Zibeline

espèce de mammifères

Martes zibellina

Martes zibellina
Description de cette image, également commentée ci-après
Jeune zibeline dans la Réserve naturelle de Boureïa, en Russie.
0.01170–0 Ma
1 collection
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mustelidae
Sous-famille Guloninae
Genre Martes

Espèce

Martes zibellina
(Linnaeus, 1758)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Répartition géographique

Description de cette image, également commentée ci-après
  • Existante
  • Éteinte

Synonymes

La Zibeline (Martes zibellina) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des mustélidés. Étroitement apparentée à la Martre des pins (dans le genre Martes) présente en Europe centrale, elle est un habitant emblématique de la forêt boréale eurasienne.

Son aire de répartition actuelle s'étend principalement sur l'ensemble de la taïga de la Russie, depuis les montagnes de l'Oural jusqu'à l'extrémité de la Sibérie, ainsi que dans le Nord de la Mongolie. Son habitat borde également l'Est du Kazakhstan, le Nord-Est de la Chine, la Corée du Nord et l'île de Hokkaidō au Japon[2].

Sur le plan morphologique, la zibeline possède une tête allongée pourvue de grandes oreilles, et arbore un pelage dont la coloration varie du brun très clair presque jaunâtre au brun foncé presque noir. C'est un prédateur agile, habile à l'escalade, qui repère et chasse principalement ses proies grâce à ses sens de l'ouïe et de l'odorat, particulièrement développés. La saison des amours a lieu entre juin et août, et les portées comptent généralement deux ou trois petits.

La zibeline est historiquement célèbre pour sa fourrure, considérée depuis le début du Moyen Âge comme l'une des plus précieuses et des plus recherchées au monde. Cette immense popularité commerciale a longtemps alimenté une chasse intensive et non réglementée qui a provoqué un déclin dramatique de ses effectifs. Des mesures de conservation strictes et le développement d'élevages au XXe siècle ont permis à l'espèce de reconstituer ses populations sauvages. Aujourd'hui, sa fourrure reste un produit de luxe utilisé dans la confection et la décoration de vêtements, et l'espèce est classée en « préoccupation mineure » (Least Concern) sur la Liste rouge de l'UICN.

Dénominations

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Étymologie et autres dénominations

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Le substantif féminin zibeline apparaît sous sa forme moderne au XVIe siècle siècle, attesté pour la première fois au sens de substantif en 1534 chez Rabelais, puis comme adjectif (« martes zubelines ») en 1572 chez François de Belleforest[9]. Le terme résulte d'une altération, sous l'influence de l'italien du Nord zibellino (attesté au XVe siècle siècle et déjà présent chez Marco Polo en 1298 sous la forme gibelline), de l'ancien et moyen français sabelin, sebelin (adjectif vers 1100 dans la Chanson de Roland) ou sabeline, sebeline (substantif vers 1160 dans le roman d'Eneas)[9][10]. Ces formes anciennes sont issues du bas latin sabellum (martre) et empruntées au russe соболь (sobol), qui désigne le même animal et partage la même origine slave que le mot sable[9],[11]. L'orthographe du mot a oscillé au cours des siècles : si Émile Littré rappelle des variantes régionales ou anciennes comme le provençal sembelin ou l'espagnol cebellina[11], la deuxième édition du dictionnaire de l'Académie française en 1718 enregistrait quant à elle les graphies zybeline ou zebeline[12].

En langue aïnoue, elle est désignée sous le nom de kasupekira, signifiant « qui s'enfuit avec une louche ». Ce nom provient de l’habitude de ce petit mustélidé de s'introduire dans les villages pour voler des objets ou attaquer la volaille[13].

Systématique

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Illustration de Mustela zibellina sur une planche de 1780 par Schreber dans Histoire naturelle des quadrupèdes représentés d´après nature, tome III, 1780.

Carl von Linné décrit initialement la zibeline en 1758 dans son ouvrage Systema Naturae sous le nom scientifique de Mustela zibellina[14]. Son intégration au sein du genre Martes est ensuite formalisée par le zoologiste Lockhart Muirhead en 1819[3].

Plusieurs auteurs ont parfois contesté le statut d'espèce distincte de la zibeline, la considérant comme conspécifique avec la Martre des pins, la Martre d'Amérique ou la Martre à pieds noirs. Cette dernière était d'ailleurs encore parfois classée par certains spécialistes comme une simple sous-espèce de la zibeline[15].

De nombreuses tentatives de division de la zibeline en différentes sous-espèces ont été menées, aboutissant à des classifications variant de deux à plus de trente sous-espèces selon les auteurs. Cette catégorisation est grandement complexifiée par le fait que de nombreux individus ont historiquement été déplacés et relâchés de manière arbitraire dans diverses régions à des fins de réintroduction. De plus, la variabilité morphologique au sein d'une même population est telle qu'il s'avère difficile d'établir des critères distinctifs constants d'un groupe à l'autre[16]. Les seules tendances géographiques clairement observables indiquent que les individus de plus grande taille se rencontrent au Kamtchatka, dans l'Altaï et dans l'Oural, tandis que les plus petits habitent en moyenne les régions de l'Oussouri et de l'Amour. Sur le plan du pelage, les spécimens les plus sombres se trouvent fréquemment autour du lac Baïkal, en Iakoutie et le long de l'Amour, alors que la région de Transouralie abrite des populations à la fourrure particulièrement claire[17].

