Yang Kyoungjong

soldat coréen

Yang Kyoungjong (en coréen : 양경종), né le à Sinŭiju, en Corée, et mort le en Illinois, aux États-Unis, est un soldat coréen qui participa à diverses batailles de la Seconde Guerre mondiale au sein de l'Armée impériale japonaise, l'Armée rouge, et enfin au sein de la Wehrmacht allemande[1],[2],[3],[4].

Yang Kyoungjong
Yang Kyoungjong

Naissance
Sinuiju (Corée)
Décès (à 72 ans)
Illinois (États-Unis)
Origine Coréen
Allégeance Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon (1938-1939)
Drapeau de l'URSS Union soviétique (1942-1943)
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand (1943-1944)
Arme Armée impériale japonaise (1938-1939)
Armée rouge (1942-1943)
Wehrmacht (1943-1944)
Conflits Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille de Khalkhin Gol
Bataille de Kharkov
Bataille de Normandie
Yang Kyoungjong
Nom japonais
Kana ヤン・キョンジョン
Nom coréen
Chosŏn'gŭl 양경종
Nom russe
Russe Ян Кёнджон
Romanisation Ian Kiondjone

Biographie

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En 1938, à l'âge de 18 ans, Yang Kyoungjong se trouve en Mandchourie lorsqu'il est incorporé dans l'armée du Kwangtun de l'Armée impériale japonaise afin de se battre contre l'armée de l'Union soviétique. À cette époque, la Corée est sous domination japonaise[5]. En , pendant la bataille de Khalkhin Gol, il est capturé par l'Armée rouge et transféré dans un camp de travail. Du fait du manque de main d’œuvre auquel devaient faire face les Soviétiques dans leurs combats contre l'Allemagne nazie, en 1942, il est incorporé au sein de l'Armée rouge avec plusieurs autres milliers de prisonniers et il est envoyé sur le front de l'Est[1],[3].

En février ou , il est capturé par les soldats de la Wehrmacht en Ukraine au cours de la bataille de Kharkov, et forcé à se battre pour l'Allemagne. Yang est transféré en France occupée afin de se battre au sein d'un bataillon de prisonniers de guerre soviétiques connu sous le nom de « légion de l'Est ». Il sert dans un bataillon en faction dans la péninsule du Cotentin en Normandie, proche d'Utah Beach[6]. Après le débarquement en Normandie, Yang est capturé par des soldats de l'armée américaine en [7]. Puisqu'il porte un uniforme allemand, les Américains pensent d'abord qu'il est japonais et le placent dans un camp de prisonniers de guerre au Royaume-Uni[1],[3].

À ce moment, le lieutenant Robert Brewer du 506e régiment d'infanterie de la 101e division aéroportée, rapporte que son régiment a capturé quatre Asiatiques portant des uniformes allemands après le débarquement, et que dans un premier temps personne n'a été capable de communiquer avec eux[1],[3].

Plus tard, Yang Kyoungjong émigre aux États-Unis, où il a vécu jusqu'à sa mort en 1992[1],[2],[3].

Existence et identification

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En 1994, les journalistes Antony Beevor et Steven Zaloga (en) affirment que l’histoire de Yang Kyoungjong est exacte, mais aucun des deux ne cite de sources dans leurs ouvrages[8],[9]. Ce n’est qu’en 2005 qu’un premier documentaire coréen diffusé sur SBS est consacré à ce récit mais il conclut à l'absence de preuves convaincantes de son existence à cette date. En 2014, l'historien Martin K. A. Morgan, spécialiste des opérations de l’armée américaine sur les champs de bataille, va plus loin et affirme que « Yang Kyoungjong est un soldat qui n'a jamais existé, car, à sa connaissance, ce héros ne nous a certainement jamais laissé la moindre preuve écrite de son existence »[10].

Après le débarquement de Normandie, le « Jour J », parmi des milliers de photos figure celle d'un homme asiatique non identifié en uniforme de la Wehrmacht, alors qu’il est en cours d’enregistrement comme prisonnier de guerre. Morgan écrit que l’inscription officielle ne mentionne pas son nom et le désigne comme un « jeune Japonais ». En effet les Archives nationales américaines ne conserve de lui que le fait qu’il soit « jeune homme japonais »[11]. En 1994, l'historien Stephen E. Ambrose relate, dans son ouvrage D-Day, June 6, 1944: The Climactic Battle of World War II, un entretien avec le lieutenant Robert B. Brewer, officier américain, qui raconte la capture de quatre Coréens en uniforme de la Wehrmacht. Ambrose précise : « Il semble qu'ils aient été enrôlés de force dans l'armée japonaise en 1938 — la Corée était alors une colonie japonaise —, capturés par l'Armée rouge lors des combats frontaliers avec le Japon en 1939, puis de nouveau enrôlés de force dans l'Armée rouge, capturés par la Wehrmacht en près de Moscou, de nouveau enrôlés de force dans l'armée allemande et envoyés en France ». Puis il ajoute que leur sort ultérieur n'est pas connu, mais il émet l’hypothèse qu'ils ont probablement été renvoyés en Corée et aient pu combattre pendant la guerre de Corée[12].

