Xian de Nangqên
Le xian de Nangqên aussi Nangchen (tibétain : ནང་ཆེན་རྫོང, Wylie : nang chen rdzong ; chinois : 囊谦县 ; pinyin : ) est un district administratif de la province du Qinghai en Chine. Il est placé sous la juridiction de la préfecture autonome tibétaine de Yushu.
| Nángqiān Xiàn 囊谦县 ནང་ཆེན་རྫོང | |
Vue depuis le monastère de Gar | |
Localisation du district de Nangqên (en rose) et la préfecture de Yushu (en jaune) | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| Province ou région autonome | Qinghai |
| Préfecture | Yushu |
| Statut administratif | Xian |
| Code postal | 815200[1] |
| Indicatif | +86 (0)976 |
| Immatriculation | 青G |
| Démographie | |
| Population | 59 066 hab. (1999) |
| Densité | 4,9 hab./km2 |
| Géographie | |
| Coordonnées | 32° 14′ 00″ nord, 96° 06′ 00″ est |
| Superficie | 1 206 066 ha = 12 060,66 km2 |
| Localisation | |
Localisation dans la préfecture de Yushu. | |
| Liens | |
| Site web | www.nangqian.gov.cn |
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Son chef-lieu est Sharnda aussi Shamda (tibétain : ཤར་མདའ་ ; chinois : 香达 ; pinyin : Xiangda). La ville est traversée par le Mékong, qui prend sa source dans la même préfecture.
Histoire
modifierA la fin du XIIe siècle, le chef tibétain Zhewa Alo, 44ème chef du clan Dru, migre depuis le Garze, dans l'actuel Sichuan, et s'installe dans la région[2]. Il donne à sa tribu le nom de Nangqên, venant de Nang lön chenpo, "grand ministre" en tibétain kham, en référence à son père ayant été ministre à la cour impériale chinoise. Cela devient par la suite le nom du Tusi (royaume) de Nangqên, fondé en 1175. Dès sa création, le royaume prête allégeance à la dynastie chinoise des Song du Sud[3].
En 1642, alors que l'armée mongole qoshot de Güshi Khan conquit une large partie du Tibet pour y établir un protectorat gouverné par la lignée du Dalaï-lama, le Royaume de Nangqên est épargné, notamment à cause de son isolation géographique[4],[5].
En 1725, le pouvoir Qing place le royaume sous l'autorité d'un amban stationné à Xining[6].
Durant la période des seigneurs de la guerre (1916-1928), le royaume n'est pas touché par les troubles et maintient l'autorité du roi (alors Tshering Laghyal) sans interférence chinoise ou du Tibet nouvellement indépendant[7].
Lors de la guerre Qinghai-Tibet (1932-1933), le Tibet prend contrôle du Nangqên avant de le perdre aux mains de la clique de Ma Bufang, chef de guerre Hui combattant pour le compte de la République de Chine.

Le 15 septembre 1949, apprenant que les soldats communistes viennent de prendre Xining (dans le contexte de la guerre civile chinoise), le Roi de Nangqên Tashi Tséwang Dorjé ordonne à ses sujets de se rendre à l'armée populaire de libération.
En 1955, le Tusi de Nangqên est officiellement aboli dans le cadre des réformes communistes au Tibet.
Une source non-universitaire attribue un rôle au dernier Roi de Nangqên dans la rébellion du Kham (1956-1959), épisode de troubles culminant lors du soulèvement tibétain de 1959[8]. Cependant, une source gouvernementale chinoise affirme au contraire qu'il a tenté de maintenir le calme et est resté fidèle au parti communiste chinois lorsque la rébellion atteint la région de Jyekundo en 1958[9]. Selon ce même article, le Roi fut arrêté en 1966, au début de la révolution culturelle, et fut battu et humilié jusqu'à sa mort en 1969. Il fut réhabilité en 1995. Cependant, selon l'historienne Maria Turek, Tashi Tséwang Dorjé serait mort en 1961, asssigné à résidence[10].

Néanmoins, ces faits peuvent être remis en question par les affirmations de Tsoknyi Rinpoché, tulku et élève du grand Drukpa Kagyu Adeu Rinpoché. Adeu Rinpoché, né en 1931, vivait dans le monastère de Tsechu depuis l'âge de sept ans. En 1958, date à laquelle le roi aurait supposément appelé au calme et à la loyauté envers le parti, Tsoknyi Rinpoché affirme que des soldats ont détruit le monastère et mis en prison Adeu Rinpoché. Il ne sera libéré que quinze ans plus tard[11]. Le monastère de Tsechu abritait également la résidence du roi. De plus, son fils Achok, alors âgé de dix-huit ans, était tulku dans ce même monastère[9].
Il est aujourd'hui difficile de déterminer si la destruction du monastère de Tsechu était un acte punitif en réponse à la participation (ou intention de participation) du roi à la rébellion du Kham ou s'il s'agissait d'un acte isolé. Probablement, les appels au calme du roi furent obtenus sous la contrainte.
En 1984, le Conseil d'Etat chinois place le xian de Nangqên sous le statut de "comté pauvre", il fait partie des premiers du pays à se voir attribuer ce statut de développement prioritaire[12]. Le 21 avril 2020, le comté sort officiellement de la liste. Cette évolution s'inscrit dans la lutte contre l'extrême pauvreté menée par le gouvernement chinois, achevée fin 2020[13].
Le 8 février 2012, selon Radio Free Asia (un média lié au congrès étatsunien), près de 1000 personnes ont manifesté à Sharnda, dans le stade municipal, en réaction à l'auto-immolation récente d'un moine. Des appels au retour du Dalaï-lama et à la liberté pour le Tibet auraient été prononcés par les manifestants[14].
En 2019, les autorités locales interdisent aux moines bouddhistes d’enseigner la langue tibétaine aux enfants dans les monastères[15].
Géographie et nature
modifierLe xian de Nangqên est le plus méridional de la province du Qinghai. L'autoroute 214 le traverse du nord au sud et relie au xian de Riwoqê dans la Région autonome du Tibet. L'altitude moyenne dépasse 4000m. Le chef-lieu Sharnda est situé à une altitude de 3644m.