En raison des variations morphologiques constatées selon ces localités géographiques, le nombre exact de sous-espèces identifiables fait l'objet de discussions scientifiques. Différentes études académiques proposaient une classification oscillant entre sept et trente sous-espèces différentes[18]. L'ouvrage de référence Mammal Species of the World en validait dix-sept[19] :

Finalement, les bases de données actuelles tendent plutôt à dire que l’espèce est monotypique selon ITIS ()[20].

Phylogénie

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Le cladogramme suivant présente les relations de parenté au sein du genre Martes. Il montre que la zibeline est en réalité, très étroitement apparentée à la marte des pins au sein du groupe Holartique, la martre à pieds noirs formant une branche distincte[21],[22],[23] :

Genre Martes
Sous-genre Charronia

Martes flavigula (Marte à gorge jaune)



Martes gwatkinsii (Marte de Nilgiri)



Sous-genre Martes

Martes foina (Fouine)



Clade Holarctique
Groupe d'Amérique

Martes caurina (Marte caurine)



Martes americana (Marte d’Amérique)




Groupe d'Eurasie

Martes martes (Marte des pins)



Martes zibellina (Zibelline)




Martes melampus (Marte à pieds noirs)






Description

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Morphologie générale et ostéologie

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Comme chez de nombreux autres mustélidés, la morphologie de la zibeline est caractérisée par un corps particulièrement allongé, svelte et souple, soutenu par des membres relativement courts et robustes[24]. Elle ressemble beaucoup à la Martre des pins en taille et en apparence générale, mais s'en distingue par une tête plus allongée, un museau étroit, de plus grandes oreilles et une queue particulièrement touffue qui équivaut approximativement au tiers de la longueur de son corps[25],[24]. Ses yeux noirs sont également très saillants[26]. Sur le plan ostéologique, son crâne est similaire à celui de la martre des pins, mais se montre plus grand, plus robuste et présente des arcades zygomatiques nettement plus arquées[27]. De plus, contrairement à la majorité des autres espèces du genre Martes, le baculum (os pénien) des mâles présente la particularité d'être presque entièrement droit[28].

Dimensions et dimorphisme sexuel

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La zibeline est soumise à un dimorphisme sexuel morphologique visible, les mâles étant en moyenne 9 % plus grands que les femelles[17]. La longueur tête-corps des mâles varie de 32 à 56 cm, avec des mesures se concentrant généralement entre 38 et 53 cm, tandis que leur queue s'étend de 12 à 19 cm[17],[29],[30]. Le poids des individus mâles oscille entre 880 et 1 850 g, la moyenne basse se situant parfois autour de 1 150 g[17],[29]. Les femelles présentent quant à elles une longueur tête-corps s'étendant de 30 à 51 cm, le plus souvent entre 35 et 51 cm, pour une queue mesurant de 7,2 à 17 cm, avec une moyenne courante entre 11 et 17 cm[17],[29],[30]. Le poids des femelles varie de 650 à 1 600 g[17],[29]. On note par ailleurs que pendant la saison hivernale, une augmentation générale de la masse corporelle de l'ordre de 7 à 10 % est observée chez l'ensemble des individus, quel que soit leur sexe[17],[31].

Un adulte mesure environ 40 à 50 cm de long, avec une queue de 10 à 15 cm et des oreilles de 3,0 à 3,5 cm. Le poids varie entre 1,0 et 1,3 kg[32]. . L'os pénien mesure environ 3 cm de long et 1,5 mm de diamètre, avec une extrémité en forme de Y[33]. La dentition comprend 38 dents, et il y a 6 mamelles[34].

Fourrure

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La fourrure de la zibeline est mondialement réputée pour être plus douce et soyeuse que celle de la Martre d'Amérique[35] ou de la martre des pins[16]. Le pelage subit d'importantes variations saisonnières : la fourrure d'hiver est remarquablement longue, dense et luxueuse, alors que la fourrure d'été devient nettement plus courte, rêche et sombre[36],[26]. La mue s'opère deux fois par an, une première fois entre mars et mai, et une seconde fois entre août et novembre[37],[38].

La coloration de la robe s'avère extrêmement changeante d'un individu à l'autre et selon les sous-espèces géographiques, s'étendant du brun clair ou jaune-brunâtre jusqu'au noir de jais[26][39]. De manière générale, la couleur est plus claire sur la face ventrale et s'assombrit sur le dos ainsi que sur les membres[39]. Les zibelines vivant sur l’île d’Hokkaidô au Japon, se distinguent notamment par un pelage d’hiver plus claire[40] ainsi que des parties noires très marquées sur les pattes[41], les faisant ressembler à la martre à pieds noirs (Martes melampus). La tête et les oreilles sont habituellement plus claires que le reste du tronc[26]. La poitrine et la gorge sont fréquemment ornées d'une tache bien visible, dont la couleur varie selon les individus du gris au blanc, ou du jaune pâle à l'orange vif[16],[36]. Il arrive parfois que le pelage soit parsemé de poils isolés aux pointes blanches ou blanchâtres, donnant un aspect grisonnant[26][42]. Dans des cas plus rares, on rencontre des individus à la robe dorée, tachetée, bleutée[43],[44] ou entièrement blanche[26]. Dans le commerce et le tri historique des peaux, ces variations de teintes sont classées selon des catégories bien précises[44].

