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Aubrevillea platicarpa est une espèce d'arbres tropicaux de la famille des Fabaceae. Elle appartient au clade des Mimosoïdes, inclus dans la sous-famille des Caesalpinioideae. Le nom est fréquemment publié sous la graphie Aubrevillea platycarpa, notamment dans plusieurs flores et bases de données africaines, tandis que le protologue et les référentiels nomenclaturaux des Jardins botaniques royaux de Kew retiennent A. platicarpa[1],[2],[3]
Présente dans les forêts humides de basse altitude d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, l'espèce peut atteindre 50 m de hauteur. Son bois, appelé notamment « kléklé » en Côte d'Ivoire et « dabema noir » en Guinée, est employé localement dans la construction et la menuiserie, mais l'arbre demeure peu exploité en raison de sa faible densité dans les peuplements forestiers[4]
Taxonomie et nomenclature
modifierDescription originale et matériel type
modifierLe botaniste français François Pellegrin décrit l'espèce et érige simultanément le genre Aubrevillea en 1933, dans le Bulletin de la Société botanique de France. Le nom est publié à la page 467 sous la forme Aubrevillea platicarpa[1]. Le matériel type provient d'une récolte d'André Aubréville, numérotée 990, effectuée le au mont Tongui, en Côte d'Ivoire[5].
Le nom générique rend hommage à André Aubréville, alors ingénieur forestier en Côte d'Ivoire et futur spécialiste des forêts tropicales africaines[6].
Variation de la graphie
modifierDeux graphies coexistent dans la littérature. Aubrevillea platicarpa correspond à l'orthographe employée dans la description originale et au nom accepté par Plants of the World Online et l’International Plant Names Index[1][2]. La graphie Aubrevillea platycarpa est cependant largement utilisée dans les flores régionales et les ouvrages forestiers, notamment dans la Flore du Gabon, l’African Plant Database et PROTA[7][3][4]. Ces deux graphies renvoient au même taxon décrit par Pellegrin en 1933.
Classification et affinités
modifierLes classifications traditionnelles plaçaient Aubrevillea dans la sous-famille des Mimosoideae et dans la tribu des Mimoseae. La classification phylogénétique des Fabaceae publiée en 2017 traite désormais les Mimosoideae comme un clade inclus dans les Caesalpinioideae[8]. Une synthèse phylogénétique publiée en 2024 place le genre dans la tribu des Mimoseae et, plus précisément, dans le clade Entada, avec les genres Entada et Piptadeniastrum[9].
Le genre comprend deux espèces, A. platicarpa et A. kerstingii. Aubrevillea platicarpa se distingue de cette dernière par des folioles généralement moins nombreuses et plus larges. Il ressemble également à Piptadeniastrum africanum, mais s'en différencie notamment par ses feuilles comportant moins de pennes et de folioles, ses anthères dépourvues de glandes et ses gousses indéhiscentes contenant une à trois graines, contre des gousses déhiscentes et plus riches en graines chez Piptadeniastrum[4].
Description
modifierPort et écorce
modifierAubrevillea platicarpa est un grand arbre de canopée, parfois émergent, pouvant atteindre 50 m. Son fût, droit et cylindrique, peut être dépourvu de branches sur une longueur de 25 m. Il atteint généralement 1 m de diamètre et, exceptionnellement, environ 1,5 m. La base du tronc porte de puissants contreforts pouvant s'élever jusqu'à 3 m et se prolonger par des cannelures[4][7].
L'écorce est grise, souvent marquée de plages brun rougeâtre ; d'abord lisse, elle devient écailleuse chez les individus âgés. La cime est dense, arrondie et vert sombre. L'écorce interne est fibreuse, compacte et jaune orangé, tandis que l'aubier, mince et blanchâtre, se distingue nettement du bois de cœur brunâtre[7].
Feuilles
modifierLes feuilles sont alternes et bipennées. Elles portent habituellement quatre à huit paires de pennes opposées, parfois seulement trois. Le pétiole mesure 4 à 12 cm et le rachis 6 à 26 cm. Chaque penne comprend généralement huit à quinze paires de folioles opposées et sessiles, avec des extrêmes de six à vingt et une paires[4][7].
Les folioles sont asymétriques, oblongues à obovales, parfois légèrement falciformes, longues de 1,5 à 5 cm et larges de 0,5 à 2 cm. Leur sommet est obtus ou échancré. Les stipules sont petites et rapidement caduques[4].
Fleurs et fruits
modifierLes inflorescences sont des grappes spiciformes pouvant atteindre 22 cm, réunies en panicules terminales ou axillaires. Leur pédoncule est couvert d'une pubescence roussâtre. Les fleurs, bisexuées, actinomorphes et pentamères, possèdent un petit calice cupuliforme, cinq pétales partiellement soudés et dix étamines dont les filets sont unis à la base. L'ovaire est supère, aplati et brièvement stipité[4][7].
Le fruit est une gousse papyracée, indéhiscente et aplatie, de forme oblongue à elliptique, mesurant 13 à 22 cm de long pour 3,5 à 5,5 cm de large. Elle devient jaune pâle à maturité et contient une à trois graines aplaties, arrondies à réniformes. La masse de mille graines est d'environ 67 g[4].
Répartition et habitat
modifierL'aire indigène reconnue par Plants of the World Online comprend la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Nigeria, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon, la république du Congo et la république démocratique du Congo[2]. Cette répartition correspond aux domaines forestiers humides d'Afrique occidentale et centrale.
