Zoreilles
Dans les départements, régions et collectivités de la France outre-mer (DROM-COM), le terme zoreille (qu'on peut aussi orthographier zoreilles, z'oreil ou encore zorey) désigne un Français métropolitain. Le vocable provient d'un usage culturel originaire de l'île de La Réunion, département et région d'outre-mer (DROM) situé dans le sud-ouest de l'océan Indien. Il s'est ensuite exporté en Nouvelle-Calédonie, dans le sud de l'océan Pacifique, puis vers d'autres départements, régions et collectivités français d'outre-mer.
En pratique, à La Réunion, ce terme fait particulièrement allusion à la communauté métropolitaine vivant sur l'île, un peu comme une composante de la population réunionnaise, aux côtés des communautés culturelles dites globalement créoles : Petits et Gros Blancs, Malbars, Zarabes, Chinois, et Cafres.
Étymologie
modifierRobert Chaudenson, dans son Lexique du parler créole de La Réunion (Paris, 1974), rapporte que l'origine du terme vient de l'expression malgache « menasofina » (« oreilles rouges ») qui est initialement utilisé par les malgaches pour désigner de façon péjorative tout colon né à Madagascar[1]. En effet, les colons nés à Madagascar avaient la réputation d'être plus durs car plus habitués à Madagascar que les nouveaux arrivants, et par conséquent souvent énervés et avec des oreilles rouges[2]. L'expression malgache, encore très populaire aujourd'hui, s'applique à tout natif de Madagascar non-malgache, qu'il soit métropolitain, réunionnais, mauricien ou grec.
Lors de la colonisation de Madagascar, l'expression a été traduite en « zoreille » et adopté par de nombreux colons réunionnais, qui représentait alors la moitié des colons de Madagascar. Ceux-ci l'utilisaient également pour désigner un colon d'origine réunionnaise natif de Madagascar.
Chaudenson rapporte que le terme n'existait pas avant la Première Guerre Mondiale, et qu'il fut rapporté à la Réunion à l'issue de la décolonisation. En effet, dans les années 1960 de nombreux colons d'origine réunionnaise, métropolitaine ainsi que des colons natifs de Madagascar ont fait le choix de s'exiler à la Réunion plutôt qu'en métropole, puis plus tard dans les années 1970 une deuxième vague est arrivée avec les colons réunionnais de la Sakay. Le terme s'est donc exporté à la Réunion et a continué à désigner les français natifs de Madagascar, mais a été peu-à-peu déformé par les réunionnais non-colons pour s'étendre à tous les colons qui n'était pas natifs de la Réunion, majoritairement blancs. En effet, les réunionnais non-colons ne faisaient pas la différence entre un colon natif ou non-natif de Madagascar, mais uniquement entre un blanc de Madagascar, un yab et un gros blanc.
Plus tard, lors de l'arrivée de français de métropole dans les années 1990, ce terme leur a été aussi appliquée par extension car il s'appliquait alors à tous les blancs non-natifs de la Réunion.
C'est pour cela qu'aujourd'hui, à Madagascar on utilise le terme pour désigner un descendant de colon ou d'expatrié qui est né à Madagascar, alors qu'à la Réunion il est plutôt utilisé pour désignr les métropolitains qui viennent s'installer à la Réunion.
Un dérivé singulier de plus en plus courant : « Z'oréol »
modifierLe terme « Z'oréol » (qu'on peut aussi orthographier « Zoréole » ou encore « Z'oréole ») est un dérivé de plus en plus courant du terme « Z'oreille ». En fait, il s'agit de la contraction des termes « Z'oreille » (métropolitain) et « Kréol » (créole réunionnais quelle que soit sa communauté culturelle). À La Réunion, il couvre plusieurs réalités :
- Il peut désigner l'enfant d'un couple mixte « Z'oreille » / Créole réunionnais (vivant ou non à La Réunion) qui est élevé dans les deux cultures et peut s'exprimer autant comme un « Z'oreille » que comme un Créole réunionnais.
- Il peut désigner un enfant né à La Réunion d'au moins un parent « z'oreille »[3].
En s'exportant à la Martinique et en Nouvelle-Calédonie (et de plus en plus dans le reste de l'outre-mer français), le terme est employé de façon plus restreinte pour désigner un Métropolitain installé en outre-mer.
Ethnologie
modifierÀ La Réunion (et dans les autres territoires où il s'est exporté), le terme « Z'oreille » a pu être et peut encore être utilisé de façon très péjorative par des Créoles réunionnais « anti-métropolitains ». Ils reprocheraient alors aux métropolitains leur éventuelle arrogance, leur mépris pour la culture locale qui serait vue comme une sous-culture sans valeur, leur comportement de vrai « colon » vis-à-vis des locaux ou encore (selon un aspect « populiste » universel) à cause de leur nombre perçu comme excessif sur le sol réunionnais qui ferait d'eux la source du fort taux de chômage sur l'île (puisqu'ils viendraient voler des emplois aux « vrais Réunionnais » qu'on n'identifierait qu'aux Créoles réunionnais, toutes communautés confondues).
Notes et références
modifier- ↑ Christian Merlo, « Chaudenson (Robert) : Le Lexique du parler créole de la Réunion », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 62, no 229, , p. 700–701 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Dictionnaire et Encyclopédie malgaches : menasofina »
- ↑ Cf. article ZOREIL du lexique figurant dans Michel Beniamino, Le français de La Réunion, EDICEF, coll. « Actualités linguistiques francophones » Vanves, 1996 (ISBN 2-84-129240-1) [lire en ligne]
