Église Saint-Cuthbert d'Édimbourg
L'église Saint-Cuthbert est une église paroissiale de l'Église d'Écosse située à Édimbourg. L'édifice actuel a été conçu par Hippolyte Blanc (en) et achevé en 1894.
Histoire
modifierOn ignore la date de fondation de la première église Saint-Cuthbert. Certaines sources secondaires la situent dans la seconde moitié du VIIe siècle, du vivant ou peu après celui de saint Cuthbert. D'autres placent sa fondation et sa dédicace au saint après l'arrivée en Écosse de la reine Marguerite en 1069[1]. L'église pourrait également être celle d'« Edwinsbruch » mentionnée par Syméon de Durham comme faisant partie de Lindisfarne en 854[1],[2].
La première mention explicite de l'église apparaît dans une charte d'environ 1127, émise par David 1er, accordant à l'église Saint-Cuthbert près du château « toutes les terres en contrebas du château, depuis la source qui jaillit près du coin du jardin du roi le long du chemin menant à l'église, et depuis l'autre côté sous le château jusqu'à un chemin sous le château vers l'est ».
La charte de 1127 est suivie presque immédiatement d'une autre en 1128. Cette charte, également émise par David Ier, attribue la paroisse de Saint-Cuthbert à l'abbaye de Holyrood. L'église est consacrée par David de Bernham, évêque de St Andrews, le 16 mars 1242. Il s'agit probablement d'une nouvelle consécration pour pallier la perte de toute trace de consécration antérieure. En 1251, l'évêque David rattache le presbytère de Saint-Cuthbert à Holyrood, qui en fait dès lors un vicariat perpétuel, généralement détenu par un chanoine de Holyrood[3].

Une relique de l'église médiévale Saint-Cuthbert est découverte en 1773. Lors de la démolition de l'ancienne église, des ouvriers déterrent des ossements et une urne dans un cercueil de plomb. L'urne contenait un cœur humain embaumé. Il pourrait s'agir du cœur d'un croisé rapporté à sa famille de Terre sainte.
Aux XVIe et XVIIe siècles, la situation de l'église Saint-Cuthbert, à l'ombre du château d'Édimbourg, la rend vulnérable lors des attaques contre ce dernier. En janvier 1573, durant le siège du château pendant la guerre civile écossaise, les troupes du régent Morton occupent Saint-Cuthbert. Attaquée par des défenseurs du château, l'église est incendiée le . En 1593, une nouvelle église, connue sous le nom de « Petite église », est construite.
Lorsque Charles 1er érige le diocèse d'Édimbourg en 1633, l'église Saint-Cuthbert est rattachée à ce nouveau diocèse. Elle est de nouveau endommagée durant les guerres des évêques (1640-1642).
En 1660, lors de la Restauration et du rétablissement de l'épiscopat dans l'Église d'Écosse, les ministres et la plupart des fidèles adhérent aux Covenants et sont exclus de l'Église établie.
Lors de la Glorieuse Révolution de 1689, l'église est encore endommagée par les tirs de canon du château. L'accession au trône de Guillaume d'Orange entraîne l'abolition de l'épiscopat au sein de l'Église d'Écosse et le droit de nommer les ministres de Saint-Cuthbert passe à la Couronne.
Au milieu du XVIIIe siècle, l'église Saint-Cuthbert est pratiquement en ruine. En 1745, le toit s'écroule et en 1772 le bâtiment est condamné. Une nouvelle église est inaugurée en 1775[4].
À la fin du XIXe siècle, l'église est cependant devenue trop petite pour ce qui était alors l'une des plus importantes communautés d'Écosse. Le dernier office a lieu le 11 mai 1890 et la première pierre de la nouvelle église est posée le 18 mai 1892 par William Hay. Conçue par Hippolyte Blanc, elle est inaugurée le 11 juillet 1894.
L'église est classée en catégorie A depuis 1970.
Description
modifierExtérieur
modifierÀ l'exception du clocher, l'église est conçue par Hippolyte Blanc dans les styles Renaissance et baroque et construite entre 1892 et 1894. L'extérieur est réalisé en grès crème, grossièrement taillé et relié à des parements en pierres de taille. L'extérieur est divisé en deux niveaux, supérieur et inférieur, par une assise continue en pierres de taille. Chaque angle de l'église est orné de pilastres corinthiens cannelés au niveau supérieur et de chaînes d'angle au niveau inférieur. La toiture, à faible pente, est couverte d'ardoises.