Écologie et comportement

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Répartition et habitat

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Répartition géographique

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Le domaine d'origine de la zibeline englobait autrefois de vastes pans du nord de l'Eurasie, s'étendant à l'ouest jusqu'à la Scandinavie[29]. Des documents historiques indiquent qu'au XVIIe siècle, l'espèce était encore présente en Finlande[45], ainsi que dans le cours supérieur de la Viatka et de la Kama, et sur la rive droite de la Dvina septentrionale[46]. Jusqu'au XIXe siècle, certaines sources avancent sa présence en Carélie, dans les pays baltes et dans l'ouest de la Pologne[47], bien que l'absence de preuves paléontologiques formelles dans ces zones ainsi qu'en Biélorussie laisse cette limite historique sujette à débat[46].

De nos jours, bien que l'espèce ait reculé et ne se rencontre plus naturellement à l'ouest des montagnes de l'Oural, son aire de répartition actuelle s'est stabilisée et s'étend sur toute la zone de la taïga russe, depuis l'Oural jusqu'au littoral de l'océan Pacifique, trouvant sa limite boréale là où s'arrête la végétation forestière[48]. En Russie, cette distribution moderne découle en grande partie d'un effort massif de réintroduction mené entre 1940 et 1965, au cours duquel près de 19 000 animaux ont été relâchés[2]. Sa limite septentrionale rejoint la ligne des arbres, tandis qu'elle descend au sud vers les 55–60° de latitude en Sibérie occidentale, et jusqu'à 42° dans les zones montagneuses d'Asie orientale, englobant également l'île de Sakhaline[2]. Dans la partie orientale de l'Oural, sa zone de distribution est sympatrique avec celle de la Martre des pins, donnant parfois lieu à des hybridations naturelles connues sous le nom de kidus[49][50],[51].

Au-delà des frontières russes, la zibeline occupe plusieurs territoires d'Asie orientale[37],[48]. Elle est présente en Mongolie, au sein des monts Altaï ainsi que dans les forêts entourant le lac Khövsgöl, une zone en continuité directe avec la forêt boréale de Transbaïkalie d'où proviennent les fourrures historiquement les plus précieuses[2]. Elle subsiste également au Kazakhstan à l'extrême nord-est du pays, le long des cours d'eau de la Boukhtarma et de l'Ouba. En Chine, sa présence est fragmentée en trois zones distinctes comprenant le pourtour de l'Altaï dans le Xinjiang, le massif du Grand Khingan (sa présence étant désormais incertaine ou très limitée dans le Petit Khingan), et enfin le massif du Changbai. Cette dernière zone montagneuse s'étend également en Corée du Nord, où la zibeline se maintient sur le mont Changbai et dans les massifs situés plus au sud. Enfin, l'espèce est implantée au Japon sur l'île de Hokkaidō, jusqu'à la fin de la première moitié du XIXème siècle durant la période Meiji, la zibeline était présente sur toute l'île. Cependant, la chasse intensive pour sa fourrure a conduit à une diminution de sa population, avant d’être interdite en 1920[13].

Habitat et domaine vital

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La zibeline se poste sur ses pattes arrières, observant les environs[13].

La zibeline est un habitant caractéristique de la taïga sibérienne, où elle fréquente principalement les forêts denses dominées par l'épicéa, le pin, le mélèze, le bouleau et le pin de Sibérie, tant en plaine qu'en milieu montagneux[52][18]. C'est un animal sédentaire dont le domaine vital varie généralement de 4 à 30 km², une superficie fortement dépendante du type d'habitat, de l'âge de l'individu et de l'abondance des ressources alimentaires[17],[18]. Au sein de son territoire, la zibeline parcourt quotidiennement une distance comprise entre 6,5 et 12 km[17]. Bien qu'elle s'éloigne rarement à plus de 30 km de son gîte, des pénuries alimentaires sévères peuvent la contraindre à entreprendre de longues migrations exceptionnelles pouvant atteindre 300 km[17],[38]. Pour chasser et s'orienter, elle s'appuie principalement sur ses sens de l'ouïe et de l'odorat, qui sont particulièrement développés, tandis que sa vue s'avère plus faible[53][18]. Elle délimite son territoire par des marquages olfactifs grâce à des glandes odorantes situées sur son abdomen[18].

De manière plus précise, elle privilégie la taïga sombre constituée de chablis, montrant une forte prédilection pour les massifs de pins de Sibérie[48]. Toutefois, son habitat s'adapte aux spécificités régionales : en Iakoutie, ainsi que dans le nord de la Transbaïkalie et sur certaines portions du Kamtchatka, elle peuple de manière prédominante les forêts de mélèzes, tandis que dans la réserve naturelle de Kronotski, elle affectionne surtout les bétulaies de haute futaie composées de bouleaux d'Erman[48]. Dans les massifs montagneux, il n'est pas rare de la rencontrer au-dessus de la limite supérieure de la zone forestière[48].

