rhesaena, Saroug, Singara (Sinjar, Irak), Zeugma sur l'Euphrate, qui est la réunion des villes d'Apamée (rive gauche) et de Séleucie de l'Euphrate (rive droite) et un passage obligé pour les caravanes.
À l'époque du premier triumvirat, Édesse est l'alliée des Romains. Le proconsul Crassus, à la tête d'une armée de 42 000 hommes, franchit l'Euphrate sur les conseils d'Abgar II Bar Abgar et attaque la Mésopotamie dans le but de prendre Séleucie du Tigre. Mais il est trahi par Abgar II qui se range du côté des Parthes. Crassus est battu à la bataille de Carrhes et doit fuir en Arménie (selon Plutarque, v.48-125). Ce serait sous Abgar V Ukomo ou Ukkama Bar Ma'Nu, que le christianisme aurait été prêché pour la première fois à Édesse par Thaddée d'Édesse (ou Jude, cousin de Jésus-Christ). Dans la réalité, le règne d'Abgar IX paraît plus probable. Quoi qu'il en soit, Abgar V contribue beaucoup à la propagation du christianisme parmi ses sujets. Mais un de ses successeurs, son arrière-petit-fils, revient au paganisme.
Plus tard, Abgar VII Bar Ezad est détrôné par l'empereur romain Trajan, qui garde la ville sous sa tutelle deux ans, avec de nombreuses destructions (guerre de Kitos), avant de la laisser à deux princes étrangers, Yalur et Parthamaspatès. En 123, Ma'Nu VII Bar Ezad, frère d'Abgar VII, réussit à reprendre le trône. À partir de cette époque, comme beaucoup de régions sous tutelle romaine, les monnaies sont frappées avec l'effigie du souverain régnant d'un côté et celle de l'empereur romain de son époque au dos. En 163, Wa'Il Bar Sahru prend les Parthes comme alliés dans sa lutte contre les Romains.
Christianisation
modifierVers 204, Abgar IX se convertit au christianisme. À la suite de cette conversion, le christianisme syriaque se développa autour d'Édesse et de nombreux monastères furent construits, en particulier celui de la colline, le Torâ-dOurhoï.

En 216, sous le règne d'Abgar X Severus Bar Abgar (IX), l'empereur Romain Caracalla s'empara définitivement du petit royaume, qui devint une province romaine. Cependant on a trouvé des monnaies au nom d'un Ma'Nu IX Bar Abgar(X) Severus et d'un Abgar XI Farhat Bar Ma'Nu avec sur l'autre face la tête de l'empereur romain Gordien III le Pieux, ce qui laisse supposer aux spécialistes que les Romains laissèrent encore quelque temps des souverains en place.
En 262, le roi des Perses sassanides Chahpuhr Ier occupa brièvement Édesse puis l'abandonna du fait de l'arrivée du roi de Palmyre Odenath II venu défendre la ville. Celui-ci, allié de l'empereur romain Gallien, était chargé de la défense de ses territoires en Orient.
À partir de 250, Édesse, où le christianisme avait bien progressé, accueillit les chrétiens chaldéens, chassés de Perse par les Sassanides. Dans la ville même existaient des sources (auxquelles les Grecs donnèrent le nom de kallirroé) qui sont encore connues aujourd'hui. Les carpes sacrées toujours élevées dans le bassin (Ayn-i Züleyha), sont la manifestation de la légende du miracle d'Abraham. Selon celle-ci, ce serait à cet emplacement que le roi d'Assyrie Nimrod aurait jeté Abraham dans une fournaise qui se changea aussitôt en eau poissonneuse.
C'est à Édesse qu'est faite au vie siècle la première mention de l’existence d’une image physique du Christ, le Mandylion.
En 605, Édesse devint à nouveau perse puis fut reprise par l'empereur byzantin Héraclius. Le syriaque édessénien resta la langue pour la littérature et l'Église, ainsi que celle des grands écrivains comme Jacques de Nisibe, Éphrem le Syrien et plus tard Jacques d'Édesse.
Voir aussi: Théodore Abu Qurrah évêque d'Edesse.
