Yolanda González Martín

Yolanda González Martín, née le à Bilbao et assassinée par le groupe d'extrême droite Batallón Vasco Español le 1980 à Madrid, est une étudiante espagnole et militante d'extrême gauche.

Yolanda González Martín
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 19 ans)
MadridVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Yolanda GonzálezVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Étudiante, responsable étudiantVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Workers' Socialist Party (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Elle faisait partie d'un parti trotskiste, le Parti socialiste des travailleurs, scission de la Ligue communiste révolutionnaire.

Le principal responsable de son assassinat, Emilio Hellín Moro, a été condamné à 43 ans de prison. Il parvient à prendre la fuite après seulement sept ans d'emprisonnement[1].

Militantisme politique

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Yolanda González Martín est née à Bilbao, au sein d'une famille ouvrière originaire de Burgos. À l'âge de 16 ans, elle adhère aux Jeunesses Socialistes d'Espagne, courant gauche socialiste, pour évoluer ensuite vers le trotskisme. En 1979, pendant la Transition, elle s'installe à Madrid pour y faire des études d'électronique. En 1980, elle était la représentante du Centre de formation professionnelle de Vallecas dans la Coordination des étudiants du secondaire de Madrid. Elle militait aussi au Parti socialiste des travailleurs (PST), un petit groupe politique trotskiste qui n'était pas encore légal, issu d'une scission de la Ligue communiste révolutionnaire. Elle mène de front son travail de formation, son militantisme politique et ses études, tout en réalisant parfois des travaux d'employée de maison pour être économiquement indépendante de sa famille qui avait peu de moyens.

Assassinat en 1980

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Yolanda González Martín fut séquestrée en fin d'après-midi du 1er février 1980 à son domicile, dans le quartier Aluche de Madrid, alors qu'elle se trouvait seule (elle cohabitait avec son compagnon Alejandro Arizcun et une camarade du PST, Mar Noguerol)[2].

Les responsables de l'enlèvement se sont présentés à Yolanda sous de fausses identités d'autorités policières.

Yolanda González

Lorsque son compagnon rentre chez lui dans la nuit, Yolanda n'est pas là, mais il pense qu'elle a dû être retenue par une réunion tardive. C'est à son réveil le lendemain qu'il voit que le sac de Yolanda, son portefeuille et sa carte d'identité sont sur la table du salon. Il s'inquiète alors d'une éventuelle arrestation et entreprend des démarches téléphoniques auprès d'instances policières et judiciaires de Madrid pour la retrouver, sans résultat[3].

Ce même jour, lorsque la colocataire rentre à l'appartement avec deux amis, elle y trouve des policiers en civil en train de fouiller le logement. Elle et ses amis sont emmenés à la Dirección General de Seguridad où ils sont interrogés sur leurs activités politiques et leur possible lien avec l'ETA. Son compagnon apprendra l'après-midi, au siège du parti, l'assassinat de Yolanda.

Yolanda González a été assassinée par les membres de Fuerza Nueva Emilio Hellín Moro et Ignacio Abad Velázquez, avec la collaboration de plusieurs autres (José Ricardo Prieto, Félix Pérez Ajero, Juan Carlos Rodas Crespo et David Martínez)[4]. Juan Carlos Rodas Crespo, agent de la Police Nationale, a participé à la surveillance à l'extérieur du logement avec d'autres complices, pendant qu'Emilio Hellín et Ignacio Abad montaient pour l'enlever. Le lendemain, lorsqu'il apprend sa mort par la presse, Juan Carlos Rodas, surpris et regrettant le résultat de ce qu'il avait pensé être un simple interrogatoire, dénoncera les faits auprès de ses supérieurs à la police de Getafe, ce qui accélère l'enquête et la résolution du cas.

Emilio Hellín Moro et Ignacio Abad enlèvent Yolanda après avoir rapidement fouillé le logement. Ils l'emmènent dans la voiture d'Emilio Hellín vers le lieu de l'assassinat. Emilio Hellín lui tire deux balles de 9 millimètres Parabellum avec un pistolet Walther P-38, dans la tête. Puis Ignacio Abad l'achève d'un autre tir à l'avant-bras droit avec un pistolet Star, d'après la sentence de condamnation. Le cadavre de Yolanda est trouvé par deux travailleurs vers 9 heures du matin le 2 février 1980, dans un chemin proche du kilomètre 3 de la route qui relie Alcorcón à San Martín de Valdeiglesias.

Lorsque son cadavre est retrouvé, Yolanda porte sous son pull un tee-shirt blanc avec le blason des sept provinces basques et une médaille avec le lauburu, ce qui conduit la police à penser que le crime a des connotations politiques.