Les façades nord et sud de l'église sont quasi identiques. Des fenêtres en plein cintre percent le niveau supérieur de chacune des quatre travées. Les architraves de ces fenêtres sont soutenues par des pilastres corinthiens cannelés. Le niveau inférieur de chaque travée est percé d'une fenêtre oblongue sous une architrave à corniche. Un haut parapet en pierres de taille court le long du sommet de ces quatre travées.
À l'extrémité est de chaque côté s'étend un transept à fronton peu profond. Au niveau inférieur se trouve une porte encadrée de pilastres doriques et d'une corniche, flanquée de petites fenêtres. Le niveau supérieur du transept est percé d'une arcade de trois fenêtres en plein cintre, flanquée de pilastres corinthiens cannelés et soutenue par des meneaux à colonnes corinthiennes. À l'ouest du transept, côté nord, des marches descendent vers une porte en plein cintre au niveau inférieur de l'église : il s'agit du caveau funéraire Nisbet de Dean, construit en 1692 et conservé lors de la construction de l'église actuelle.
Les façades nord et sud se terminent par des tours baroques à base carrée et à trois étages, côté est des transepts. De petites fenêtres oblongues percent chacun des deux étages supérieurs, tandis que des portes se trouvent au rez-de-chaussée. Chaque tour est surmontée d'une urne ornementale à chaque angle et d'une lanterne composée d'un étage inférieur à base carrée et d'un étage supérieur en forme de coupole octogonale. L'étage inférieur de la lanterne est percé d'une haute arche en plein cintre sur chaque face, tandis que des contreforts d'angle, ornés de pilastres ioniques doubles cannelés, soutiennent chaque angle. Les contreforts sont coiffés de volutes décoratives qui s'appuient contre les faces intermédiaires de la coupole octogonale, tandis que des oculi percent les faces principales. Chaque coupole est couronnée d'un dôme surmonté d'un fleuron sphérique.
Les deux tours jumelles forment les flancs de la façade est. La partie centrale est dominée par l'abside semi-circulaire, coiffée d'une demi-coupole en plomb sous le sommet du pignon. La partie inférieure de l'abside est dépourvue d'ornementation, tandis que la partie supérieure est divisée en trois travées par des pilastres corinthiens. Dans chaque travée, une fenêtre oblongue surplombe un panneau orné de guirlandes sculptées. De part et d'autre de l'abside, le mur est légèrement en saillie par rapport à l'alignement des tours et est surmonté d'une frise décorative.
Intérieur
modifierLe sanctuaire se compose d'une large nef avec un plafond plat en plâtre à caissons. Une tribune en forme de U, soutenue par des colonnes corinthiennes en marbre, s'appuie contre les murs nord, sud et ouest. Des arcs en plein cintre sur pilastres doriques ouvrent sur les transepts et le chœur[5].
Le chœur se compose d'une abside semi-circulaire; trois travées, séparées par des pilastres doriques, se terminent par des arcs en plein cintre qui s'insèrent dans la voûte du plafond en demi-coupole. Chaque arc est percé d'une fenêtre à arc surbaissé. Entre la nef et l'abside se trouve une travée avec des arcs en plein cintre longitudinaux, sous un plafond voûté à caissons. Les marches du chœur sont en marbre avec un sol en mosaïque.
L'église Saint-Cuthbert est remarquable pour son mobilier et sa décoration ornés, inspirés de la Renaissance italienne. Dans les deux décennies qui ont suivi l'ouverture de l'église actuelle en 1894, ces éléments ont suscité la controverse entre ceux qui louaient leurs qualités esthétiques et ceux qui estimaient qu'une telle opulence était inappropriée dans une église presbytérienne. De nouveaux éléments ont été ajoutés tout au long du XXe siècle[5].
L'élément central de l'extrémité est de l'église Saint-Cuthbert est la table de communion. Cette table en marbre blanc présente une façade divisée en trois compartiments par des pilastres corinthiens. Le compartiment central renferme une croix en marbre aventurine à centre doré et incrustations de porphyre. Cette croix imite celle du tombeau de saint Cuthbert. De part et d'autre du compartiment central se trouvent des compartiments ornés de nacre et de lapis-lazuli.