Moyen Âge
modifier
Les périodes des États croisés, des Ayyoubides et des Mamelouks
modifier- À l’invitation de Thoros, seigneur arménien d’Urfa, qui souhaitait s’allier avec les croisés contre ses ennemis, Baudouin de Boulogne, l’un des comtes croisés, arriva dans la ville. Peu après son arrivée, Thoros fut assassiné, et le 10 mars 1098, Baudouin prit le contrôle de la ville et y fonda le Comté croisé d’Édesse (Urfa). Il imposa le catholicisme à la majorité syriaque et arménienne. En 1106, le sultan seldjoukide d’Anatolie, Kılıç Arslan Ier, marcha sur le Comté d’Urfa et assiégea la ville, mais ne parvint pas à franchir ses solides murailles. Après environ cinquante ans de domination franque, les tensions entre les Francs et les Byzantins, ainsi que la haine mutuelle entre les seigneurs croisés d’Urfa et d’Antioche, créèrent un contexte favorable à une attaque. Imadeddin Zengi, gouverneur de Mossoul et d’Alep, profita de l’absence du comte croisé Joscelin II pour se diriger vers Urfa. Il proposa aux habitants de se rendre, mais les chefs religieux syriaques et arméniens refusèrent. Les murailles furent alors attaquées par des catapultes, et après un siège d’environ quatre semaines, les Turcs prirent la ville le 24 décembre 1144. Ali Küçük fut nommé gouverneur d’Urfa, avec à ses ordres une garnison et sept commandants. Cette victoire est considérée comme le premier grand succès des musulmans contre les croisés, mais elle devint aussi l’une des principales causes de la deuxième croisade. Après la reconquête d’Urfa, Imadeddin Zengi expulsa une partie des Arméniens, accorda des droits aux Syriaques et fit venir 300 familles juives, connues pour leur proximité avec les musulmans, pour s’installer à Urfa. Il est rapporté qu’une synagogue se trouvait à l’emplacement de l’actuelle mosquée Hasan Padişah dans le centre d’Urfa. En 1182, la ville passa sous le contrôle de Saladin et resta longtemps sous la domination des Ayyoubides. En 1251, elle fut pillée par les Mongols, puis remise à Hulagu Khan. Après la défaite mongole face aux Mamelouks lors de la bataille d’Aïn Jalout en 1260, Urfa passa sous domination mamelouke.
Période moderne ottomane
modifierEdesse, disputée pendant les guerres ottomano-persanes, est reprise de manière définitive par les Ottomans en 1637. Elle prend alors le nom d'Urfa et devient la capitale d'une province appelée eyalet de Raqqa ou pachalik d'Urfa. C'est un point de passage des caravanes de la route de la soie.
Époque contemporaine
modifierEn l'année 1895, les Arméniens d'Urfa, qui constituaient alors le tiers de la population totale de la ville, furent la cible des troupes auxiliaires kurdes, de la police locale turque ainsi que d'habitants turcs venus prêter assistance. Selon Lord Kinross, la communauté arménienne déplore la perte de huit mille victimes au cours de ces tueries de masse. C'est dans ce contexte que trois mille réfugiés chrétiens s'entassèrent dans la cathédrale pour fuir les exactions. Parmi eux deux mille cinq cent périrent dans des circonstances effroyables puisqu'ils furent brûlés vifs, après que l'édifice a été incendié. Ces évènements qualifiables de proto-génocidaires sont un prélude à la vaste campagne d'extermination des Arméniens en 1915 sur l'ensemble du plateau anatolien.
Durant la Première Guerre mondiale et dans le cadre du génocide arménien, la ville reçoit à l'été 1915 les premiers rescapés venant du nord[1]. Après le massacre par les gendarmes turcs de centaines d'Arméniens et l'arrestation de l'élite arménienne de la ville, devenue entre mai et un centre de transit des déportés[1], une centaine d'hommes et de femmes rescapés et réorganisés décident à partir du de résister dans les quartiers arméniens[2]. L'insurrection dure vingt-cinq jours durant lesquels l'armée ottomane tente vainement à plusieurs reprises de prendre le contrôle des quartiers arméniens[3]. Après deux assauts les 13 et , l'armée prend le contrôle le de toute la ville et assassine les rares rescapés, viole les femmes et enlève des jeunes filles « comme dans un marché aux esclaves »[4].
Les 20 et , Şanlıurfa voit transiter un premier convoi de deux mille femmes et enfants et un deuxième de trois mille cinq cents vers le désert syrien[4]. La ville continue de servir de centre de transit pour plusieurs dizaines de milliers d'Arméniens jusqu'en [5].
