Viticulture au Maroc

La viticulture au Maroc et la plantation des premiers vignobles remontent aux Phéniciens et à la colonisation romaine. Sous l'Antiquité, le grand centre de production viti-vinicole était concentré autour de Volubilis, dans la région de l'actuelle ville de Meknès.

Mosaïque de Bacchus, dieu du vin, à Volubilis

Histoire

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Antiquité

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Lambrusque

Le Maroc reste un des berceaux des dernières vignes sauvages. Dès l'Antiquité, Pausanias le Périégète, (1.33) notait que les habitants de Lixus, cité fondée par les Phéniciens sur la rive droite de l'oued Loukkos, en consommaient les fruits. Louis Levadoux indique que « Les Kabyles ne négligent pas cet appoint : l'automne venu, les populations du Guergour s'en vont très haut dans les forêts de l'Atlas, vendanger sur les arbres, les grappes qu'ils consomment à l'état frais ou qu'ils font sécher sur des claies[1]. »

L'ampélographe a pu repérer, dans la vallée de l'oued Titria, ces lambrusques connues sous le nom d'Aneb djalia. Il note que « Certaines présentaient une grande ressemblance avec les cépages cultivés par les Berbères[1]. »

Soubassement d'un pressoir à vin à Volubilis

Les premiers vins furent élaborés vers le VIe siècle av. J.-C. lors des installations des comptoirs phéniciens et grecs mais ce fut la colonisation romaine qui développa la viticulture permettant aux vins de la Maurétanie Tingitane d'être présentés sur les tables patriciennes. Cette province correspondait à la partie septentrionale du Maroc actuel. Elle s'étendait du nord, à Salé (Nécropole de Chella), à Volubilis au sud)[2] et à l'est jusqu'à la rivière de Oued Laou. Les principales villes étaient Volubilis, Tingis (Tanger), Lixus (Larache) et Tamuda (Tétouan)[3].

Conquête musulmane

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Scène de musique dans un jardin. Miniature extraite du Hadîth Bayâd wa Riyâd, manuscrit marocain, XIIIe siècle.

La conquête musulmane ne fit pas disparaître la viticulture nord-africaine. Elle privilégia le raisin de table. Les berbères marocains islamisés, lors de leur arrivée dans la péninsule ibérique, apportèrent leurs cépages. Un de ceux-ci est encore cultivé en Andalousie, c'est le Faranat blanc de Tunis, connu en Espagne sous le nom de Majorquin[4]. En al-Andalous, de nombreux agronomes musulmans décrivirent la viticulture, les différents cépages andalous et leur mode de culture. Le vignoble continua à produire du vin (hamriyya) auquel s'ajoutait le vin de palme (nabid), fait à base de raisins secs et considéré comme non prohibé. Tous les émirs et califes d'origine maure furent de grands buveurs et les palais de Grenade, Cordoue, Séville, Medinaceli et Almérie furent réputés pour leurs crus (buldän) et les beuveries qui s'y déroulaient[5].

Au Maroc, les différents souverains musulmans allaient tolérer les communautés juives qui résidaient leurs quartiers, les mellah. C'est là que les juifs pouvaient boire du vin mais il leur était interdit d'en vendre. Beaucoup possédaient leurs propres vignobles. Al-Hasan ibn Muhammad al-Zayyātī al-Fāsī al-Wazzān, dit Léon l'Africain, notait en 1525 qu'à Taza, c'était le cas de cinq-cents familles. Les communautés installées à Demnate, Mogador et Marrakech avaient les mêmes droits de propriété et de vinification[6].

Étiquette de vin rouge casher, 1930

Les mêmes licences étaient accordées aux chrétiens résidents. Tout d'abord aux mercenaires du Sultan, milice qui avait été créé dès le VIIIe siècle, ensuite au corps consulaire. Au début du XIVe siècle, les membres du Consulat de Gênes avaient des fondouk à Ceuta, Arzila, Larache, Salé et Anfa. Les tavernes qui s'y trouvaient vendaient du vin en provenance des pays de la Méditerranée septentrionale. Dans les statuts de Marseille, en date de 1228, il est fait état des Manduel qui vendent du vin de Provence à Ceuta. Léon l'Africain, au XVIe siècle, évalua à deux-cents le nombre de ces débits de boisson à Fès. Il avait aussi constaté que « certains hommes ont dans leur maison du vin à vendre, chacun pouvant en user en toute tranquillité sans que la Cour s'en offense[6]. »

Dans le Maroc portugais ( - ), les Portugais plantèrent de la vigne lors de leur installation à Azemmour, Safi et El Jadida, préfiguration des vignobles actuels des Doukkala[7].

