Yvelyne Wood

sculptrice et plasticienne française

Yvelyne Wood est une sculptrice, plasticienne et scénographe, franco-suisse, installée à Genève.

Yvelyne Wood
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Biographie
Naissance
Activités

Exposées sous l'égide d'organisations des Nations unies, ses œuvres abordent les thèmes liés à la violence de la guerre, des crimes contre l'humanité (génocides, exactions) ou le déplacement forcé dans des installations monumentales. Elle veut pérenniser la mémoire collective des événements tragiques.

Elle est la fondatrice et la présidente actuelle d'UniRef, une ONG humanitaire dédiée à la mission d'enseignement supérieur pour les réfugiés victimes des conflits armés.

Biographie

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Son père est issu d’une famille catholique. Il est prisonnier de guerre et enfermé dans le camp Rawa-Ruska. Il n’aura de cesse de s’évader pour rejoindre la France Libre. Sa mère est, contrainte de porter l’étoile jaune et vit les années de guerre cachée et dans la misère extrême. En 2012, Yveline Wood raconte à Fanny Bijaoui : « Lorsque j’étais une petite fille, ma mère ne me racontait pas des contes de fées, mais sa propre histoire, faite de souffrances physiques et morales. Dès l’âge de huit ans, elle m’a montré des documents chocs sur la Shoah, notamment des photos épouvantables de corps enchevêtrés.... »[1]

Elle fait des études d’histoire de l’art à l’École du Louvre, à Paris. Elle quitte l’Europe et habite pendant 8 ans au Japon. Elle apprend la sculpture et le modelage. En 1995, elle rentre en Europe et s’installe à Genève[2].

Engagement artistique

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Son travail artistique porte sur tous les thèmes rattachés au traumatisme de la guerre. Elle en est le témoin indirect, en partant à la rencontre de ses victimes. Elle se présente comme un « capteur de mémoire »[3].

Ses œuvres sont basées sur des témoignages personnels, dénoncent les atrocités de la guerre, les atteintes à la dignité humaine et, en premier, celle des femmes. Elle le déclare sur France Culture : « Tout mon travail de plasticienne est autour de la mémoire des guerres et en particulier des femmes »[4] ; et ailleurs : « Dans la guerre il n'y a rien de positif »[3].

Elle se reconnaît comme une artiste engagée, mais ne croit pas que l'art doit être engagé : « L'Art est à facettes. Chacun prend celle qui lui convient. » déclare-t-elle à France Info[3].

Démarches artistique et technique

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Elle exploite des archives historiques, des matériaux authentiques, présente ses propres souvenirs ou ceux qu'elle s'approprie au cours de ses rencontres[3].

Sa démarche pourrait être perçue comme la construction d'une passerelles entre le vécu (la « petite histoire ») et l'Histoire. Elle redonne une place à des récits de vie, tant qu'ils peuvent être sauvegardés. Elle dit sur Arte : « les premiers témoignages [qu'elle a] recueillis étaient les témoignages de femmes qui [...] venaient des camps »[5].

Elle utilise l'Histoire capturée par les caméras, des « films vidéo projetés sur des plaques de métal oxydées qui reprennent des archives soit de l'AFP, soit du Haut-Commissariat aux Réfugiés »[3].

Les témoignages sont reproduits avec fidélité. Dans l'une des installations de l'exposition Chair de la Guerre, sont reproduits, par impression sur des robes, les « témoignages de jeunes filles qui ont pour la plupart été violées dans les guerres - que ce soit en Tchétchénie, en Somalie, en Libye ». Ces témoignages proviennent des archives du UNHCR mais « signés, à la première personne, dans les langues d'origine de ces jeunes filles »[5].

La présentatrice Edwige Coupez compare à un « travail de journaliste et d'historienne » l'enquête réalisée par l'artiste sur les exactions des femmes pendant la guerre de Bosnie. Wood lui répond : « Je m'appuie toujours sur des archives, je rencontre des historiens [...] et c'est très important. C'est un travail qui n'a pas la place pour la fantaisie de la création »[6].

Elle déclare au journal d'Arte : « Tous les matériaux ont une histoire. Ils ont leur propre histoire qui s'ajoute à mon histoire et qui s'ajoute aux archives de guerre »[5], sans que l'authenticité historique du matériau ne soit une fin en soi[3].

L'historien de l'art, Jean-Paul De Roche, voit dans son œuvre une expression visant à sublimer esthétiquement les souvenirs, à travers des propositions souvent dérangeantes, qui rejoignent le symbolisme baudelairien[7].

L'essayiste et critique d'art, Donald Kuspit (en), la suit depuis sa première exposition à la galerie Stendhal à New York. Son œuvre serait, pour lui, la poursuite d'un illusio, qui dénouerait un conflit interne sur les représentations du monde[8].

Subvertir la violence et la terreur

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Selon Eric Hobsbawn, le siècle dernier, apogée de la violence dans l'histoire, se retrouve dans l'œuvre de Wood. Selon Donald Kuspit : « Elle explore les événements les plus sombres comme la Shoah, les guerres du Vietnam et du Cambodge, les génocides du Rwanda et du Kosovo »[9].

La « mémoire en flammes » de l'Holocauste

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Lors de l'installation Mémoires en flammes, présentée en 2012, dans la bibliothèque de la Grande Loge de France, Stéphane Ceccaldi, commissaire de l'exposition et conservateur du musée, dit : « Dans son œuvre, la culture constitue le vecteur d'une mémoire collective que se transmet à elle-même l'humanité. Mais il serait fragile, comme l'illustre le rapport entre l'autodafé et l'Holocauste, présenté dans son exposition Mémoire en Flammes. »[10].