L'espèce croît dans les forêts denses humides de basse altitude, aussi bien sempervirentes que semi-décidues. Elle participe à la canopée et peut la dépasser en position émergente. Les individus adultes sont généralement dispersés dans la forêt, bien que les jeunes plants puissent être nombreux à proximité de l'arbre semencier[4][7].
Biologie et écologie
modifierDans les observations rapportées pour la Sierra Leone et la Côte d'Ivoire, la floraison se déroule principalement en décembre et janvier, puis la fructification de février à mai. Les fruits mûrissent généralement vers la fin de la saison sèche. Leur dissémination est anémochore : la gousse entière, légère et papyracée, est transportée par le vent[4].
L'arbre perd brièvement ses feuilles au moment de la fructification, même si certains individus peuvent rester sempervirents. Le renouvellement du feuillage donne à la cime une coloration rouge vif. La germination est épigée et intervient habituellement huit à quinze jours après le semis[4].
Des nodosités racinaires ont été observées chez l'espèce, indiquant une association avec des bactéries fixatrices d'azote. Cette capacité a notamment été confirmée dans une étude consacrée à la nodulation de légumineuses ligneuses des forêts tropicales ouest-africaines[10].
Utilisations
modifierLe bois est connu sous les noms de « kléklé » en Côte d'Ivoire et de « dabema noir » en Guinée. Le duramen est brun pâle à brun grisâtre, parfois teinté de violet et parcouru de veines plus foncées ; il est nettement séparé de l'aubier plus clair. Le fil est fréquemment contrefil, le grain moyennement grossier et le bois relativement dur. Son séchage est lent et son imprégnation par des produits de préservation est difficile[4].
Le bois convient à la construction et est utilisé en menuiserie au Gabon. PROTA indique qu'il peut aussi être commercialisé ou employé comme substitut du bois de Piptadeniastrum africanum, connu sous les noms de « dabema » ou « dahoma ». Les volumes exploités sont faibles et peuvent être sous-estimés lorsque le bois est mélangé à celui d'autres Mimosoïdes d'aspect voisin[4].
Conservation et exploitation
modifierLes individus sont largement répartis dans la zone forestière ouest- et centrafricaine, mais ils restent disséminés. Dans sa notice publiée en 2006, PROTA estimait que cette vaste distribution ne justifiait pas, à elle seule, de considérer l'espèce comme menacée, tout en mentionnant des préoccupations locales, notamment en Guinée[4].
L'exploitation demeure marginale et repose principalement sur des arbres prélevés dans les forêts naturelles. La rareté relative des individus et le manque de données détaillées sur les propriétés du bois et les exigences écologiques de l'espèce limitent son importance économique[4].
Notes et références
modifier- 1 2 3 François Pellegrin, « De quelques Légumineuses de l'Afrique occidentale », Bulletin de la Société botanique de France, vol. 80, no 4, , p. 463-467 (DOI 10.1080/00378941.1933.10833863, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 (en) « Aubrevillea platicarpa Pellegr. », sur Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew (consulté le ).
- 1 2 « Aubrevillea platycarpa Pellegr. », sur African Plant Database, Conservatoire et Jardin botaniques de Genève et South African National Biodiversity Institute (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (en) R. H. M. J. Lemmens, « Aubrevillea platycarpa Pellegr. », sur PROTA4U, Plant Resources of Tropical Africa, (consulté le ).
- ↑ « Aubréville 990 — type d’Aubrevillea platycarpa », sur Flore du Gabon, Muséum national d'histoire naturelle (consulté le ).
- ↑ Jacques Tassin, « André Aubréville (1897-1982), un forestier pionnier et un esprit visionnaire », Bois et Forêts des Tropiques, no 323, , p. 7-18 (DOI 10.19182/bft2015.323.a31240).
- 1 2 3 4 5 6 Jean-François Villiers, Leguminosae - Mimosoideae, vol. 31, Paris, Muséum national d'histoire naturelle, coll. « Flore du Gabon », , 185 p., p. 34-36.
- ↑ (en) The Legume Phylogeny Working Group, « A new subfamily classification of the Leguminosae based on a taxonomically comprehensive phylogeny », Taxon, vol. 66, no 1, , p. 44-77 (DOI 10.12705/661.3).
- ↑ (en) Anne Bruneau, Luciano Paganucci de Queiroz et al., « Advances in Legume Systematics 14. Classification of Caesalpinioideae. Part 2: Higher-level classification », PhytoKeys, vol. 240, , p. 1-552 (DOI 10.3897/phytokeys.240.101716).
- ↑ (en) Moussa Diabaté, Antonio Munive, Sílvia Miana de Faria, Amadou Ba, Bernard Dreyfus et Antoine Galiana, « Occurrence of nodulation in unexplored leguminous trees native to the West African tropical rainforest and inoculation response of native species useful in reforestation », New Phytologist, vol. 166, no 1, , p. 231-239 (DOI 10.1111/j.1469-8137.2005.01310.x).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) POWO : Aubrevillea platicarpa Pellegr. (consulté le )
- « Aubrevillea platycarpa Pellegr. », sur African Plant Database (consulté le )
- « Aubrevillea platycarpa », sur Flore du Gabon (consulté le )
- (en) R. H. M. J. Lemmens, « Aubrevillea platycarpa Pellegr. », sur PROTA4U, (consulté le )
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