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Henry Fritz Gunderloch, né le 18 avril 1891 à New York[1], est un dirigeant de l'industrie cinématographique américain. Il participe au déploiement international du studio Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) en Europe durant l'entre-deux-guerres notamment lors de la transition vers le cinéma parlant.
Biographie
modifierJeunesse et Première Guerre mondiale
modifierIl naît à New York en 1891, et s'oriente rapidement vers les métiers de la scène et de la distribution artistique.
Pendant la Première Guerre mondiale, se trouvant en Europe, il est interné par les autorités britanniques en tant que civil en raison de son patronyme à consonance germanique. Il est détenu au camp de Knockaloe (Île de Man) du 12 mars 1915 au 22 février 1919, sous le numéro d'écrou de prisonnier 14367, avant son transfert à Alexandra Palace[2].
Au sein du camp, Gunderloch s'illustre comme homme de théâtre et de mise en scène. Les archives officielles de l'île conservent les programmes imprimés du Knockaloe Camp Theater, mentionnant nommément «Herr H.F. Gunderloch» à la régie et à la direction théâtrale, notamment pour la pièce Flachsmann als Erzieher d'Otto Ernst et pour la comédie Pension Schoeller de Carl Laufs. Cette expérience de gestion théâtrale précède sa carrière dans la distribution cinématographique.
Direction européenne de la Metro-Goldwyn-Mayer
modifierAprès sa libération en 1919, il intègre l'industrie cinématographique américaine. Son profil est retenu par la firme Loews / Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) pour structurer son réseau européen naissant.
Dès 1927, à la suite de la réorganisation globale du studio consécutive au décès de son fondateur Marcus Loew, Henry Fritz Gunderloch est nommé au poste de directeur de la MGM pour la France. La presse de l'époque, notamment l'édition du 21 avril 1928 du journal La Vanguardia, documente sa participation au premier congrès mondial du studio à New York aux côtés d'autres directeurs régionaux tels que David Lewis pour l'Espagne ou P. N. Brinch pour l'Allemagne. Depuis le siège de Paris, il supervise la négociation des exclusivités et le réseau de distribution. Sa progression le conduit rapidement à la direction européenne de la firme : en juillet 1932, la revue corporative allemande Der Kinematograph le désigne officiellement comme membre du conseil de direction international (Direktionsmitglied) de la Metro-Goldwyn-Mayer[3][4].
Ses fonctions l'amènent à effectuer de fréquents déplacements transatlantiques entre les bureaux américains et européens du studio[5].
Parallèlement à ses fonctions en France, il intervient à partir du 3 juin 1929 comme co-gérant, administrateur et maître d'œuvre du développement de la toute nouvelle filiale de la MGM en Pologne, dont le siège est alors établi au 39 Al. Jerozolimskie à Varsovie. Il structure ainsi la distribution des productions hollywoodiennes en Europe centrale et orientale[6].
En 1930, il supervise la restructuration stratégique de la MGM France à Paris (située rue Condorcet). L'année 1930 est marquée par l'arrivée du cinéma parlant, initialement rejeté par le public européen lorsqu'il est exclusivement anglophone. Henry F. Gunderloch, aux côtés du directeur international Arthur M. Loew, organise et préside la MGM Paris Convention de 1930. Ce séminaire stratégique réunit les directeurs de succursales européennes pour acter le lancement des productions de versions multilingues, une décision qui permettra à Hollywood de conserver sa domination économique sur le marché européen. En juin 1940, à la suite de l'occupation de Paris par les troupes allemandes, les activités de la MGM en France sont interrompues, et les bureaux parisiens de la firme sont officiellement réquisitionnés[7][8].
Vie privée et postérité culturelle
modifierEn juillet 1932, la revue cinématographique allemande Der Kinematograph publie l'annonce officielle des fiançailles mondaines d'Henry F. Gunderloch avec Clara Ebner-Fabian[4].
Après la Seconde Guerre mondiale, son épouse s'établit à Francfort-sur-le-Main (Allemagne de l'Ouest) où elle devient une figure de la reconstruction musicale locale.[9] Durant les années 1950, sous le nom officiel de sa structure, la Konzertdirektion C. Ebner (Clara Gunderloch), elle s'impose comme l'imprésario et l'organisatrice attitrée des tournées européennes de musiciens du jazz américain, au premier rang desquels Louis Armstrong et Dave Brubeck. En 1958, elle produit et organise la grande tournée européenne du «Jazz West Coast Show», mettant à l'honneur la célèbre chanteuse de jazz américaine June Christy[10].
À partir d'octobre 1952, Clara Gunderloch engage une procédure juridique et fiscal face aux autorités financières allemandes. Elle conteste devant les tribunaux la taxe sur les divertissements (Vergnügungsteuer) appliquée aux concerts de Louis Armstrong, défendant le statut du jazz comme une forme d'art culturellement élevée (kunstgerichtlich) et académique, équivalente à la musique classique; elle sera finalement déboutée en dernière instance[11].
Son importance dans la carrière européenne de Louis Armstrong est également attestée par d'importantes correspondances épistolaires privées, conservées et exposées au public au sein des collections muséales du Louis Armstrong House Museum de New York[12].
Notes et références
modifier- ↑ (en) National Archives and Records Administration (NARA), « New York Passenger Arrival Lists (Ellis Island), Microfilms T715 »
- ↑ Fonds d'archives de la première Guerre mondiale, Manx National Heritage, iMuseum Historical Records (n° 1776/032)
- ↑ (es) « " El primer congreso internacional del cinema ", La Vanguardia (Argentine), 21 avril 1928 p.12 " » (consulté le )
- 1 2 (de) « "Personalien : Henry F. Gunderloch", Der Kinematograph, juillet 1932, p. 92 », sur archive.org (consulté le )
- ↑ (en) National Archives and Records Administration (NARA), New York Passenger Arrival Lists (Ellis Island), Microfilms T715
- ↑ (pl) Registre du commerce de Varsovie, acte notarié n°1181 du 3 juin 1929 devant maître Gryminski
- ↑ Chroniques d'archives corporatives de la Cinématographie Française et Le courrier du cinéma (1930)
- ↑ "L'Occupation à Paris et les réquisitions culturelles", Les Amis du Vieux Saint-Claude, n° 40, p. 39
- ↑ (de) « « Korrespondenz C. Ebner : Intendanz der Bayerischen Staatsoper », Staatliche Archive Bayerns » (consulté le )
- ↑ (de) Programme officiel de la tournée "Jazz West Coast Show", Konzertdirektion C. Ebner, Francfort, 1958
- ↑ (de) DER SPIEGEL, Hamburg Germany, « "ARMSTRONG: Tanz mit der bassgeige" Der spiegel, 10 décembre 1957 », sur www.spiegel.de (consulté le )
- ↑ (en) « Ricky Riccardi, "Hanging Out With Louis Armstrong", Louis Armstrong House Museum. Jack Bradley Collection » (consulté le )
