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Paul Jamot collectionneur
modifierConstitution et promotion de sa collection
modifierL'érudit rémois, en plus de ses diverses activités, est reconnu comme un habile collectionneur. Ses contemporains reconnaissent déjà l'importance de sa collection, caractérisée par sa finesse et son éclectisme. [1][2][3][4][5]
Le noyau de sa collection est fondé sur celle héritée de son père, collectionneur avant lui. Le ton de cette pratique lui a aussi été insufflé par son oncle, fervent amateur de Corot, qui légua une partie de sa collection au musée de Reims, offrant à son neveu un exemple supplémentaire auquel se référer. Cet héritage culturel imprègne la collection de Paul Jamot, qui, au gré de ses finances acquiert des œuvres avec l'objectif d'en destiner la plupart aux musées. La collection, c'est l'homme : le goût du collectionneur s'y révèle, sa sensibilité en émane. On y retrouve l'héritage familial avec des peintres de l'école de Barbizon, les artistes classiques que Paul défendra toute sa vie et contribuera à faire connaître, ainsi que la collection contemporaine de ses amis.[6][7][8][4][5]
Très attaché à sa collection, qu'il n'a cessé de mettre en valeur au gré de ses publications, Paul Jamot vivait entouré d'elle. Sa bibliothèque témoignait de sa sensibilité pour l'art tout comme, sa décoration mêlant peintures, sculptures et objets d'arts.[6][7][3][9]
Au fil de sa collection, Paul Jamot acquiert des œuvres aux enchères avec pour objectif, très tôt, d'en faire don à des institutions muséales. Conscient des lacunes et de l'évolution du goût, il s'attache à réhabiliter l’œuvre de certains artistes, visant à faire renouer ses contemporains avec le goût du XVIIe siècle et celui des modernes, devenant l'un des artisans du changement du goût au début du XXe siècle. Collectionneur doté du talent de peintre, il se distingue par sa capacité à aller au delà de la signature et érige certains artistes en figures majeures. Sa sensibilité guide ses acquisitions, souvent motivées par une attention technique propre aux artistes. Cette même sensibilité l'amène à valoriser des peintres plus modestes, contribuant à leur reconnaissance.[10][11][12][13]
Son ami Maurice Denis dira à propos de la collection de Paul : " Elle est l'image ressemblante de son intelligence et de son cœur"[14] Ses goûts, en avance sur la mode officielle, traversent les siècles et échappent à tout classement rigide. Lorsqu'il évoque sa collection, Paul Jamot le fait avec subtilité, laissant à son invité le soin de s'y intéresser. Émanation de son esprit, sa collection apparaît alors comme une contribution à la progression de l'histoire des arts.[7][5][15]
Composition de la collection
modifierLa collection de Paul Jamot est étroitement liée aux recherches qu'il mène en tant qu'historien de l'art et conservateur, dans lesquelles il observe les insuffisances de certaines institutions et s'efforce d'y remédier. Composée d'un grand nombre d'antiquités, verreries, argenteries, sculptures et peintures qu'il documente au gré de ses recherches.[9] Son choix de peintures, dont la provenance est davantage sourcé, témoigne du soin qu'il porte à la réhabilitation des pans moins étudiés de l'histoire de l'art, qu'il s'emploie à défendre. On y retrouve des primitifs italiens et français qu'une Messe de Saint Grégoire d'un anonyme, datée de 1438 qu'il lègue en 1941 au Louvre.[13] De nombreuses écoles françaises, flamandes et italiennes du XVIIe siècle sont également représentées. Parmi elles figurent des œuvres attribuées à Nicolas Poussin dont l'attribution fut parfois contestée, à l'image d'un Achille à Scyros reconnu par Ulysse rattaché à l’entourage de Charles Alfonse Dufresnoy.[13] Paul Jamot s'intéresse également aux frères Le Nain à qui il attribue de nombreuses études. En 1923, il fait l'achat de La Famille heureuse qu'il lègue au Louvre à son décès.[16][17][18] Chez certains des artistes qu'il collectionne, Paul Jamot voit l'héritage d'une tradition picturale française, le menant à acquérir des œuvres d'artistes modernes.
