Vallabha
Vallabha Ācārya ou Vallabhācārya (litt. « Maître bien-aimé »)[1] (1481 - 1533)[2] est un philosophe indien de la tradition philosophique astika[3] d'obédience vaishnava. Il a établi le Shuddhadvaita (non-dualisme pur), une des écoles du Vedānta. Il est considéré comme le dernier des quatre grands Acharyas Vaishnava qui ont fondé différentes écoles de pensée fondées sur la philosophie vedântique associée à la bhakti[4], les trois autres étant Râmânujacharya, Madhvacharya et Nimbarkacharya.
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Gusainji (en) |
Brahmasutranam Anubhashyam (d) |

Il est connu comme l'auteur de seize sutras et a produit plusieurs commentaires sur le Bhagavata Purana, décrivant les nombreuses lilas (jeux divins) de l'avatar Krishna. Ami de Chaitanya, Sri Vallabhacharya représente le point culminant de la pensée philosophique médiévale de la bhakti vaishnava qu'il contribua à redynamiser.
Vallabhācārya et l'érotisme
modifierL'érotisme, par le biais des figures mythologiques de Krishna et Râdhâ, est fort présent et célébré par Vallabha ; en effet, « pour les disciples de la doctrine de Vallabha, la sexualité a une connotation positive dans la mesure où sa finalité est d'atteindre la transcendance par le plaisir. »[5]
Vallabha commenta ainsi le Bhâgavata-Purâna, où il loue les aventures amoureuses de Krishna pour Râdhâ, dans un sens tout autant physique que métaphysique.
Doctrine philosophique
modifierLe śuddhādvaita
modifierVallabha rejette la théorie de l'illusion cosmique (māyā) telle que la conçoit Śaṅkara, qui risquerait selon lui de faire de Dieu le complice de l'obscurcissement des âmes. Le monde n'est pas une apparence illusoire mais une manifestation réelle (pariṇāma) des puissances divines. Vallabha distingue toutefois māyā — puissance créatrice de Dieu — d'avidyā (l'ignorance individuelle), qui obscurcit l'unité et produit la conscience de la différence[6].
Le brahman est à la fois cause matérielle et efficiente de l'univers. Identifié à Kṛṣṇa, il en est la première hypostase et se manifeste par un acte de pure grâce, expression de l'amour de Dieu pour ses créatures. Reprenant une image des anciennes Upaniṣad, Vallabha compare le brahman à un grand feu dont les âmes vivantes (jīvātman) sont les étincelles — à la fois constituées de feu et distinctes du feu[7].
Les trois types d'âmes
modifierVallabha distingue trois catégories d'âmes :
- les âmes pures (śuddha), dont les qualités ne sont pas obscurcies par l'ignorance ;
- les âmes mondaines (saṃsārin), prises dans les rets de l'ignorance, expérimentant naissances et morts par association avec des corps subtils et grossiers ;
- les âmes libérées (mukta), délivrées des liens du saṃsāra grâce à la connaissance[7].
Dieu est le tout, l'âme en est une partie. Lorsque l'âme atteint la félicité (ānanda), la différence s'estompe et l'identification s'effectue — ce que Rāmānuja et Nimbārka n'admettaient qu'au sens figuré.
Œuvres principales
modifier- Aṇubhāṣya — commentaire des Brahmasūtra, dont le titre renvoie à la conception de l'âme comme atome (aṇu)
- Siddhāntarahasya — exposé doctrinal
- Bhāgavatatīkāsubodhini — commentaire du Bhāgavatapurāṇa[8]
Notes et références
modifier- ↑ « vallabhācārya » in Gérad Huet, The Sanskrit Heritage Dictionary. (Lire en ligne - Consulté le 25 août 2020)
- ↑ Surendranath Dasgupta, A history of Indian philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 1949, p. 371. (ISBN 9780521047814)
- ↑ Qui reconnaît l'autorité des écritures sacrées comme le Veda
- ↑ K. R. Sundararajan & Bithika Mukerji, Hindu spirituality: Postclassical and modern, Delhi, Motilal Banarsidass Publ., 2003, p. 51. (ISBN 9788120819375)
- ↑ Gerhard J. Bellinger, Encyclopédie des religions, Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 2000.
- ↑ Martine Chifflot, « Le moi, le monde et Dieu : perspectives dualistes et non-dualistes du Vedānta », Aditi, n° IV, 2022, p. 40-41.
- 1 2 Chifflot, op. cit., p. 41.
- ↑ Chifflot, op. cit., p. 40.