Yasmeen Lari

architecte pakistanaise

Yasmeen Lari (en ourdou : یاسمین لاری), née en 1941 au Pendjab, est la première femme architecte du Pakistan[1],[2]. Elle est mondialement reconnue pour son travail à l'intersection de l'architecture, de l'éco-justice et de la justice sociale[3].

Yasmeen Lari
Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
یاسمین لاریVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
School of Architecture, Oxford Brookes University (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
Distinctions

Après avoir mené une carrière commerciale prolifique marquée par la construction de grands complexes en béton, elle prend sa retraite officielle en 2000 pour se consacrer entièrement à l'architecture humanitaire et à la préservation du patrimoine via son ONG, la Heritage Foundation of Pakistan[4]. Elle théorise la Barefoot Social Architecture («l'architecture sociale aux pieds nus»), un modèle zéro carbone reposant sur des matériaux locaux (terre, chaux, bambou) et l'autonomisation des populations marginalisées face au changement climatique.

Au cours de sa carrière, elle a reçu de nombreuses distinctions internationales majeures, notamment le prix Fukuoka en 2016, le prix Jane Drew en 2020 et la prestigieuse Médaille d'or royale du RIBA en 2023.

Biographie

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Jeunesse et environnement familial

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Yasmeen Lari naît vers 1941 dans la ville de Dera Ghazi Khan et a passé ses premières années à Lahore et dans ses environs. Son père Zafarul Ahsan, est un haut fonctionnaire de l'administration civile indienne (ICS) qui dirige alors de grands projets de développement urbain. C'est en l'accompagnant sur ces chantiers que la jeune Yasmeen est sensibilisée pour la première fois à l'architecture. Sa sœur est la politicienne pakistanaise Nasreen Jalil.

Etudes à Londres

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À l'âge de 15 ans, elle quitte le Pakistan pour se rendre à Londres avec sa famille[2]. Initialement prévu comme de simples vacances, ce voyage se prolonge et la fratrie finit par s'inscrire dans des écoles londoniennes. Bien qu'elle essuie un premier refus à l'entrée des écoles d'architecture, Yasmeen Lari étudie les arts plastiques pendant deux ans à Londres avant d'être acceptée à l'école d'architecture de l'université Oxford Brookes (alors appelée Oxford Polytechnic), dont elle sort diplômée en 1964.

Carrière

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Pratique de l'architecture (1964-2000)

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Après avoir obtenu son diplôme de la Oxford School of Architecture en 1964, Yasmeen Lari retourne au Pakistan à l'âge de 23 ans avec son mari, Suhail Zaheer Lari. Elle ouvre son cabinet d'architecture Lari Associates, à Karachi, dans le Sindh, au Pakistan[2], devenant officiellement la première femme architecte du pays. À ses débuts, elle fait face à de sérieux préjugés sexistes : sur les chantiers, les ouvriers et les contremaîtres contestent régulièrement son autorité et ses compétences en raison de son genre[5].

En 1969, elle est élue membre du Royal Institute of British Architects (RIBA)[6].Au cours des trois décennies suivantes, son agence signe des projets majeurs qui façonnent le modernisme pakistanais. Elle conçoit le premier grand projet de logement social du pays, l'ensemble Angoori Bagh Housing (ABH) (1978) à Lahore, mais se fait surtout connaître par ses méga-structures commerciales à Karachi, telles que l'hôtel Taj Mahal (1981), le Centre des finances et du commerce (1989) et le Pakistan State Oil House (siège social de la société PSO) à Karachi (1991)[2].

En 2000, au sommet de sa réussite commerciale, elle décide de fermer son agence et de prendre sa retraite de la pratique de l'architecture[7]. Cependant, elle reste active dans la préservation historique en agissant en tant que conseillère du projet de l'UNESCO, en tant que directrice exécutive de Heritage Foundation Pakistan et en tant que présidente des initiatives de la Karavan.

La Heritage Foundation et la reconstruction d'urgence

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Dès 1980, Yasmeen Lari fonde avec son mari la Heritage Foundation of Pakistan. À partir de 2010, face à la multiplication des catastrophes naturelles (séismes et inondations majeures) liées au dérèglement climatique au Pakistan, elle met cette structure au service de l'action humanitaire d'urgence. Entre 2010 et 2023, elle supervise la construction de plus de 50 000 logements écologiques et à bas coût pour les réfugiés et sinistrés. Elle met en œuvre des techniques de construction traditionnelles et des matériaux locaux pour reconstruire la région de la vallée du Sindh au Pakistan[8].

