Utilisateur:Entropy Fighter/Retour aux sources
J'étais curieux de ce à quoi Diderot et ses amis cacouacs pensaient quand ils écrivaient l'Encyclopédie, alors je suis allé voir le chapitre Encyclopédie [lire sur Wikisource]. Ça partait un peu dans tous les sens, et ça m'a pris deux bonnes heures pour l'éplucher. J'ai trouvé des passages sympas, alors je me suis dis que ça valait le coup d'en faire profiter la compagnie.
Passages
modifierLe français est celui de l'époque, j'ai juste fait des copiés-collés. J'ai essayé de les organiser par thème, selon ce qui résonnait quand je les ai lu.
L'objectif de la démarche
modifierVoir aussi l'essai Wikipédia:Objectif de Wikipédia.
En effet, le but d'une Encyclopédie est de rassembler les connoissances éparses sur la surface de la terre ; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, & de le transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que les travaux des siecles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siecles qui succéderont ; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même tems plus vertueux & plus heureux, & que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain.
Au passage, voilà un extrait d'une lettre de Diderot à Sophie Volland (en tout cas selon ce qu'affirme l'article Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers):
Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité.
Nécessité du fonctionnement wiki ?
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Le concept des wikis les aurait peut-être fait défaillir.
Un Dictionnaire universel & raisonné des Sciences & des Arts ne peut donc être l’ouvrage d’un homme seul. Je dis plus ; je ne crois pas que ce puisse être l’ouvrage d’aucune des sociétés littéraires ou savantes qui subsistent, prises séparément ou en corps.
C’est à l’exécution de ce projet étendu, non seulement aux différents objets de nos académies, mais à toutes les branches de la connoissance humaine, qu’une Encyclopédie doit suppléer ; Ouvrage qui ne s’exécutera que par une société de gens de lettres & d’artistes, épars, occupés chacun de sa partie, & liés seulement par l’intérêt général du genre humain, & par un sentiment de bienveillance réciproque.
Topographie
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Quelques idées pour enrichir le Aide:Jargon de Wikipédia et le Wikipédia:Bestiaire.
Il en est de la formation d’une Encyclopedie ainsi que de la fondation d’une grande ville. Il n’en faudroit pas construire toutes les maisons sur un même modele, quand on auroit trouvé un modele général, beau en lui-même & convenable à tout emplacement. L’uniformité des édifices, entraînant l’uniformité des voies publiques, répandroit sur la ville entiere un aspect triste & fatiguant. Ceux qui marchent ne résistent point à l’ennui d’un long mur, ou même d’une longue forêt qui les a d’abord enchantés.
Il faut considérer un dictionnaire universel des Sciences & des Arts, comme une campagne immense couverte de montagnes, de plaines, de rochers, d’eaux, de forêts, d’animaux, & de tous les objets qui font la variété d’un grand paysage. La lumiere du ciel les éclaire tous ; mais ils en sont tous frappés diversement. Les uns s’avancent par leur nature & leur exposition, jusque sur le devant de la scene ; d’autres sont distribués sur une infinité de plans intermédiaires ; il y en a qui se perdent dans le lointain ; tous se font valoir réciproquement.
J’insiste d’autant plus fortement sur la nécessité de posséder toute la copie, que les omissions sont, à mon avis, les plus grands défauts d’un dictionnaire. Il vaut encore mieux qu’un article soit mal fait, que de n’être point fait. Rien ne chagrine tant un lecteur, que de ne pas trouver le mot qu’il cherche.
A ceux qui y ont regardé avec dégoût certains traits historiques, la cuisine, les modes, &c. qu’ils ont oublié combien ces matieres ont engendré d’ouvrages d’érudition ; que le plus succinct de nos articles en ce genre épargnera peut-être à nos descendans des années de recherches & des volumes de dissertations ; qu’en supposant les savans à venir infiniment plus réservés que ceux du siecle passé, il est encore à présumer qu’ils ne dédaigneront pas d’écrire quelques pages pour expliquer ce que c’est qu’un falbala ou qu’un pompon ; qu’un écrit sur nos modes, qu’on traiteroit aujourd’hui d’ouvrage frivole, seroit regardé dans deux mille ans, comme un ouvrage savant & profond, sur les habits François ; ouvrage très-instructif pour les Littérateurs, les Peintres & les Sculpteurs ; quant à notre cuisine, qu’on ne peut lui disputer d’être une branche importante de la Chimie.
Tacles aux détracteurs
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À garder sous le coude.
N’est-ce pas une perspective bien agréable pour tous ceux qui s’opiniâtrent à noircir du papier contre nous, que si l’Encyclopédie conserve dans dix ans la réputation dont elle jouit, il ne sera plus question de leurs écrits, & qu’il en sera bien moins question encore, si elle est ignorée.
En détaillant ainsi comment une véritable Encyclopédie doit être faite, nous établissons des regles bien séveres, pour examiner & juger celle que nous publions. Quelqu’usage qu’on fasse de ces regles, ou pour ou contre nous, elles prouveront du moins que personne n’étoit plus en état que les auteurs de critiquer leur ouvrage. Reste à savoir si nos ennemis, après avoir donné jusqu’à présent d’assez fortes preuves d’ignorance, ne se résoudront pas à en donner de lâcheté, en nous attaquant avec des armes que nous n’aurons pas craint de leur mettre à la main.