À Hokkaidô, la zibeline se trouve principalement dans les forêts des régions centrales, septentrionales et orientales de l’île[54]. La plupart des observations ont lieu dans les régions septentrionales et orientales[13]. Ses zones d'activité se situent souvent près des cours d’eau[55].

Comportement

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Activité et déplacements

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Zibeline sur un arbre à Hokkaidô.

D'un naturel vif, agile et agressif pour sa taille, la zibeline mène une vie essentiellement terrestre, bien qu'elle se montre excellente grimpeuse sur les parois rocheuses et les arbres[53][56]. En captivité, son comportement peut légèrement s'altérer : son activité diurne augmente, elle se montre plus curieuse, intelligente et nettement moins farouche qu'à l'état sauvage[43].

À l'état naturel, elle est principalement active au crépuscule, bien qu'elle puisse chasser de nuit ou plus rarement de jour, notamment en période de rut[17],[18]. Ses déplacements au sol s'effectuent par de petits bonds légers et gracieux de 30 à 70 cm de long, en posant précisément ses pattes arrière dans l'empreinte de ses pattes avant[53]. Elle reste toutefois capable de réaliser des sauts allant jusqu'à 2 mètres, voire théoriquement jusqu'à 4 mètres de distance[17],[53]. En hiver, sa morphologie lui permet de se déplacer aisément sur la neige fraîche, et elle chemine fréquemment au sein même de la couche neigeuse[53]. Lors des périodes de grand froid, elle limite ses déplacements et peut rester confinée plusieurs jours dans son nid[17].

Pour s'abriter, la zibeline aménage plusieurs nids au sein de son domaine vital, dissimulés dans des cavités naturelles telles que des troncs d'arbres creux, debout ou couchés situés bas au-dessus du sol, des souches renversées dans le chablis, des fissures de rochers ou sous des racines d'arbres[57],[17],[52]. Elle tapisse ces gîtes de plantes sèches, de mousses, de feuilles ou de ses propres poils de mue[17],[18],[41]. En hiver, certains de ces refuges peuvent n'être que temporaires en raison des déplacements accrus de l'animal pour trouver ses proies[18].

L'animal ne pousse des cris que de manière occasionnelle. En situation de peur ou d'irritation, elle émet des grognements similaires à ceux des autres martres, tandis qu'elle jappe lorsqu'elle doit se défendre face à un adversaire. En état de contentement, elle produit de petits ronronnements et des sons bas s'apparentant à des crissements. Les périodes de parades nuptiales s'accompagnent quant à elles de miaulements, de bruits gutturaux rapides et de grondements sourds[58].

Régime alimentaire

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La zibeline est un omnivore opportuniste dont l'alimentation varie de façon saisonnière, mais reste fondamentalement dominée par la consommation de campagnols forestiers et d'autres petits rongeurs capturés directement au sol[52]. En Sibérie, le Campagnol boréal représente à lui seul plus de 50 % de ses proies, tandis que le Campagnol de Sundevall prend le relais dans les régions méridionales[59]. À l'est de l'Iénisseï et dans les monts Saïan, les pikas occupent également une place majeure dans son alimentation. Son spectre de chasse s'étend de manière courante à d'autres petits mammifères comme les musaraignes, les tamias, les rats musqués, les marmottes, les lièvres et les écureuils[52][17],[18]. À ce titre, la pression de prédation est telle qu'on estime à plusieurs millions le nombre d'écureuils éliminés chaque année par la zibeline dans le seul kraï de Krasnoïarsk. Bien qu'ils constituent un apport secondaire, les oiseaux sont aussi ciblés, l'animal attaquant préférentiellement la Gélinotte des bois et le Grand Tétras[52]. Lorsqu'elle capture un animal plus gros, elle laisse souvent la tête intacte, probablement en raison de la dureté de la boîte crânienne[55]. Elle capture également des insectes en été, des poissons qu'elle saisit à l'aide de ses pattes avant, ou des gastéropodes comme les limaces, qu'elle frotte préalablement contre le sol afin d'en éliminer le mucus[60],[56],[41]. À l'occasion, elle suit les traces des loups et des ours pour consommer les restes de leurs carcasses, ou lèche le miel directement dans les nids d'abeilles[41],[60]. En cas d'abondance ou d'excédent de nourriture, la zibeline partage le comportement des autres mustélidés et constitue de petites réserves de provisions[52].

Les ressources végétales occupent une part considérable de son alimentation, avec une importance encore plus marquée chez les populations présentes en amont de la rivière Bargouzine[52]. Le long du cours moyen du Iénisseï, les pignons de pin de Sibérie et les baies sauvages comme les myrtilles constituent près de 20 % de ses apports habituels, devenant une ressource vitale en hiver lorsque le gel complique la traque des proies[59],[18]. Outre le sorcier, elle consomme une grande variété de fruits et de baies selon les opportunités à l’échelle régionales, notamment l'airelle rouge, la canneberge, le bleuet, le cerisier à grappes, le cynorrhodon, le cassis, ainsi que le raisin de l'Amour ou les baies du schisandra de Chine.

