Voie des Saulniers
La route du sel est une ancienne voie de communication reliant la région de Marsal, en Lorraine, à celle de Benfeld, en Alsace, en traversant les Vosges par le val de Villé. Existant probablement depuis l’âge du fer, voire l’âge du bronze, elle est tombée en désuétude au XIXe siècle. Son nom vient du fait qu’elle servait à l’origine essentiellement au commerce du sel entre les salines de Lorraine et l’Alsace.
Tracé
modifierLa route débute à Marsal, où se trouvaient les salines. Elle transite ensuite par Saales, La Salcée, Steige, Maisonsgoutte, Saint-Martin, Villé, Triembach-au-Val, Saint-Maurice, Thanvillé et Scherwiller. De là, elle va en direction de Benfeld, à proximité de laquelle se trouvait l’établissement gallo-romain d’Ehl[1]. Il s’agit de l’itinéraire principal : lors du franchissement des Vosges, il est probable que des itinéraires secondaires aient également été utilisés, par exemple en passant par le col d’Urbeis plutôt que par le col de Steige[2].
Histoire
modifierPréhistoire et antiquité
modifierUne voie de communication permettant d’acheminer à travers les Vosges le sel produit en Lorraine existe probablement déjà pendant le premier âge du fer, les salines de Marsal étant déjà bien développées à cette époque. Les débuts du développement du réseau routier en Alsace datant de l’âge du bronze, il n’est en outre pas exclu qu’un chemin existait dès cette époque[1].
Après la conquête romaine de la Gaule, la voie continue d’être utilisée. Elle semble avoir été au moins en partie dallée, comme pourrait l’indiquer la découverte de dalles de grès à Villé. L’exploitation de l’antimoine, qui débute vers Maisonsgoutte à cette époque, contribue également au développement de la route[2].
Moyen Âge
modifierAlors que de nombreuses voies de communication disparaissent avec la chute de l’empire romain, la route du sel semble plutôt en avoir bénéficié, celle-ci étant la voie la plus directe permettant aux Francs de rejoindre l’Alémanie. Il est toutefois difficile de mesurer précisément l’ampleur du trafic transvosgien jusqu’au XIe siècle. À cette époque, elle est utilisée surtout pour le transport du sel, les autres marchandises utilisant les grands axes commerciaux passant par le col de Bussang et la vallée de la Thur au sud des Vosges ou par la vallée de la Moder au nord[3]. Les marchandises se diversifient toutefois au cours du Moyen Âge, à la fin duquel elle sert également pour importer en Alsace les harengs provenant de mer du Nord et le bétail élevé dans les Vosges, tandis que circule dans l’autre sens la production du vignoble alsacien[4]. Elle permet également à la production du val de Villé, notamment le bois et l’argent, de sortir de la vallée[5].
Le trafic est néanmoins assez conséquent pour susciter la convoitise des seigneurs locaux, qui multiplient les châteaux et les péages le long de la route : l’Ortenberg, le Frankenbourg, le Weyersburg, le Haut-Koenigsbourg et de nombreux autres surplombent ou bordent la route[4]. Bien que les péages soient levés au nom de l’entretien de la route, elle semble dans les faits assez peu entretenue et difficilement praticable par les chariots, les Strasbourgeois ayant par exemple de grandes difficultés à amener leur artillerie jusqu’au pied du Bilstein en 1477[6]. En outre, certains châteaux, notamment à partir du XVe siècle, servent de base à des chevaliers brigands qui prennent pour cible les marchands empruntant la route du sel[4].
Axe commercial, la route est également la voie de passage privilégiée des armées passant de Lorraine en Alsace centrale et inversement. Les écorcheurs armagnacs l’empruntent ainsi lors de leur incursion en Alsace en 1444, tandis que l’armée d’Antoine de Lorraine l’utilise pour rentrer chez elle après avoir liquidé la révolte des paysans en 1525[7]. La route devient plus sûre à partir du XVIe siècle, les nouvelles puissances régionales, comme la ville de Strasbourg, détruisant peu à peu les châteaux des brigands, tandis que l’interdiction des guerres privées dans le Saint-Empire en 1495 réduit les mouvements de soldats[4].