En 2013, elle a aidé les villageois du district d'Awaran qui ont été touchés par le tremblement de terre de 2013 au Baloutchistan[8].

Yasmeen Lari est l'une des fondatrices et l'actuelle présidente de l'antenne pakistanaise du Réseau international pour la construction traditionnelle, l'architecture et l'urbanisme (INTBAU)[9],[10], créé en 2018[11].

L'architecture sociale aux pieds nus (Barefoot Social Architecture)

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À travers ces projets, Lari théorise le concept de Barefoot Social Architecture (BASA). Ce modèle vise à sortir de l'assistance humanitaire passive pour aller vers l'autonomisation économique des populations, en particulier des femmes marginalisées en milieu rural. Elle leur apprend à construire elles-mêmes leurs maisons et à fabriquer les matériaux nécessaires, créant ainsi une micro-économie locale et circulaire[12].

Le projet des fourneaux écologiques (Chulahs)

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En 2018, elle conçoit un modèle de fourneau de cuisson surélevé en terre et en chaux, le Chulah. Dans les campagnes pakistanaises, les femmes cuisinent traditionnellement au sol, s'exposant à des fumées toxiques et à des risques d'incendie ou d'infections oculaires et pulmonaires[13].

Le Chulah de Lari est équipé d'une cheminée rudimentaire qui évacue la fumée hors de l'habitat, consomme moitié moins de bois et protège de la chaleur. Les femmes apprennent à le construire, puis le décorent de motifs traditionnels, ce qui en fait un symbole de fierté domestique et d'émancipation. Cette invention simple mais révolutionnaire a remporté le prestigieux World Habitat Award en 2018[14].

Philosophie de conception

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Le travail de Yasmeen Lari se situe à la croisée de l'architecture et de la justice sociale. Pour résumer sa vision, elle aime opposer deux géants de la théorie architecturale mondiale, Mies van der Rohe et Hassan Fathy : « Les deux extrémités du spectre des deux mondes dans lesquels nous vivons et travaillons sont mieux illustrées par les mots de deux architectes célèbres, Mies van der Rohe et Hassan Fathy. Mies van der Rohe, maître de l'assemblage des éléments d'un bâtiment et grand maître du détail, a déclaré : “Je m'intéresse d'abord à un bon bâtiment. Ensuite, je le place au meilleur endroit possible”. En revanche, Hassan Fathy, qui a parlé avec plus de force que tout autre des bienfaits de la langue vernaculaire et de l'importance de la tradition, déclare: “Vous devez partir du début, en laissant vos nouveaux bâtiments se développer à partir de la vie quotidienne des personnes qui vivront. en eux, façonnant les maisons à la mesure des chants des gens, tissant le motif d'un village comme sur les métiers à tisser du village, soucieux des arbres et de l'artisanat qui y poussent, respectueux des horizons et humbles devant les saisons” »[15].

Œuvre architecturale

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Projets achevés

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  • Logement des officiers de la marine, Karachi[16]
  • Logement Angoori Bagh (également connu sous le nom d'ABH) (1978)
  • Hôtel Taj Mahal, Karachi (1981)
  • Centre des finances et du commerce (bâtiment FTC), Karachi (1989)
  • Pakistan State Oil House (PSO House), Karachi (1991)

Projets de conservation et de restauration historiques (incomplets)

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  • Centre du patrimoine de Khairpur[17]
  • Maison Sethi à Sethi Mohallah (2010–2012)

Ouvrages

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Les publications de Yasmeen Lari sont notamment :

  • Les bidonvilles et les établissements de squatters: leur rôle et leur stratégie d'amélioration
  • Notre héritage dans l'architecture musulmane
  • Tharparkar et Sialkot après la guerre
  • 1993 - Architecture traditionnelle de Thatta [18]
  • 1997 - The Dual City: Karachi pendant le Raj ( co-écrit avec son fils, Mihail Lari) [17]
  • 1997 - The Jewel of Sindh: Samma Tombs on the Makli Hill (co-écrit avec son mari, Suhail Zaheer Lari)
  • 2001 - Karachi: Guide de la ville illustré (photographie de son mari, Suhail Zaheer Lari)
  • 2003 - Lahore: Guide de la ville illustré

Récompenses

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En 2002, la Heritage Foundation a reçu le prix de reconnaissance des Nations unies pour ses efforts et ses résultats en faveur de la conservation culturelle et historique[2].