En captivité, notamment au sein des fermes d'élevage de fourrure, le régime de l'animal est adapté artificiellement : sa ration quotidienne se compose à hauteur de 70 à 80 % de produits carnés, complétée par un mélange de lait, de pain, de carottes et de salade, le tout enrichi de divers suppléments en minéraux et en vitamines[43].

Reproduction et cycle de vie

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La saison des amours se déroule entre la mi-juin et la mi-août, avec un pic d'activité observé en juin et juillet, bien que les dates exactes varient légèrement selon les zones géographiques[31],[36],[39]. Jusqu'au début du XXe siècle, une croyance erronée laissait penser que le rut chez la zibeline avait lieu au début du printemps[43]. Lors des parades, les individus courent, sautent et émettent des sons comparables à des feulements de chat. Les mâles s'affrontent violemment pour l'accès aux femelles et creusent des sillons peu profonds d'un mètre de long dans la neige, qu'ils marquent fréquemment de leur urine[61]. Les femelles entrent en œstrus au printemps et l'accouplement peut durer jusqu'à huit heures[39]. En raison d'un phénomène de diapause ovarienne (implantation différée), caractéristique partagée par de nombreux mustélidés, le blastocyste ne s'implante dans la paroi utérine que de longs mois plus tard. Ainsi, alors que la gestation totale dure entre 245 et 298 jours (soit environ 9 mois), les 7 à 8 premiers mois correspondent à cette phase latente, et le développement embryonnaire actif ne requiert en réalité que 25 à 30 jours, les deux derniers mois avant la mise bas[39],[31],[52].

Environ deux à trois semaines avant la mise bas, la future mère commence à aménager son nid, principalement dans des cavités d'arbres, à l'aide de mousses, de feuilles et d'herbes sèches[52][41]. Les naissances surviennent entre la fin mars et la première moitié de mai, la mise bas se déroulant généralement en avril dans les régions méridionales et durant la première quinzaine de mai dans le nord de l'aire de répartition[52]. Les portées comptent de un à sept petits, bien que les naissances de deux à quatre jeunes soient les plus fréquentes[52][31],[43]. Les nouveau-nés naissent aveugles et recouverts d'une couche de poils extrêmement fine ; ils mesurent entre 10 et 12 cm pour un poids oscillant entre 20 et 35 g selon les spécimens[52][31],[36],[39],[18].

Les jeunes grandissent très rapidement[52]. Ils ouvrent les yeux après 30 à 36 jours (le plus souvent entre 34 et 36 jours) et commencent à s'aventurer hors du nid peu de temps après[52][31],[29],[39]. Dès l'âge de trois mois, les jeunes zibelines atteignent déjà la masse corporelle des adultes, soit entre 0,8 et 1,4 kg[43]. Le sevrage intervient à l'âge de sept semaines, période à laquelle on leur fournit des aliments régurgités[31],[36]. Le mâle participe activement à cette période en défendant le territoire et en apportant de la nourriture à la femelle[61]. La première mue des jeunes s'achève vers la mi-octobre. Selon les auteurs, les animaux atteignent leur maturité sexuelle à l'âge de 15 à 16 mois (au début de leur deuxième année) ou vers l'âge de deux à trois ans, et les femelles peuvent continuer à se reproduire jusqu'à l'âge de 13 ou 15 ans[52][31],[29],[43]. La première reproduction réussie documentée en captivité a eu lieu le 3 avril 1929[43].

La zibeline est la proie de plusieurs prédateurs carnivores de plus grande taille, parmi lesquels figurent le loup, le renard, le glouton, le tigre, le lynx, ainsi que de grands rapaces tels que les aigles et les grands-ducs[18].

L'espérance de vie des zibelines est très réduite au cours de la première année, la probabilité de franchir ce cap n'étant que de 20 %[17]. En milieu naturel, l'espérance de vie moyenne s'établit généralement entre 6 et 11 ans, et rares sont les individus qui dépassent l'âge de neuf ans[17],[62]. Un âge maximal de dix-huit ans a toutefois été documenté à l'état sauvage[17],[18]. En captivité, la longévité moyenne s'élève à environ 15 ans, mais le record de longévité enregistré au sein des élevages de fourrure atteint vingt-deux ans[17],[18],[43].

Croisement

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Dans les zones de chevauchement de leurs aires de répartition, notamment au niveau des montagnes de l'Oural, la zibeline peut s'hybrider naturellement avec la Martre des pins, un croisement également encouragé de manière artificielle dans les fermes d'élevage de fourrure. Le résultat de cette hybridation est désigné sous le nom de kidus. Ce dernier s'avère légèrement plus petit qu'une zibeline pure et possède une fourrure plus rêche, tout en conservant une coloration similaire ainsi qu'une longue queue touffue. Les d'individus issus de ce croisement sont généralement stériles, bien qu'un cas unique de reproduction réussie entre une femelle kidus et un mâle martre des pins ait été répertorié[18].