Donald Kuspit souligne comme la métaphore du phœnix est présente dans ses œuvres, et comme elle veut « consacrer » les victimes[9] :

« The victims of history become sacred in memory - what we would prefer to forget becomes unforgettable: eternal. Wood’s work is double-edged, for what has been lost is found again in memory indeed, remains fixed and felt in memory, an idea fix of feeling given memorable form – even as memory shows that it is dead. Wood’s work burns itself into our memory, even as it tells us that memory is the corpse of history. »

L'historien de l’art, Sylvain Dubeau, écrit à propos de l'exposition L’Espace d’un instant (2010) : « Yvelyne Wood milite ouvertement contre les oublis de la mémoire collective »[7].

Les guerres de Yougoslavie

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Au cours de son voyage en Bosnie, l'artiste a collecté des matériaux et des archives, certaines issues directement des victimes de la guerre. Elle a « extrait d'un reliquaire les 7 102 noms des hommes qui ont été assassinés en deux jours à Srebenica » et dont elle a « recopié le nom avec leurs dates de naissance »[3].

Une exposition se monte sous l'égide des Nations unies, centrée sur la place des femmes parmi les victimes « vivant la guerre dans leur chair », et qui lui donne son titre : la Chair de la guerre[5].

La place des femmes dans la guerre

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Son travail, sur la place de la femme dans les conflits, a médiatisé ce fait social[4], que la sphère académique tardait à traiter[11].

Elle a rencontré à Sarajevo six victimes du siège ou du massacre de Srebenica. Elle a rapporté le destin de ces femmes, victimes de viol systématique employé comme arme de guerre dans les camps dont elles étaient prisonnières[12]. Elle témoigne le sur France Culture[4] :

« Ces femmes étaient dans des camps, elles étaient sous-alimentées, elles étaient victimes de violences sexuelles, elles étaient battues. On leur a arraché souvent leurs enfants des bras ou leurs enfants ont été torturés devant elles »

A partir de ses recherches, elle construit une exposition, Chair de la guerre : d'abord à Genève, au siège du Haut Commissariat Des Nations-Unies aux Réfugiés (UNHCR), puis, sous l'égide de cette agence, pendant un mois à partir du , à La Sorbonne[5],[12].

L'exposition sera reprise par le Conseil Général du Tarn et Garonne. Le vernissage a eu lieu à Montauban, le , lors d'un colloque à l'Université de Toulouse-I-Capitole[11]. Elle a pu inviter l'une des victimes à Montauban. Elle a montré qu'il est possible de « leur donner une reconnaissance publique » et de « les sortir de la honte »[3].

Engagement pour les réfugiés et le projet UniRef

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Le travail artistique d'Yvelyne Wood est lié à son expérience personnelle, à ses immersions dans les conflits armés, exprime sa sensibilité pour les causes humanitaires[13].

Mais sa « satisfaction d'être une artiste reconnue a vite été obscurcie par le sentiment étreignant de ne plus être finalement qu'une spectatrice des drames qui se jouent un peu partout dans le monde ».

Elle s'engage dans l'action humanitaire en faveur des réfugiés (au sens statutaire qu'en donne la convention des Nations-Unies du )[14]. Elle co-fonde, en 2013, l’association humanitaire Swiss International Humanitarian Organization (Siho), qui deviendra plus tard UniRef. Elle a emprunté ce nom au premier projet mis en œuvre dans le camp du UNHCR de Musasa, au Burundi)[15].

Distinction

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Articles connexes

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Références

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  1. Fanny Bijaoui, « Yvelyne Wood : La mémoire vive », sur Reforme, (consulté le )
  2. « BIOGRAPHIE » (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Yvelyne Wood porte le témoignage des femmes qui vivent la guerre », sur Franceinfo, (consulté le )
  4. 1 2 3 « Yvelyne Wood », sur France Culture (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 "Expo - La chair de la guerre", Journal, sur Arte (reportage télévisé), 26 mars 2012
  6. « Femmes d'exception, émission radio de France Info en replay », sur Franceinfo (consulté le )
  7. 1 2 Sylvain Dubeau, « Les fantômes d'Auschwitz », Le Petit Journal de l'Exposition, Association Musée Archives et Bibliothèque (M.A.B.),
  8. Association Musée Archives et Bibliothèque (M.A.B.), « Qui est Yvelyne Wood? », Le Petit Journal de l'Exposition, 20.11.10 - 15.01.11
  9. 1 2 (en) Donald KUSPIT, « Yvelyne Wood’s Auschwitz », sur Stendhal Gallery Online Archive
  10. Stéphane Ceccaldi, « Mémoire en flammes (2010-2011) d’Yvelyne Wood », Le Petit Journal de l'Exposition, association Musée Archives et Bibliothèque (M.A.B.), 2010-2011
  11. 1 2 Hiam Mouannes, « La femme dans la guerre du 13 avril 1975 au Liban », dans Le cœur de la guerre, une histoire de femmes (colloque),
  12. 1 2 L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, « Inauguration en Sorbonne d'une exposition sur la violence contre les femmes réfugiées », sur UNHCR (consulté le )
  13. Alain Jourdan, « Yvelyne Wood, l’artiste engagée pour les réfugiés », sur Tribune de Genève, (consulté le )
  14. Alain Jourdan, « Yvelyne Wood, l’artiste engagée pour les réfugiés », sur La Tribune de Genève, (consulté le )
  15. « Une université va ouvrir ses portes dans le camp de Musasa au Burundi », sur France 24, (consulté le )
  16. François Pilet, « L'éducation pour échapper à la guerre », Le Temps - Forum des 100, , p. 22 (lire en ligne)