En 2006, Yasmeen Lari a reçu le Sitara-e-Imtiaz, l'une des plus hautes distinctions civiles du gouvernement pakistanais, en reconnaissance de ses services à la profession d'architecte et à la conservation du patrimoine des sites historiques au Pakistan[19].

En 2011, elle a reçu le prix pakistanais 1st Wonder Women of the Year Award[20]

En 2016, elle a reçu le prix Fukuoka pour les arts et la culture[21].

Elle a reçu le prix Jane Drew 2020, rehaussant le profil des femmes dans l'architecture et le design[22].

En 2021 l'université polytechnique de Milan lui décerne une Laurea Magistrale ad Honorem (doctorat honoris causa) en architecture[23].

En 2022, elle est nommée titulaire de la chaire Sir Arthur Marshall de design durable au département d'architecture de l'université de Cambridge.

En mai 2023, elle reçoit un doctorat honoris causa en design de l'université Oxford Brookes, l'établissement dont elle est diplômée depuis 1964.

Le 27 avril 2023, le RIBA annonce qu'elle est la lauréate de la Médaille d'or royale 2023[24].

Vie privée

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Yasmeen Lari vit à Karachi, au Pakistan. Elle était mariée à l'historien Suhail Zaheer Lari, décédé en 2020 des suites de la Covid-19, avec qui elle a eu trois enfants.

Références

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  1. "Yasmeen Lari", International Archive of Women in Architecture. Retrieved 27 February 2012.
  2. 1 2 3 4 5 Kazmi, « Women of Pakistan - Yasmeen Lari », Jazbah Magazine, Jazbah, (consulté le )
  3. (en) Ashworth et Cleary, « In conversation with ... Yasmeen Lari », Parlour, (consulté le )
  4. Oliver Wainwright, « The barefoot architect: 'I was a starchitect for 36 years. Now I'm atoning' », The Guardian,
  5. Iftekhar, « The Queen of Architecture », You! The New Woman Lifestyle, Jang Group of Newspapers (consulté le )
  6. « Yasmeen Lari », ArchNet (consulté le )
  7. Gillin, « Q&A with Pakistan's First Female Architect », Dwell, Dwell Media LLC, (consulté le )
  8. 1 2 Watkins, « Al Jazeera's Rebel Architecture: Episode 2, "The Traditional Future" », ArchDaily.com, Al Jazeera, (consulté le )
  9. (en-US) « Pakistan | INTBAU » (consulté le )
  10. (en) Ebrahim, « Architects must lower the carbon footprint in ‘whatever they do’ », DAWN.COM, (consulté le )
  11. (en-US) « Chapters | INTBAU » (consulté le )
  12. « Yasmeen Lari's 'Barefoot Social Architecture' »
  13. (en) Natasha Levy, « Stove by Yasmeen Lari lets Pakistani women do eco-friendly cooking », sur Dezeen, (consulté le )
  14. (en) India Block, « Pakistani architect Yasmeen Lari wins the Jane Drew Prize 2020 », sur Dezeen, (consulté le )
  15. An emancipated place : the proceedings of the conference and exhibition held in Mumbai, February 2000 : women in architecture, 2000 plus : a conference on the work of women architects : focus South Asia, Bombay, Hecar Foundation, , 159 p. (ISBN 81-7525-194-8, OCLC 48041242)
  16. Kaleem, « Yasmeen Lari: The Architect and the Saviour », NUST Science (consulté le )
  17. 1 2 Noorani, « Fighting on different fronts », Dawn, (consulté le )
  18. « Traditional Architecture of Thatta », www.academia.edu (consulté le )
  19. « About us », heritagefoundationpak.org (consulté le )
  20. Wonderwomen of the Year Awards sur wonderwomenpakistan.com, consulté le 27 février 2012.
  21. (ja) « Laureates, Yasmeen LARI », sur fukuoka-prize.org, Fukuoka Prize (consulté le ).
  22. (en) « Pakistani architect Yasmeen Lari wins the Jane Drew Prize 2020 », Dezeen, (consulté le )
  23. (it) « School: YASMEEN LARI » [archive du ], sur www.auic.polimi.it (consulté le )
  24. (en) « RIBA Royal Gold Medal », sur www.riba.org (consulté le )

Liens externes

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