Bien que l'essentiel du xian soit trop en altitude pour que des arbres puissent pousser, on y compte deux forêts: la forêt nationale de Baizha (65km au sud de Sharnda) et la forêt nationale de Jiangxi (110km au sud-est de Sharnda)[8].
Le xian est situé dans la réserve naturelle des sources des trois rivières (Sanjiangyuan en chinois). La réserve permet notamment de lutter contre la désertification de la région et le déboisement illégal.
La réserve naturelle abriterait entre 11 et 21% de la population mondiale de panthères des neiges[16]. Le monastère de Gar abrite également des singes, avec qui les moines vivent.
Culture & religion
modifierBien que l'actuelle province du Qinghai représente peu ou prou la province culturelle tibétaine de l'Amdo, les habitants du comté de Nangqên sont de culture Kham et en parlent le dialecte[17].

Au sein du bouddhisme tibétain, le mouvement majoritaire est le Gelug. Il s'agit notamment du courant accordant traditionnellement une légitimité politique au Dalaï-lama, au pouvoir au Tibet politique entre 1642 et 1950 (ou 1959). Cependant, l'école majoritaire dans le comté de Nangqên est l'école Kagyu, dite de la transmission orale[18].
Démographie
modifierLa population du district était de 59 066 habitants en 1999[19].
Personnalités liées
modifierZhewa Alo (parfois orthographié Wa Alu) : Fondateur du Royaume de Nangqên en 1175.
Tashi Tséwang Dorjé (1910 - 1961 ou 1969) : Dernier Roi de Nangqên.
Adeu Rinpoché (1931 - 2007) : Réincarnation de Drukpa Kagyu
Tsoknyi Rinpoché (1966 -) : Réincarnation de Drubwang Tsoknyi et auteur
Tulku Urgyen Rinpoché (1920 - 1996) : Réincarnation de Guru Chöwang
Notes et références
modifier- ↑ (en) Codes postaux et téléphoniques du Qinghai, (en) China Zip Code/ Telephone Code, ChinaTravel.
- ↑ Dr. Maria Marek, « Trewo Alu », sur The Treasury of Lives,
- ↑ (zh) Gouvernement du comté de Nangchen, « 历史渊源 », sur www.nangqian.gov.cn
- ↑ (en) « Nangchen », sur Elevated Trips
- ↑ (en) Dr. Magdalena Maria Turek, « Re-imagining the Buddhist Kingdom of Nangchen: research project 2020-22 », Academia, (lire en ligne)
- ↑ Maria Turek, « Return of the Good King », dans Frontier Tibet, Amsterdam University Press, , 453–488 p. (ISBN 978-90-485-4490-5, lire en ligne)
- ↑ (en) Lucia Galli, « From ’Ba’ rom to Ris med: A Genealogy of the Kingdom of Nangchen », Central Asiatic Journal, vol. 62, no 1, , p. 91-118 (lire en ligne)
- 1 2 (en) « The Land of Snows »
- 1 2 (zh) « 囊谦千户家族中的三位爱国人士 »,
- ↑ (en) Maria Turek, « Return of the Good King, Kingship and Identity among Yushu Tibetans since 1951 », Asian Borderlands, , p. 453-482 (lire en ligne [PDF])
- ↑ Tsoknyi Rinpoché, « Le tulku d'Adeu Rinpoché », sur Fondation Pundarika
- ↑ « 始终把党建力量挺在脱贫攻坚战最前线 »
- ↑ Gouvernement populaire du Qinghai, « 青海省人民政府关于民和等17个县(区)退出贫困县序列的公告 »,
- ↑ (en) « Defiant Tibetans Hold Protests », sur Radio Free Asia,
- ↑ Au Qinghai, la Chine limite l’enseignement en tibétain La Croix, 20 février 2019
- ↑ (en) Rajat Ghai, « Sanjiangyuan in China’s Qinghai-Tibet region a bastion of snow leopards: Study », sur Down To Earth, (consulté le )
- ↑ (en-US) « The Qinghai part of Kham », sur The Land of Snows (consulté le )
- ↑ (en-US) « Nangchen Travel Guide | Kham Tibet », sur SnowLion Tours (consulté le )
- ↑ (en) National Population Statistics Materials by County and City - 1999 Period, in « China County & City Population 1999 », sur Harvard China Historical GIS (version du sur archive.org)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Andreas Gruschke : The Cultural Monuments of Tibet’s Outer Provinces : Kham. Vol. 2 - The Yushu Part of Kham, Bangkok 2005 (ISBN 974-480-049-6)