Willem Sassen
Wilhelmus Antonius Sassen, né le à Mont-Sainte-Gertrude et mort en 2002 à Santiago, est un collaborationniste néerlandais, publiciste nazi et affilié à la Waffen-SS. Il acquiert une notoriété vers 1960 en tant qu’« intervieweur d’Adolf Eichmann ».
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Alfons Sassen (d) |
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Paula Fisette Els Delbaere Miep van der Voort |
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Biographie
modifierWillem Sassen naît à Mont-Sainte-Gertrude, aux Pays-Bas. Il grandit au sein d’une famille de tradition catholique romaine du Brabant-Septentrional et fréquente un établissement d’enseignement secondaire à Neerbosch, près de Nimègue, puis à Bréda. Son père se montre sensible aux conceptions fascistes du Zwart Front (littéralement « Front Noir »). Sassen renonce à la vocation sacerdotale et opte plutôt pour des études de droit à Louvain et à Gand. Étudiant, il adhère au mouvement ouvrier germano-flamand DeVlag. Lors de sa visite aux Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin, l’admiration de Sassen pour Adolf Hitler et l’Allemagne nazie s’accroît. En raison de ses activités politiques pro-nazies, Sassen est expulsé de Belgique par les autorités, ce qui l’empêche d’achever ses études de droit.
En 1938, Sassen s’enrôle dans l’armée néerlandaise et y reçoit une formation d’artilleur. Lors de l’invasion des Pays-Bas par l’Allemagne nazie le 10 mai 1940, Sassen appartient au 7e régiment d’artillerie de campagne et subit une brève captivité aux mains des Allemands. Sassen se marie avec Paula Fisette en 1940 ; l’union est ultérieurement dissoute.
Carrière nazie et SS jusqu'en 1945
modifierLe 22 juin 1941, l’Allemagne nazie déclenche l’invasion de l’Union soviétique sous le nom d’opération Barbarossa ; Sassen se porte alors volontaire pour le front oriental allemand. Il intègre la première compagnie de propagande néerlandaise (Propaganda-Kompanie). Ayant déjà collaboré quelque temps avec Radio Bremen, il peut entreprendre ses fonctions de correspondant de guerre après une instruction sommaire. Il exerce comme Kriegsberichterstatter SS au sein de la division SS Wiking, dans le secteur méridional du front, et assiste au printemps 1942 à l’offensive du Caucase. Le 26 juillet 1942, Sassen est blessé aux abords de Rostov ; durant les huit mois qui suivent, il effectue sa convalescence dans des hôpitaux de Cracovie, de Munich et de Berlin. En avril 1943, il est élevé au grade de SS-Unterscharführer — le plus bas échelon des sous-officiers, équivalent au caporal dans l’armée américaine — et affecté à une division blindée SS près de Kharkov. Au cours de l’été 1943, il accomplit un nouveau stage de formation à la correspondance de guerre et à la propagande, en compagnie de collègues néerlandais, à Villach, en Autriche.
D’août 1943 à juin 1944, Sassen constitue, conjointement avec son confrère flamand Jef Desseyn, la rédaction permanente de « Zender Brussel » (Radio Bruxelles). Cette équipe se voit également confier l’instruction des correspondants de guerre. Le 6 juin 1944, jour du débarquement allié, Sassen se trouve sur le front de Normandie et rend compte des combats livrés aux abords de Caen, Bayeux, Saint-Lô, Avranches, Falaise et Lisieux. Le 1er septembre 1944, Zender Brussel reçoit l’ordre d’évacuation vers l’Allemagne. Sassen demeure aux Pays-Bas, relatant les opérations aéroportées menées autour d’Arnhem, puis accède à la direction du journal Het Nieuws van den Dag à Amsterdam. Le 23 octobre 1944, dans les colonnes de ce périodique, il exhorte les Amstellodamois en proie à la faim et au froid à s’emparer de vivres et de combustible dans les quartiers aisés ; cette invitation se révèle excessive, notamment aux yeux des autorités allemandes, et, sous la pression de la police du Sicherheitsdienst, Sassen est révoqué.
Affecté à Doetinchem, Sassen y œuvre dans le cadre de la propagande noire Aktifpropaganda, Skorpion West. Il y édite Het Laatste Nieuws. Au commencement de 1945, Sassen est pressenti pour intégrer une organisation de loups-garous destinée à intervenir dans l’éventualité où les forces alliées submergeraient l’armée allemande aux Pays-Bas. Il est placé à la tête de Neurop (Nouvelle Europe). Cette formation a pour attribution de communiquer des renseignements militaires relatifs aux déplacements de troupes alliées et de perpétrer des actions de sabotage.
