Wharenui
Un wharenui (lit. « grande maison ») est la maison communale chez les Maoris, en général située au centre d'un marae. Il est souvent appelé meeting house (« maison d'assemblée ») en anglais néo-zélandais, ou alors whare (« maison »), whare rūnanga (« maison de réunion »), ou whare whakairo (« maison taillée ») en maori. Les wharenui sont souvent décorés à l'extérieur et à l'intérieur d'images sculptées en bois des ancêtres de l'iwi (tribu) auquel le wharenui appartient, avec le style de la sculpture variant selon l'iwi. Dans le cas d'ancêtres récents, des photos peuvent aussi être utilisées. Le style actuel des wharenui date du début ou du milieu du XIXe siècle[1]. Les wharenui modernes sont construits selon des normes de construction standard. Ils portent toujours un nom, parfois celui d'un illustre ancêtre ou d'une personnalité de la mythologie Maori. Parfois, un wharenui n'est pas associé à un iwi ou hapu (sous-tribu), mais est construit dans un endroit ayant une forte population Maori, par exemple une école.

Le wharenui est considéré comme le domaine du dieu de la paix, Rongo, tandis que le marae qui l'entoure est le domaine de Tūmatauenga, dieu de la guerre et des affaires humaines[2]. Bien qu'il soit considéré comme sacré et que des rituels religieux puissent prendre place dans ou devant un wharenui, il n'est pas une église ou un bâtiment religieux.
Histoire
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Les wharenui perpétuent une tradition architecturale polynésienne vieille de centaines d'années. Dès le XVe siècle, la sculpture en bois des wharenui devient plus détaillée, et la taille du bâtiment assez grande pour nécessiter un ou deux pou (« poteaux ») centraux pour en porter le poids[3],[2]. Au XVIIIe siècle, le capitaine James Cook remarque des wharenui de 10 mètres de longueur en bois entièrement sculpté[3]. L'introduction d'outils en acier par les colons Européens permet l'agrandissement des wharenui, et les wharenui des années 1840 deviennent les antécédents en style et en structure des wharenui modernes[3].
Après la construction du Te Tokanganui-a-Noho par Te Kooti en 1873, très peu de wharenui sont construits durant plusieurs décennies. Ils sont alors plus simples et dépourvus de bois sculpté. Durant les années 1920, les marae et wharenui deviennent des symboles de l'identité culturelle Maori, en particulier parmi les Maoris sans terres[3]. Le leader Te Puea Hērangi de la confédération d'iwi Waikato Tainui devient une grande partisane de la rénovation des marae, menant à la construction d'un wharenui au marae de Tūrangawaewae (en) à Ngāruawāhia (en) et de Te Puea Memorial Marae (en), le premier marae urbain d'Auckland[4]. Āpirana Ngata milite aussi pour la revitalisation de l'institution des wharenui comme symbole de l'identité et du mana du peuple Maori[3]. Pendant le XIXe siècle et la première partie du XXe siècle, les missionnaires et les chrétiens sont contre la représentation d'organes génitaux dans le bois sculpté, et enlèvent les pénis des sculptures des wharenui. Cette attitude anti-génitaux s'éteint dans les années 1940[5].
Structure
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La structure d'un wharenui symbolize souvent un ancêtre de l'iwi, avec les différentes parties de l'architecture représentant des parties du corps de l'ancêtre[6]. On y trouve notamment :
- Le koruru à la pointe du pignon de devant du wharenui peut représenter la tête de l'ancêtre.
- Le maihi (rive de toit) représente les bras de l'ancêtre; les extrémités du maihi en sont les doigts (raparapa).
- Le tāhuhu (poteau faîtage) représente la colonne vertébrale.
- Les heke (chevrons) représentent les côtes.
- La colonne centrale à l'intérieure du wharenui est le "poutokomanawa" ("colonne soutien-cœur")[6].
D'autres éléments importants sont:
- Les amo, les soutiens verticaux pour les extrémités des maihi.
- Les poupou, des panneaux de bois sculpté qui décorent les murs intérieurs de la terrasse couverte.
- Le kūwaha (porte d'entrée) et le pare (linteau).
- Le paepae, un élément au-devant du wharenui et qui sert à en délimiter l'entrée.
- Les whāriki, des nattes tissées recouvrent souvent le plancher du wharenui[6].
- Le marae ātea, un espace ouvert directement au-devant du wharenui qui est utilisé pour accueillir les invités et pour discuter d'affaires d'importance[7].
Protocoles
modifierLe wharenui est le centre de toutes les affaires culturelles, économiques, ou d'importance quelconque à l'iwi. Parmi les protocoles qui gouvernent d'habitude le wharenui :
- La nourriture est interdite[8].
- Les chaussures sont enlevées avant d'entrer[2].
- Les individus qui deviennent violents seront invités à quitter le wharenui, lieu consacré à la paix et l'unité, en attendant qu'ils puissent reprendre le contrôle de leurs émotions.
Les cérémonies, y compris les mariages et les funérailles, peuvent se dérouler soit dans le wharenui, soit sur le marae ātea. Le wharenui est aussi utilisé traditionnellement pour héberger les invités de l'iwi. La nuit, les invités dorment sur le côté droit (le tara whānui, "grand côte") du wharenui, tandis que les hôtes dorment sur le côté gauche (le tara iti, "petit côté"). Des invités particulièrement importants dorment dans le ihu nui, un espace proéminent sous les fenêtres. Il est localisé historiquement à l'avant de l'espace intérieur du wharenui et dans des chambres à l'arrière)[2].
Notes et références
modifier- ↑ (en) Nigel Prickett, « An Archaeologists' Guide to the Maori Dwelling », New Zealand Journal of Archaeology, vol. 4, , p. 127-128 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) Toon van Meijl, « Maori Meeting-Houses in and Over Time », dans James J. Fox, Inside Austronesian Houses: Perspectives on Domestic Designs For Living, Canberra, Australian National University Press, (ISBN 978-1-920942-84-7, lire en ligne), p. 201-224
- 1 2 3 4 5 (en) Ranginui Walker, Ka Whawhai Tonu Matou – Struggle Without End, Auckland, Penguin Books, , 2e éd. (ISBN 9780143019459), p. 187-189
- ↑ (en) Rau Hoskins, Jenny Lee-Morgan, Wayne Knox, Hurimoana Dennis, Lena Henry, Leisa Nathan, Reuben Smiler et Maia Ratana, Tūranga ki te marae, e tau ana Reimagining marae-based kāinga in Tāmaki Makaurau: A resource to support urban marae-based housing developments, Auckland, Ngā Wai a te Tūī Press, (lire en ligne)
- ↑ Walker, Ka Whawhai Tonu Matou – Struggle Without End, 86
- 1 2 3 (en) Deidre Brown, Māori Architecture: From fale to wharenui and beyond, Auckland, Penguin, (ISBN 978-0-143-01112-5), p. 52-53
- ↑ (en) « marae ātea », sur Te Aka Māori Dictionary (consulté le )
- ↑ Prickett, "An Archaeologists' Guide to the Maori Dwelling," 132
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Wharenui » (voir la liste des auteurs).