Pour la communauté juive marocaine, la production de vin perdura jusqu'au XXe siècle . La vigne était menée en hautain dans les jardins[4]. Il a cependant été signalé qu'à la fin du protectorat la qualité de ce vin casher laissait beaucoup à désirer : « Le vin rouge cacher est abominable, en particulier le vin Dahlia fabriqué par le cousin Salomon Amar. Il n'y a aucune production de vin cacher valable[8]. »

Période moderne

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Vin importé du Maroc et mis en bouteille par un négociant de Château-Gontier, années 1920

Avec la colonisation du XXe siècle, les Français développèrent la viticulture au Maroc comme en Algérie et en Tunisie. Le phylloxéra ayant ravagé la plus grande partie des vignobles européens dès 1875, des vignobles furent créés en Afrique du Nord par des négociants français pour s'approvisionner en vin. Ils furent rapidement rejoints par leurs confrères espagnols et italiens[4].

Au Maroc, le choix des terres fut prépondérant et les vignes plantées dans les terres sableuses des régions de la Chaouïa, des Trifas, des Sahels. résistèrent à la maladie, l'insecte ne pouvant vivre dans le sable[4]. Quelques cépages français furent greffés, la culture devient intensive et, dès 1880, des bateaux entiers arrivèrent en Europe chargés de raisins[9]. C'est à partir de 1905 que les premiers pinardiers partis de Casablanca déchargèrent dans les ports européens[4].

Quatre cépages avaient été sélectionnés comme étant les plus adaptés aux terroirs pour produire les vins désirés. Il s'agissait du Grenache, du Carignan, du Cinsault et de l'Alicante Bouschet. Ce fut le début de la production de masse de la viticulture marocaine et l'époque des vins médecins à fort degré et utilisés dans les coupages. Avant la Première Guerre mondiale, 80 000 hectares étaient cultivés en vigne, celle-ci leur offrit un large débouché[4].

La production était alors axée sur le volume bien plus que sur la qualité, beaucoup de vins du Maroc étant envoyés vers le Languedoc afin d'enrichir en alcool la production de masse des vins de table de cette région vinicole. D'où le choix des cépages du Midi et d’Espagne, gros producteurs, introduits par les colons[10].

Période contemporaine

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AOG Beni M'tir rosé

En 1923, la société belge Cockerill créa près de Ben Slimane, dans la région de Casablanca, le Domaine des Ouled Thaleb. Sa première vendange eut lieu en 1927[11].

Après un recul entre 1935 et 1945, la viticulture marocaine connut une forte expansion au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La superficie plantée en vignes passa d'environ 20 000 hectares en 1946 à près de 70 000 hectares en 1956, tandis que la production de vin augmenta de 300 000 à environ 2 millions d'hectolitres. Un accord conclu avec la France en 1948 permit alors l'entrée annuelle d'un million d'hectolitres de vin marocain en franchise de droits[12].

Le Maroc recouvra son indépendance en 1956 ; la France la reconnut officiellement le 2 mars de cette année[13]. La reprise par l'État des propriétés agricoles détenues par des Européens ne fut toutefois pas immédiate : elle s'effectua en plusieurs étapes, une opération majeure de récupération des terres encore détenues par des étrangers ayant lieu en 1973. La gestion des vignobles ainsi transférés à l'État fut alors confiée à la SODEA[14].

Le départ d'une grande partie des propriétaires et des ouvriers viticoles européens contribua à désorganiser la production et à réduire la consommation intérieure. Celle-ci passa d'environ 724 000 hectolitres en 1956 à moins de 200 000 hectolitres après l'indépendance[12]. Les débouchés français se contractèrent également : en 1967, la France supprima le contingent d'un million d'hectolitres admis en franchise. Les exportations marocaines diminuèrent ainsi de 1,7 million d'hectolitres en 1959 à environ 700 000 hectolitres en 1968[12].

