Yvonne Sylvain
Yvonne Sylvain, née le à Port-au-Prince (Haïti) et morte le , est la première femme médecin en Haïti. Elle était également institutrice, gynécologue-obstétricienne, sculptrice, peintre, écrivaine, critique littéraire et comédienne. Elle était aussi une activiste féministe. Elle est née dans une famille de sept enfants, dont elle était la sixième.
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Biographie
modifierYvonne Sylvain a vu le jour à Port-au-Prince le et est morte le [1]. Elle est la fille d'Eugénie Mallebranche et de l'écrivain, diplomate Georges Sylvain. Elle faisait partie d'une fratrie de sept enfants, dont ses sœurs Madeleine Sylvain-Bouchereau (cofondatrice de la première organisation féministe en Haïti) et Suzanne Comhaire-Sylvain (première femme anthropologue du pays).
Son père, Georges Sylvain, était un militant haïtien et une figure importante de la résistance contre l'occupation américaine d'Haïti.
Parcours académiques
modifierElle a étudié à l'École normale d'institutrices, puis à la faculté de médecine à Port-au-Prince ; elle est la première femme à être acceptée à l'école de médecine de l'université d'État d'Haïti, où elle est diplômée en 1940[2]. Enfin, elle a étudié à la Medical School de l’université Columbia (New York), où elle a bénéficié d'une bourse. Elle s'y est spécialisée en obstétrique et gynécologie[3].
En 1947, après avoir été formée à l'anesthésie péridurale à New York, Yvonne Sylvain a non seulement importé cette technique dans les maternités haïtiennes, mais a également joué un rôle crucial dans le traitement de diverses maladies nationales. Son engagement se concrétisa par son rôle de vice-présidente de la Fondation haïtienne pour la santé et l'éducation[4].
Carrière
modifierYvonne Sylvain a marqué le domaine médical en Haïti et son parcours a inspiré d'autres femmes haïtiennes. Treize ans après qu'elle eut obtenu son diplôme de médecine, en 1953, huit autres Haïtiennes avaient également reçu leur doctorat en médecine de l'université d'Haïti et commençaient à y exercer. À cette même période, l'université d'Haïti enregistrait un total de 241 étudiants en médecine, dont 17 femmes[5].
Elle travaille comme spécialiste en obstétrique et en gynécologie à l'hôpital général de Port-au-Prince[6]. Elle est aussi une activiste féministe, étant impliquée notamment au sein de la Ligue féminine d'action sociale. Elle publie plusieurs articles portant sur les questions de santé publique dans le journal de la ligue, La Voix des Femmes.
Durant les années 1930, Yvonne Sylvain a pris en charge de nombreux patients atteints de la syphilis. Elle s'est également attaquée à des maladies infectieuses endémiques liées aux mauvaises conditions sanitaires qui ont suivi l'exode rural du massif après la fin de l'occupation américaine. Il s'agissait notamment de la terrible épidémie de pians (une maladie tropicale pouvant causer des mutilations ou des déformations), de la tuberculose et de la malaria[1].
Face à la crise sanitaire que traversait Haïti, marquée par une forte mortalité infantile, Yvonne Sylvain a mené et publié, dès 1941, une étude sur ce sujet[1].
Peu de temps après, elle est nommée vice-présidente de l'hôpital de la communauté haïtienne de « Frères » (Fondation haïtienne pour la santé et l'éducation), une fonction qu'elle a occupée jusqu'à la fin de sa vie. Consciente de l'incidence du cancer en Haïti, elle s'est également impliquée dans la Ligue haïtienne contre le cancer. Elle a notamment œuvré pour l'introduction en Haïti du test dénommé « Papa Nicolaou » ou (Pap test) pour le dépistage du cancer de l'utérus, et a milité pour que le pays soit doté de tests à rayons X et de traitements de radiothérapie contre le cancer[7].
Carrière internationale
modifierYvonne Sylvain a été contrainte à l'exil durant la dictature duvaliériste. Elle a poursuivi sa carrière médicale au niveau international. Pendant treize ans , elle a été déléguée en santé publique (spécialisée en santé générale) pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle a mené des missions médicales dans plusieurs pays d'Afrique (dont le Sénégal). Elle a aussi travaillé en tant que médecin clinicienne au Costa Rica[8].
Art
modifierElle a promu la culture haïtienne au moyen de son art[9]. Disciple de Normil Charles, elle a également été influencée par Pétion Savain[10]. Elle était une opératrice culturelle au sein de sa communauté[11]. L'art, la peinture et le théâtre, l'écriture, la critique d'art, le théâtre et l'animation radio étaient des centres d'intérêt majeurs pour Yvonne Sylvain à ses débuts, car elle évoluait dans un milieu très culturel[1]. En 1932, elle avait exposé plus de trente toiles et dessins à l'huile[12]. Le décès de sa mère l'a poussée à se réorienter vers la médecine[1].
Oeuvre
modifierDistinction
modifier- Le , elle a été honorée à titre posthume en tant que première femme médecin haïtienne par l'Association médicale haïtienne (AMH)[14].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Erickson Avril, « Yvonne Sylvain, médecin (1907-1989) », scienceetbiencommun.pressbooks.pub, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Laura Lynn Windsor, Women in Médicine : An Encyclopedia, ABC-CLIO, , 259 p. (ISBN 978-1-57607-392-6, lire en ligne), p. 193.
- ↑ « Haiti-Reference : Notables d'Haiti : Yvonne Sylvain n. 28 juin 1907 Port-au-Prince d. 03 oct 1989 » [archive du ], sur www.haiti-reference.com (consulté le )
- ↑ « iFeminist », sur ifeminist.org (consulté le )
- ↑ (en) Esther Pohl Lovejoy, Women Doctors of the World, Macmillan, , 413 p. (lire en ligne), p. 275
- ↑ (en) Mary Braggiotti, « Haiti's First Woman Physician », Article, (lire en ligne
) - ↑ Erickson Avril, « Yvonne Sylvain, médecin (1907-1989) », scienceetbiencommun.pressbooks.pub, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Chloé Maurel, « (2/2) Les sœurs Sylvain, femmes afro-descendantes d’Haïti, intellectuelles pionnières », sur Africultures, (consulté le )
- ↑ « UF Digital Collections », sur ufdc.ufl.edu (consulté le )
- ↑ (en) Philippe Thoby-Marcelin, Haiti, Pan American Union, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) « Mémoire de Femmes - Jasmine Claude Narcisse, PHD % », sur Jasmine Claude Narcisse, PHD (consulté le )
- ↑ Philippe Thoby-Marcelin, Haiti Art in Latin America today, University of Texas, Pan American Union, , 59 p. (lire en ligne), p
- ↑ (en) Yvonne Georges Sylvain, « Mortalité infantile en Haiti », Boletín de la Oficina Sanitaria Panamericana (OSP);20(11),nov. 1941, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « La première femme haïtienne médecin honorée à titre posthume par le Corps médical », sur www.alterpresse.org (consulté le )