Les œuvres héritées de sa famille constituent le socle de la collection moderne de Paul Jamot. On y trouve plusieurs peintures de Camille Corot, qu'il qualifie de "génie modeste"[13] et qu'il considérait comme le digne héritier de Poussin. Sa collection inclut également des œuvres de Antoine Chintreuil, Jean-François Millet, Théodore Chassériau, Antoine Louis Barye et de nombreux artistes de l'école de Barbizon. Paul Jamot collectionne la perfection mais aussi l'originalité, dans ces artistes, il reconnaît la grandeur technique des maîtres anciens.[19][6][7][20][21] Loin de classifier les artistes et les siècles, la diversité des courants contemporains représentés témoigne de l'intérêt de Paul Jamot pour la sensibilité des artistes qu'il collectionne, plutôt que pour le goût général. Sur ses murs, on trouve Gauguin, Renoir, Degas ou encore Redon aux cotés d'Isabey, Wattier, Lépine ou Dulac. Éloigné de tout esprit mercantile, la collection de Paul Jamot s'articule autour d'un hommage à la peinture française.[22][21][23]
Sa sensibilité ne manque pas de donner le ton à des pans moins connus de l'art des artistes qu'il collectionne. On y retrouve un bas relief d'Henry Cros, un rare dessin de Seurat représentant une nourrice assise tenant son poupon, réalisé en technique libre , loin du goût et de l'attrait des contemporains pour l'artiste. Il possède un tableau de Carpeaux, un portait de jeunesse de Millet, ainsi que des nombreuses huiles, gouaches et aquarelles de Ravier, dont il a contribué à faire la renommée. Dans sa collection, Paul Jamot accorde une place aux artistes de son époque, dont les œuvres exprimaient à ses yeux, un talent remarquable tel que René Piot, Cottet, Laprade, Émile Bernard, sans oublier son ami Maurice Denis.[23][21][24][25] La complétude de sa collection passe par l'apport d’œuvres d'artistes de la dernière école française de peinture qu'il collectionne, tels que Segonzac, à la reconnaissance duquel il participa, mais aussi Vlaminck ou, Dufy. Il semble que, bien qu'il ne les ignore pas, Paul Jamot n'accorde pas de place à l'abstractionnisme dans sa collection.[26]
Transmission de la collection
modifierUne sorte d'esprit français semble se dégager de sa collection, qu'il a formé et qu'il destine très tôt aux institutions. En cette première moitié de XXe siècle, trop peu de crédits sont alloués aux institutions pour leurs acquisitions. Toutefois, celles ci ont pu compter sur une recrue d'essence de dons et de legs, venant renforcer les musées.[27][28] Affaiblis par les deux guerres mondiales et la disparition de grands collectionneurs, les dons et legs vont être considérés comme un effort patriotique permettant de renforcer un socle commun de connaissance. Parmi eux, Paul Jamot fin connaisseur des collections françaises, a, en tant que conservateur, plus que quiconque su identifier les faiblesses à combler dans les collections. Bien qu'il participe à de nombreuses acquisitions, il n'hésite pas à effectuer des dons, au nombre de quatre, tels qu'un Saint Antoine abbé du Maître de l'Observance qu'il donne en 1924 au Louvre, ou encore un Delacroix en Hamlet, donné à la Société des amis du Musée Delacroix et affecté aux collections du musée dédié à l'artiste. Outre les dons, il organise également son legs dans sa succession dès les années 1914 auprès de Maître René Gastaldi.[28][9][29] Dans un premier temps, sa mère est nommée légataire universelle de sa collection, et leur nue propriété est léguée aux musées, tandis que l'usufruit est attribué à ses proches. Au décès de sa mère en 1918 Paul Jamot rédige un codicille organisant cet héritage, et sa sœur, Madame Bertin Mourot, en devient légataire universelle.[30][9][31]
Le principal de son legs est destiné au Louvre, à Orsay et à Reims. Les œuvres de son testament feront, après sa mort, l'objet d'une exposition le 8 avril 1941 au musée de l'Orangerie. Dans son testament, Paul Jamot ne formule aucune clause de réserve et laisse aux musées le soin de décider de la présentation des œuvres. Dans le cas ou certaines d'entre elles ne trouveraient pas leur place, il demande qu'elles soient destinées au musée de Reims. Son testament sera modifié à plusieurs reprises par d'autres codocille, dans lesquels Paul Jamot, soucieux de transmission, annote les moyens d'acquisition des œuvres, leurs attributions, et retire ou ajoute des œuvres.
