École de Mars
L'École de Mars est une école qui dispensait un enseignement militaire et civique pendant la Révolution française. Également nommée le « Champ de Mars », elle était installée dans la plaine des Sablons, aux portes de Paris et du bois de Boulogne.
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France |
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Plaine des Sablons (d) |
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Création de l'école
modifierCréée par décision de la Convention nationale du 13 prairial an II (), l'École de Mars est installée dans la plaine des Sablons, à Neuilly-sur-Seine, aux portes de Paris. Elle doit recevoir de jeunes citoyens, six par district, choisis parmi les fils de sans-culottes. Ils devaient y recevoir une instruction militaire, afin de fournir les cadres de l'Armée, mais aussi être formés « à toutes les vertus républicaines. L’École exercera ces jeunes gens à la Fraternité, à la Discipline, à la Frugalité, à l'Amour de la Patrie et à la Haine des rois »[1].
Ce décret reçut une rapide exécution ; le Camp-des-Sablons se peupla de 3 468 adolescents[2], désignés « élèves de l'École de Mars » ; pour devenir « braves comme Décius, vertueux comme Aristide et tacticiens comme Xénophon », ils n'avaient qu'à suivre l'exemple et les leçons de leurs instituteurs.
Les représentants du peuple Jean-Pascal Charles de Peyssard et Philippe-François-Joseph Le Bas sont chargés de l'administrer, par arrêté du comité de salut public du 14 prairial (). Après le 9 Thermidor (), Le Bas, qui s'est suicidé, est remplacé par Jacques Brival le 15 thermidor (), puis Louis-Bernard Guyton-Morveau le 26 thermidor (). Le 27 fructidor (), un décret renouvelle les représentants et nomme Marie-François Moreau et Alexis-Joseph Bouillerot-Demarsenne[3].
Installation du Champ de Mars
modifierdessinée par David.
Dans les derniers jours de , la Convention fit faire des travaux dans la plaine des Sablons, près de la Porte Maillot : des hangars le long du mur du bois de Boulogne, des baraques en planches, des tentes, des kilomètres de palissades peintes en bleu, blanc et rouge ; au bout de quelques jours, un camp se dressait sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le rond-point de la Porte Maillot, les rues de Chartres, de Sablonville et l'avenue de Neuilly jusqu'au-delà de la place du Marché.
Les habitants de Neuilly, pour se rendre dans la capitale, devaient faire un détour par les Ternes. Si un père ou une mère d'élèves s'approchait des palissades, il s'entendait inviter à passer au large : des invalides avaient leur corps de garde dans une maison de la Porte Maillot.[réf. nécessaire][style à revoir]
Le 13 prairial an II (), le public vit de loin arriver des élèves recrutés dans tous les coins de la France, les uns costumés en gardes nationaux, les autres à la mode de leur province, la plupart fils d'artisans et de cultivateurs.

dessiné par David.
Uniforme
modifierL'arrivée des élèves se fit par une porte ouverte dans le mur du parc, la Porte Rouge. Ils furent invités à se déshabiller et à remettre l'argent qu'ils avaient sur eux, en échange d'un reçu ; ils touchèrent un bonnet de police, une blouse de coutil blanc nommé sarrau, un pantalon et un gilet de velours, en attendant les uniformes, dessinés pour eux par David : leurs costumes verts, noirs, bruns, gris, fournis par les drapiers des Halles, les faisaient comparer à l'armée turque : tuniques à la polonaise, ornée de nids d'hirondelles en guise d'épaulettes, et de brandebourgs ; gilet à châle ; fichu à la Colin, comme cravate ; pantalon collant pénétrant dans des demi-guêtres de toile noire ; shako empanaché ; sabre à la romaine et giberne à la Corse[réf. nécessaire].
Un perruquier de Neuilly les tondait à la Titus, à un pouce de la peau, pour les catogans et les frisures[4].
Ils furent ensuite regroupés par décuries, fractions de dix hommes ; dix décuries formèrent une centurie ; dix centuries, une millerie — à l'instar de l'armée romaine.
Fonctionnement
modifierLes titres de millerion, de centurion et de décurions étaient successivement portés par des élèves tirés au sort ; ils exerçaient, avec les véritables chefs, les fonctions de ces grades, mais seulement pendant le cours de la décade ; les jeunes titulaires « s'acquittaient souvent de leurs fonctions avec une gravité comique et en se donnant des airs d'importance »[réf. nécessaire].