Le prisonnier aux traits asiatiques de cette photo devenue célèbre est désormais lié à Yang Kyoungjong, mais l'identité et l'origine ethnique du sujet sur la photo n'ont jamais été vérifiées, d’ailleurs le récit de Brewer n'était pas associé à la photo mentionnée.

En 2002, le témoignage du lieutenant Brewer a été relayé par les médias coréens[13]. Dès 2004, comme illustration, l'image du prisonnier coréen a été associée à ce récit qui circulait sur Internet. La même année, le site du quotidien coréen d'information DKB-news a publié un article sur cette image, prétendument trouvée sur un « site communautaire », et a de nouveau relaté l'histoire de Brewer. Un lecteur de DKB-news a fourni plusieurs informations biographiques du soldat figurant sur la photo : son nom, sa date de naissance, les circonstances de sa capture, de sa libération et de son décès, ainsi que son installation dans l'Illinois après la guerre. Cependant, malgré la demande de sources formulée par le journaliste, à cette époque, aucune réponse n'a été fournie. L'article souligne également qu'il est impossible de déterminer si la personne sur la photo est Yang ou un autre puisque, en 1994, Brewer a décrit quatre Coréens[14]. Puis, en , en réaction à la large diffusion de cette photo sur Internet, la chaîne de télévision publique de Séoul (Seoul Broadcasting System) a diffusé un documentaire sur l'existence des soldats asiatiques ayant servi l'Allemagne nazie et qui furent capturés par les forces alliées, dont celle de Shin Giman, renvoyé en URSS et exécuté[15]. Ce documentaire conclut que, bien qu'il y ait eu des soldats asiatiques dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, il n'y avait pas encore de preuve absolue de l'existence de Yang Kyoungjong[16].

L'identité de l’homme sur la photo reste sujette à spéculation[17]. En 2014, l'auteur Martin Morgan suggère qu'il ne s'agit pas de Yang Kyoungjong, mais plutôt d'un Géorgien de souche appartenant au 795e bataillon géorgien, unité faisant partie des Osttruppen.

Les photographies du prisonnier

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En 2019, Christophe Prime, auteur d'un ouvrage consacré à Utah Beach, prend le temps d'analyser ce premier cliché disponible qui montre ainsi un soldat asiatique en uniforme allemand, ce qui peut sembler surprenant au premier abord. Il s’agit du Coréen Yang Kyoungjong. Il appartient au bataillon des Volontaires de l'Est (Ost-Bataillon) intégré à la 709e Division d'infanterie chargée de la défense d’une partie du Cotentin. La division comporte alors 2 bataillons d’Ostruppen géorgiens (les 795e et 797e) et un russe (le 635e). Le soldat classé « jeune japonais » a été capturé le dans le secteur d’Utah Beach[18].

Une autre photo de lui avait été prise pendant la bataille de Koursk, alors qu'il est arrêté par un soldat allemand, en .

Le , deux semaines après la bataille d'Utah Beach, Yang est pris en photo sur Omaha Beach.

Dans la culture populaire

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En 2011, le film Far Away : Les Soldats de l'espoir de Kang Je-gyu retrace l'histoire héroïque de Yang Kyoungjong[19]. Ce film sud-coréen est un mélange d’événements réels (tels que les trois sections de la guerre) et de fiction, et s'inspire de l'histoire de Yang Kyoungjon, [20]. Ce film suit le parcours de deux personnages : un jeune Coréen nommé Jun-shik (interprété par Jang Dong-gun) et son ami japonais Tatsuo (interprété par Joe Odagiri). Ce tournage a été présenté[Par qui ?] comme le « film coréen le plus cher jamais réalisé auparavant », avec un budget de 23 millions de dollars ».