Les auteurs de son assassinat ont tenté de le justifier comme une vengeance pour l'attentat d'Ispáster perpétré par l'ETA à l'aube du 1er février 1980, au cours duquel sont morts six gardes civils, car ils accusaient Yolanda d'appartenir à un supposé commando d'ETA à Madrid. Cependant le PST auquel appartenait Yolanda González Martín, non seulement ne faisait pas partie d'Euskadi Ta Askatasuna, mais refusait explicitement la violence d'ETA.

L'assassinat fut revendiqué par Emilio Hellín, dans un télex envoyé à l'agence EFE par le "Groupe 41" du Batallón Vasco Español, par ces mots:

« Le Batallón Vasco Español, groupe opérationnel militaire, revendique l'arrestation, l'enlèvement et l'exécution de Yolanda González Martín, originaire de Deusto, membre du commando d'ETA, branche étudiante - IASI-, dont font partie également deux autres personnes résidant à Madrid et qui utilisent comme couverture et action de masses des groupes politiques d'idéologie trotskiste et maoiste, où s'abritent leurs activités. Pour une Espagne grande, libre et unique. Arriba España! »

Procès et condamnation pour son assassinat

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Les premières démarches judiciaires furent effectuées en 1980 par le Tribunal d'Instance numéro 9 de Madrid, puis l'affaire a été transférée au Tribunal d'Instance numéro 1 de l'Audience Nationale, qui a jugé Emilio Hellín Moro, Ignacio Abad Velázquez, José Ricardo Prieto, Félix Pérez Ajero, Juan Carlos Rodas et David Martínez Loza et en 1982 a rendu son verdict et les a condamnés à diverses peines selon leur implication pénale, suivant le Code Pénal en vigueur au moment des faits[5].

  • Emilio Hellín Moro (un peu plus de 43 années de condamnation), assassinat, intrusion dans une demeure, détention illégale, dépôt d'armes de guerre, armes de défense, munitions, possession d'explosifs, falsification de documents d'identité, usage public de nom fictif.
  • Ignacio Abad Velázquez (un peu plus de 28 années de condamnation), assassinat, intrusion dans une demeure, détention illégale, possession illicite d'armes.
  • Félix Pérez Ajero (un peu plus de 6 années de condamnation), intrusion dans une demeure, détention illégale, possession illicite d'armes.
  • José Ricardo Prieto (un peu plus de 6 années de condamnation), intrusion dans une demeure, détention illégale, possession d'explosifs.
  • David Martínez Loza (un peu plus de 6 années de condamnation), intrusion dans une demeure, détention illégale.
  • Juan Carlos Rodas (3 mois de condamnation), intrusion dans une demeure, détention illégale. La légèreté de la peine est due à sa collaboration avec la justice.

Toutefois le tribunal n'accepta pas de les condamner pour association illicite ou bande armée, arguant que pour les considérer comme une bande armée d'autres faits étaient requis, notamment un plus grand nombre de membres et une hiérarchie organique. Les peines imposées furent supérieures à celles réclamées par le procureur et les parties de l'accusation[6].

L'évasion d'Emilio Hellín en 1987 et son travail ultérieur pour la police espagnole

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Emilio Hellín, principal accusé de l'assassinat, s'est évadé en 1987 en profitant d'une permission pénitentiaire. Il a fui au Paraguay où il a reçu la protection du régime militaire d'Alfredo Stroessner, pour lequel il a travaillé. Après avoir été découvert par un journaliste de la revue Interviú, il a été extradé en Espagne en 1990.

En 2013 le journaliste d'investigation José María Irujo a publié dans El País le reportage «L'histoire occulte de l'assassin de Yolanda» dans lequel il a révélé que l'assassin de Yolanda avait pris le nom de Luis Enrique, avait modifié son nom de famille et travaillait comme expert informatique auprès des Forces et Corps de Sécurité de l'Etat en techniques d'espionnage, filature informatique et appareils mobiles avec les différents gouvernements de la démocratie[7]. Lors de sa rencontre avec le journaliste il a dit qu'il n'était pas Emilio Hellín, mort en 2008, mais Luis Enrique Hellín, son frère. Cependant en 1996 il aurait changé de nom, comme le reflète l'acte de naissance dans son village natal Torre de Miguel Sesmero, province de Badajoz. Le Ministère de l'Intérieur a confirmé l'emploi de ses services, à travers l'entreprise New Technology Forensics — fondée en 1998 et dans laquelle son nom n'apparaît pas officiellement —, pour instruire les policiers au cours de différentes formations de 2006 à 2011[8],[9],[10]. Aussi, quatre agents de la section de Nouvelles Technologies de la Police Scientifique de la Ertzaintza ont assisté à une formation impartie par cette entreprise à Madrid en 2008.

Cette entreprise a été employée par la famille de Ruth Ortiz pour une expertise des téléphones de José Bretón, accusé et condamné pour l'assassinat et l'incinération de ses deux enfants. L'avocate de Ruth Ortiz et de sa famille a indiqué à la presse qu'ils ne connaissaient pas le passé criminel de cet individu et que des tiers l'avaient conseillée pour son expertise dans le domaine de la récupération de données de dispositifs électroniques[11].