L'Empire ottoman était engagé avec les empires allemand et austro-hongrois dans une bataille contre les Britanniques et les Russes tsaristes. À la fin de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman vaincu, les armées européennes ont tenté de prendre en charge les différentes parties de l'Anatolie, d'abord les Britanniques, puis les Français occupèrent Urfa pour l'incorporation dans le mandat français sur la Syrie et le Liban. L'occupation britannique de la ville dure du au .
Les forces françaises prennent le relais avec une présence fortement contestée, notamment avec la résistance des troupes turques. Les troupes françaises sont attaquées à Marache et ailleurs à partir de 1920, le poste français à Urfa est isolé et assiégé pendant deux mois avant que les troupes ne quittent la ville.
La retraite française de la ville est menée en vertu d'un accord avec le gouvernement turc, commandés par le capitaine Ali Bey Saip affecté d'Ankara. Le retrait devait avoir lieu pacifiquement mais les unités françaises tombent dans une embuscade des forces turques au col de Şebeke sur le chemin de la Syrie, faisant 296 victimes parmi les Français. Les têtes des officiers Français sont portées en triomphe dans les rues.
Incitée par l’honneur fait à Antep, devenue Gaziantep (« Antep la victorieuse ») et à Maraş, devenue Kahramanmaraş (« Maraş l'héroïque »), elle obtient d'être débaptisée à son tour pour célébrer sa libération de l'occupation française. L’adjectif Şanlı (« glorieux ») est accolé à son nom en 1984.
La ville est une mosaïque peuplée par des Turcs, Arabes et Kurdes[6] qui l'appellent Riha.
La ville, conjointement avec celle d'Harran, a été proposée en 2000 pour une inscription au patrimoine mondial et figure sur la « liste indicative » de l’UNESCO dans la catégorie patrimoine culturel[7].
Géographie
modifierLocalisation
modifierLa ville est bâtie dans la grande plaine du Daïsan, affluent de l'Euphrate, au sud-est de l'Anatolie et au nord-ouest de la Mésopotamie. Elle a longtemps été une importante étape sur la route reliant la Mésopotamie à la Méditerranée.
La frontière actuelle avec la Syrie n'est qu'à quelques kilomètres au sud de la ville.
Elle est la préfecture de la province du même nom.
Climat
modifierLa ville bénéficie d’un climat tempéré chaud, avec une température annuelle moyenne de 17,7°C. Les précipitations sont faibles (aux alentours de 500 mm par an, pluie très rare de mai à octobre), et la zone est semi désertique.
Sites et monuments
modifierCitadelle
modifier
Le château d'Urfa est situé sur les hauteurs rocheuses, au sud du centre historique. Il est long et étroit, couronnant une crête[8].
Le sommet de la colline abritait un palais d'hiver abgaride construit au IIIe siècle ; les deux colonnes sont les seuls vestiges de ce palais. La première fortification connue du site date du début du VIe siècle, sous l'empereur Justinien.
La forteresse, généralement bien entretenue durant le Moyen Âge, a résisté à plusieurs attaques. Elle fut détruite sur ordre du sultan ayyoubide al-Kamil vers 1235. Au début du XIVe siècle, elle a été reconstruite sous le sultan mamelouk an-Nasir Muhammad. Elle fut de nouveau rénovée sous les Aq Qoyunlu au XVe siècle, puis à nouveau sous les Ottomans à plusieurs reprises : sous Soliman le Magnifique au XVIe siècle, puis sous Murad IV au début du XVIIe siècle.
Le château d'Urfa était gardé par des janissaires jusqu'à leur dissolution en 1826. Il était déjà en ruine à cette époque, et seule la partie occupée par les janissaires était encore entretenue. Par la suite, la citadelle fut pratiquement abandonnée. En 1849, une grande partie des pierres de la citadelle fut réutilisée ou vendue[9].
Anciens remparts de la ville
modifier
Les remparts monumentaux qui entourent la vieille ville datent de la reconstruction abbasside de 812. Les seules réparations importantes ont eu lieu au début de la période ottomane, en 1660-1661, lors de travaux de restauration générale des fortifications de la ville. Les murs sont constitués de gros blocs de pierre de plus de 30 cm de haut. Les premières réparations ottomanes se distinguent par leur petite taille, leur couleur blanche et leurs bossages légers. Dans de nombreux endroits, des maisons individuelles ont été construites directement contre la face intérieure du rempart, formant ainsi l'un des côtés de la maison. Du fait de la situation géographique d'Urfa, le côté est du mur oriental a toujours été le plus exposé aux attaques ; de larges portions des sections subsistantes à cet endroit sont constituées de réparations ottomanes[8].