Le traité de Rome de 1957 n'avait pas lui-même interdit le coupage des vins communautaires avec les vins marocains : un protocole annexé permettait à la France de maintenir les préférences qu'elle accordait aux produits originaires du Maroc[15]. En 1967, un arrêt du Conseil d'État, rendu à propos de vins marocains, confirma en revanche l'interdiction de couper des vins français avec des vins étrangers[16]. La contraction de la demande intérieure et des exportations, la perte de savoir-faire et les difficultés de gestion entraînèrent une crise durable, marquée par l'arrachage de vignes et la fermeture de caves[12].

Au début des années 1990, le roi Hassan II encouragea la relance du secteur en proposant à des entreprises étrangères des baux de longue durée sur des terres viticoles appartenant à l'État. Castel, William Pitters et le groupe Taillan participèrent notamment à ces partenariats, qui favorisèrent la replantation du vignoble, la modernisation des caves et une orientation accrue vers les vins en bouteille[17].

Au milieu des années 1990, quatre sociétés furent ainsi créées dans le cadre de partenariats comprenant des investisseurs français. En 2004, les trois sociétés encore en activité produisirent ensemble 85 400 hectolitres, en grande partie exportés en vrac. Pour la campagne 2004-2005, la production nationale atteignit 326 000 hectolitres ; elle fluctuait alors, selon les années, entre 300 000 et 400 000 hectolitres[18].

Carte des climats du Maroc
Le vignoble sous la neige en 2005

Le climat du Maroc peut être divisé en sept sous-zones, déterminées par les différentes influences que subit le pays : influences océaniques, méditerranéennes, montagnardes, continentales et sahariennes.

Principaux cépages cultivés

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Cépages de cuve

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Cépages pour les rouges et les rosés : Cinsault, Carignan, Alicante Bouschet, Grenache, Cabernet-sauvignon, Merlot, Syrah, Tempranillo, Mourvèdre[19].

Cépages pour les blancs : Grenache blanc,Chardonnay, Sauvignon, Vermentino, Ugni blanc, Clairette, Muscat, Viognier, "Faranat" de Tunis, Bourboulenc, Roussanne[19].

Les quatre principaux cépages de cuve au Maroc en 2002[20]
Rang Cépage Couleur Superficie (%)
1 CinsaultNoir3 94037,2
2 CarignanNoir1 69216,0
3 Alicante BouschetNoir1 09810,9
4 GrenacheBlanc8027,6

La gestion de la SODEA

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La SODEA (Société de Développement Agricole) est mise en place par l'État marocain en 1972[21]. Sa mission est de gérer le patrimoine vitivinicole, une vingtaine de caves, et de développer la viticulture. Ces objectifs sont mis à mal en 1979 par le gouvernement lui-même. Celui-ci décide une forte augmentation de la taxe de consommation intérieure. Les ventes locales diminuent de moitié et tombent à 2 500 000 hectolitres. Cette situation va perdurer jusqu'en 1999. Durant cette période le vignoble passe de 48 000 à 10 500 hectares[22].

Encépagement du vignoble
dans le dernier quart du XXe siècle[22]
Cinsault Carignan Alicante
Bouschet
Grenache Cabernet Syrah Autres
Pourcentage43 %25 %10 %9 %2 %1 %10 %

Plus aucun investissement n'est fait dans le vignoble subsistant dont les cépages ne sont plus adaptés au marché et les vignes trop vieilles voient baisser leurs rendements. Cette situation créée par une fiscalité prohibitive et une réglementation stricte est aggravée par la sécheresse, la pluviométrie diminuant de 25 %[22].

Répartition selon
l'ancienneté des vignes[22]
plus de 35 ans entre 35 et 20 ans entre 20 et 6 ans moins de 6 ans
Pourcentage43 %7 %36 %14 %

La gestion de la SODEA en subit le contre-coup. Ses investissements dans les groupes froids nécessaires aux vinifications et les installations de systèmes d'irrigation indispensables aux vignes sont minimes. Endettée, elle est contrainte d'abandonner son monopole sur la production vinicole et ne conserve qu'une demi-douzaine de caves soit 50 % de la production marocaine[22].

