Yves Gibeau
Yves Gibeau, né le à Bouzy dans le département français de la Marne (en Hauts-de-France depuis 2014) et mort le à Roucy (département de l'Aisne), est un écrivain et pacifiste français.
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Yves Auguste Gibeau |
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Biographie
modifierNé de père inconnu[1], fils d'un soldat de la Première Guerre mondiale au repos, Yves Gibeau a été adopté par l'adjudant-chef Gibeau[2]. Il obtient son certificat d’études à Avaux (Ardennes) où son père est devenu cultivateur[3]. Il passe une partie de sa jeunesse sous l'uniforme de à . D'abord enfant de troupe malgré lui[4] aux Andelys (1929-), puis à Tulle et Saumur (1934-1939), il est mobilisé en 1939 et, en , il est prisonnier de guerre[3]. Il est rapatrié d'Allemagne en et gagne ensuite sa vie à l'aide d’emplois temporaires.
Il exerce quelque temps le métier de chansonnier (il est alors très proche de Boris Vian), devient à la Libération journaliste à Combat, puis rédacteur en chef du journal Constellation où il publie régulièrement des mots croisés sous le pseudonyme d'A. Sylvestre (nom du héros principal du Grand Monôme). Il conserve de son expérience sous les drapeaux des convictions résolument pacifistes et une haine tenace de la chose militaire[4],[5].
Dans son ouvrage le plus connu, Allons z'enfants paru en 1952 (qui a donné un film d'Yves Boisset en ), et roman largement autobiographique, il revient avec le personnage de Simon Chalumeau sur son passé d'enfant de troupe en décrivant un milieu caractérisé par la bêtise et la brutalité[6] Il écrivait : « Mais Simon ne revint pas s’assoir à la table. Réfugié dans sa chambre, et déshabillé, couché maintenant, il méditait sa rancœur, accumulait les projets de fuite, de suicide, même, soudain prêt à toutes les tentatives. »[7] Le livre, sorti en pleine guerre d'Indochine et bientôt d'Algérie, est mis à l'index par l'armée française[5]. Étienne Lalou faillit perdre sa place de critique littéraire à la R. T. F pour avoir évoqué dans son émission de radio, Le goût des livres le roman d'Yves Gibeau[8],[9],[10]. Le , l'écrivain de 37 ans dédicace, entre autres endroits, ses œuvres au Palais de la Mutualité à l'invitation du journal Le Libertaire [11].
Fervent amateur de bicyclette, il est journaliste à l'Equipe et il suit le Tour de France en 1957[12].
Il réside à partir de 1981 dans un ancien presbytère à Roucy[6], petit village à quelques kilomètres du Chemin de Dames. Quoique pacifiste[4], il éprouve une fascination pour les lieux de batailles de 14-18. Pendant sa retraite, il va parcourir le secteur de Craonne, du Chemin des Dames et de ses environs.
En particulier, il note qu’aucune plaque commémorative de la présence sur le front, du sous-lieutenant Kostrowitzky (Guillaume Apollinaire) du 96e R.I. n’existe. Aussi le , il inaugure la stèle qu’il venait de faite ériger, à ses frais, en hommage à Guillaume Apollinaire, aux lieux-dit le Bois des Buttes (près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert), là où le poète fut blessé[Note 1] le [3],[14].
Sur la stèle du poète, Yves Gibeau a écrit ce court poème-épitaphe[15],[16] :
« En ce lieu dit le Bois des Buttes,
17 mars 1916
Fut blessé
Guillaume Apollinaire 1880-1918.
Dis l’as-tu vu Gui au galop
Du temps qu’il était militaire
Dis l’as-tu vu Gui au galop
Du temps qu’il était artiflot
À la guerre. »
— Rêverie (Guillaume Apollinaire)
Yves Gibeau tient pendant plusieurs années, jusqu'à sa mort la rubrique mots croisés du magazine L'Express[6].

Mort le à Roucy[2], il est enterré selon sa volonté dans le cimetière du Vieux Craonne, aux pieds du Chemin des Dames[17], village totalement détruit pendant la Première Guerre mondiale, célèbre pour être le lieu de l'offensive Nivelle () et qui a inspiré la Chanson de Craonne. Il est inhumé à côté de la sépulture supposée d'un soldat allemand de la Première Guerre mondiale.
« Craonne, Aisne, 1983.
Plutôt qu'au Père-Lachaise où l'on se bouscule, les morts et les vivants les jours de fastueuses funérailles, c'est dans ce vieux cimetière de l'ancien Craonne que j'aimerais finir. Dans la broussaille, les herbes folles, les vraies fleurs sans celluloïd. A l'entrée, à même le chemin, on y a enterré un soldat allemand en 18, à la va-vite. Il y est toujours, parait-il. Sans nom, sans croix, sans rien. Unbekannt. Comme le nôtre. »
— Yves Gibeau[18]
Reconnaissances
modifierLe prix Yves Gibeau, décerné par un jury composé de collégiens et lycéens volontaires, récompense une œuvre littéraire choisie parmi cinq ouvrages d'auteurs contemporains parus en édition de poche[19]. Il est remis lors de la Fête du Livre, en septembre, à Merlieux-et-Fouquerolles, petite commune de l'Aisne[20].