Le reste de sa collection a fait l'objet de trois ventes organisées par Étienne Ader en 1943. La première d'entre elles, réalisée le 10 février 1943[5], parmi celle ci furent vendus : une miniature du XVIe siècle, des tableaux anciens, notamment des écoles italienne et flamande, ainsi que des peintures françaises, dont un Poussin intitulé Vénus épiée par deux satyres, présenté en vente en 2024 une fois de plus par la maison de vente Ader, dont la provenance Jamot était un élément de promotion de l’œuvre. En 1943, on trouvait aussi des œuvres originales de peintres flamands du XVIIe siècle, tels que Molenaer, ainsi que des dessins et aquarelles modernes de Degas, Bonvin et Delacroix, fortement représenté, amis aussi de Denis, Rodin ou encore Vlaminck. Cette vente s'accompagnait de peintures modernes d'Emile Bernard, Corot, Jongkind, Lépine, Ravier, dont les prix témoignaient du succès de ces artistes. On retrouvait également une sculpture de Barye, des objets d'ameublement, tels que des faïence et porcelaines de Chine, de Delft, de l'argenterie, du mobilier ou encore des tapis.[8][5] La seconde vente, en date du 18 février 1943, présentait en première partie un ensemble de graures modernes, dominé par une majorité de gravures de Daumier, ainsi que des gravures anciennes de Mellan, Nanteuil, Rembrandt et bien d'autres.[32] La dernière vente, déroulée les 8 et 9 mars 1943 à l’Hôtel Drouot, proposait les livres de la bibliothèque de ce poète et érudit, comprenant des éditions originales et des tirages modernes.[3]
- ↑ Les Donateurs du Louvre, Ministère de la culture, de la communication, des grands travaux et du Bicentenaire, Editions de la Réunion des musées nationaux, (ISBN 978-2-7118-2254-6), p. 236
- ↑ « JAMOT, Paul », sur INHA - Institut national d'histoire de l'art (consulté le )
- 1 2 3 Etienne Ader, Bibliothèque de M. Paul Jamot, ... ; Éditions originales d'auteurs du XIXe siècle et modernes ; Ouvrages sur les beaux-arts ; Beaux livres modernes illustrés, dont les principaux ouvrages de Maurice Denis ; Livres anciens, collections œuvres diverses d'auteurs du XIXe siècle : vente à Paris, Hôtel Drouot, 8 et 9 Mars 194, Paris, , 52 p. (lire en ligne), p. 5
- 1 2 Dominique Jacquot, « Paul Jamot (1863-1939) et une histoire « nationale » de l’art », Histoire de l'art, vol. 47, no 1, , p. 32 (DOI 10.3406/hista.2000.2901, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 Etienne Ader, Catalogue des tableaux et objets d'ameublement provenant des collections de Monsieur Paul Jamot, membre de l'Institut, conservateur honoraire des Musées nationaux, de Monsieur Paul Jamot, de Reims, son père, et de Monsieur Paul David, de Reims, son oncle : vente à Paris, Hôtel Drouot, 10 Février 1943 / Étienne Ader, commissaire-priseur ; André Schoeller, René Claude Catroux, Pierre Damidot, Jean Lacoste, experts, Paris, , 36 p. (lire en ligne), p. 7
- 1 2 3 G.J Gros, « La page du collectionneur », Beaux Ars, , p. 4 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 165 (lire en ligne)
- 1 2 Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Ecole du Louvre, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, , 72 p., p. 8
