Économie du Venezuela
Le Venezuela est l'un des pays en développement fortement dépendant de ses ressources naturelles. Sa croissance économique est étroitement liée au pétrole, le pays possédant les plus importantes réserves de pétrole brut au monde. Historiquement, le Venezuela figurait parmi les économies les plus riches d'Amérique du Sud, attirant de nombreux immigrants, en particulier entre les années 1950 et les années 1980. La situation s'est inversée avec l'effondrement des prix du pétrole dans les années 1980. Les exportations pétrolières de la compagnie d'État PDVSA assurent 95 % des exportations et 60 % du PIB.
| Économie du Venezuela | |
Plaza Venezuela Sunset | |
| Monnaie | Bolivar souverain |
|---|---|
| Année fiscale | calendaire |
| Statistiques | |
| Produit intérieur brut (parité nominale) | 210,1 milliards $ PPP (2018)[1] |
| Rang pour le PIB en PPA | en volume du PIB : 47e |
| Croissance du PIB | 17,73% (2022) |
| PIB par habitant en PPA | 12 500 $ (2017) |
| PIB par secteur | agriculture : 4,7 % (2017) industrie : 40,4 % (2017) services : 54,9 % (2017) |
| Inflation (IPC) | 46,305 % (juin 2018)[2] |
| Pop. sous le seuil de pauvreté | 19,7 % (estim 2015) |
| Indice de développement humain (IDH) | |
| Population active | 14,21 millions |
| Population active par secteur | agriculture : 7,3 % industrie : 21,8 % services : 70,9 % (T4 2011) |
| Taux de chômage | 33,3 % (2018)[1] |
| Commerce extérieur | |
| Exportations | 32,06 milliards $ (2017) |
| Biens exportés | pétrole et produits pétroliers, bauxite et aluminium, minéraux, produits chimiques, produits agricoles |
| Principaux clients | États-Unis 34,8%, Inde 17,2%, Chine 16%, Antilles néerlandaises 8,2%, Singapour 6,3%, Cuba 4,2% |
| Importations | 11 milliards $ (2017) |
| Biens importés | produits agricoles, bétail, matières premières, machines et équipement, équipement de transport, matériaux de construction, équipement médical, produits pétroliers, produits pharmaceutiques, produits chimiques, produits sidérurgiques |
| Principaux fournisseurs | États-Unis 24,8%, Chine 14,2%, Mexique 9,5% |
| Finances publiques | |
| Dette publique | 38,9 % du PIB (2017) |
| Recettes publiques | 92,8 milliards de dollars (estim 2017) |
| Dépenses publiques | 189,7 milliards de dollars (estim 2017)2 |
| Sources : https://www.cia.gov/the-world-factbook/countries/venezuela - Estimations 2013 |
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Depuis 2013, le pays est confronté à une grave crise économique due notamment à la baisse du prix du pétrole de 2014 à 2016, puis aggravée par les sanctions américaines. Des millions de citoyens ont été contraints à l'exode économique. Le PIB a chuté de 70 % en moins de dix ans. L'économie est marquée par la corruption, les pénuries alimentaires, le chômage et la mauvaise gestion du secteur pétrolier. Le Venezuela a connu une hyperinflation entre 2014 et 2024, avec un pic à 80 000 % fin 2018, et un taux d'inflation moyen de près de 60 %.
Histoire
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Importance ancienne du pétrole
modifierLa principale activité économique est l'exploitation et le raffinage du pétrole pour l'exportation et la consommation intérieure. Son exploitation officielle commence dès 1875 dans l'État de Táchira.
En 1922, le dictateur vénézuélien Juan Vicente Gómez autorise les sociétés pétrolières américaines à rédiger la loi pétrolière du Venezuela[4].
Dès les années 1930, le pays est devenu le premier exportateur mondial de brut et le deuxième producteur, derrière les États-Unis[5]. La production pétrolière est contrôlée à plus de 80 % par la compagnie anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell et les compagnies américaines Standard Oil of New Jersey [future ExxonMobil] et Gulf Oil [future Chevron]. Le reste est aux mains de petites entreprises étrangères. Le dictateur Juan Vicente Gomez [1908-1935] se montre très accommodant : toutes bénéficient de conditions très avantageuses, les concessions sont de longue durée et les redevances inférieurs à 7 %[6].
En 1936 a lieu la première grève dans l'industrie du pétrole.
