Wadi' al-Boustany
Wadi' Faris al-Boustany (وديع البستاني), né en 1886 à Dibbiyeh et mort le , est un poète, journaliste et traducteur libanais de confession maronite. Il appartient à la famille Al-Boustany. Il se considérait comme un Palestinien libanais[1].
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وديع بن فارس بن عيد البستاني |
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Carrière
modifierJeunesse
modifierIl suit son éducation primaire au village de Dibbiyeh, puis entre à l’école Souk al-Gharb. Il s‘inscrit ensuite à l’université arabe de Beyrouth où il obtient un diplôme de la faculté des Arts et des Sciences. Il y travaille ensuite deux ans comme professeur d’arabe, avant d’être recruté comme interprète à Hodeidah, au Yémen[2].
Il travaille ensuite au ministère des Travaux publics, en Égypte, et commence à traduire de la poésie anglaise en arabe. Il publie la première traduction des Rubaiyat d’Omar Khayyam en arabe en 1912, en travaillant à Londres[2].
De 1912 à 1914, il voyage en Inde où il rencontre Rabindranath Tagore à Santiniketan dont il traduit quelques poèmes[2],[1].
Pendant la Première Guerre mondiale il vit dans différents pays d’Afrique, avant de se fixer temporairement à Johannesbourg de 1916 à 1918[2].
En Palestine
modifierEn 1918, il est recruté comme conseiller du gouverneur militaire de la Palestine, alors administrée comme Territoires ennemis occupés et qui allait devenir une colonie britannique sous mandat de la Société des Nations. Il démissionne en 1920 car il s’oppose au sionisme, soutenu officiellement par le Royaume-Uni depuis la déclaration Balfour. Il prend part à la grève générale de cette année et est exilé à Bir al-Sabi' par les autorités de la Palestine mandataire[2]. Entretemps, il crée une société secrète dite la Main noire (différente de la Main noire des années 1930), active autour de Jaffa. Selon un récit, elle aurait eu le soutien du gouverneur britannique de Jaffa[3].
Il participe à la création de plusieurs associations rassemblant chrétiens et musulmans, agissant ainsi en faveur de la création du sentiment national palestinien[2]. Ghassan Kanafani rapporte deux anecdotes qui montrent la teneur de son engagement national, reposant sur ses activité littéraires[4] :
« Peu de temps avant, le 28 mars 1920, Al-Bustani prit lui-même la tête d'une manifestation et récita un chant qu'il avait lui-même composé. Il fut convoqué à un interrogatoire et voici ce qui apparaît dans l'enregistrement de son interrogatoire par le Procureur Public :
- Procureur Public : « Des rapports ont été établis disant que vous étiez porté sur des épaules et que vous disiez aux gens qui vous suivaient, Oh Chrétiens, Oh Musulmans ! »
- Accusé : « Oui . »
- Procureur Public : « Et vous disiez aussi : A qui avez-vous abandonné le pays ?! »
- Accusé : « Oui. »
- Procureur Public : « Après vous avez dit : Tuez les juifs et les infidèles ! »
- Accusé : « Non. Cela est une violation du vers et de la rime. Je n'ai pu dire ça. Ce que j'ai dit était métrique et rimait. Cela s'appelait de la poésie. »
« Le 29 janvier 1920, le Gouvernement du Mandat britannique envoya une lettre à l'éditeur du magazine culturel Karmel, publié à Haïfa, dans laquelle il demandait que soit publié un poème du célèbre poète irakien Ma'ruf al-Risafi qui était dédié au Haut Commissaire britannique, une prière et un éloge déclamé par un narrateur juif du nom de Jehuda. L'éditeur accepta de le publier mais avec une réponse. Al-Bustani écrivit la réponse sous la forme d'un poème qui disait les choses suivantes :
- « Discours de Juda ? Ou actes de sorcelleries ?
- Et la Parole de Rasafi ? Ou mensonges de la poésie, la vôtre dans des mots finement choisis,
- Vous êtes bien informé des joyaux que la mer déverse
- Mais cette mer est Politique, si la justice s'étale haut, sa marée basse commence
- Oui ! Celui qui a traversé le Jourdain est notre cousin mais celui qui vient par delà les mers est suspect.»
Ce long poème, qui devint très connu à cette époque, était en fait un document politique unique. Il ne fait pas seulement de al-Risafi un jouet, mais il affirme aussi, à une date précoce, des faits politiques d'une grande importance. Il ne mentionne pas seulement l'immigration juive et le danger qu'elle représente, mais aussi le rôle joué par la Grande-Bretagne dans la division des Arabes palestiniens, la déclaration Balfour et ses conséquences etc.… »
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Wadi al-Boustany est élu en 1923 au sixième congrès national palestinien et participe à la délégation qui négocie à Londres une solution à la question palestinienne. Il soutient aussi les paysans qui s’opposent à la vente de leurs terres par les propriétaires absents, souvent aux organisations sionistes. Il écrit des poèmes célébrant le prophète Mahomet[2].
