Édit de Nemours
L'édit de Nemours, signé par le roi de France Henri III le 7 juillet 1585 à Nemours (actuel département de la Seine-et-Marne), est un texte législatif révoquant tous les édits de tolérance accordés aux protestants du royaume de France au cours des sept guerres de Religion survenues de 1562 à 1580. Cet édit a pour conséquence le déclenchement de la huitième guerre de Religion (1585-1598).
Contexte
modifierLe , le seul frère encore vivant d'Henri III, le duc d'Anjou et duc d'Alençon François de France, meurt sans laisser de postérité. Henri III n'ayant pas d'enfant, son successeur présomptif est, en vertu de la « loi salique » (succession exclusivement en ligne masculine[1]), Henri de Bourbon, roi de Navarre, commandant en chef des armées protestantes[2] durant les sixième et la septième guerres de Religion[3].
Les catholiques extrémistes[4], regroupés notamment dans la Ligue catholique sous l'égide du duc Henri de Guise, ne veulent en aucun cas d'un souverain protestant. Ils cherchent donc à faire adopter une nouvelle règle pour l'accès au trône de France : être catholique[5].
Au printemps 1585, la Ligue prend le contrôle de nombreuses villes. Henri III se déclare alors chef de la Ligue () et en gage de bonne foi, publie cet édit qui constitue une rupture catégorique avec le roi de Navarre et le parti protestant.
Contenu de l'édit
modifierHenri III révoque tous les édits de tolérance précédents : en conséquence, tout exercice du culte protestant est interdit ; les protestants doivent abjurer ou s'exiler ; les pasteurs doivent quitter le royaume sans le moindre délai sous peine de mort. Sur le plan des personnes, les princes du sang protestants, Henri de Navarre et son cousin Henri de Bourbon-Condé, sont déclarés inaptes à la succession au trône[5].
Conséquences
modifierCet édit constitue un casus belli pour les protestants, qui se sont déjà rebellés à sept reprises depuis 1562. Il marque donc le début de la huitième guerre de Religion, qui, contrairement aux précédentes, va durer plus de dix ans, jusqu’en 1598, avec pour résultats, entre autres : l'assassinat du duc de Guise sur ordre d'Henri III (1588) ; l'assassinat d'Henri III par un moine ligueur (1589) ; l'avènement d'Henri de Navarre comme roi de France (1589) ; sa conversion au catholicisme (1593) ; l'édit de Nantes (1598), nouvel édit de tolérance qui marque la fin de la huitième guerre de Religion.
Notes et références
modifier- ↑ Une règle qui n'existe pas à l'époque dans d'autres royaumes comme ceux d'Angleterre ou de Castille. Bien qu'attribuée aux Francs saliens, elle date seulement de 1328, à la suite de la mort du dernier descendant en ligne aînée d'Hugues Capet, Charles IV le Bel. Elle a permis l'avènement de la maison de Valois, cousine des Capétiens, dont Henri III est le dernier représentant masculin. Henri IV, fils d'Antoine de Bourbon, descend d'un fils cadet de saint Louis.
- ↑ Jean Delumeau, « Renaissance et discordes religieuses », dans Georges Duby (dir.), L'Histoire de France, Paris, Larousse, 2007, p 478.
- ↑ Henri de Navarre, fils de la reine de Navarre Jeanne d'Albret, calviniste convaincue, a été contraint de se convertir au catholicisme à la suite du massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572). Retenu ensuite à la cour de France, il s'en est échappé en 1576 et est alors redevenu calviniste. Pour l'Église, il est non seulement protestant, mais aussi relaps.
- ↑ Il y avait aussi des catholiques modérés, notamment les « politiques », comme Montaigne, ami d'Henri de Navarre.
- 1 2 Michel Péronnet, Le XVIe siècle, Paris, Hachette, collection « U », 1981, p. 292.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Édouard de Barthélemy, « Catherine de Médicis, le duc de Guise et le traité de Nemours, d'après des documents inédits », Revue des questions historiques, tome XXVII, , p. 465-495, en ligne sur le site Gallica
- Xavier Le Person, « « Les larmes du roi » : sur l'enregistrement de l'édit de Nemours le 18 juillet 1585 », Histoire, économie et société, 1998, Volume 17, n° 3, pp. 353-376, en ligne sur le site Persée.