Usine à trolls

organisation de propagande en ligne

Une usine à trolls[1],[2],[3],[4] (en anglais « troll factory »), ou une ferme à trolls[5] (de l'anglais « troll farm »), est une organisation qui regroupe et coordonne des trolls sur internet, voire des hackers, payés pour diffuser de manière massive des informations partielles, partiales ou totalement mensongères sur les réseaux sociaux.

Bâtiment surnommé l'usine à trolls russe, à Saint-Pétersbourg.
59° 59′ 03,7″ N, 30° 16′ 19,2″ E

Leur but est la déstabilisation géopolitique ou politique, le lobbying ou la propagande politique[1],[6]. Ces usines à trolls peuvent soit être issues d’initiatives privées, soit être constituées et coordonnées par un gouvernement, parti politique ou tout autre groupe de pression. Les méthodes utilisées incluent la rémunération de commentateurs sur les réseaux sociaux, le trolling agressif de journalistes, ou la création de bots informatiques et de médias diffusant des informations mensongères[7].

L'organisation de diffusion de propagande russe Internet Research Agency, ayant participé à des activités d'ingérence électorale dans la présidentielle américaine de [5],[8], est souvent qualifiée d'usine à trolls.

Terminologie

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En anglais, l'usage de l'expression « troll farm » (ferme de troll) ou « troll army » (armée de trolls) s'est répandu à partir de l'enquête The Agency, publiée en par le New York Times, sur une usine à troll à Saint-Pétersbourg chargée de publier des messages pro-Vladimir Poutine, anti-Ukraine et anti-américains[9],[10]. Le terme gagne en popularité avec les enquêtes sur les ingérences russes dans la présidentielle américaine de , et en particulier l'enquête du magazine américain New Yorker, qui utilise à la fois le terme « troll farm » et de « Russian hacks » (militants ou hackers russes)[11]. L'ONG américaine Freedom House parle de « keyboard armies » (armée de claviers). Le site de l'agence de presse américaine Bloomberg parle de « state-sponsored trolling » (trolling d'État)[12].

En français, l'expression « usine à troll » apparait dès sur FranceInfo, à la suite de l'enquête du New York Times[9]. Certains journalistes préfèrent néanmoins utiliser les termes de « propagandiste », pour appuyer la différence avec le simple pourrissage non-rémunéré de forums sur internet par des trolls classiques, voire « d'armées de troll »[1].

D'autres traductions ou néologismes apparaissent dans d'autres langues, tels que les « web-brigades » (en russe : Веб-бригады), mot-valise calqué sur les Red brigades (Brigades rouges, en russe : Красные бригады).

Trolls non humains

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Depuis le milieu des années 2010 au moins, certains trolls ne sont plus des humains, mais des bots, parfois dénommés « Bad Bots ».

Générés et gérés par une plate-forme dite d'intelligence artificielle, ils sont capables de délivrer des messages ciblés, construits en fonction de la personnalité de l'internaute visé[13].

Les algorithmes qui les construisent se basent sur la science de l'influence psychologique. Mis au service de la publicité et de la propagande politique[14], ils ont déjà pu contribuer à fausser des processus électoraux ou de référendums[15],[16],[13].

Ce type de trollisme virtuel, qui peut être associé aux fermes de trolls classiques, a été révélé par le scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ et la découverte de Ripon, une plateforme logicielle créée par AggregateIQ pour le Groupe SCL, afin de truquer les processus électoraux ou référendaires, en influençant artificiellement les émotions et le choix de vote des votants (sans leur consentement, et sans qu'ils aient conscience d'être manipulés)[15],[13].

Silvia Lombardo craint que ces bots générateurs de faits alternatifs, appuyés par des « deepfakes » (« hypertrucages »), construits pour manipuler les personnes et la vérité peuvent conduire, voire ont déjà conduit depuis le milieu des années 2010 au développement de politiques populistes[17], et à l'évolution de nos sociétés vers un avenir plus dystopique[18].

Dans le monde

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Plusieurs pays dans le monde ont hébergé ou ont été la cible d'actions menées par des usines à trolls. Selon l'ONG américaine Freedom House, au moins 30 gouvernements dans le monde avaient en créé ou eu recours à des usines à trolls dans le but de discréditer le modèle démocratique[7], dont 18 pour influencer directement des élections[14].