La Wehrmacht capitule plus tôt qu’attendu ; Sassen se réfugie alors à Alkmaar en compagnie de son cadet Alfons. D’anciens résistants néerlandais leur accordent asile : Sassen avait, durant le conflit, prêté assistance à plusieurs d’entre eux, au premier rang desquels Anthony Mertens, ami de longue date d’avant-guerre.
Fuite en Argentine et seconde carrière
modifierLe 5 juin 1945, Sassen est appréhendé à Alkmaar par la British Field Security et interné au Fort Blauwkapel, près d’Utrecht. Le 15 décembre, il s’évade avec deux autres détenus. Il se rend d’abord auprès de sa compagne Miep van der Voort à Utrecht, puis chez son ami Anthony Mertens. Durant deux années, Sassen se dissimule à Anvers, Bruxelles et Amsterdam. Grâce au concours de ses relations, parmi lesquelles figurent Mertens et l’ancien membre SS Karl Breyer, il parvient à se procurer un passeport. En mai 1947, il s’embarque à bord d’un appareil de la KLM à destination de Dublin, en Irlande. Il y retrouve certains de ses anciens associés avant de quitter le pays pour l’Argentine. Accompagné de sa compagne Miep van der Voort, de leur fille Saskia et de quelques anciens membres et collaborateurs SS, il s’embarque à bord du navire côtier L’Aigle, placé sous le commandement de l’ancien capitaine de sous-marin Schneider, en direction de l’Argentine. Le 3 novembre, le groupe aborde les quais de Darsena Norte à Buenos Aires. Trois jours plus tard, il est autorisé à débarquer. Sassen épouse Miep van der Voort, dont il a deux filles. Leur aînée, Saskia Sassen (née en 1947 à La Haye), est une sociologue et professeure d’économie américaine.
La famille Sassen s’établit d’abord à Ciudad Jardín Lomas del Palomar, dans le Grand Buenos Aires, où naît leur seconde fille. Sassen entreprend alors une activité de journaliste, de traducteur et de prête-plume pour Hans-Ulrich Rudel, puis pour Adolf Eichmann.
Vers 1960, Willem Sassen est enrôlé par Gerhard Mertins. On lui confie le mandat de représenter Merex AG, société qui fait office de paravent au négoce illicite d’armements orchestré par le service de renseignement allemand Bundesnachrichtendienst[1]. Les autres mandataires en Amérique latine sont Klaus Barbie (Bolivie)[1], Friedrich Schwend (Pérou), son frère Alfons Sassen (Équateur) et, à Madrid en Espagne, Otto Skorzeny[2].
Dans les années 1970, Sassen exerce notamment comme consultant en relations publiques auprès du régime du dictateur chilien Augusto Pinochet et de celui du dictateur paraguayen Alfredo Stroessner[3]. En 1978, il est interrogé dans le cadre d’une édition de l’émission britannique World in Action, diffusée par Granada/ITV, au sujet de ses relations en Argentine avec Josef Mengele. Le médecin allemand, ancien praticien du camp de concentration d’Auschwitz et alors en fuite, est à cette époque toujours vivant, mais sa localisation demeure inconnue.
La troisième épouse de Sassen, Els Delbaere, est la fille d'un artiste flamand qui, en raison de son propre passé nazi, s'est également réfugié en Argentine.
Entretiens avec Eichmann
modifierEn 1957, Sassen s’entretient avec Adolf Eichmann au sujet de sa participation à la Solution finale mise en œuvre par l’Allemagne nazie. En réalité, ces échanges prennent la forme de discussions collectives organisées par Sassen et son éditeur, Eberhard Fritsch, qui se déroulent au domicile de Sassen, à Buenos Aires, durant plusieurs dimanches. Plusieurs autres participants prennent également part à ces réunions, bien que les interventions d’Eichmann et les révélations qu’il y formule en constituent le principal objet. En 1980, les documents Sassen, également désignés sous le nom d’enregistrements Sassen, sont remis à Veronika, la veuve d’Eichmann. Les entretiens de Sassen sont exposés et documentés de manière circonstanciée dans Eichmann Before Jerusalem de Bettina Stangneth, publié pour la première fois en allemand en 2011, puis en anglais en 2014[4].