La vie au camp est dure ; les élèves couchent sous la tente ; à cinq heures du matin, un coup de canon les réveille, roulement de tambours, taratata de trompettes : exercice — sans rien dans l'estomac — jusqu'à neuf heures. Après un repos et une collation à neuf heures, ils s'exercent au maniement de la pique, à l'armement et l'entretien d'un fusil, à l'art de la poudre, du chargement d'un canon de tir[réf. nécessaire].
À midi, leur déjeuner se compose d'un demi-litre de légumes secs, haricots et fèves, et d'une livre et demie de pain, avec un peu de porc[5] — menu remplacé par une livre de bœuf, du chou, du riz et des pommes de terre chaque décadi[1] et, comme boisson, de l'eau coupée de vinaigre ou de réglisse.
Le souper était à cinq heures ; à sept heures et demie du soir, un coup de canon signalait l'extinction des feux. En dehors des exercices, ces jeunes citoyens étaient instruits dans les sciences se rattachant à l'art de la guerre ; nombre d'entre eux ne savaient ni lire ni écrire.
Les cours avaient lieu sous une grande tente, donnés par de grands savants de l'époque : Claude Louis Berthollet, Antoine-François Fourcroy, Louis-Bernard Guyton-Morveau, Jean Henri Hassenfratz, Gaspard Monge[6] ; ils comprenaient les fortifications et les sapes, la physique et la chimie, la justice et l'administration militaire[1].
Quant à l'ordre et à la discipline à l'intérieur du camp, ce chapitre laissait à désirer[réf. nécessaire].
Fermeture de l'école
modifierSes opposants étaient convaincus que Robespierre recruterait bientôt sa garde prétorienne parmi ces petits jacobins. Après le 9-thermidor, le personnel fut épuré de ses éléments robespierristes, à la suite d'un décret proposé par Jean-Lambert Tallien[3].
La Convention thermidorienne décide, le 2 brumaire an III (), la fermeture de l'école[1]. Elle est effective du 3 au 15 brumaire[3] ; les élèves sont renvoyés chez eux. Plus tard, plusieurs de ceux-ci seront inscrits dans les registres de contrôle des troupes, comme sous-officiers ou officiers jusqu'à l'Empire[1].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Jean-Paul Bertaud, p. 387.
- ↑ Julia 1990, p. 136.
- 1 2 3 J. Guillaume, p. 311.
- ↑ Langlois 1836.
- ↑ Initialement il n'y avait que de la viandes salée qui provoqua une telle dysenterie que l'on décida de la remplacer par de la viande fraîche quand on en trouvait 'voir bibliographie : Souberbielle, Observations sur l'épidémie dysentérique qui a régné à l'École de Mars, au camp des Sablons, dans l'an II de la République (1793), .
- ↑ Julia 1990, p. 134.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Hyacinthe Langlois, Souvenirs de l'École de Mars et de 1794, Rouen, F. Baudry, (lire en ligne).
- Joseph Souberbielle (1754-1846) Observations sur l'épidémie dysentérique qui a régné à l'École de Mars, au camp des Sablons, dans l'an II de la République (1793), avec l'indication des moyens employés pour la combattre, édition 1832, 8 p, (lire en ligne)
- Arthur Chuquet, L'École de Mars, 1794, E. Plon, Nourrit, 1899, 363 pages (lire en ligne) (compte-rendu par Pierre Caron dans Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1899, tome 1, no 3, p. 289-290).
- J. Guillaume, « L'École de Mars et le livre récent de M. Arthur Chuquet », La Révolution française : revue d'histoire contemporaine, Paris, Société de l'histoire de la révolution française, Charavay frères, 1899, tome 37, p. 294-316.
- Jean-Paul Bertaud, « École de Mars », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989 (Quadrige, 2005, p. 387).
- Dominique Julia, « Sélection des élites et égalité des citoyens. Les procédures d'examen et de concours de l'ancien Régime à l'Empire », dans Léo Hamon, La Révolution à travers un département (Yonne), MSH, (lire en ligne), p.117-153.
- « L'école de Mars », p. 125-126, dans sous la direction d'Alain Lemoine et Rodolphe Trouilleux, Des Ternes aux Batignolles, Délégation à l'Action Artistique de la Ville de Paris, Paris, 1986, (ISBN 2-905118-04-0)
- Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française. -, Paris, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », , [détail des éditions] (ISBN 978-2-221-08850-0).