La zibeline et l’Homme

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Histoire du commerce de la fourrure et statut

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Marie-Antoinette et ses enfants par Élisabeth Vigée Le Brun (1787)pbVersailles, musée national des châteaux de Versailles et de TrianonpbLa reine est représentée portant une robe et un pouf garnis de zibeline.
Peaux de zibeline à Milan. Le prix dépend de l'abondance et du reflet noir brillant de la fourrure[35].

La fourrure de zibeline constitue un article hautement prisé dans le commerce de la fourrure depuis le début du Moyen Âge, période où les peuples scythes s'en procuraient déjà dès le IIIe siècle av. J.-C. pour les expédier vers le monde grec via la mer Noire. Elle est généralement considérée comme possédant le pelage le plus beau et le plus richement teinté parmi tous les mustélidés, se distinguant par une caractéristique unique : elle conserve sa douceur et sa régularité quelle que soit la direction dans laquelle on la caresse, contrairement à la fourrure d'autres animaux qui s'avère rêche à rebrousse-poil[63]. Au XVIIe siècle, un diplomate russe fortuné décrivit d'ailleurs la zibeline comme « une bête que les anciens Grecs et Romains appelaient la Toison d'or »[64]. L'importance culturelle et religieuse de cette fourrure transparaît également à Byzance, où les prêtres byzantins la portaient lors de leurs rituels[65]. Pour préserver un maximum de matière, les trappeurs russes avaient pour coutume de dépouiller l'animal par la gueule sans pratiquer d'incision sur le corps, tout en conservant les pattes[65].

En Angleterre, ce matériau hautement estimé devint rapidement un attribut de la royauté et de la haute noblesse. Le roi Henri Ier reçut ainsi une couronne de zibeline noire des mains de l'évêque de Lincoln pour la somme considérable de 100 livres de l'époque[35]. Plus tard, Henri VIII, qui s'était vu offrir cinq assortiments de zibeline d'une valeur de 400 livres par l'empereur Charles Quint, présenta un décret stipulant que le port de cette fourrure était strictement réservé aux nobles d'un rang supérieur à celui de vicomte[65],[66]. Les robes civiques du lord-maire et de la corporation de Londres arborent d'ailleurs des garnitures de zibeline lors des cérémonies officielles[35].

La disponibilité de cette ressource fut le principal moteur de la conquête russe de la Sibérie. Ivan le Terrible exigea un tribut annuel de 30 000 peaux de zibeline de la part des Tatars de Kazan fraîchement soumis. Cependant, en raison des conflits simultanés de la Russie avec la Suède et la Pologne, Moscou fut incapable de faire appliquer cette exigence, et les Tatars n'envoyèrent jamais plus d'un millier de peaux[64]. Plus largement, la soumission des peuples sibériens s'accompagnait traditionnellement du versement d'un tribut en peaux[67]. Les plus belles pièces étaient obtenues dans les régions d'Irkoutsk et du Kamtchatka. La zibeline demeura la fourrure la plus recherchée en Russie jusqu'à la découverte des loutres de mer dans la péninsule du Kamtchatka, dont la peau prit encore plus de valeur[64]. Convoitées par la noblesse de l'Empire russe, les peaux quittaient rarement le pays, bien que des marchands parvenaient à s'en procurer de manière privée pour les revendre chaque année à la foire de Leipzig[41]. Les compagnies de fourrure impériales produisaient environ 25 000 peaux par an, dont près de 90 % étaient exportées vers la France et l'Allemagne[35]. Les spécimens les plus sombres devaient être livrés à l'État sous le nom de « zibelines de la Couronne », et la couronne des tsars russes consistait elle-même, jusqu'au XVIIe siècle, en un bonnet de zibeline incrusté de joyaux. Par ailleurs, la chasse à la zibeline était parfois imposée comme une forme de travail forcé aux condamnés exilés en Sibérie[25].

L'importance de la zibeline s'étendait également à la diplomatie et à la culture mongole. Selon l’Histoire secrète des Mongols, lors du mariage de Gengis Khan avec sa première épouse Börte Ujin, sa mère Hoelun reçut un manteau de zibeline de la part des parents de la jeune fille, un présent prestigieux combinant esthétisme et utilité pratique[68]. Peu après, le jeune Shigi Qutuqu fut reconnu comme étant d'ascendance noble lorsqu'il fut retrouvé errant dans un camp tatar détruit, en raison de son pourpoint de soie doublé de zibeline[69].