Dans les années 1940 le gouvernement vénézuélien tente progressivement de renforcer le contrôle national sur le pétrole. Un nouveau cadre juridique impose à partir de 1943 aux opérateurs pétroliers de partager leurs bénéfices à parts égales avec l’État. Dans le même temps, un terme est fixé aux concessions, avec l'année 1983 comme date butoir[5],[7]. Les compagnies américaines ont tenté de faire obstacle à ces réformes mais le président Franklin Roosevelt, qui en pleine Seconde Guerre mondiale souhaitait conserver de bons rapports avec Caracas, leur impose de les accepter[6]. Des conditions encore plus favorables sont négociées en 1945, après qu’un coup d’État a porté au pouvoir un gouvernement de gauche comprenant Juan Pablo Pérez Alfonso.
En 1950, le Venezuela est le quatrième pays le plus riche par habitant au monde[8]. Pendant la dictature de Marcos Pérez Jiménez de 1952 à 1958, le Venezuela connaît une croissance du PIB remarquablement élevée, de sorte qu'à la fin des années 1950 le PIB réel par habitant du Venezuela a presque atteint celui de l'Irlande ou de l'Allemagne de l'Ouest qui se relève encore de la guerre.
Rómulo Betancourt (président de 1959 à 1964) hérite à partir de 1958 et 1959 d’une énorme dette intérieure et extérieure causée par des dépenses publiques effrénées. Il réussit à équilibrer le budget public du Venezuela et lance une réforme agraire qui échoue[9]. Le gouvernement, comprenant à nouveau Pérez Alfonso, élabore un plan pour un cartel pétrolier international, qui deviendra l'OPEP.
En 1973, le Venezuela vote pour nationaliser son industrie pétrolière à compter du , Petróleos de Venezuela (PDVSA) présidant un certain nombre de sociétés holding. Au cours des années suivantes, le Venezuela construit un vaste système de raffinage et de commercialisation aux États-Unis et en Europe[10]. Les compagnies étrangères bénéficient d'une indemnisation généreuse et peuvent continuer à raffiner et commercialiser le brut vénézuélien[6].
Les années 1990 voient la libéralisation du secteur pétrolier. Cette politique d’« ouverture pétrolière » vise à enrayer la baisse de la production après des années de chute des prix du pétrole. Le Venezuela n’a pas la technologie nécessaire pour exploiter les pétroles extralourds de la ceinture de l’Orénoque, dans l’est du pays. Afin d’attirer les compagnies étrangères pour ces projets qui exigent de gros investissements pour des marges réduites, le gouvernement propose alors des royalties à 1 % seulement. Parallèlement, PDVSA sous-traite à des compagnies privées l’exploitation de certains gisements[6].
Années de crise (1990-2003)
modifierAu début des années 2000, le secteur pétrolier domine l'économie avec à peu près un tiers du PIB, 85 % des bénéfices à l'exportation[11] et 43 % des revenus du gouvernement[12].
Cette dépendance de l'économie au pétrole participa à une importante crise financière en 1994, aggravée par la récession de 1993.
Alors que le taux de progression moyen du PIB PPA (parité de pouvoir d'achat) dans le monde entre 1990 et 2002 était de 57 %, le Venezuela est l'un des rares pays où celui-ci a baissé en passant de 6 169 dollars par habitant en 1990 à 5 380 dollars en 2002 et 4 740 $ en 2003. Plus de 80 % des Vénézuéliens vivent dans la pauvreté en 1999[13].
En 1999, l'économie nationale a régressé de 7,2 %. Un effondrement des cours pétroliers durant la première moitié de l'année, jusqu'à 10 dollars le baril, avait accéléré la récession, et amené le gouvernement de Chávez à contacter les autres pays membres de l'OPEP afin de réduire la production mondiale et faire remonter le cours du baril. En , la réunion de La Haye permet la réduction de 4 % des quotas pétroliers de l'Oman, la Russie (non membre de l'OPEP), le Mexique (non membre de l'OPEP) et l'Arabie saoudite. Les cours du pétrole remontent.
En 2001, la croissance du PIB fut de 2,7 %. Une augmentation significative des prix internationaux du pétrole a permis de sortir l'économie de la forte récession subie durant l'année 1999. Le secteur non pétrolier relativement faible, une fuite intense des capitaux, une chute temporaire des prix du pétrole et les tentatives de déstabilisation du gouvernement ont empêché que la récupération soit plus forte.
