Yakoma (peuple)

population d'Afrique centrale

Les Yakomas sont un groupe ethnique d’Afrique centrale, considéré comme un sous-groupe du peuple Ngbandi. Leurs ancêtres seraient originaires de Nubie et des régions du Soudan, notamment le Darfour et le Kordofan, d’où ils auraient migré au fil des siècles. Aujourd’hui, les Yakomas vivent principalement en République centrafricaine et en république démocratique du Congo et leur population est estimée à plus de 80 000 individus.

Yakoma
Populations importantes par région
Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine 180 000
Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo 10 000
Population totale 190 000
Autres
Régions d’origine

Drapeau du Soudan Soudan (Darfour et Kordofan)

Drapeau de l'Égypte Égypte (Nubie)
Langues yakoma, sango
Religions Animisme, christianisme
Jeune fille yakoma parée pour la danse (photo. 1929-1937)

Ethnonymie

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Le terme « Yakoma » ou « Yakomo » apparaît vers la fin du XIXᵉ siècle. Selon Vangele, les colons atteignent l’embouchure du Mbomou le . Le 1ᵉʳ , ils accostent à Yakoma, où M. Lienart conclut un pacte d’alliance, par échange de sang, avec le chef local, comme le rapporte B. Junker dans L’exploration de l’Oubangui 1884-1891 (Revue générale de la colonie belge, 1922, p. 16-20)[1].

À cette époque, les habitants de la région se rendaient régulièrement dans la forêt pour y chercher du bois. Ces forêts étaient infestées de fourmis noires appelées « kumà ». Lorsqu’ils revenaient, les indigènes se plaignaient des piqûres douloureuses infligées par ces insectes. Interrogés par les colons sur leurs grimaces et gestes de douleur, ils expliquèrent qu’ils sortaient de « ya kouma » ou « ya koumon ». Les colons comprirent alors « Yakoma ».

En réalité, en langue ngbandi, « ya » signifie « dedans » ou « intérieur », tandis que « kouma » ou « koumon » désigne la « fourmi noire ». Ainsi, l’expression « ya kouma » décrit littéralement le fait de sortir de la forêt où l’on a été piqué par ces fourmis. Au fil du temps, ce terme a été détourné de son sens original pour devenir une dénomination coloniale et phonétique qui désigne aujourd’hui simultanément une ethnie, une langue, et une ville de la République démocratique du Congo, située au confluent du Mbomou et de l’Uélé, en face de la commune centrafricaine de Kemba, dans la sous-préfecture de Ouango (Bangassou ) et la préfecture du Mbomou.

Selon P. Boyeldieu (1975, p. 16), le nom Yakoma dériverait également d’un village situé sur la rive gauche de l’Oubangui, au niveau de son confluent avec l’Uélé[2].

Localisation

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La zone d’implantation du peuple yakoma se situe dans la partie sud et Sud-Est de la République centrafricaine, principalement dans les préfectures du Mbomou et de la Basse-Kotto. Elle est délimitée à l’est par la préfecture du Haut-Mbomou, au nord par la Haute-Kotto, au sud-ouest par la Ouaka, et au sud par la République démocratique du Congo (RDC).

Sur le plan linguistique, le yakoma appartient au groupe ngbandi, selon Y. Monino (1982) dans le Lexique comparatif des langues oubanguiennes. Ce groupe comprend notamment le sango (dit « sango du fleuve » ou « riverain »), le mbangui, le dendi et le yakoma[3]. De son côté, France Cloarec-Heiss (1988) considère que le terme ngbandi recouvre l’ensemble des parlers ngbandi, sango, yakoma, mbangui et dendi[4].P. Boyeldieu souligne également que le yakoma, le ngbandi (ngbândî) et le sango riverain (sango) forment un groupe linguistique relativement homogène.La zone linguistique yakoma est entourée à l’ouest par les populations gbanziri et bouraka, au nord par les langba, banda, yakpa, ngbougou et baguiro, et à l’est par les nzakara et zandé.

Histoire

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L’histoire des Yakoma est étroitement liée à celle des Ngbandi, dont ils sont considérés comme un sous-groupe. D’après la tradition orale, les Ngbandi seraient originaires de la Haute-Égypte et de la Nubie occidentale. Les Ngbandi seraient venus du Soudan[5]. Les Yakomas sont considérés comme faisant partie des « gens d’eau », l’une des populations soudanaises dispersées au XVIᵉ siècle à partir des grands États du Nil, sous la pression des envahisseurs[6].