Préservation de l'espèce et commerce moderne

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La région de Bargouzine, située sur le lac Baïkal, devint particulièrement célèbre pour ses populations de zibelines au pelage noir de jais parsemé de pointes blanches, dont les peaux pouvaient se négocier entre 80 et 90 dollars l'unité auprès des chasseurs[41]. Afin de protéger et d'accroître ces effectifs face à une chasse intensive qui avait rendu l'animal très rare au début du XXe siècle, la première réserve naturelle de l'Empire russe, la réserve naturelle de Bargouzine, fut créée en 1916. Face au déclin dramatique des populations au cours du XIXe et du début du XXe siècle, les autorités soviétiques interdirent totalement la chasse et le piégeage, traditionnellement pratiqué à l'aide de pièges en acier, durant une période de cinq ans à partir de 1935, un moratoire qui fut consolidé entre 1940 et 1960. Durant cette période de fermeture, 20 000 zibelines issues de fermes d'élevage furent relâchées en liberté, avant de réautoriser une chasse hivernale strictement réglementée par l'octroi de licences[39]. Parallèlement, le développement de l'élevage de zibelines dans des fermes spécialisées permit à l'espèce de recoloniser une grande partie de son ancienne aire de répartition. Sous le régime soviétique, les communautés de Vieux-Croyants furent autorisées à maintenir leur mode de vie traditionnel à la seule condition de livrer la totalité des peaux de zibeline qu'elles produisaient[70].

La dissolution de l'Union soviétique entraîna une recrudescence de la chasse et du braconnage dans les années 1990, motivée par le fait que les fourrures russes prélevées dans la nature restent considérées comme les plus luxueuses et atteignent les prix les plus élevés sur le marché international[71]. À titre d'exemple, en 2010, le volume total s'élevait à 366 000 peaux issues de la chasse et 11 000 peaux issues des fermes d'élevage, avec des prix moyens respectifs de 138 dollars et 167 dollars par pièce[17]. Grâce aux efforts de conservation, la population sauvage mondiale oscille désormais entre 1,1 et 1,3 million d'individus[17]. L'espèce ne possède aucun statut de conservation particulier et reste classée en « préoccupation mineure » sur la liste rouge de l'UICN[17]. À Hokkaidô, la zibelline, reste une espèce chassable[72],[73].

Dans la mode contemporaine, la fourrure de zibeline demeure un produit de luxe intégré dans la confection de cols, de manches, d'ourlets ou de chapeaux traditionnels comme le shtreimel. Enfin, dans le domaine artistique, les pinceaux fins d'aquarelle ou de peinture à l'huile dits « en poil de martre kolinsky » (ou indûment qualifiés de zibeline) ne sont pas fabriqués à partir de poils de zibeline, mais à partir du pelage du kolonock (Mustela sibirica).

Dans les années 1940 à Hokkaidô, la martre à pieds noirs (Martes melampus) a été introduite pour le commerce de la fourrure. Certaines se sont échappées pour former des populations sauvages, notamment dans la région méridionale de l’île. Aujourd'hui, même si les deux espèces cohabitent dans des espaces relativement séparés, une certaine proximité spatiale mais surtout génétique existe toujours entre les deux espèces, ce qui pose un sérieux risque d'hybridation et de diminution de la pureté génétique de la zibeline[13].

Dans la culture

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Mythologie et folklore

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Dans les traditions slaves, la zibeline, à l'instar des autres mustélidés et plus largement des animaux à fourrure, est une créature chtonienne profondément liée à la terre. Cette symbolique explique son association fréquente avec l'Arbre du Monde dans plusieurs récits du folklore slave[74]. Sur le plan culturel, l'animal incarne une figure exclusivement masculine[75]. Dans les chants de mariage russes, particulièrement ceux du Nord, ainsi que dans certaines variantes ukrainiennes relevées dans l'oblast de Rivne, la zibeline personnifie traditionnellement le marié, tandis que la martre représente la mariée[76].

Ce motif matrimonial se retrouve également dans le rite printanier de la « rencontre de la petite zibeline » (vstretcha sobolka), célébré lors de l'Annonciation dans l'oblast de Kalouga, notamment dans le village de Selilovo[77]. Au cours de ce rituel, jeunes hommes et jeunes filles déambulent main dans la main à travers le village en entonnant des chants rituels, les jeunes femmes arborant des chaussures neuves pour fouler la boue des chemins en l'honneur de l'animal, célébré dans les paroles comme un voyageur nocturne et un symbole de prospérité domestique[77][78]. Une métaphore similaire associant la jeunesse et l'union conjugale se dégage d'un chant d'automne biélorusse, où le couple formé par une zibeline et un écureuil fait directement écho à l'intimité d'une jeune fille et de son galant[79].

L'animal revêt une importance spirituelle et matérielle encore plus prononcée au sein de la culture bouriate. Considérée comme un animal « pur », la zibeline voyait sa viande bouillie traditionnellement recommandée aux femmes enceintes pour faciliter l'accouchement, tandis que son bouillon servait de remède pour soigner la toux du bétail. Paradoxalement, la consommation de sa viande était strictement proscrite durant la période de chasse, et la carcasse de l'animal devait faire l'objet d'un rituel de sépulture aérienne, placée dans le creux d'un arbre ou sur un toit, afin d'honorer son origine céleste mythologique.

Les spécialistes avancent que la zibeline a pu être l'animal totem des ancêtres des clans bouriates de la région du lac Baïkal, une hypothèse soutenue par des sources médiévales faisant état de l'union mongole des Bulagachins (évoquée par l'historien persan Rashid al-Din), dont le nom est étymologiquement lié à l'animal ; plus tard, la tribu des Bulagats revendiquera d'ailleurs comme ancêtre légendaire Bulagat, un fils des divinités célestes dont le nom signifie également « zibeline ». Dans les pratiques chamaniques bouriates, la peau de zibeline constituait un attribut essentiel faisant office de fétiche (ongon) pour incarner l'esprit auxiliaire du chamane. Contrairement au monde slave, la tradition bouriate attribue à l'animal une essence féminine, et l'expression imagée de « sourcils de zibeline » (bouriate : булган нидхай) y désigne traditionnellement des sourcils épais qui confèrent une intensité particulière au regard[80].