Portes
modifierOn connaît trois portes dans les remparts de la ville : la porte Harran, la porte Bey Kapısı (porte du Seigneur) et la Saray Kapısı (porte du Palais).

La porte Harran subsiste, près de l’angle sud-est de la ville fortifiée : sa façade extérieure a été reconstruite, probablement lors des rénovations ottomanes de 1660-1661. Sa face intérieure, en revanche, date de la période ayyoubide, sous le règne du souverain local Muzaffar Ghazi Shihab ad-Din (1230-1245) : l'inscription mentionnant son nom court presque d'un bout à l’autre du corps de garde ; au-dessous et au-dessus du sommet de l’arche se trouve un petit relief représentant un aigle bicéphale[8].
La monumentale Bey Kapısı, située à l'est de la vieille ville, existe toujours, bien que la porte d'origine ait disparu. Le corps de porte d'origine fut construit dans l'Antiquité, probablement au IVe ou VIe siècle. Il comportait vraisemblablement deux grandes tours en forme de U, entre lesquelles se trouvaient deux ou trois portes. Ces deux tours existent encore aujourd'hui, mais ont été entièrement reconstruites au fil des siècles, ne conservant aucune trace des structures d'origine. La tour sud a gardé sa forme, mais la tour nord a désormais la forme d'un polygone[8].
Quant à Saray Kapısı, la porte n'existe plus, mais elle se trouvait à l'origine derrière le pont qui permet à l'avenue Atatürk de franchir la rivière, au nord de la ville[8].
Balıklıgöl
modifier
Selon la légende, Balıklıgöl fut fondé suite à la confrontation du prophète Abraham avec le tyran Nimrod, qui régnait sur Urfa depuis la citadelle. Lorsque Abraham atteignit l'âge adulte, il détruisit les idoles de Nimrod. En représaille, Nimrod « fabriqua une catapulte avec les deux piliers du château » et précipita Abraham dans une fosse de feu en contrebas. À l'impact, les flammes se transformèrent miraculeusement en eau et le bois ayant servi à alimenter le feu devint une carpe[10].
Mosquée Halil ür-Rahman
modifier
La mosquée Halil ür-Rahman Cami, également appelée simplement Halil Cami, est une mosquée et une médersa située au sud du bassin. Juste au sud de la mosquée se trouve une grotte où, selon la légende, le prophète Abraham serait né. Une autre tradition raconte qu'Abraham avait l'intention d'y sacrifier son fils Isaac, mais qu'il sacrifia une chèvre à la place ; à cet instant, une source jaillit et alimenta le bassin aux poissons.
La partie la plus ancienne du complexe est le minaret, construit en 1211-1212 sous la domination ayyoubide. Il y avait vraisemblablement une mosquée avec une salle de prière à l'emplacement de l'actuelle, entièrement reconstruite en 1819-1820, mais probablement similaire à l'originale. L'autre composante majeure est une série de cellules de médersa, précédées d'un portique, construites en 1808-1809, puis rénovées en 1871-1872. Le complexe ayyoubide d'origine a peut-être été construit pour servir de médersa, mais à l'époque ottomane, il était utilisé comme tekke avec des cuisines, des salles de réception et des chambres d'hôtes, qui se trouvaient peut-être au même emplacement que les cellules de la médersa. Le complexe tekke a été transformé en medrese dans les années 1800, probablement dès la construction des cellules de la medrese.
La mosquée elle-même sert désormais d'antichambre où l'on peut réciter les prières avant d'entrer dans la grotte par une porte située au sud. On accède à la mosquée par un vestibule à coupole, côté ouest. La salle de prière est une petite pièce quasi carrée à trois nefs ; deux d'entre elles sont couvertes de voûtes d'arêtes, tandis que la nef centrale est surmontée d'un dôme. Le mihrab est entouré d'une arche à trompes qui semble imiter le style artoucide.
Le minaret est fait d'une tour carrée visuellement divisée en trois parties égales par trois corniches moulurées, dont l'une se situe au sommet. Le niveau supérieur présente des paires de fenêtres à meneaux sur ses quatre faces. Le sommet des fenêtres forme des arcs en fer à cheval.
Les cellules de la médersa, aujourd'hui utilisées comme école coranique, sont surélevées par rapport au trottoir environnant. Elles sont précédées d'un portique aux arcades arrondies simples. Une balustrade à poteaux en zig-zag longe la façade du portique. À l'angle nord-ouest du bassin se trouve une pièce pentagonale qui s'avance dans l'eau sur trois côtés. Une restauration à la fin du XXe siècle a prolongé la balustrade jusqu'au sommet de cette pièce[8].