Il obtient un diplôme de droit en 1929 à l’université de Jérusalem. Il participe à la grande révolte arabe (1936-1939) et au congrès national arabe à Bloudan, en Syrie, en 1937[2]. Il est classé par B. Doumani comme un intellectuel d’« appel à la lutte »[5].
Il se retire ensuite des activités politiques et se consacre à la traduction des classiques de la poésie arabe à partir de leurs traductions anglaises[2].
En 1948, il refuse de quitter sa maison à Haïfa, au cours de l'exode palestinien. Les autorités israéliennes lui imposent de loger plusieurs familles juives dans sa maison, et il est assigné à résidence. À bout, il se réfugie au Liban en 1953. Il y reçoit les honneurs pour sa traduction du Mahabharata, dont la médaille d’or du Mérite libanais[2].
Œuvre
modifierWadi' al-Boustany est à la fois un poète, un indianiste et un journaliste, disciplines qu’il pratique de manière engagée. Sa préface de sa traduction du Mahabharata traite de la réalité palestinienne, aussi bien d’un point de vue général (le nettoyage ethnique de 1948) que personnel (la séparation d’avec ses enfants)[6]. Outre le Mahabharata, il traduit le Ramayana, et La Reconnaissance de Shâkountalâ de Kâlidâsa[1].
Ses poèmes étaient très populaires et récités dans les rues[6].
Publications
modifier- رباعيات عمر الخيَام". القاهرة: دار المعارف، . [Rubaiyat d'Omar Khayyam]; 1912
- "الانتداب البريطاني باطل ومحال: حجج ووثائق في سبل حل المشكلة الفلسطينية". بيروت: المطبعة الأميركانية، [Le Mandat britannique est mauvais et impossible/ traduit aussi sous la forme Le Mandat britannique nul et non avenu. Arguments et documents concernant une solution au problème de la Palestine], 1936
- "ديوان الفلسطينيات". بيروت: دار البشائر، .[Recueil de poésie sur la Palestine], 1946
- "رابندرانات طاغور". القاهرة: مطبعة المعارف، . traduction de [Rabindranath Tagore], 1950
- "المهبراته: الملحمة الهندوية كبرى الملاحم العالمية". عرّبها شعراً وديع البستاني. بيروت: جمعية متخرجي الجامعة الأميركية في بيروت، . [Le Mahabharata des Indes. La plus grande œuvre épique], 1952
- "خمسون عاماً في فلسطين" بقلم فرنسيس إملي نيوتن، ترجمة وديع البستاني. د.م: د.ن، . traduction de Frances Emily Newton, [Cinquante ans en Palestine]. Londres : Coldharbour Press, 1948.
Famille
modifierIl épouse Rose Dimitri, avec qui ils ont trois fils, Fouad, Nu‘man et Fayiz, et une fille, Laila[2].
Bibliographie
modifier- Abd al-Rahman Yaghi, Hayat al- adab al- falastini min awwal al- nahda hatta al- nakba, Beyrouth 1965.
- Stephan Wild, « Judentum, Christentum und Islam in der palästinensischen Poesie », in Die Welt des Islams XIII–XXIV, 1984, p. 259–297.
- Mahdi Abdul Hadi, ed. Palestinian Personalities: A Biographic Dictionary, 2e édition, rev. et mise à jour, Jérusalem: Passia Publication, 2006.
- Esmat Elhalaby, « Empire and Arab Indology. Modern Intellectual History » 2022;19(4):1081-1105. doi:10.1017/S1479244321000408
Notes
modifier- 1 2 3 Empire and Arab indology.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 « Wadi‘ Faris al-Bustani », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 23 avril 2026.
- ↑ Aharon Cohen (1970) Israel and the Arab World. W.H. Allen. (ISBN 0-491-00003-0). p. 148.
- ↑ Ghassan Kanafani, « La révolte de 1936-39 en Palestine », Marxists.org, publié initialement en janvier 1972.
- ↑ Beshara Doumani, « La redécouverte de la Palestine ottomane », Revue d'études palestiniennes 1993/1 no 46, p. 109, Éditions Institut des études palestiniennes, ISSN 0252-8290, DOI 10.3917/repa.046.0101
- 1 2 Esmat Elhalaby, « Preface to the Portuguese Translation of "Empire and Arab Indology" », Past & Future presents, 15 décembre 2023.