Filiales de la SODEA avec son taux de participation[23].
Société Siège social Vocation Part SODEA
SODEVI Société de Développement Viticole RabatPrestations de service, production et commercialisation des vins en vrac99,50 %
AIT SOUALA Société Coopérative Vinicole d'Aït Souala MeknèsProduction et commercialisation des vins en vrac74,49 %
VINICOOP Société Coopérative Vinicole des Béni Snassen BerkaneProduction et commercialisation des vins en vrac63,52 %
SCVM Société Coopérative Vinicole de Meknès MeknèsProduction et commercialisation des vins en vrac58,83 %
HOLDAGRO RabatSuivi et contrôle de fonctionnement des sociétés partenaires vitivinicoles50,00 %
SINCOMAR Parlier et Fermaud S.A CasablancaConditionnement et commercialisation des vins33,00 %

Au début des années 1990, le roi Hassan II décide de relancer la viticulture marocaine. Il en entretient son ami Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux, qui fait en sorte que William Pitters, filiale de Marie Brizard, et Castel viennent investir au Maroc. La SODEA met à leur disposition les terres nécessaires à leur installation. Celles-ci ne pouvant être achetées par des étrangers, elles sont louées pour 30 ans. Dans le contrat de partenariat, il est notifié que le vin produit devra être exporté et qu'il y a obligation de rénover et replanter le vignoble. C'est un nouveau départ[22].

Mais face au développement du tourisme et à l'émergence d'une classe moyenne, le marché local est en plein essor, la nécessité d'exporter à 100 % met un frein à l'expansion de ces sociétés. La SODEA et le Crédit Agricole du Maroc, par leur filiale la Holdagro, semblent réticents et freinent le lancement des nouvelles entreprises[22]. Pourtant, d'autres négociants français ont réussi à s'associer à des producteurs locaux dont Clarac et Clauzel et le groupe Taillan[19]. C'est pourquoi il a été proposé que la SODEA s'oriente à l'avenir vers des objectifs plus techniques comme la sélection de cépages et leur multiplication en pépinière viticole et abandonne totalement son activité de production[22].

Cépages de table

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Avec 77 % de la superficie du vignoble, les principales variétés sont le doukkala, le muscat d'Alexandrie, le valency, l'abbou, le boukhanzir et le muscat d'Italie. Sont aussi cultivés en moindre importance l'alphonse-lavallée, l'adari, le cardinal et la madelaine. Les variétés apyrènes n'occupent que 600 hectares[24].

Les quatre principaux cépages de table au Maroc en 2002[20]
Rang Cépage Couleur Superficie (%)
1 DoukkalaRose16 55742,4
2 Muscat d'AlexandrieBlanc3 6699,4
3 ValencyBlanc3 4888,9
4 AbbouRouge2 3756,1

Le cas de l'Oudaya

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Nouveaux raisins de table du Maroc, cépage superior Seedles

Au début de ce millénaire, une cinquantaine d'hectares de raisins de table ont été plantés dans l'Oudaya, région réputée pour la qualité de sa production[25]. Elle se situe près de Marrakech, dans la partie aval les deux rives de l'oued Nefis qui descend du Haut-Atlas[26]. C'est en 1998 que des investisseurs de la société Agritalia, productrice de raisins de table dans la région de Puglia, ont loué ces terres. Leur but : produire des raisins de table pour l'exportation vers l'Union européenne. Les cépages locaux ne convenant pas, ils ont fait planter victoria, italia, michel palieri, superior seedles et black magic. Le projet a nécessité d'importants investissements pour la station d'emballage et les chambres froides. Cette société a pu atteindre la première année une production de 200 tonnes, puis a mis en marché ensuite 1 500 tonnes avec l'objectif d'atteindre les 2 000 tonnes[25].

Le grand défi pour Agritalia est d'avoir des raisins précoces à partir du , date de lancement des exportations et de franchise pour les droits de douane européens. Au-delà du mois de juin, ces taxes sont applicables et rendent le produit non compétitif. L'expérience et le succès d'Agritalia ont encouragé d'autres investisseurs de la région de Puglia à réaliser des projets similaires de production et commercialisation des raisins de table dans la région de Marrakech[25].

Pourtant cette région est handicapée par une pluviométrie faible et irrégulière et par des vents desséchants tels le chergui ou le sirocco. Cette sécheresse est la menace climatique la plus importante. L’irrigation est, dans ce contexte, la condition fondamentale de toute viticulture[26].