D'après Asier González, frère de Yolanda, Emilio Hellín donnait des cours à des policiers pour la pérennité du franquisme dans les institutions espagnoles. En juin 2013, plus de trois mois après que l'information fut rendue publique, la réponse du ministère de l'Intérieur était toujours un silence absolu[12].

En janvier 2021 il a été rendu public qu'Emilio Hellín était employé comme expert par la défense de Cristina Cifuentes, ex-dirigeante du Parti Populaire, dans le procès engagé contre elle dans «l'affaire Máster», où elle est accusée d'avoir participé à la falsification de document public.

Mémoire de Yolanda González

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Documentaire Yolanda au pays des étudiants

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En 2013 est sorti le documentaire Yolanda en el país de los estudiantes (Yolanda au pays des étudiants) réalisé par Isabel Rodríguez et Lander Castro, d'une durée de 63 minutes.

Livre No te olvides de mí

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En 2018 a été publié le livre No te olvides de mi (Ne m'oublie pas) où le journaliste et écrivain Carlos Fonseca reconstruit l'histoire de Yolanda González et, à travers elle, celle de la Transition[13]. Il utilise pour cela une grande variété de sources, parmi lesquelles de la documentation en grande partie inédite, ainsi que des témoignages de sa famille, son compagnon et ses camarades du parti. Fonseca relate aussi le procès, la sentence et la vie des condamnés après le verdict, posant des interrogations sur l'exemplarité de la Transition[14].

Jardin et petite place

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Jardins de Yolanda Gonzalez à Madrid.

Le Conseil du gouvernement de la ville de Madrid, sur proposition du conseil de la municipalité du district de Latina, a décidé à l'unanimité de nommer «Jardins de Yolanda González Martín» l'espace situé au numéro 90 de la rue Escalona, dans le quatier d'Aluche, le 19 février 2015. Les jardins furent inaugurés le 14 juin 2015[15]. Son frère Asier González Martín la rappelée par ces mots[16]:

« Yolanda a été tuée parce qu'elle défendait une société plus juste. Et ce que nous pouvons apprendre de sa mort et de la mort de tant d'autres pour des raisons politiques, c'est que la vie est au-dessus de toute idéologie. Pour cette raison l'approbation à l'unanimité du conseil municipal de Latina pour donner le nom de Yolanda à ce parc est un exemple à suivre dans la réparation de toutes les victimes et ouvre un chemin d'espoir dans la recherche d'une reconnaissance de toutes les victimes qui sont encore oubliées. »

De même, le conseil municipal de la mairie de Bilbao du 28 janvier 2016 a convenu à l'unanimité de tous les groupes politiques, à la demande de l'Association de voisins Euskaldunako Zubia, de baptiser «Plazuela Yolanda González» l'espace situé entre les numéros 57 y 59 de la Ribera de Deusto. Elle fut inaugurée le 26 février en présence des membres de la municipalité, des membres de la famille, amis et voisins de Yolanda González.

Références

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  1. ↑ Une fuite annoncée, elpais.com, 28 février 1987
  2. ↑ (es) « ¡Han matado a Yolanda! » (consulté le )
  3. ↑ (es) « CRONOLOGÍA DEL ASESINATO DE YOLANDA POR LOS FASCISTAS » (consulté le )
  4. ↑ (es) « Yolanda González, el asesinato más cruel de la Transición » (consulté le )
  5. ↑ (es) « La Audiencia Nacional condena a fuertes penas a los autores del asesinato de Yolanda González » (consulté le )
  6. ↑ (es) « Procesados los implicados en el asesinato de Yolanda González » (consulté le )
  7. ↑ (es) « La vida oculta del asesino de Yolanda » (consulté le )
  8. ↑ (es) « Interior admite que contrató al ultra que mató a la estudiante Yolanda en 1980 » (consulté le )
  9. ↑ (es) « Yolanda González: su asesino anda suelto, para vergüenza de la democracia. Dossier » (consulté le )
  10. ↑ (es) « Hellín Moro: "Me parece interesado sacar ahora algo de hace 33 años" » (consulté le )
  11. ↑ (es) « Bretón frente al asesino de Yolanda » (consulté le )
  12. ↑ (es) « Hellín puede dar cursos a policías por la pervivencia del franquismo en las instituciones » (consulté le )
  13. ↑ (es) « No te olvides de mí » (consulté le )
  14. ↑ (es) « El periodista y escritor Carlos Fonseca presenta su nuevo libro No te olvides de mí » (consulté le )
  15. ↑ (es) « La deustuarra Yolanda González ya cuenta con plaza propia en Madrid » (consulté le )
  16. ↑ (es) « Madrid inaugura un parque jardín en recuerdo de Yolanda González » (consulté le )

Voir aussi

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