Environ quinze heures d’enregistrements sonores subsistent sur les quelque soixante-dix heures initialement réalisées. Les bandes sont réutilisées pour des raisons de coût après que les conversations ont été transcrites. La transcription intégrale représente environ 700 pages[5],[6]. Lors du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem, ni les enregistrements ni la transcription complète ne sont retenus comme éléments recevables devant le tribunal : seules 83 pages, annotées ou corrigées de la main d’Eichmann, sont admises à titre de pièces à conviction[7]. Dans les enregistrements, Eichmann reconnaît pourtant qu’il sait parfaitement que des millions de Juifs et d’autres personnes sont assassinés : « Je me fichais des Juifs déportés à Auschwitz, qu’ils vivent ou qu’ils meurent. C’était l’ordre du Führer : les Juifs aptes au travail travailleraient et ceux qui ne l’étaient pas seraient envoyés à la Solution finale[8]. » Sassen lui demande alors : « Quand vous dites Solution finale, voulez-vous dire qu’ils devraient être éradiqués ? », ce à quoi Eichmann répond : « Oui[9]. »
Les mémoires constituent le point d’appui d’une série d’articles publiée dans les magazines Life et Stern à la fin de l’année 1960[10].
Les enregistrements sonores dans lesquels Adolf Eichmann relate son rôle dans l’Holocauste sont présentés dans la série documentaire La confession du diable : les enregistrements perdus d’Eichmann, réalisée par Yariv Mozer et produite par Kobi Sitt. À un moment de ces enregistrements, Eichmann affirme : « Si nous avions tué 10,3 millions de Juifs, je dirais avec satisfaction : “Bien, nous avons détruit un ennemi” — alors nous aurions accompli notre mission[11],[12]. »
Références
modifier- 1 2 Peter Hammerschmidt, Die Nachkriegskarriere des 'Schlächters von Lyon' Klaus Barbie und die westlichen Nachrichtendienste (The Lyon executioner's post-war career and the western secret services), University of Mainz PhD Dissertation (2013), p. 37.
- ↑ Riegler, « The most dangerous man in Europe? Eine kritische Bestandsaufnahme zu Otto Skorzeny », Journal of Intelligence, Propaganda and Security Studies, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Dans un enregistrement inédit, Adolf Eichmann admet son implication dans la " solution finale " », Vanity Fair, (lire en ligne)
- ↑ David Frum, « The Lies of Adolf Eichmann », The Atlantic, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Nirit Anderman, « Long-lost Recordings of Eichmann Confessing to the Final Solution Revealed », Haaretz, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Isabel Kershner, « Nazi Tapes Provide a Chilling Sequel to the Eichmann Trial », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Session 088-03, Eichmann Adolf », (consulté le )
- ↑ Anderman 2022.
- ↑ Kershner 2022.
- ↑ Neal Bascomb, Hunting Eichmann: How a Band of Survivors and a Young Spy Agency Chased Down the World's Most Notorious Nazi, Boston; New York, Houghton Mifflin Harcourt, (ISBN 978-0-618-85867-5), p. 307
- ↑ « Review: The Devil's Confession: The Lost Eichmann Tapes », Cineuropa,
- ↑ Dudi Fatimer, « The long-lost Adolf Eichmann recordings shown in new documentary », The Jerusalem Post, (lire en ligne, consulté le )
Bibliographie
modifier- Gérard Groeneveld : "Kriegsberichter", Nederlandse SS-oorlogsverslaggervers 1941-1945. Nimègue : Vantilt, 2004. (ISBN 90-77503-09-9) (en néerlandais) p. 356–368
- Jochem Botman : « Les intrigues des frères Sassen, la collaboration, le travail, la prise de vue et la réunion avec l'ancienne caméra SS en Amérique Latine. Soesterberg : Aspekt, 2014. (ISBN 9789461533579)
- Jame Botman, Nazis jusqu'au bout des ongles, les frères Sassen et leur croisade antibolchevique en Amérique latine (Soesterberg, Pays-Bas, Éditions Aspekt, décembre 2015) (ISBN 9789461538239)
- Stangneth, Bettina, Eichmann devant Jérusalem : la vie méconnue d'un meurtrier de masse, Alfred A. Knopf, New York 2014, (ISBN 978-0-307-95967-6)
Liens externes
modifier- Christopher R Browning « Preuves de la mise en œuvre de la Solution finale » (organisé par l'Université Emory, Atlanta, Géorgie).
- Critique par Paul de Schipper du livre de Gerard Groeneveld : "Kriegsberichter", Nederlandse SS-oorlogsverslaggevers 1941-1945. Nimègue : Uitgeverij Vantilt en néerlandais.
- TracesOfWar.com en néerlandais : {{{2}}}
- sur.infonews.com en espagnol : {{{2}}}
- Ressource relative aux militaires :