Je sais que ce sentiment n’est pas celui de tout le monde : il y a des têtes étroites, des ames mal nées, indifférentes sur le sort du genre humain, & tellement concentrées dans leur petite société, qu’elles ne voyent rien au-delà de son intérêt. Ces hommes veulent qu’on les appelle bons citoyens ; & j’y consens, pourvû qu’ils me permettent de les appeller méchans hommes. On diroit, à les entendre, qu’une Encyclopédie bien faite, qu’une histoire générale des Arts ne devroit être qu’un grand manuscrit soigneusement renfermé dans la bibliotheque du monarque, & inaccessible à d’autres yeux que les siens ; un livre de l’Etat, & non du peuple. A quoi bon divulguer les connoissances de la nation, ses transactions secretes, ses inventions, son industrie, ses ressources, ses mysteres, sa lumiere, ses arts & toute sa sagesse ! ne sont-ce pas là les choses auxquelles elle doit une partie de sa supériorité sur les nations rivales & circonvoisines ? Voilà ce qu’ils disent ; & voici ce qu’ils pourroient encore ajoûter. Ne seroit-il pas à souhaiter qu’au lieu d’éclairer l’étranger, nous pussions répandre sur lui des ténebres, & plonger dans la barbarie le reste de la terre, afin de le dominer plus sûrement ? Ils ne font pas attention qu’ils n’occupent qu’un point sur ce globe, & qu’ils n’y dureront qu’un moment ; que c’est à ce point & à cet instant qu’ils sacrifient le bonheur des siecles à venir & de l’espece entiere. Ils savent mieux que personne que la durée moyenne d’un empire n’est pas de deux mille ans, & que dans moins de tems peut-être, le nom François, ce nom qui durera éternellement dans l’histoire, seroit inutilement cherché sur la surface de la terre. Ces considérations n’étendent point leurs vûes ; il semble que le mot humanité soit pour eux un mot vuide de sens. Encore s’ils étoient conséquens ! mais dans un autre moment ils se déchaineront contre l’impénétrabilité des sanctuaires de l’Egypte : ils déploreront la perte des connoissances anciennes ; ils accuseront la négligence ou le silence des auteurs qui se sont tûs ou qui ont parlé si mal d’une infinité d’objets importans ; & ils ne s’appercevront pas qu’ils exigent des hommes d’autrefois ce dont ils font un crime à ceux d’aujourd’hui, & qu’ils blament les autres d’avoir été ce qu’ils se font honneur d’être.
Perspectives futures venant du passé
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Si l’on se représente la face de la Littérature dans les tems où l’impression n’étoit pas encore, on verra un petit nombre d’hommes de génie occupés à composer, & un peuple innombrable de manouvriers occupés à transcrire. Si l’on anticipe sur les siecles à venir, & qu’on se représente la face de la Littérature, lorsque l’impression, qui ne se repose point, aura rempli de volumes d’immenses bâtimens ; on la trouvera partagée derechef en deux classes d’hommes. Les uns liront peu & s’abandonneront à des recherches qui seront nouvelles ou qu’ils prendront pour telles, (car si nous ignorons déjà une partie de ce qui est contenu dans tant de volumes publiés en toutes sortes de langues, nous saurons bien moins encore ce que renfermeront ces volumes augmentés d’un nombre d’autres cent fois, mille fois plus grand) ; les autres, manouvriers incapables de rien produire, s’occuperont à feuilleter jour & nuit ces volumes, & à en séparer ce qu’ils jugeront digne d’être recueilli & conservé. Cette prédiction ne commence-t-elle pas à s’accomplir ? & plusieurs de nos littérateurs ne sont-ils pas déjà employés à réduire tous nos grands livres à de petits où l’on trouve encore beaucoup de superflu ? Supposons maintenant leurs analyses bien faites, & distribuées sous la forme alphabetique en un nombre de volumes ordonnés par des hommes intelligens, & l’on aura les matériaux d’une Encyclopédie

L’Encyclopédie peut aisément s’améliorer ; elle peut aussi aisément se détériorer. Mais le danger auquel il faudra principalement obvier, & que nous aurons prévû, c’est que le soin des éditions subséquentes ne soit pas abandonné au despotisme d’une société, d’une compagnie, quelle qu’elle puisse être. Nous avons annoncé, & nous en attestons nos contemporains & la postérité, que le moindre inconvénient qui put en arriver, ce seroit qu’on supprimât des choses essentielles ; qu’on multipliât à l’infini le nombre & le volume de celles qu’il faudroit supprimer ; que l’esprit de corps, qui est ordinairement petit, jaloux, concentré, infectât la masse de l’ouvrage ; que les Arts fussent négligés ; qu’une matiere d’un intérêt passager étouffât les autres ; & que l’Encyclopldie subît le sort de tant d’ouvrages de controverse. Lorsque les Catholiques & les Protestans, las de disputes & rassasiés d’injures, prirent le parti du silence & du repos ; on vit en un instant une foule de livres vantés, disparoître & tomber dans l’oubli, comme on voit tomber au fond d’un vaisseau, le sédiment d’une fermentation qui s’appaise.
N'oublions pas que nous allons tous mourir un jour, et qu'il y aura aussi un après-Wikipédia
.
Voir aussi
modifierNotes et Références
modifier- ↑ François Moureau, Le roman vrai de l'Encyclopédie, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Littératures » (no 100), p. 134.