Tuteurage en roseaux de la treille du Café maure des Oudayas à Rabat (années 1920)
Système traditionnel de pompage de l'eau pour le vignoble de l'Oudaya

Le caractère du paysage viticole de l'Oudaya est exceptionnel tant par la nature de ses cépages locaux que par les procédés de tuteurage en roseaux et l'originalité du réseau hydraulique servant à l'irrigation. Les viticulteurs de l’Oudaya utilisaient deux cépages, l'Abbou et l'Adari. La superficie occupée par ces variétés dans tout le Maroc était respectivement de 1 934 et 641 hectares. L'Oudaya possédait l'essentiel de cette superficie, soit respectivement 1 903 et 629 hectares. De plus ces cépages résistaient bien à la sécheresse, se passant de porte-greffes et donnant des récoltes tardives[26].

Le paysage viticole de l'Oudaya est resté intact jusqu'à une période récente. Le Protectorat français (1912-1956) avait préféré développer la viticulture dans d’autres régions. Mais l’évolution récente met en péril ce patrimoine végétal et peut le condamner à la disparition[26].

La présence des sociétés italiennes qui cherchent à développer de nouvelles variétés destinées à l’exportation apporte de profondes mutations. Elles vont du remplacement des variétés locales par des variétés d’importation à la mise en place de structures métalliques se substituant aux tuteurages en roseaux. Cette évolution tend à faire disparaître les traits caractéristiques du paysage viticole de l'Oudaya. Seule la mise en place d'un plan de sauvegarde et de gestion pourrait être susceptible de maîtriser cette évolution et limiter ses retombées négatives[26].

Terroirs et appellations

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Vin portant l'appellation d'origine garantie Guerrouane.

Le régime marocain des appellations viticoles repose principalement sur le décret no 2-75-321 du 12 août 1977, qui réglemente la vinification et le commerce des vins, et sur l'arrêté no 869-75 du 15 août 1977 relatif aux appellations d'origine. Ce dernier délimite les zones bénéficiant d'une appellation d'origine garantie (AOG) et prévoit l'établissement d'appellations d'origine contrôlée (AOC), à l'intérieur d'une zone d'AOG, par des arrêtés particuliers[27]

Appellations d'origine garantie

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L'arrêté de 1977 délimite quatorze AOG : Berkane, Angad, Saïs, Beni-Sadden, Zerhoun, Guerrouane, Beni-M'Tir, Rharb, Chellah, Zaër, Zemmour, Zenata, Sahel et Doukkala[27]. Ces appellations s'étendent principalement de la région de l'Oriental aux plateaux de Meknès, aux vallées du Sebou et du Bouregreg, ainsi qu'aux plaines atlantiques situées entre Rabat, Casablanca et les Doukkala.

Pour bénéficier d'une AOG, le vin doit notamment être produit avec des raisins provenant de l'aire délimitée, être issu de cépages autorisés et respecter les normes de production et de vinification prévues par la réglementation. Dans le cas de Doukkala, l'arrêté réserve l'appellation aux vins rosés élaborés à partir des clones locaux regroupés sous la dénomination de « gros rosé des Doukkala »[27].

Appellations d'origine contrôlée

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Les textes réglementaires publiés par l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires recensent cinq dénominations géographiques bénéficiant du régime de l'AOC[28] :

Appellations d'origine contrôlée viticoles du Maroc
Appellation Date de l'arrêté Aire de production et types de vins
« Les coteaux de l'Atlas » 8 octobre 1998[29] Aire située dans l'AOG Beni-M'Tir ; vins rouges, rosés, gris et blancs.
« Crémant de l'Atlas » 12 février 2009[30] Vins mousseux de qualité produits dans l'aire géographique de l'AOC « Les coteaux de l'Atlas ».
« Les Côtes de Rommani » 4 février 2014[31] Aire située dans l'AOG Zaër ; vins rouges, rosés, gris et blancs.
« Côtes de Sebaa Ayoun » 16 décembre 2022[32] Aire située dans l'AOG Beni-M'Tir, autour de Sebaa Aiyoun ; vins rouges, rosés, gris et blancs.
« Hauts Plateaux de Meknès » 16 décembre 2022[33] Aire située dans l'AOG Guerrouane et comprenant notamment des parties des communes d'Aït Yazem, Mjat, Boufekrane, El Hajeb, Ifrane et Azrou ; vins rouges, rosés, gris et blancs.

Quatre de ces appellations sont ainsi liées au vignoble de la région de Meknès : « Les coteaux de l'Atlas », « Crémant de l'Atlas », « Côtes de Sebaa Ayoun » et « Hauts Plateaux de Meknès ». La cinquième, « Les Côtes de Rommani », se trouve dans l'aire de l'AOG Zaër.