En 2002, le régime des changes a été changé par le gouvernement, passant d'un régime à taux libre flottant vers un régime à taux fixe contrôlé par le gouvernement, ce qui fit se déprécier considérablement la monnaie, le bolivar.
Dans les années 2000 le président socialiste Hugo Chávez souhaite replacer le pétrole sous le giron de l’État pour financer sa politique de redistribution des richesses. Un conflit avec PDVSA, qui a suivi la tentative de coup d’État d’avril 2002, conduit à une grève de plusieurs mois qui fait entrer l'économie vénézuélienne dans une forte récession et menace de faire chuter le gouvernement. Ce dernier licencie 18 000 membres du personnel, soit près de la moitié des effectifs, affaiblissant durablement les capacités opérationnelles de la compagnie[5].
Relance (2004-2013)
modifierLe , la monnaie a été dévaluée face au dollar américain, le taux de change officiel passant de 1 920 à 2 150 bolívars par dollar. En 2005 le Venezuela a présenté une balance déficitaire d'exportations non-traditionnelles (c.-à-d. hormis le pétrole) par rapport à celle d'importations. En général, le Venezuela est un pays qui dépend des importations, y compris les produits alimentaires de base.
Le , Chavez a annoncé que le Venezuela retirait une partie de ses réserves de devises étrangères des banques américaines pour les placer en Europe.
La croissance de l'économie en 2005 a été de 9,4 % du PIB. Cependant, les experts internationaux en économie estiment que la demande se situe à 20 %, donc la croissance de l'économie se fonde en grande partie sur les dépenses publiques et la consommation du secteur privé, ce qui explique les phénomènes observées d'ores et déjà. L'inflation est estimée à 17 %, la plus élevée du continent, selon les chiffres de la Banco Central de Venezuela (BCV) et du CEPAL.
En 2006, les multinationales étrangères sont sommées de renégocier leurs contrats et d’intégrer des coentreprises contrôlées par PDVSA. ConocoPhillips et ExxonMobil refusent ces nouvelles règles et quittent le Venezuela, engageant des procédures d’arbitrage international pour obtenir une indemnisation de la saisie de leurs actifs. D’autres choisissent de rester, comme l’américaine Chevron, l’espagnole Repsol ou encore la française Total[5].
Les réserves internationales en devises ont atteint 25 milliards de dollars en 2006, et 29 milliards de dollars en 2007. Le gouvernement a fait baisser les réserves d'un coup de 12 milliards de dollars dans une période de six mois seulement face à des tensions spéculatives sur la monnaie nationale.
Mais cette croissance est déséquilibrée, elle est due surtout à l'accroissement des dépenses publiques qui dépasse le tiers du PIB en 2006 qui a vu l'inflation augmenter et dépasser les 15 %[14]. Cependant, cette croissance même déséquilibrée aura des effets bénéfiques à long terme en raison des fortes dépenses consenties en matière d'éducation et de santé.
Les annonces du président Chavez au début de concernant la re-nationalisation des compagnies de télécommunications et d'électricité (privatisés depuis environ une décennie), la fin de l'indépendance de la banque centrale et une révolution socialiste ont fait chuter la bourse de Caracas de 19 % le [15].
Le , lors d'un discours, Hugo Chavez a critiqué l'indépendance de la banque centrale, qui ne l'est que du gouvernement politique élu et pas du FMI. Il a aussi dénoncé le fait qu'avant son intervention, la plupart des réserves internationales étaient placées dans des banques américaines à un taux d'intérêt de 3 % et que sur cet argent, les mêmes banques accordaient des crédits au Venezuela avec des taux d'intérêt de 8 à 10 %, accusant au passage l'élite en place avant lui d'être parfaitement au courant de cet état de fait[16].
Le , Hugo Chavez annonce le retrait du Venezuela du FMI (dont le pays a remboursé tous ses emprunts en avance grâce aux rentrées d'argent dues à l'exploitation pétrolière) et de la Banque mondiale[17].
Au début de l'année 2008, le gouvernement vénézuelien annonce la nationalisation très prochaine de la production de ciment[18], montrée comme une réponse au choix des sociétés étrangères d'exporter une partie de leur production en situation de pénurie de logements.
