Zkara
Les Zkara ou Zakraoui ou Izkaren (en berbère atlasien : ⵉⵣⴽⵔⵏ Izkaren, en arabe atlasien : الزكرة Al-Zkara) sont une tribu berbère zénète atlasienne, originaire des alentours de la ville de Mestferki, près d'Oujda (Maroc). Cette tribu est connue pour avoir été qualifiée à tort d'anti-islam, à l'époque coloniale, par le missionnaire et anthropologue français Auguste Mouliéras[1].
| Nom arabe |
Zkara/Zakraouiat زكرة/زكراوية |
|---|---|
| Nom berbère |
ⵉⵣⴽⵔⵏ/ⵜⵉⵣⴽⵔⵉⵏ Izkaren/Tizkarin |
| Échelon |
Tribu |
| Région principale | |
|---|---|
| Territoire |
Région tribale des Zkara |
| Chef-Lieu |
Mestferki |
| Fait partie du groupe tribal | |
|---|---|
| Fractions |
Ath Mḥamed, Ath Akkmen, Ath Moussa |
| Langue principale |
|---|
Nom
modifier"Zkara" est une forme de pluriel arabisé de l'impératif berbère "Zkar (ⵣⴽⵔ)", venant lui-même du mot (verbe) berbère "Zakraw (ⵣⴽⵔⴰⵡ)", et qui signifie "Activer", "Être actif/active", "Être non-passif/Être non-passive", "Rendre actif/active", "Rendre non-passif/non-passive", "Faire de l'activisme"[2]. L'activisme qualifie tous les mouvements sociaux, tels que le militantisme, le grévisme, la désobéissance civile, la lutte pour abolir ou imposer des lois, pour l'autonomie ou l'indépendance, etc..., soit le sens exact du nom amazigh Zakraoui (ⵣⴽⵔⴰⵡⵉ). Ce nom se traduit en arabe par "Nachaṭi (نشاطي)", qui vient de "Nachaṭiya (نشاطية)", et qui signifie "Activisme, être actif/active (non-passif/non-passive)". Le mot impératif "Zkar (ⵣⴽⵔ)" est très semblable au mot impératif "Skar (ⵙⴽⵔ)", venant du mot (verbe) berbère "Sakraw (ⵙⴽⵔⴰⵡ)", et qui signifie "Faire". Il y a des synonymes du mot "Zakraw (ⵣⴽⵔⴰⵡ)" en berbère. Ce mot n'a rien à voir avec le mot arabe "Zhakar (ذكر)", puisque en arabe, le mot "Zhakar (ذكر)" signifie "Masculin", alors que l'activité et l'activisme peuvent être autant masculins que féminin, et ne sont pas exclusifs aux hommes, surtout que la passivité n'est pas une énergie en soi. L'activité est représentée par le symbole ♂, par opposition à la passivité, qui est représentée par le symbole ♀. La passivité représente simplement l'absence d'activité.
Le mot « Zekkar (ⵣⴽⴰⵔ) », mot berbère qui serait derivé de « Zakraw (ⵣⴽⵔⴰⵡ) », a donné le mot argotique arabe Zekkara (au pluriel Zkayer), et qui signifie « Faire semblant d'aider ou d'aller dans le sens de la "victime" (souvent une personne capricieuse, imposante, et insistante), pour au final ne pas lui apporter de solution, afin de ne pas subir de reproches de sa part, ce qui serait une forme d'activisme ».

Il y a d'autres tribus au Maroc qui portent aussi le nom de Zakraoui, mais qui n'ont rien à voir avec cette tribu, même si certaines tribus se sont nommées Zakraoui par admiration envers l'activisme berbériste de cette tribu, qui était connue, avant l'époque coloniale européenne, comme combative et même guerrière, face au caprices coloniaux arabo-musulmans, consistants à s'installer sur les territoires tribaux berbères avec arrogance et défi, et à considérer les Berbères comme mécréants et anti-musulmans, au cas où ils étaient chassés, alors que les Berbères sont connus pour leur conservatisme tribal (dialecte, coutumes, traditions, territoire, etc.), même à l'égard d'autres tribus berbères[3]. Les fusils berbères faisaient feu sur les envahisseurs, quand ils ne voulaient pas partir[4].