Guerre en Ukraine

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Dans la culture populaire

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Télévision

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Notes et références

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  1. 1 2 3 Claire Richard, « Propagande : la redoutable usine à trolls du Kremlin », L'Obs, (consulté le ).
  2. ↑ Gilbert Kallenborn, « Facebook démantèle trois opérations d'intox d'origine russe », sur 01net, (consulté le ).
  3. ↑ Brice Couturier, « États-Unis : quand la Chine et l'Iran s'invitent dans la campagne », Le Tour du monde des idées, sur radiofrance.fr, France Culture, (consulté le ).
  4. ↑ « «Bienvenue dans le monde des dark PR», Jérôme Lascombe (Wiztopic) », Stratégies, (consulté le ).
  5. 1 2 3 Derek Perrotte, « Visite guidée d'une « ferme à trolls » russe », Les Échos, (consulté le ).
  6. ↑ (en-GB) Shaun Walker, « Russian troll factory paid US activists to help fund protests during election », The Guardian, (consulté le ).
  7. 1 2 (en) Sanja Kelly, Mai Truong, Adrian Shahbaz, Madeline Earp et Jessica White, « Freedom on the Net 2017 : Manipulating Social Media to Undermine Democracy », sur freedomhouse.org, Freedom House, (consulté le ).
  8. 1 2 Sébastian Seibt, « Présidentielle américaine : le retour des trolls russes », France 24, (consulté le ).
  9. 1 2 Celia Mascré, « L'usine à trolls du Kremlin condamnée par la justice russe », sur franceinfo.fr, (consulté le ).
  10. ↑ (en-US) Adrian Chen, « The Agency », The New York Times, (consulté le ).
  11. ↑ (en-US) Adrian Chen, « The Real Paranoia-Inducing Purpose of Russian Hacks » Accès payant, The New Yorker, (consulté le ).
  12. 1 2 (en) Michael Riley, Lauren Etter et Bibhudatta Pradhan, « A Global Guide to State-Sponsored Trolling », Bloomberg, (consulté le ).
  13. 1 2 3 4 (en) « The Aggregate IQ Files, Part One: How a Political Engineering Firm Exposed Their Code Base », sur upguard.com, (consulté le ).
  14. 1 2 (en-GB) James Titcomb, « Governments in 30 countries are paying 'keyboard armies' to spread propaganda, report says », The Daily Telegraph, (consulté le ).
  15. 1 2 3 (en-GB) Carole Cadwalladr, « The Cambridge Analytica files. ‘I made Steve Bannon's psychological warfare tool': meet the data war whistleblower », The Guardian, .
  16. 1 2 AFP, « "Sans Cambridge Analytica, il n'y aurait pas eu de Brexit", affirme le lanceur d'alerte Christopher Wylie », sur franceinfo.fr, (consulté le ).
  17. ↑ (ru) Vladislav Sourkov, « Владислав Сурков: Долгое государство Путина / Идеи и люди / Независимая газета », Nezavissimaïa Gazeta,‎ (consulté le ) : « Les responsables politiques étrangers accusent la Russie de s’ingérer dans les élections et les référendums partout dans le monde. En réalité, la situation est encore plus grave : la Russie s’immisce dans leur esprit, et ils ne savent pas quoi faire de leur propre conscience altérée. Depuis que, après les années 90 désastreuses, notre pays a renoncé aux emprunts idéologiques, a commencé à produire lui-même du sens et est passé à la contre-offensive informationnelle contre l’Occident, les experts européens et américains se trompent de plus en plus souvent dans leurs prévisions. Les préférences « paranormales » de l’électorat les surprennent et les exaspèrent. Désemparés, ils ont annoncé l’avènement du populisme. On peut le dire ainsi, faute de mots. »
  18. ↑ (en) Silvia Lombardo, chap. 13 « The Bad, the Good, and the Rebellious Bots : World's First in Artificial Intelligence », dans Thomas Heinrich Musiolik (dir.) et Adrian David Cheok (dir.), Analyzing Future Applications of AI, Sensors, and Robotics in Society, Hershey (PA), IGI Global, coll. « Advances in Computational Intelligence and Robotics (ACIR) », , XXI-335 p. (ISBN 978-1-79983-499-1, 978-1-79983-500-4, 978-1-79983-501-1 et 978-1-79983-502-8), p. 221-237 (DOI 10.4018/978-1-7998-3499-1.ch013 Accès payant, lire en ligne Accès payant).
  19. ↑ (en-CA) Katie DeRosa, « Victoria firm AggregateIQ denies link to data-miner at heart of Facebook controversy », Times Colonist, (consulté le ).
  20. ↑ (en-us) Isaac Stanley-Becker, « Turning Point Action enlists teenagers in 'troll farm' spreading coordinated pro-Trump messaging », The Washington Post, (version du sur archive.org).
  21. ↑ (pt-BR) Giuliana Vallone, « Inspirado nos EUA, Bolsonaro adota tática de troll: testar limites para ganhar visibilidade, diz filósofo », BBC News Brasil, (consulté le ).
  22. ↑ Christophe Morel, « Twitter révèle des millions de tweets liés à la Russie et l'Iran », sur cosmo-games.com, .
  23. ↑ (en-GB) Leo Benedictus, « Invasion of the troll armies: ‘Social media where the war goes on’ », The Guardian, (consulté le ).
  24. ↑ (en-GB) Dan Tynan, « How Facebook powers money machines for obscure political 'news' sites », The Guardian, (consulté le ).
  25. ↑ (en-US) Patrick Kingsley, « Highly Secretive Iranian Rebels Are Holed Up in Albania. They Gave Us a Tour. », The New York Times, (consulté le ).
  26. ↑ (en-US) Ben Collins et Brandy Zadrozny, « Troll farms from North Macedonia and the Philippines pushed coronavirus disinformation on Facebook », NBC News, (consulté le ).
  27. ↑ Clément Fayol et Yann Philippin, « Révélations sur « l'armée numérique » du Paris Saint-Germain » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le ).
  28. ↑ « La ferme à trolls du Kremlin », sur Inform Napalm, , traduit de (ru) « Городской типаж: блогер-пропагандист », sur sobaka.ru,‎ .
  29. ↑ Julien Moreau, « Ukraine : la Russie utilise une "usine de trolls" pour relayer sa propagande, selon le Royaume-Uni », sur TF1 Info, .
  30. ↑ Thomas Messias, « L'IA a ressuscité Adolf Hitler et l'extrême droite n'hésite pas à l'utiliser pour séduire les plus jeunes », Korii, sur Slate.fr, .
  31. ↑ Manon Mariani, « Comment des discours d'Hitler se sont retrouvés sur TikTok ? », Veille sanitaire, sur radiofrance.fr, France Inter, .
  32. ↑ Par AFP, « Dans sa quête de soutien, Zelensky invoque son judaïsme », sur fr.timesofisrael.com (consulté le )
  33. ↑ Ces mécanismes de duperies nuisibles, Poliakov les démonte dans la La causalité diabolique.
  34. ↑ Thomas Sotinel, « « Le Bureau des légendes », saison 5 : le récap’ » Accès payant, Le Monde, (consulté le ).

Voir aussi

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Articles connexes

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