La crise économique de 2008 et l'effondrement soudain du cours des matières premières ont conduit à une faible croissance et une inflation forte. La forte inflation (30,9 % en 2008) a affecté la population durant cette période, mais le maintien des cours du pétrole et des volumes d'exportation ont permis à l'économie de se maintenir.
La hausse régulière des cours du pétrole jusqu'au milieu de l'année 2008 a été une aubaine pour le Venezuela. 93 % des exportations vénézuéliennes, qui ont généré 99,923 milliards de dollars en 2008, sont issues du secteur pétrolier. Les importations se sont élevées en 2008 à 47,601 milliards de dollars selon des chiffres préliminaires. En 2008, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) s'est élevée à 4,9 % contre 8,4 % en 2007, et l'inflation a atteint 30,9 %. (Record d'inflation pour l'Amérique Latine pour la troisième année).
En 2009, le gouvernement a estimé que la croissance grimperait à 6 % et l'inflation à 15 % mais si le baril de brut se maintient à 40 dollars, ce qui n'est pas le cas, et que le Venezuela en vend à l'étranger quelque 2,3 millions de barils par jour à ce prix, il réalisera alors 32,580 milliards de dollars de recettes en 2009. Ce montant ne suffira pas à couvrir le coût de ses importations élémentaires[19].
Le , le bolivar est dévalué pour lutter contre l'inflation et un double taux de change est institué avec le dollar pour favoriser l'industrie locale[20]. La croissance a atteint 4 % en 2011.
En 2010, le commerce de détail est nationalisé, dont la filiale vénézuélienne du groupe éxito, détenue par le groupe français Casino[21], accusée de contribuer à la hausse des prix. La filiale locale de l'américain NorPro, fabricant un produit pour les forages pétroliers est étatisée et intégrée à l'entreprise publique PDVSA. Le groupe sidérurgique italien TenarisDalmine est exproprié de ses actifs, n'ayant trouvé un accord financier avec le gouvernement[22].
Bilan des années de relance (2004-2013)
modifierAprès 2003, à la faveur de l'augmentation des prix des hydrocarbures, d'un climat politique plus détendu et de la reprise en main de PDVSA, le Venezuela a connu un taux de croissance du PIB de 13,5 % en moyenne jusqu'en 2009 (un des plus hauts du monde, selon les chiffres officiels et ceux du FMI)[23].
Les investissements sociaux du gouvernement (par le biais des misiones) dans les domaines éducatifs, alimentaires et médico-sanitaires, créées depuis 2001 commencent à porter leurs fruits : le taux de pauvreté est réduit entre 2003 et 2008 de près de 30 points (de 54 % à 26 %), dont une diminution particulièrement significative de l'extrême pauvreté de 72 %[23], tandis que près de 1 250 000 personnes ont été alphabétisées entre 2003 et 2004 selon les chiffres de la BCV (Banco Central de Venezuela)[réf. nécessaire]. Ces progrès sociaux s’accompagnent aussi d'une réduction des inégalités mesurées par l'indice de Gini[23].
Le PIB par habitant en PPA est passé entre 2003 et 2008 de 5 033 à 8 500 dollars selon les chiffres du FMI (estimation), et de 5 500 à 8 500 $ entre 1999 et 2008 (est.).
Le PIB a été multiplié par cinq entre 1999 et 2014, passant de 98 milliards à 482 milliards de dollars[24]. En dépit de cette forte augmentation du PIB, la vie quotidienne des Vénézuéliens est marquée par des problèmes graves de pénurie alimentaire, d’accès aux services publics du fait de la gestion gouvernementale chaotique : défaillances du ravitaillement en gaz domestique, coupures d’électricité... Même si les gouvernements précédents avaient toujours été assez inefficaces en ce qui concerne la gestion des services publics, à la fin de la décennie 2000, l’infrastructure du pays s’est littéralement effondrée, le gouvernement n’ayant pas investi dans ces domaines[25].
Difficultés et effondrement (depuis 2013)
modifierL'économie vénézuélienne étant fortement dépendante de la rente pétrolière, qui représente 90 % des exportations et 50 % du budget de l'État, l'effondrement des cours du pétrole démarrée en 2013 — les prix du pétrole chutent de 70 % entre 2014 et 2016 — a fait chuter les revenus de l'État et exploser le taux d'inflation. Les difficultés économiques ont conduit à de graves problèmes de pénurie, notamment alimentaire[26]. Le déficit public du Venezuela est estimé à 20 % du PIB en 2015[27]. Une inflation de 700 % est attendue sur l'année 2016 d'après le FMI, après une inflation de 159 % en 2015[28].