Mascottes et animation

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Dans le domaine de l'animation occidentale, la zibeline fait une apparition notable sous les traits de Tatyana Tushenko, une gymnaste soviétique de fiction qui figure parmi les personnages principaux du long métrage d'animation Animalympics, produit par Warner Bros. à l'occasion des Jeux olympiques d'été de 1980 à Moscou.

L'animal a également inspiré plusieurs mascottes sportives et institutionnelles en Russie. La plus célèbre est la zibeline Kesha, créée par l'artiste animalier de Krasnoïarsk Viktor Bakhtine (1951—2016) pour servir de mascotte officielle à la Ve Spartakiade d'hiver des peuples de l'URSS en 1982. Kesha fut représenté sur une multitude de produits dérivés de l'événement, allant des insignes et autocollants jusqu'aux sacs de sport et services à café, avant de réapparaître en 1986 dans le film d'animation Starye znakomye dédié à la spartakiade suivante[81],[82],[83],[84]. Par la suite, ce personnage servit de modèle pour les mascottes de la Sibériade de Barnaoul en 2000, de la Spartakiade des peuples de Sibérie en 2004, ainsi que pour la figure héraldique de la commune de Radichtchev dans l'oblast d'Irkoutsk[81].

Plus récemment, une zibeline fut choisie par le vote des supporters pour devenir la mascotte du Football Club Novossibirsk entre 2019 et 2022[85], tandis que la zibeline Kedri fut désignée comme emblème officiel de l'Universiade d'été de 2023 à Iekaterinbourg. Enfin, sur le plan académique, l'animal est représenté sur le logo de l'Université d'État de Transbaïkalie afin d'illustrer son ancrage géographique[86].

Technique, numismatique et philatélie

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Dans le secteur industriel russe, le constructeur automobile GAZ a choisi le nom de l'animal pour baptiser sa gamme de véhicules utilitaires légers et de minibus « Sobol » et « Sobol NEXT ».

Dans le domaine de la numismatique, la Banque centrale de la fédération de Russie a émis à partir de 1994 une série de sept pièces commémoratives en métaux précieux baptisée « Zibeline » dans le cadre de sa collection thématique « Sauvons notre monde ». La philatélie soviétique a également rendu hommage à l'animal à travers plusieurs émissions de timbres-poste, notamment en 1957 avec une illustration de la zibeline de Bargouzine, en 1967, en 1980 avec une variété noire, et en 1984 avec une représentation de l'animal sur un pin de Sibérie.

Antroponymie et toponymie

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À l'époque de la Moscovie, le nom de l'animal était couramment employé comme surnom, servant notamment à désigner les personnes aux cheveux ou aux yeux d'un noir de jais, avant de devenir un prénom non calendaire mentionné pour la première fois dans des documents officiels en 1462[87]. C'est de cette racine que découle le patronyme Sobolev, qui s'est imposé comme l'un des noms de famille les plus fréquents et les plus répandus de l'espace russophone (occupant la 55e place dans le classement d'Elena Balanovskaïa et la 107e place dans celui d'Anatoli Jouravliov)[88],[89]. Le nom de famille Sobol, qui conserve le mot à l'état brut sans suffixe patronymique, est quant à lui attesté dans l'Oural dès les années 1640 et demeure particulièrement caractéristique des régions russes du Sud-Ouest[90],[91]. De manière analogue, l'onomastique historique montre une dérive patronymique directe issue du commerce ou des caractéristiques de l'animal[92],[93].

Sur le plan toponymique, ce référent animal a donné naissance à l'Oïkonyme Sobolevo, partagé par plusieurs localités dans les pays slaves orientaux[87]. De manière plus surprenante, le nom finnois de l'animal est à l'origine du nom de la ville de Nokia en Finlande, berceau de la célèbre multinationale de télécommunications Nokia et de la firme de pneumatiques Nokian.

Héraldique

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La zibeline est une figure héraldique naturelle très fréquente en Europe de l’Est et du Nord, principalement au sein de l'héraldique russe. En raison de son importance historique pour l'économie locale et l'identité sibérienne, son image est représentée sur les armoiries de nombreuses divisions administratives, districts et municipalités de la fédération de Russie. Elle figure notamment comme support ou meuble principal sur les blasons des oblasts de Novossibirsk, de Sverdlovsk et de Tioumen, ainsi que sur les armoiries des villes de Iekaterinbourg, Enisseïsk, Megion, Novossibirsk et Iakoutsk. On la retrouve également dans l'héraldique territoriale des raïons d'Ayano-Maysky, d'Aldan, d'Enisseïsk, de Motyginsky et d'Ouvat, ainsi que sur les armoiries historiques de la ville finlandaise de Nokia.

Notes et références

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