Fuyant les razzias esclavagistes arabes, les conflits avec les Anzica bantous et les guerres de religion musulmane, ce peuple migra vers l’ouest à la recherche d’une terre plus sûre. Au cours de cet exode, les Yakoma, descendants des Ngbandi ou Mongbandi, s’établirent le long du Mbomou, de l’Uélé et de l’Oubangui[7].

Y. Monino (1988) les classe, en République centrafricaine, dans le groupe oubanguien, formé des Gbanziri, Bouraka, Mongo, Dendi, Mbangui, Sango et Yakoma[8].Éric Dampierre précise que les Ngbandi (Yakoma) vivaient autrefois dans le Soudan central, au sein de populations animistes occupant le Darfour et le Kordofan, au carrefour de plusieurs routes commerciales. Les maîtres arabes de ces routes entreprirent l’islamisation de la région, contraignant les populations animistes à l’exil, car considérées comme infidèles et victimes des razzias. Cette situation entraîna une migration massive des peuples soudanais et nilotiques vers le sud, aboutissant à l’installation progressive des Ngbandi (Yakoma) en République centrafricaine, par vagues successives.

Selon la tradition orale, les Yakoma ont pour ancêtre Bangalapomba ou Bangala-Pumba, originaire du Soudan. Celui-ci aurait fui les régions du Darfour et du Kordofan au XVe siècle. Au cours de son exil, Bangalapomba se serait installé sur le territoire actuel de la République centrafricaine, le long des rivières Mbari et Chinko, avant de rejoindre un village habité par les « gens d’eau ». Il y aurait épousé plusieurs femmes, dont il eut huit enfants. Chassée plus tard par le roi Bangassou, sa descendance se serait déplacée vers les rives du Mbomou et de l’Oubangui. Selon le récit, un accident survenu lors d’une baignade aurait provoqué la dispersion de la famille. Les descendants installés au sud du fleuve (actuelle République démocratique du Congo) prirent le nom de Ngbandi ou Mongbandi, tandis que ceux restés au nord (actuelle République centrafricaine) furent appelés Yakoma (ou Yâkômâ / Yâkômô). Cette version reste encore vivace aujourd’hui dans la mémoire collective des Yakoma[9].

Jeunes filles Yakoma (~1900)

Personnalités

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Le général André Kolingba, ancien président de la République centrafricaine, est d'origine yakoma. La surreprésentation de cette communauté au sein du gouvernement et de l'armée lui a été reprochée[10].

Notes et références

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  1. L’exploration de l’Oubangui 1884-1891 (Revue générale de la colonie belge, 1922, p. 16-20).
  2. P. Boyeldieu, Les langues du Haut-Oubangui, 1975, p. 16.
  3. Monino, Y. (1988). Lexique comparatif des langues oubanguiennes. Paris : Librairie Orientaliste Paul Geuthner.
  4. "Cloarec1988">Cloarec-Heiss, France (1988).
  5. L. Molet, Aspects de l’organisation du monde des Ngbandi, 1971.
  6. P. Kalck, Histoire de la République centrafricaine, 1974.
  7. Molet, L. (1971). Aspects de l’organisation du monde des Ngbandi. Paris : ORSTOM.
  8. Monino, Y. (1988). Lexique comparatif des langues oubanguiennes.
  9. Vincent GNIKOLI, « ETUDE ONOMASTIQUE DU YAKOMA DE CENTRAFRIQUE : ANTHROPONYMIE, TOPONYMIE, HYDRONYMIE ET ZOONYMIE », sur Institut de Linguistique Appliquée - Université de Bangui, (consulté le )
  10. « République centrafricaine : information sur l'attitude du gouvernement envers les membres de la tribu Yakoma », UNHCR, 1er octobre 1992

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (en) Pierre Kalck, Historical dictionary of the Central African Republic (translated by Xavier-Samuel Kalck), Scarecrow Press, Lanham, Md., Toronto, Oxford, 2005 (3e éd.), LXXIV-233 p. (ISBN 0-8108-4913-5)
  • (en) James Stuart Olson, « Yakoma », in The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Publishing Group, 1996, p. 600 (ISBN 9780313279188)
  • Yves Séraphin Ouayot, Le concept de pardon chez les Yakoma de la République centrafricaine, Université de Perpignan, 2007, 744 p. (thèse de droit privé)

Articles connexes

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Liens externes

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