La mention « château » fait par ailleurs l'objet d'une réglementation particulière depuis 2004. Elle est réservée aux vins bénéficiant déjà d'une AOC, issus d'une exploitation vitivinicole répondant à des critères précis et élaborés à partir de raisins récoltés et vinifiés dans cette exploitation. Elle ne constitue donc pas une aire géographique supplémentaire[34]

Carte des appellations viticoles marocaines réalisée en 2013, avant les créations réglementaires de 2014 et de 2022.

Méthodes culturales et réglementaires

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AOG Guerrouane, Domaine Toulal des Celliers de Meknès

En 1977, un arrêté ministériel a défini un cahier des charges pour chaque appellation garantie. Il concerne le terroir, les cépages, les degrés et les rendements à l'hectare. Une commission nationale vitivinicole, créée par ce même arrêté, veille au respect de ces règles. Elle a imposé l'analyse et la dégustation pour tous les vins postulant au label d'appellation[19]. La région de Meknès, dont les vignobles sont situés entre 580 et 700 mètres d’altitude, bénéficie d'une pluviosité modérée et d'un fort ensoleillement. La chaleur est telle que le feuillage est volontairement laissé afin de protéger les grappes.

Les vendanges commencent en août et peuvent durer jusqu’à la fin septembre. Afin de préserver sa qualité, le raisin est placé en caisses percées de 18 kilogrammes pour être transféré dans les caves. Là, un équipement de vinification moderne assure une qualité œnologique constante. La vendange est mise dans des cuves thermorégulées dans lesquelles les raisins sont rafraîchis pendant trois jours avant d'être triée et pressée[35].

La qualité des vins du Maroc passe par le creusement de puits disséminés pour irriguer les vignes ainsi que par la modernisation des équipements et la maîtrise des températures en vinification[9]. Les Celliers de Meknès sont les plus grands producteurs de vins de qualité au Maroc avec, notamment, les Coteaux de l'Atlas, premier vin marocain à avoir obtenu l'AOC[19], en 1998[36].

Type de vins et gastronomie

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Salade et vin du Maroc.
AOG Guerrouane, Domaine de Sahari

Grâce à la mise en œuvre de techniques de vinification modernes, les vins marocains sont de plus en plus appréciés. Dominique Laporte, Meilleur sommelier de France 2004, analyse : « Les vins rouges se conservent mieux, sont plus digestes et apportent un peu plus de fraîcheur, tout en gardant leur tempérament. Les blancs ont énormément progressé, je pense notamment à de très bons Sauvignon de chez Ouled Thaleb. Quant aux rosés, très beaux, forcement, ils sont toujours réussis[9]. »

En apéritif, un vin effervescent du Maroc s'impose[10]. Le couscous à la viande a ses saveurs rehaussées par un coteaux de l’atlas ou un Tarik[10], il peut aussi s'accorder parfaitement avec un Boulaouane ou un Guerrouane rouge[37], le couscous au poisson appelle un vin gris ou chardonnay de Meknès[10]. Les viandes blanches et les volailles, dont le poulet à la marocaine, s'accordent d'un Boulaouane gris[10],[38]. Le méchoui réclame un Guerrouane rouge[10] et le tajine d'agneau un Boulaouane rouge[39]. Les poissons sont parfaits accompagnés d'un vins gris ou d'un chardonnay local. Les viandes rouges s'accordent avec un Toulag et les gibiers avec un vin issu des coteaux de l’Atlas[10]. En 2009, les professionnels ont distingué l'Hôtel La Mamounia, à Marrakech, qui présente la plus belle cave du Maroc avec 18 000 bouteilles et une carte avec plus de 350 références de vins. La Bavaroise, à Casablanca, offre dans sa cave vitrée et climatisée, une large gamme de vins marocains. Le Bistrot d'Alexandre, toujours à Casablanca, propose aussi une belle carte de vins du Maroc avec, en particulier, un Aït Souala blanc. Le Bistrot du Piétri, à Rabat, offre à sa clientèle une carte de vins locaux bien fournie avec la possibilité de les déguster sur place, au comptoir ou dans le patio[40].

Certains vins comme Château Roslane et Volubilia sont sur les cartes des plus grands palaces (Georges V, le Plaza Athénée[9] par exemple), et restaurants marocains de Paris (Mansouria, L'Arganier...).