À la suite des manifestations de 2014 contre le président Nicolás Maduro, de l'insécurité, des pénuries dans les magasins et d'une hyperinflation de l'ordre de 60 %, l'économie vénézuélienne est en crise. Concernant le climat des affaires, le pays est classé 181e sur 189. Les uniques ressources du pays proviennent du pétrole, néanmoins en baisse depuis 10 ans[29].
Les Vénézuéliens doivent faire la queue pour obtenir la plupart des produits de base de consommation (sucre, huile, médicaments, papier toilette...) et l'État doit pratiquer le rationnement. Le gel des prix a engendré un important marché noir, au sein du pays et avec les pays voisins, comme la Colombie. En 2014, le pays a la plus forte inflation mondiale (68 %). Avec l’effondrement des cours du pétrole, la pauvreté augmente[30].
Selon le FMI, l'inflation pourrait bondir à 2068 % en 2018 après 720 % en 2017 ; le PIB vénézuélien devrait se contracter de 12 % en 2017 après une chute de 18 % en 2016. Plus d’un million de Vénézuéliens ont fui leur pays pour se réfugier en Colombie, qui a un temps fermé sa frontière. D’autres ont choisi Manaus, au Brésil, pour sa commodité d’accès. Pas moins de 50 000 personnes sont parties chercher refuge au Chili[31]. Le PIB a chuté de 30 % entre 2014 et 2017[24]. Fin 2018, le pays atteint un taux d'hyperinflation de l'ordre de 1 000 000 %, alors qu'en , le pays a dévalué le bolivar de 100 000 pour 1 et augmenté le salaire minimum par 34. Dans le même temps, un dixième de la population a émigré, et le PIB a chuté de 40 % en quatre ans[32].
Le président Nicolás Maduro est très critiqué pour ses décisions économiques. Il maintient notamment une politique de contrôle des changes, qui impose une parité du bolivar (la monnaie vénézuélienne) face au dollar ; des hommes d'affaires ont ainsi pu acheter des dollars à un prix très inférieur à leur valeur réelle, provoquant une importante fuite des capitaux. En outre, l'État a continué de rembourser scrupuleusement ses créanciers plutôt que d'engager une renégociation des termes de la dette ; entre 2014 et 2017, le pays a ainsi dépensé près de 72 milliards de dollars en remboursement de dette plutôt que d'investir dans la diversification de l'économie[24].
En raison de la spirale inflationniste, les entreprises ne fixent plus les prix des produits en fonction du coût de production, mais par rapport à ce qu'elles estiment qu'il faudra dépenser pour les produire de nouveau à l'avenir, relançant ainsi le processus inflationniste[24]. Pour y répondre, le gouvernement a renforcé le contrôle des prix dans le pays — limitant à 30 % les marges autorisées —, ce qui a conduit au développement d'un marché noir important, notamment pour les devises étrangères[33].
À partir de 2017, les sanctions économiques des États-Unis interdisent presque complètement au Venezuela l'accès aux marchés financiers internationaux. En , le pays est déclaré en défaut de paiement partiel par les agences de notation Fitch Ratings et S&P Global[34]. Selon l'économiste Christopher Dembik, « ce sera sans doute le défaut de paiement le plus compliqué de l'histoire, et celui avec le moins d'impact global »[35]. En , en réaction à la crise et aux sanctions, il annonce la création d'une crypto-monnaie, le petro, dont le cours dépend du pétrole, du gaz, de l'or et du diamant[36]. En 2016, sa réserve d'or est de 361,1 tonnes, une masse relativement constante depuis le début du XXIe siècle. En , elle n’est plus que de 150 tonnes[37].
En 2018, Nicolás Maduro opère une libéralisation économique. Il flexibilise le contrôle des changes et le plafonnement des prix, met en place des coupes budgétaires et des restrictions de distribution de crédit, lève les droits de douane pour des milliers de produits, tout en réautorisant l'utilisation du dollar comme monnaie[38]. Ces mesures ont pour effet de provoquer une diminution de l'inflation, avec l'abandon de la « planche à billet », et les pénuries commencent à se réduire. Ainsi, l'inflation, de 130 000 % en 2018, a diminué pour atteindre 7 300 % en 2020, puis 686 % en 2021[38]. Cependant, l'essentiel des échanges (environ 60 %), s'effectue en dollars et non en bolivar[38]. Cependant, Nicolás Maduro annonce en 2020 qu'il rétablira le contrôle des prix alors qu'ont lieu dans le pays des manifestations liées à « la hausse des prix des aliments et produits de première nécessité »[39].