Histoire
modifierAuparavant, les Zkara avaient une réputation de tribu berbère isolée et dure, en raison de rivalités ancestrales avec des tribus arabes voisines, mais aussi à la suite d'écrits colonialistes au début du XXe siècle visant à rallier le statut autonome régional tribal des Zkara au protectorat français, et à démontrer (à tort) qu'ils sont des berbères non-musulmans ou même anti-musulmans. Ces rivalités sont dues au mépris de la part des Berbères, à l'égard des Arabes bédouins, qui venaient s'installer de manière arrogante sur leurs terres, en prenant comme prétexte l'Islam, et leur reprochant de ne pas être musulmans, et même anti-musulmans, au cas où il refusaient que ces tribus arabes s'y installent, et en leur reprochant leur non-arabisation, qui est prétendument perçue comme non-islamisation[5]. Le problème pour cette tribu, n'était pas spécifiquement les Bédouins, mais tout étranger, étant perçu comme une menace potentielle pour la culture locale (traditions, langue, ethnicité, sécurité, etc.). Comme à l'époque actuelle, où des régions arabes d'Afrique du nord, auraient du mal à accepter une émigration massive de populations arabes du Moyen-Orient, par exemple, par distinction culturelle. Ce problème culturel était très commun aux Berbères en Afrique du nord, à l'époque pré-coloniale. Plusieurs articles ont été écrits à cet effet en France et aux États-Unis sur cette tribu berbère à partir de 1905[6],[7], en particulier par un certain Auguste Moulieras, militaire français né en Algérie et écrivain fervent défenseur du colonialisme et de l'orientalisme, qui sera radié quelques années après la publication d'un écrit instrumentalisé sur les Zkara[5].
En 1907, les Zkara ont aussi combattu quelque peu la France, lors de la pacification du Maroc contre les forces coloniales françaises qui avaient repris l'occupation d'Oujda quelques années après la bataille d'Isly (1844) et après l'expédition contre les Beni-Snassen (1859)[8].
Récemment, un chercheur français a présenté une thèse[9] et plusieurs articles[10] sur les Zkara visant à rétablir la vérité sur leur histoire et l'instrumentalisation colonialiste établie à leur égard au début du XXe siècle.
Les Zkara organisent tous les ans leur Waada ou Moussem à Mestferki (Région tribale des Zkara – Atlas), qui est une fête culturelle populaire, entourée de chants et de danses traditionnels (Ahidous et Fantasia).
Extrait du livre Une tribu zénète anti-musulmane au Maroc : Les Zkara de Auguste Mouliéras.
« Fatigués, harassés par une journée entière de lutte meurtrière, les soldats du Prophète soutinrent mollement le premier choc de ces troupes fraîches qui ne demandaient que plaies et bosses, heureuses qu'elles étaient de s'enivrer à leur tour de l'odeur de la poudre et de se désengourdir les bras en sabrant d'estoc et de taille. Il faut dire aussi que les Beni Bou Zeggou et les Beni-Yaala, qui avaient été entraînés très à contrecœur dans cette aventure tragique, ne tenaient précisément pas à fusiller leurs concitoyens, les Ih'addouyin et les Meharech, qui venaient jusque sous leur barbe leur reprocher leur traîtrise envers leurs vieux amis et demi- frères les Zkara. Ce fut alors que la débandade des Musulmans commença, chacun tirant de son côté, chacun maugréant contre ses alliés, autant et peut-être plus que contre les Infidèles, lesquels, en somme, ne faisaient que leur devoir en essayant de ne pas se laisser exterminer. Le résultat de cette sanglante journée fut que les Mahométans (Arabes) eurent 220 hommes tués et un nombre considérable de blessés. Les Zkara (Berbères) déplorèrent la mort de 50 des leurs et ils emportèrent du champ de bataille plus de 200 blessés (≃19ème siècle)»
Langue et culture
modifierLes Zkara parlent l'arabe marocain atlasien et le berbère marocain atlasien (zénète de l'Oriental marocain), un dialecte berbère proche du berbère rifain (Iznassen, Ikebdanen, Qel'aya, Ayt Bou Yahyi, etc...).