Une rue d’Avaux, petit village des Ardennes, en limite de la Marne et de l'Aisne, où il a vécu sa jeunesse, porte son nom[21].
Œuvres
modifier- 1946: Cinq Ans de prison, éditions Malesherbes (ouvrage collectif. Contributions de : Yves Gibeau, Maurice Blézot, Maurice Bruezière, Maurice Gabé, Jean Darlac. Illustrations de Gustave Gautier)
- 1947 : Le Grand Monôme, Calmann-Lévy (les premiers chapitres proposent des versions très réécrites des textes parus dans Cinq Ans de prison)
- 1950 : … Et la fête continue, Calmann-Lévy
- 1952 : Allons z'enfants, Calmann-Lévy (adaptation cinématographique : Allons z'enfants par Yves Boisset, film sorti en 1981) ; roman réédité en 2016 aux éditions du Dilettante
- 1953 : Les Gros Sous, Calmann-Lévy (Prix du roman populiste 1953)
- 1956 : La Ligne droite, Calmann-Lévy (Grand Prix de Littérature sportive 1957, adapté au cinéma en 1961 par Jacques Gaillard)
- 1961 : La guerre, c'est la guerre, Calmann-Lévy
- 1984 : Chemin des Dames, Albedo
- 1988 : Mourir idiot, Calmann-Lévy (ISBN 2-7021-1448-2)
- 2005 : Les Dingues, éditions des Équateurs
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Il semble que la position initiale, choisie par Yves Gibeau pour implanter la stèle, ne corresponde qu'approximativement à ce lieu (Suivant les historiens, elle se situerait aux milieux des terrains conquis par les troupes allemandes, en mars 1916). La stèle est donc déplacée en octobre 2025, en un lieu plus crédible, dans le secteur de la Sapinière, à quelques kilometres.[13]
Références
modifier- ↑ Mairie de Bouzy, Acte de naissance no 1, sur Archives de Paris, (consulté le ), vue 29.
- 1 2 « La mort de l'écrivain Yves Gibeau Le veilleur du Chemin des Dames »
, sur Le Monde, (consulté le ) - 1 2 3 « Yves Gibeau », sur www.bm-reims.fr (consulté le )
- 1 2 3 [https://www.aisne.com/territoire/terre-lettres/yves-gibeau-pacifiste-sous-luniforme Yves Gibeau, Un pacifiste sous l'uniforme 3 mars 2020 (sur le site du département de l'Aisne)
- 1 2 Bernard Fabre-Teste Itinérances d’un migrant privilégié 2026 page 44
- 1 2 3 Robert Louis, « Yves Gibeau, enfant perdu dans la pénombre d’un grenier inconnu »
, sur ActuaLitté.com, (consulté le ) - ↑ ALLONS Z’ENFANTS, le livre d’YVES GIBEAU
- ↑ Louis-Gabriel Robinet La censure 1965
- ↑ Laurent Gobiot Apologie de la censure éditions Subervie page 210
- ↑ Pierre Drouin Le Monde 31 décembre 1952 : « Bornons-nous à rappeler la dernière en data des brimades gouvernementales, qui faillit cette fois coûter la place d'un de nos confrères, M. Etienne Lalou. Dans une de ses rubriques littéraires il avait cru devoir dire tout le bien qu'il pensait du livre de M. Yves Gibeau " Allons z'enfants ", qui, on le sait, n'a pas pour le galon un respect débordant. La Rue Saint-Dominique exigea son renvoi et l'obtint. Depuis des pressions en sens contraire ont heureusement rétabli la situation. »
- ↑ Le Libertaire n° 306 du 25 mars 1954
- ↑ Samuel PARGNEAUX, « En mémoire de Gibeau, un fan de vélo. »
[photo], sur L'Union (journal), (consulté le ) - ↑ Guy Marival, « Carnet du Chemin Des Dames 2026 #7 », sur calameo.com, (consulté le ), p. 14-17
- ↑ « Stèle en souvenir du poète Guillaume Apollinaire | Chemin des Dames », sur www.chemindesdames.fr (consulté le )
- ↑ Le Bois des buttes 14-18
- ↑ « GIBEAU Yves - [Les Amis du Bois des Buttes] », sur leboisdesbuttes.fr (consulté le )
- ↑ Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi, , 385 p. (ISBN 978-2-7491-2169-7, lire en ligne
), p. 13. - ↑ Gérard Rondeau 2003, p. 108
- ↑ « Inauguration du village du livre à Merlieux le 30 septembre 2000. »
, sur francearchives.gouv.fr, (consulté le ) - ↑ « Ils ont participé… », sur Fête du Livre Merlieux et Fouquerolles, (consulté le )
- ↑ (fr) « Google Maps », sur Google Maps (consulté le )
Bibliographie
modifier- Raymond Queneau, Anthologie des jeunes auteurs, JAR, 1957, p. 141 et suiv.
- Patrick Macquaire, Yves Gibeau, Cultures et Sociétés, no 38, Téraèdre, Paris 2016.
- Gérard Rondeau, Les fantômes du Chemin des Dames - Le presbytère d'Yves Gibeau, le seuil, (ISBN 2-02-061394-8)
Liens externes
modifier- « Yves Gibeau » (présentation), sur l'Internet Movie Database