Fin 2020, Nicolas Maduro présente à l'Assemblée nationale une loi « anti-blocus » afin de « rendre plus flexible l'investissement dans l'activité économique vénézuélienne ». Afin d'attirer des capitaux privés, « la loi permet de classer confidentielles, pendant un certain nombre d'années, les informations relatives aux contrats passés par des particuliers avec des investisseurs privés. Ce sont les hommes d'affaires eux-mêmes qui nous ont demandé cette forme de protection, car les États-Unis sanctionnent les entreprises qui font des affaires avec le Venezuela ; ça a été le cas de Rosneft [compagnie pétrolière russe] par exemple ». Cette confidentialité permettrait aussi, selon des analystes, au gouvernement vénézuélien de contourner la Constitution, laquelle interdit qu'une entreprise privée nationale ou étrangère ait une participation majoritaire dans une entreprise mixte[38]. Le gouvernement vénézuélien assure que cette loi, visant à répondre aux sanctions américaines, sera temporaire[38]. Selon lui, des « progrès spectaculaires en termes d'investissement et d'alliances ont été réalisés dans différents domaines de l'économie ». Ricardo Cusanno, le président de la Fedecámaras, la principale organisation patronale du pays, se félicite pour sa part du « développement de l'agrobusiness », grâce à la nouvelle loi[38].
Si l'économie a été relancée (7 % de croissance en 2022[40]), la libéralisation a surtout profité a la classe aisée, qui représente 6 % de la population. Les ventes de produits de luxe ont considérablement augmenté tandis qu'en 2020 l’État a autorisé la réouverture des casinos, dont Hugo Chávez avait autrefois annoncé la fermeture, les qualifiant de « lieux de perdition, qui ne servent qu'à enrichir la bourgeoisie »[41].
Ces politiques ont accentué les inégalités sociales dans un pays qui, dix ans auparavant, était considéré comme le plus égalitaire d'Amérique du Sud[38]. Ceux dont les revenus continuent d'être versés en bolivars, comme les trois millions d'employés du secteur public et les cinq millions de Vénézuéliens auxquels l'État verse des pensions de retraite, et qui n'ont de ce fait qu'un accès très limité aux dollars, ne bénéficient pas de l'embellie économique[38]. Le sociologue vénézuélien Andrés Antillano note que, « privé des revenus qu'engendraient les exportations pétrolières, coupé des capitaux étrangers du fait des sanctions, incapable de collecter des impôts et, ainsi, de redistribuer les richesses, le Venezuela finit par devenir un pays sans État »[38].
En , une panne d’électricité conduit à la paralysie générale du pays. La panne a pour origine le barrage de Guri, qui fournit 80 % de l'électricité consommée au Venezuela[42],[43].
En 2026, suite à la crise américano-vénézuélienne depuis 2025 et à l'enlèvement de Nicolás Maduro, remplacé par Delcy Rodriguez, les États-Unis assouplissent les sanctions économiques contre le Venezuela et le Venezuela et le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale rétablissent leurs relations[44]. En parallèle, l'inflation diminue, passant annuellement de 450 % à 150 % grâce à la relance des ventes de pétrole[44].
Sanctions économiques contre le Venezuela
modifierLes États-Unis instaurent des premières sanctions économiques contre le Venezuela en 2015, sous la présidence de Barack Obama (2008-2016), au motif que le pays constituerait une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis ». Celles-ci sont renforcées par son successeur Donald Trump (2016-2020) et maintenues par Joe Biden (2020-2024)[45]. John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, explique au sujet des sanctions que « c’est un peu comme dans Star Wars, lorsque Dark Vador étrangle quelqu’un. C’est ce que nous faisons au régime sur le plan économique[38]. »
Ces sanctions visent toute « personne » ou « entité » entretenant une relation commerciale ou financière (ou faisant usage du dollar) avec l’État vénézuélien, les grandes entreprises publiques vénézuéliennes (dont la compagnie pétrolière PDVSA) ou qui ont un lien avec les institutions. Elles interdisent depuis 2019 au Venezuela l’accès au marché énergétique ainsi qu’au système financier et bancaire américain et à ses opérateurs dans le monde. Ainsi, parmi les mesures les plus handicapantes, le Venezuela se voit empêché de financer sa dette sur les marchés internationaux, et sa compagnie pétrolière ne peut plus utiliser le dollar[45].