En dépit des ravages causés périodiquement par les armées, la route apporte une certaine prospérité dans la vallée. Villé en est l’une des principale bénéficiaire : située au carrefour entre la route du sel et la route menant à Saint-Dié, elle est le siège d’un important marché. Plusieurs villages se développent aussi le long de la route, à proximité de laquelle se multiplient également les établissement religieux, comme l’abbaye de Honcourt[8].
Époque moderne
modifierLa guerre de Trente Ans met un coup d’arrêt au développement commercial de la région. La route est alors essentiellement empruntée par les soldats, tandis que les villages qui la bordent sont particulièrement touchés par les pillages. Le conflit et la difficulté de la région à s’en remettre, du fait de l’ampleur des ravages, font que la route est peu entretenue pendant la majeure partie du XVIIe siècle[9]. L’entretien est en effet alors à la charge des communautés villageoises, mais les droits de péages ayant été supprimés en 1680 dans tout le royaume de France, celles-ci manquent de ressources pour faire autre chose que des réparations de fortune[10]. Pour pouvoir faire face, certaines communautés continuent de prélever des taxes sur les marchandises qui circulent sur la route. [11]. Malgré les plaintes des marchands, l’État ferme souvent les yeux, les officiers et ministres de Louis XIV faisant remarquer que la mauvaise qualité du chemin, les ornières et les passerelles en bois qui pourrissent sont un problème plus grave[12]. Les péages ne disparaissent ainsi que très progressivement au cours du XVIIIe siècle, le dernier étant supprimé en 1779[11].
Au XVIIIe siècle, la route devient une route royale et bénéficie d’améliorations financées par l’État. Son tracé est modifié par endroit pour l’élargir, réduire le degré de pente et contourner certains villages trop congestionnés, tandis qu’en 1750 les passerelles en bois sont remplacées par des ponts en pierre[13]. Le drainage est amélioré dans les années 1780 par l’ajout de canalisations souterraines permettant d’évacuer l’eau des fossés[14]. L’entretien reste à la charge des communautés, d’abord sous la forme de la corvée, réintroduite au début du XVIIIe siècle, puis à partir de 1787 par une contribution financière[11]. Celui-ci ne semble toutefois pas avoir toujours été effectué de manière diligente, l’inspecteur des Pont et Chaussée se plaignant en 1764 que, malgré les rappels, les dégâts d’une inondation de l’année précédente n’ont toujours pas été réparés[15]. Cette dégradation s’accroît d’autant plus vite que le développement de l’exploitation de la houille à Albé à partir du milieu du XVIIIe siècle induit une hausse du trafic de chariots[16].
Pont n° 1. Pont n° 2. Pont n° 3.
Époque contemporaine
modifierÀ partir de 1792, l’entretien de la route devient la charge du département du Bas-Rhin. D’importance stratégique dans le contexte des guerres révolutionnaires, la route se voit également adjoindre des redoutes entre Thanvillé et Scherwiller[17]. L’entretien reste toutefois aléatoire dans les premières décennies du XIXe siècle et ce n’est qu’à partir de la monarchie de Juillet que les choses s’améliorent[18]. Toutefois, c’est également à cette époque que les connexions routières sont fortement modifiés à la sortie du val de Villé. Une nouvelle route est notamment construite en 1842 entre Châtenois et Thanvillé. Offrant un accès à la vallée plus direct depuis la plaine, celle-ci entraîne peu à peu l’abandon du tronçon de la route du sel entre Scherwiller et Thanvillé, qui devient un simple chemin forestier[19]. De même, le tronçon entre Steige et le col de Steige est abandonné en 1854 au profit d’une nouvelle route en lacets dont la pente est plus douce[20].
Le tronçon entre Scherwiller et Thanvillé est requalifié ultérieurement en piste cyclable[21].
Monuments en lien avec la route
modifierNotes et références
modifier- 1 2 Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 27.
- 1 2 Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 32.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 35.
- 1 2 3 4 Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 39.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 40.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 35-36.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 36.
- 1 2 Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 43.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 45.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 46-47.
- 1 2 3 Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 47.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 45, 47.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 47-48.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 54.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 51.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 53.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 33.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 67.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 67-69.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 72.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 69.
- ↑ Dirwimmer, Hihn et Siffer 2002, p. 48.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Christian Dirwimmer, Hubert Hihn et Jean-Louis Siffer, « Histoire des voies de communication dans le val de Villé », Annuaire de la Société d’histoire du Val de Villé, vol. 27, , p. 25-132 (ISSN 1169-2421, lire en ligne, consulté le ).