Zadjal
Zadjal ou zajal (en arabe : زجل) est le nom arabe donné, à une forme poétique similaire au Muwashshah (en arabe : موشحة) d'origine arabo-andalouse, utilisant exclusivement l'arabe dialectal[1].
Origine et définition
modifierLe zadjal appartient à la poésie post-classique arabe et est souvent présenté comme un dérivé du Muwashshah, terme dont le sens renvoie à l'idée d'émouvoir par la voix chantée[2]. Ces formes poétiques sont réputées être nées en Al-Andalus à partir du XIIe siècle[2].
Le muwashshah et le zadjal sont les deux formes poétiques qui émergent, dans le sillage de la nûba, suite musicale mise au point par le musicien Ziryab après son arrivée de Bagdad à Cordoue au IXe siècle[3]. Ces deux formes rompent avec le schéma monorime de la qasida orientale classique et ouvrent la voie à une création poétique proprement andalouse[4].
Le muwashshah s'adresse d'abord aux lettrés, tandis que le zadjal, en arabe dialectal, permet une expression plus proche de la sensibilité populaire[5]. Les deux genres sont chantés dans la nûba, dont l'univers poétique privilégie des thèmes profanes — l'amour, le vin, la nature — mais aussi, pour une part, des thèmes religieux[6]. Il a atteint son apogée avec Ibn Quzman, poète andalou, de Cordoue[1].
La lyrique du zadjal se diffuse dans toutes les couches sociales de la péninsule Ibérique et jusqu'en Provence, l'influence de ces poèmes se faisant sentir jusqu'à Bagdad[7]. Cette poésie andalouse aurait inspiré non seulement les formes métriques de la canso de fin'amor (l'amour courtois), mais aussi la conception même de l'amour courtois qui façonna tout un mode de vie chez les troubadours[7].
Comme le muwashshah, le zajal s'est répandu au Proche-Orient, où il survit de nos jours en Égypte et au Liban dans un répertoire populaire[8].
Formes
modifierIl en existe plusieurs formes:
- Le zadjal poétique d'Al-Andalus[10] ;
- Le zadjal, poème de forme musicale chantée dans la nouba maghrébine[10] ;
- Le zadjal espagnol moderne: comme celui du poète andalou Rafael Alberti[11] et celui du poète majorquin Llorenç Vidal[12], fondateur du DENIP.
- Le zadjal du Proche-Orient, forme de musique populaire[10].
Le zadjal constantinois
modifierÀ Constantine, le terme zdjûl (pluriel de zdjal, le plus souvent employé au pluriel) désigne une forme musicale constantinoise semi-populaire citadine, exclusivement constituée de la forme poétique zadjal[2]. Les maîtres constantinois classent sans hésitation les zdjûl dans le répertoire populaire ; certains zdjûl dits mshâghlîn font toutefois partie des noubas constantinoises, ce qui nuance ce classement[13]. Cette dimension populaire tient aussi au milieu social de ses interprètes, les zaddjâlâ, artisans du tissu urbain constantinois — brodeurs, tisserands, selliers, ébénistes, cordonniers — qui pratiquaient le chant après leurs heures de travail[14][15].
Le zadjal libanais
modifierAu Liban, le zajal est poésie populaire déclamée ou chantée. Il est inscrit depuis 2014 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, sous l'intitulé Al-Zajal, poésie déclamée ou chantée[16].
Le muwashshah et zajal libanais sont chantés par un chœur de trois à cinq voix dirigé par un soliste, qui énonce le premier la phrase chantée ; celle-ci est ensuite reprise par le chœur, soit intégralement, soit sous une forme modifiée, soit réduite à un seul terme[17].
Structure poétique
modifierSur le plan formel, le zadjal se compose selon ses théoriciens de trois volets : le matla' (envoi), le dawr (tour) et le qufl (fermeture)[8].
Bibliographie
modifier- Hoa Hoï Vuong et Patrick Mégarbané, traducteurs : Le Chant d'al-Andalus - Une Anthologie de la Poésie arabe d'Espagne, édition bilingue, 2011, Actes Sud, collection Sindbad[18].
- Maya Saïdani, « Les zdjûl ou le membre oublié du répertoire constantinois », Horizons Maghrébins - Le droit à la mémoire, no 47 « Musiques d'Algérie : mémoire de la culture maghrébine », , p. 39-49 (DOI 10.3406/horma.2002.2057, lire en ligne)
- Christian Poché, La musique arabo-andalouse, Arles, Actes Sud, coll. « Musiques du monde », , 153 p. (ISBN 978-2-7427-3504-4)
Notes et références
modifier- 1 2 Éditions Larousse, « zadjal - LAROUSSE », sur www.larousse.fr (consulté le )
- 1 2 3 Saïdani 2002, p. 39.
- ↑ Amina Alaoui, « Poésie et musique arabo-andalouse : un chemin initiatique », La Pensée de midi, no 27, , p. 69-80 (lire en ligne)
- ↑ Alaoui 2009, p. 70.
- ↑ « El Mawsili fait la nouba », sur Philharmonie de Paris
- ↑ Alaoui 2009, p. 80.
- 1 2 Alaoui 2009, p. 84.
- 1 2 Poché 2001, p. 58.
- ↑ Poché 2001, p. 152.
- 1 2 3 [9]
- ↑ « Wikiwix's cache », sur archive.wikiwix.com (consulté le )
- ↑ « Llorenç / Lorenzo Vidal, poeta, educador, pacifista », sur denip.webcindario.com (consulté le )
- ↑ Saïdani 2002, p. 41.
- ↑ Saïdani 2002, p. 46.
- ↑ Saïdani 2002, p. 42.
- ↑ « Al-Zajal, poésie déclamée ou chantée », sur ich.unesco.org, UNESCO
- ↑ Poché 2001, p. 60.
- ↑ « Le chant d'al-Andalus | Actes Sud », sur www.actes-sud.fr (consulté le )
Annexes
modifierArticles connexes
modifier- Zéjel
- Inscription en 2014 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité au Liban
- Aroubi
- Musique arabo-andalouse
- Mouachah