Ayn Zeliha
modifierLe bassin d'Ayn Zeliha, nommé d'après la fille de Nimrod, est situé au sud du bassin principal. Il est ombragé par des arbres et entouré de cafés[8].
Complexe muséal de Haleplibahçe
modifierLe complexe muséal de Haleplibahçe (en turc : Haleplibahçe Müze Kompleksi) est situé près de Balıklıgöl et s'étend sur 40 hectares. Il comprend deux musées : le musée de Şanlıurfa et le musée des mosaïques de Haleplibahçe. Le musée de Şanlıurfa a été fondé en 1965 et a déménagé à son emplacement actuel en 2015. Avec plus de 34 000 mètres carrés d'espace intérieur, il est devenu le plus grand musée de Turquie. Il compte 14 salles d'exposition et 33 espaces d'animation, et abrite quelque 10 000 artefacts allant du Paléolithique à l'époque islamique. Parmi ces artefacts figurent des découvertes provenant de Göbekli Tepe, de Harran et des zones aujourd'hui submergées par le barrage Atatürk. Quant au musée des mosaïques d'Haleplibahçe, il a été construit in situ, à l'endroit même où les mosaïques d'Haleplibahçe ont été découvertes. Parmi les mosaïques exposées figure la plus ancienne mosaïque connue représentant les Amazones.
Nécropole de Kızılkoyun
modifierJuste à l'est du complexe muséal d'Haleplibahçe se trouve la nécropole de Kızıllkoyun, où au moins 75 tombes rupestres ont été creusées dans une crête calcaire durant la période romaine, aux IIIe et IVe siècles. Les tombes varient en taille et en conception selon le statut socio-économique de leurs occupants, allant d'une à trois pièces, certaines possédant des entrées principales. Certaines tombes étaient également décorées de statues et de mosaïques.
Grande Mosquée
modifierLa Grande Mosquée d'Urfa, datant du XIIe siècle, est une mosquée de congrégation.
Kapalı Çarşı
modifier
Le Kapalı Çarşı est un bazar couvert labyrinthique situé à l'extrémité sud de Divan Caddesi[11], non loin de Balıklıgöl[12]. Ses ruelles étroites regorgent de boutiques et d'étals proposant une grande variété de marchandises : herbes et épices, tissus de toutes sortes, tabac vert de Diyarbakır vendu au kilo, et même des armes à feu. On y vend parfois aussi aux enchères des appareils électroménagers[11]. Le bazar est couvert en raison du climat : en été, les auvents permettent de rester au frais à l'ombre, tandis qu'en hiver, ils offrent un peu de chaleur[12].
Le Kapalı Çarşı est l'une des zones commerçantes les plus fréquentées de la ville ; elle attire aussi bien les habitants que les touristes et les personnes venant des villages environnants pour faire leurs achats. Elle conserve sa popularité malgré la multiplication des centres commerciaux en ville[12].
Le Kapalı Çarşı est le marché le plus traditionnel d'Urfa. Les marchands s'y rassemblent et participent à une prière traditionnelle pour la prospérité et la réussite deux jours par semaine, à l'ouverture de leurs boutiques. Cette « prière des commerçants » remonte à la culture des guildes Ahi[12]. Des artisans traditionnels y fabriquent des articles destinés à la vente, notamment des chaussures, des selles et des objets en métal[8].
Parmi les bazars situés dans la zone : Kazaz (Bedesten), Sipahi Pazarı, Kınacı Pazarı, Bakırcılar Çarşısı (marché des chaudronniers), Eskici Pazarı, Kuyumcular Çarşısı (marché des bijoutiers), Kunduracılar Pazarı (marché des cordonniers)[12]. Le bazar des chaudronniers est situé au sud du bedesten, avec le Haci Kamil Hanı, tandis que le Sipahi Pazarı et le bazar Hüseyniye sont situés plus à l'ouest[11]. Dans le quartier des chaudronniers et des batteurs d'étain, il y a « une rue voûtée avec des boutiques de chaque côté »[8].