Les États-Unis déclarent également, en 2019, un embargo sur le pétrole vénézuélien, dont ils étaient les principaux acquéreurs. Le Canada et l’Union européenne se sont joints à ces sanctions[38]. Le Venezuela évalue les pertes de l’industrie pétrolière à 232 milliards de dollars entre 2015 et 2024[45]. Depuis 2025, les pays achetant du pétrole vénézuélien subissent la mise en place de droits de douane supplémentaires de 25 % sur leurs échanges commerciaux avec les États-Unis[46].
Les sanctions ont eu pour conséquences d'assécher les entrées de devises au Venezuela, de l'exposer à un risque-pays prohibitif pour les investisseurs internationaux et considérablement réduit son commerce extérieur. De nombreux actifs vénézuéliens à l'étranger (comptes bancaires, réserves d’or, compagnie Citgo, filiale de PDVSA établie aux États-Unis, etc) ont été confisqués à la demande des autorités américaines, pour un montant total estimé entre 24 et 30 milliards de dollars[45].
Structure économique
modifierLa population vénézuélienne était de 30,4 millions d'habitants en 2013. Le taux de chômage y est estimé à 7,9 % de la population active[47].
- Population active par secteur : (estimation 1997)
- Services : 64 %
- Industrie : 23 %
- Agriculture : 13 %
Secteur primaire : culture, élevage, pêche, mines
modifierProduction agricole :
- maïs, sorgho, sucre de canne, riz, bananes, légumes, café, bœuf, porc, lait, œufs.
Le Venezuela est passé d'une production de 17 160 577 tonnes d'aliments en 1998 à 24 686 018 tonnes en 2018[48].
Pétrole
modifierLa caractéristique principale du pétrole vénézuélien est d'être un pétrole lourd dont l'extraction et le raffinage engendrent des coûts plus élevés que le pétrole léger présent notamment au Moyen-Orient. Le Venezuela produisait 2,85 millions de barils par jour en 2010.
Selon l'OPEP, les réserves prouvées en pétrole du pays atteindraient 296,50 milliards de barils ce qui le place à la première place mondiale devant l'Arabie saoudite[49].
Secteur secondaire
modifier- Industries :
- production matériaux de construction, industrie alimentaire, industrie textile, production d'acier et d'aluminium, assemblage de moteurs de voitures.
- Production électrique : 106,48 milliards de kWh (2005)
- énergie fossile : 25,46 %
- énergie hydraulique : 74,54 %
- Consommation électrique : 106,48 milliards de kWh (2005)
Secteur tertiaire
modifierLe Venezuela comporte plusieurs banques, y compris une banque publique dédiée au micro-financement de projets menés par des femmes : Banmujer.
Notes et références
modifier- 1 2 (en-US) « Report for Selected Countries and Subjects », sur imf.org (consulté le ).
- ↑ (en-US) « Venezuela annual inflation hits 46,305 percent in June », Reuters, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Human Development Reports | Specific country data | VEN » [« Rapports sur le développement humain | Données spécifiques par pays | VEN »], sur hdr.undp.org, Programme des Nations unies pour le développement, (consulté le ).
- ↑ (en) Yergin, Daniel. The Prize: The Epic Quest for Oil, Money, and Power. New York: Simon and Schuster. 1990. pp. 233–236; 432.
- 1 2 3 4 « Entre le Venezuela et les Etats-Unis, cent ans d’une histoire pétrolière tourmentée », Le Monde, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 « Francisco Monaldi, expert en politique énergétique : « Accuser le Venezuela de vol comme le fait Washington ne tient pas » », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ Yergin 1990, p. 435.
- ↑ NationMaster. "GDP per capita in 1950 statistics.".
- ↑ (en) Alexander, Robert. "Nature and Progress of Agrarian Reform in Latin America." The Journal of Economic History. Vol. 23, No. 4 (December 1963), pp. 559–573.
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Voir aussi
modifier- Enrique Krauze, El poder y el delirio, Tusquets Editores, Barcelona, Espana, 2008.
- Alliance bolivarienne pour les Amériques