Les Zkara sont majoritairement musulmans, mais comme toute tribu berbère, ont longtemps conservé des traditions ancestrales, comme le tatouage berbère, et ce, jusqu'au milieu du XXe siècle. L'époque actuelle connait une renaissance de la berbèrophonie, par l'enseignement du dialecte berbère local, pour les enfants. Les générations de gens nés après 1912 (début du protectorat français), sont nés dans un contexte de sécularisation locale, où la langue arabe était plus commune en ville, ce qui fait qu'ils ont grandi et se sont construits, avec l'arabophonie, et n'ont donc pas transmis la langue berbère, n'ayant pas eu l'occasion d'en recevoir une éducation. De plus, les mélanges issus de père berbère et de mère arabe ont favorisé d'avantage l'arabophonie.
Tribus
modifierLes Izkaren sont divisés en trois principales tribus berbères, elles-mêmes divisées en plusieurs tribus[11] :
- Ath Mḥamed
- Ath Berrima
- Ath Zerachna
- Ath Bou Khelifa
- Ath Benaïsaïne
- Ath Ḥammou
- Ath Soualmïa
- Ath Yaznathen El Mâaïcha
- Ath Yaznathen Bousma
- Ath U Lahcene
- Ath Aadoudine
- Ath Kherarga
- Ath Qessouïne
- Ath Akkmen
- Ath Touachena
- Ath lzzount
- Ath U Gana
- Ath Bou Aasaker
- Ath Moussa
- Ath Moussa
- Ath Igliemouïn.
Selon certaines estimations, les Zkara seraient plus de 25 000 personnes, dans la région, et à l'étranger (France, Espagne, Belgique, etc...)
Notes et références
modifier- ↑ « Une tribu zénète anti-musulmane au Maroc (les Zkara) », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Google Search », sur www.google.com (consulté le )
- ↑ Robert Montagne, « I. - Ce que sont les Berbères », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Auguste (1855-1931) Auteur du texte Mouliéras, Une tribu zénète anti-musulmane au Maroc (les Zkara) / par Auguste Mouliéras,..., (lire en ligne)
- 1 2 Mouliéras - Une tribu zénète anti-musulmane - Les Zkara.pdf (lire en ligne)
- ↑ S., « The Zkara, A Christian Tribe in Morocco », Bulletin of the American Geographical Society, vol. 36, no 6, , p. 343–346 (ISSN 0190-5929, DOI 10.2307/198886, lire en ligne, consulté le )
- ↑ S., The Zkara, A Christian Tribe in Morocco, Bulletin of the American Geographical Society, (lire en ligne)
- ↑ (ar) Oujda Et L'amalat (lire en ligne)
- ↑ Ariel Planeix, « L'instrumentalisation historiographique dans les processus de marginalisation des populations rurales au Maroc, le cas des Zkara », Maghreb et sciences sociales, "Marges, normes, éthique", (Ed. Karine Bennafla), IRMC Tunis/L'Harmattan Paris, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Ariel Planeix, « L'"anti-islamisme" des Zkara au regard des situations coloniales et postcoloniales », F. Pouillon & J.C. Vatin, Après l'orientalisme, (Karthala), (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (ar) Oujda Et L'amalat (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- Auguste Mouliéras, Une tribu zénète anti-musulmane au Maroc (les Zkara), Paris, A. Challamel, , 264 p. (lire en ligne).