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 Antony Beevor, 2 juin 2012, The soldier forced to fight for three sides in WW2... the ultimate tale of a man who became a reluctant veteran of the Japanese, German and Soviet armies, Daily Mail.
  2. 1 2 26 June 2012, What's New About WW2, Huffington Post.
  3. 1 2 3 4 5 Stephen Ambrose (1994). D-Day June 6, 1944: The Climactic Battle of WWII. Simon & Schuster. (ISBN 978-0-671-67334-5).
  4. Antony Beevor, (2012). The Second World War. Weidenfeld and Nicholson. (ISBN 0-297-86070-4).
  5. Jérémy Ferrari, Happy Hour à Mossoul, Michel Lafon, , 254 p. (ISBN 978-2-7499-3503-4), p. 87
  6. Christophe Prime, « Yang Kyoungjong, le soldat aux trois vies : Mauvais Karma », sur tracesdeguerre.com, (consulté le )
  7. Marc Lefrançois, Histoires insolites des Grandes Batailles (Histoire), France, Hachette Book Group, coll. « www.city’editions.com », , 272 p. (ISBN 978-2-8246-4161-4)
  8. Antony Beevor (trad. trad. de l'anglais par Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière), D-Day et la bataille de Normandie D-Day : the battle for Normandy »], Paris, Calmann-Lévy, , 636 p. (ISBN 978-2-7021-4016-1), p. 1
  9. (en) Steven Zaloga, Le jardin du diable : la défense désespérée de Rommel sur la plage d'Omaha le jour J., Stackpole Books, , 288 p. (ISBN 978-0-8117-1228-6), p. 60
  10. (en) Martin K. A. Morgan, Les Américains le jour J : une histoire photographique du débarquement de Normandie, Zenith Press, , 240 p. (ISBN 978-1-6278-8154-8), p. 135
  11. Archives nationales et administration des documents, « De jeunes japonais, vêtu d’un uniforme nazi, étaient parmi les prisonniers allemands capturés sur les plages de France. », (consulté le )
  12. (en) Stephen E. Ambrose, Le jour J, le 6 juin 1944 : la bataille décisive de la Seconde Guerre mondiale, Simon & Schuster, , 768 p. (ISBN 978-1-4767-7671-2), p. 17
  13. (ko) Yong-bae Park, [Hier et aujourd'hui] La péninsule coréenne n'est pas un pont de séparation [어제와 오늘] 한반도는 이산의 오작교가 아니다 »] (Hebdomadaire Corée), Séoul, (réimpr. archivé le 20 avril 2005)
  14. (ko) Na-ra Oh, Jo-bi Yu, « Cette simple photographie : la tragédie d'une nation, et pourtant la résilience du peuple coréen » [« 이 한장의 사진: 민족의 비극 그러나 강인한 민초… »], photo Accès libre, sur https://www.goora.org, (consulté le ).
  15. Seoul Broadcasting System (2016). "다시보기 : SBS 스페셜" [SBS Special: Replay]. wizard2.sbs.co.kr (in Korean). Seoul Broadcasting System. Archived from the original on March 4, 2016. Retrieved August 17, 2022.[réf. non conforme]
  16. (en) Graham Land, « The Strange Stories of Soldiers Who Fought for Both Sides in World War Two », (consulté le )
  17. (en) Will Dabbs, « Yang Kyoungjong: The Reluctant Soldier », sur gunsamerica.com, (consulté le )
  18. Christophe Prime (Responsable des Collections au Mémorial de Caen), Utah Beach, mardi 6 juin 1944, OREP, , 128 p. (ISBN 978-2-8151-0462-3)
  19. AAFC Association d'amitié franco-coréenne, « "My way", d'après l'histoire vraie des Coréens capturés lors du débarquement en Normandie », (consulté le )
  20. Leur histoire a inspiré à l'écrivain sud-coréen Jo Jong-rae pour son roman Mask of Man (auparavant intitulé Oh God!), 2007.

Voir aussi

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Bibliographie

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En anglais

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  • Antony Beevor, (2012). The Second World War. Weidenfeld and Nicholson. (ISBN 0-297-86070-4)
  • Steven Zaloga, Le jardin du diable : la défense désespérée de Rommel sur la plage d'Omaha le jour J., Stackpole Books, 2013, 288 p. (ISBN 978-0-8117-1228-6)
  • Stephen E. Ambrose, Le jour J, le 6 juin 1944 : la bataille décisive de la Seconde Guerre mondiale, Simon & Schuster, 1994, 768 p. (ISBN 978-1-4767-7671-2)
  • Martin K. A. Morgan, Les Américains le jour J : une histoire photographique du débarquement de Normandie, Zenith Press, 2014, 240 p. (ISBN 978-1-6278-8154-8)

En français

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  • Jérémy Ferrari, Happy Hour à Mossoul, Michel Lafon, 2020, 254 p. (ISBN 978-2-7499-3503-4)
  • Marc Lefrançois, Histoires insolites des Grandes Batailles (Histoire), France, Hachette Book Group, coll. « www.city’editions.com », 2015, 272 p. (ISBN 978-2-8246-4161-4)
  • Christophe Prime (Responsable des Collections au Mémorial de Caen), Utah Beach, mardi 6 juin 1944, OREP, 2019, 128 p. (ISBN 978-2-8151-0462-3)
  • AAFC Association d'amitié franco-coréenne, « "My way", d'après l'histoire vraie des Coréens capturés lors du débarquement en Normandie [archive] »,

En coréen

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  • Na-ra Oh, Jo-bi Yu, « Cette simple photographie : la tragédie d'une nation, et pourtant la résilience du peuple coréen [archive] » [« 이 한장의 사진: 민족의 비극 그러나 강인한 민초… »], photo , sur http://www.goora.org [archive],
  • Seoul Broadcasting System (2016). "다시보기 : SBS 스페셜"

Articles connexes

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Liens externes

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