Les entreprises vinicoles

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Il existe une douzaine d'entreprises[22],[41],[42],[43],[44] :

Domaine Personnalité ou entreprise rattachée Localisation Commentaire et références
Celliers de Meknès Brahim Zniber Meknès Propriétaire du Château Roslane
Domaine de Baccari Meknès
Domaine des Cépages Marocains Réunis (CMAR) Groupe Castel Meknès Fusion des Cépages de Meknès et Cépages de Boulaouane[45].
Domaine "Les Deux Domaines" Gérard Depardieu & Bernard Magrez, Bourchanin & Groupe Castel Meknès
Domaine de la Ferme Rouge Had El Brachoua
Domaine de l'Hacienda Des Cigognes Tiflet
Domaine des Oliviers et Vignes de Meknes Meknès
Domaine des Ouled Thaleb Thalvin, Alain Graillot Benslimane
Domaine Société de vinification et de commercialisation du Maroc (SVCM) Groupe Castel Meknès / Fès
Domaine des Trois Cavaliers Comptoir des vins de l'oriental Berkane
Domaine du Val d'Argan Charles Mélia, Château de la Font du Loup Essaouira
Villa Volubilia Domaine Fieuzal & Domaine Larrivet-Haut-Brion (Gérard Gribelin & Philippe Gervoson) Meknès Volubilia, Villa Volubilia, Epicuria

Filière vitivinicole et structure des exploitations

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La filière fournit 20 000 emplois agricoles et plus de 10 000 dans les secteurs annexes, de l'embouteillage à la distribution. Le chiffre d’affaires global avoisine 100 millions d'euros dont 45 millions, tous impôts et taxes confondus, reviennent au Trésor marocain[35].

Commercialisation

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Les vins sont le plus souvent commercialisés sous un nom de marque (Chergui, Chausoleil, Tarik, Chantebled, Volubilia, Epicuria) assorti ou non d'une AOG ou d'une AOC[19].

L'exportation reste faible même si la plupart des vins de qualité sont exportés[19]. Pour une production stable d’environ 34/35 millions de bouteilles annuelles, 30 millions sont consommées sur le marché intérieur[35].

Notes et références

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  1. 1 2 Louis Levadoux, Les populations sauvages et cultivées de vitis vinifera L., Annales de l'amélioration des plantes, T. I, 1956
  2. (en) C. Michael Hogan, Chellah, The Megalithic Portal, ed. Andy Burnham
  3. (es) University of Granada: Mauretania Tingitana
  4. 1 2 3 4 5 6 Histoire du vin et de la vigne au Maroc
  5. Vincent Lagardère, Cépages, raisin et vin en al-Andalus (Xe-XVe siècle), 1997, sur le site persee.fr
  6. 1 2 Alain Huetz de Lemps, Boissons et civilisations en Afrique, Presse Universitaire de Bordeaux, 2001, pp. 303-309.
  7. Robert Ricard, Études sur l'histoire des Portugais au Maroc, 1957, sur le site www.persee.fr
  8. Hanania Alain Amar, Une jeunesse juive au Maroc
  9. 1 2 3 4 Les vins du Maroc sur le site g26.ch
  10. 1 2 3 4 5 6 7 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "hotellerie-restauration"
  11. « Domaine Ouled Thaleb, 100 ans déjà », La Vie éco, (lire en ligne, consulté le )
  12. 1 2 3 4 (en) Giulia Meloni et Johan Swinnen, « Bugs, Tariffs and Colonies: The Political Economy of the Wine Trade, 1860–1970 », AAWE Working Paper, no 206, , p. 24-29 (lire en ligne [PDF], consulté le )
  13. « Ambassade de France à Rabat », sur Archives diplomatiques, Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères (consulté le )
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  19. 1 2 3 4 5 6 7 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "users.skynet"
  20. 1 2 État actuel du vignoble marocain
  21. SODEA
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  23. Filiales vitivinicoles de La SODEA
  24. La vigne au Maroc
  25. 1 2 3 Les producteurs italiens investissent à l’Oudaya
  26. 1 2 3 4 5 [PDF] Mohammed El Faïz, professeur à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Les vignobles de l'Oudaya de Marrakech
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  35. 1 2 3 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées "lullyconseil"
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Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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