- 1 2 3 4 Testament Paul Jamot 1914
- ↑ Dominique Jacquot, « Paul Jamot (1863-1939) et une histoire « nationale » de l’art », Histoire de l'art, vol. 47, no 1, , p. 30
- ↑ Christiane Aulanier, Donation Paul Jamot : [exposition, Paris], Musée de l'Orangerie, avril-mai 1941 / [catalogue par Christiane Aulanier] ; préface par Maurice Denis, Paris, Presse d'Aulard, , 61 p., p. 2
- ↑ Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, Ecole du Louvre, , p. 3
- 1 2 3 4 Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, Ecole du Louvre, , p. 15
- ↑ Christiane Aulanier, Donation Paul Jamot : [exposition, Paris], Musée de l'Orangerie, avril-mai 1941 / [catalogue par Christiane Aulanier] ; préface par Maurice Denis, Paris, Presse d'Aulard, , p. 1
- ↑ Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 177 (lire en ligne)
- ↑ Christiane Aulanier, Donation Paul Jamot : [exposition, Paris], Musée de l'Orangerie, avril-mai 1941 / [catalogue par Christiane Aulanier] ; préface par Maurice Denis, Paris, Presse d'Aulard, , 4 p.
- ↑ Dominique Jacquot, « Paul Jamot (1863-1939) et une histoire « nationale » de l’art », Histoire de l'art, vol. 47, no 1, , p. 31 (lire en ligne)
- ↑ Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 166
- ↑ Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, Ecole du Louvre, , p. 41
- ↑ Christiane Aulanier, Donation Paul Jamot : [exposition, Paris], Musée de l'Orangerie, avril-mai 1941 / [catalogue par Christiane Aulanier] ; préface par Maurice Denis, Paris, Presse d'Aulard, , p. 5
- 1 2 3 Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 170 (lire en ligne)
- ↑ Dominique Jacquot, « Paul Jamot (1863-1939) et une histoire « nationale » de l’art », Histoire de l'art, vol. 47, no 1, , p. 30
- 1 2 Christiane Aulanier, Donation Paul Jamot : [exposition, Paris], Musée de l'Orangerie, avril-mai 1941 / [catalogue par Christiane Aulanier] ; préface par Maurice Denis, Paris, Presse d'Aulard, , p. 6
- ↑ Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 171 (lire en ligne)
- ↑ Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 172 (lire en ligne)
- ↑ Benoist Luc, « La collection Paul Jamot », L'Amour de l'art, , p. 173 (lire en ligne)
- ↑ Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, Ecole du Louvre, , p. 13
- 1 2 Les Donateurs du Louvre, Ministère de la culture, de la communication, des grands travaux et du Bicentenaire, Editions de la Réunion des musées nationaux, (ISBN 978-2-7118-2254-6), p. 34
- ↑ Les Donateurs du Louvre, Ministère de la culture, de la communication, des grands travaux et du Bicentenaire, Editions de la Réunion des musées nationaux, , p. 96
- ↑ Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, Ecole du Louvre,, , p. 7
- ↑ Christiane Champlon et Martine Verneuil, Paul JAMOT. Conservateur, collectionneur et écrivain d'art, Paris, Monographie de muséologie sous la direction de Michel Houg, Ecole du Louvre,, , p. 13
- ↑ Étienne Ader, Collection. Art. Jamot. Paul. 1943 I° Gravures modernes. Gravures anciennes provenant de la Collection Jamot. II° Gravures anciennes appartenant à divers amateurs. : vente à Paris, Hôtel Drouot, 18 Février 1943, , 39 p. (lire en ligne)