Gümrük Hanı
modifier
Le Gümrük Hanı, ou « caravansérail des douanes », est situé au cœur du Kapalı Çarşı[11]. Daté de la fin du XVIe siècle ou des XVIIIe ou XIXe siècles[11], c'est un bâtiment de deux étages organisé autour d'une cour plus ou moins carrée. Le rez-de-chaussée abrite des boutiques donnant sur la cour. À l'étage, au-dessus des boutiques, se trouve un portique donnant accès à des pièces aujourd'hui aménagées en appartements privés. La cour ombragée est bordée de tables appartenant à des maisons de thé et à des horlogers. Juste à côté du Gümrük Hanı se trouve un bedestan[11].
Bedesten
modifier
L'un des marchés les plus importants du Kapalı Çarşı est le bedesten , situé juste au sud du Gümrük Hanı. Construit initialement en 1562, il est mentionné sous le nom de « bezzazistan » dans le waqf de Rızvan Ahmet Paşa en 1740. Il a été restauré en 1998 par la Fondation culturelle, artistique et de recherche de Şanlıurfa (ŞURKAV). Il donne accès à quatre bazars environnants.
Tabakhane Cami
modifierLa mosquée Tabakhane Cami, ou « mosquée de la teinturerie », date du XVIIIe ou du début du XIXe siècle. Son minaret, cependant, pourrait être plus ancien – peut-être du XVe ou XVIe siècle. La salle de prière principale de la mosquée est orientée est-ouest, avec un portique voûté d'arêtes au nord. Une cour rectangulaire entourée d'un haut mur s'étend au nord. L'entrée principale de l'ensemble du complexe se trouve à l'extrémité nord du côté ouest de la cour, où se situe un porche haut et profond couvert d'une haute demi-coupole. Le minaret est situé à l'extrémité est du portique ; le şerefe à son sommet présente des motifs sculptés entremêlés de carreaux turquoise[8].
Kara Meydanı
modifierLa place Kara Meydanı se situe à l'extrémité nord de la rue Divan Caddesi ; au nord de celle-ci, elle devient la rue Sarayönü Caddesi. La mosquée Yusuf Paşa Cami, datant du XIXe siècle, s'y trouve également, ainsi que l'ancienne maison Haci Hafiz Efendi, aujourd'hui restaurée et transformée en galerie d'art.
Culture
modifier- L'Urfa kebab, type de kebab, est originaire de cette ville.
Personnalités liées à la ville
modifier- Fuat Necati Öncel (1940-), homme politique turc, y est né.
Notes et références
modifier- 1 2 Raymond H. Kévorkian, Le génocide des Arméniens, Éditions Odile Jacob, , 1007 p. (ISBN 978-2-7381-1830-1, lire en ligne), p. 762.
- ↑ Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 766.
- ↑ Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 767-768.
- 1 2 Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 769.
- ↑ Raymond H. Kévorkian, op. cit. p. 770.
- ↑ Documents De Seance : Session Ordinaire D'octobre 2006, vol. 6, Conseil de l'Europe, , 493 p. (ISBN 978-92-871-6104-8, lire en ligne), p. 44.
- ↑ (en) UNESCO World Heritage Centre, « Harran and Sanliurfa - UNESCO World Heritage Centre », sur whc.unesco.org (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 T. A. Sinclair, Eastern Turkey: An Architectural and Archaeological Survey, Volume IV, London, The Pindar Press, (ISBN 0-907132-52-9, lire en ligne).
- ↑ Cristina Tonghini, From Edessa to Urfa: The Fortification of the Citadel, Oxford, Archaeopress Publishing, (ISBN 978-1-78969-757-5, lire en ligne)
- ↑ Bridget Purcell, Unfinished: The Anthropology of Becoming, United States, Duke University Press, (ISBN 9780822372455), « Rebellious Matter »
- 1 2 3 4 5 6 Rosie Ayliffe, Marc Dubin, John Gawthrop et Terry Richardson, The Rough Guide to Turkey, Rough Guides Limited, , Digital éd. (ISBN 9781848368460, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Halil Fidan, « Şanlıurfa'da huzurlu alışverişin adresi: Tarihi Kapalı Çarşı », sur Anadolu Agency, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Walter Bauer Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, 1934
- (de) A. von Gutschmid, « Untersuchungen über die Geschichte des Könligliches Osroëne », dans Mémoires de l'Académie impériale des Sciences de St.-Petersbourg, series 7, vol. 35.1, Saint-Pétersbourg, 1887
- (de) Mathias Schulz, « Wegweiser ins Paradies », Der Spiegel 2372006, p. 158-170, 1909
- (en) J.B. Segal, Edessa, The Blessed City, Oxford and New York, University Press, 1970
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (tr) Site officiel
- Ressource relative à la géographie :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