Du côté nord se dresse la chaire en marbre. Conçue par Hippolyte Blanc, elle est installée en 1898 pour remplacer une chaire en bois plus ancienne. La chaire repose sur quatre piliers de marbre rouge aux chapiteaux ioniques blancs. Le corps de la chaire est revêtu de panneaux de marbre vert antique; son panneau central présente un ange sculpté en relief. Sous la chaire, la pierre de fondation de l'église repose sur des fragments de maçonnerie gothique découverts lors de la démolition de l'édifice précédent. À côté des fonts baptismaux se trouve le lutrin, une sculpture en bronze représentant un ange, réalisée par David Watson Stevenson et installée en 1895.
Hippolyte Blanc dessine également les stalles en bois du chœur. Elles présentent des extrémités en volute, semblables à celles des bancs de la nef. Les stalles des anciens dans l'abside arborent des détails Renaissance plus élaborés.
Au-dessus des lambris, les murs de l'abside sont ornés d'une frise en albâtre représentant la Cène. La frise, installée en 1908, est divisée en trois travées; son dessin a été adapté par Hippolyte Blanc d'après la Cène de Léonard de Vinci et sculpté par Bridgeman de Lichfield[6].
Dans les panneaux du plafond du chœur, des peintures murales de Gerald Moira représentent les quatre évangélistes, tandis que la voûte de l'abside est ornée d'une scène du Christ en gloire par Robert Hope. Les écoinçons de l'arc triomphal sont décorés d'anges peints par John Duncan en 1931. Moira a également orné le mur ouest de la nef, au-dessus de la tribune, d'une grande peinture murale représentant saint Cuthbert à Lindisfarne.
Vitraux
modifierEn 1893, le conseil paroissial approuve l'ajout de vitraux et décide d'un « programme général et harmonieux de sujets bibliques applicable à l'ensemble de l'église. » Presque tous sont installés entre 1893 et 1912 par la firme écossaise Ballantyne & Gardiner et représentent des scènes bibliques encadrées par des édicules de style Renaissance[6]. Les vitraux du côté nord représentent des scènes de l'Ancien Testament, tandis que ceux du côté sud illustrent des scènes du Nouveau Testament. Les vitraux de l'abside représentent la Crucifixion, la Cène et la Nativité. Dans le transept nord, les vitraux on retrouve des représentations de Ninian, Columba et Aidan, tandis que ceux du transept sud illustrent des scènes de la vie de Cuthbert. D'autres vitraux, réalisés par la Tiffany Glass Company (après 1900), montrent David partant à la rencontre de Goliath, et, dans la chapelle du monument aux morts, la Crucifixion et Cuthbert, œuvres de Douglas Strachan (1922).
Orgue
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L'orgue de Saint-Cuthbert est construit par Robert Hope-Jones de Birkenhead. Les tuyaux sont initialement disposés de part et d'autre du chœur dans des buffets conçus par Hippolyte Blanc. L'orgue est reconstruit et agrandi en 1928 par Hill, Norman et Beard. Entre 1956 et 1957, il est remanié et encore agrandi avec l'ajout d'un buffet supplémentaire dans le transept nord par Ian Gordon Lindsay. L'orgue est reconstruit entre 1997 et 1998 par JW Walker & Sons, et les buffets restaurés. L'orgue actuel possède quatre claviers et 67 jeux[6].
Bibliographie
modifier- Drummond, Andrew Landale (1934). The Church Architecture of Protestantism. T. & T. Clark
- Dunlop, A. Ian (1988). The Kirks of Edinburgh: 1560–1984. Scottish Record Society. ISBN 0-902054-10-4
- Gifford, John; McWilliam, Colin; Walker, David (1984). The Buildings of Scotland: Edinburgh. Penguin Books. ISBN 0-14-071068-X
- Hay, George (1957). The Architecture of Scottish Post-Reformation Churches: 1560 to 1843. Oxford University Press.
- Lorimer, George (1915). The Early History of St Cuthbert's Church, Edinburgh. William Blackwood and Sons
- Gray, William Forbes (1940). Historic Edinburgh Churches. The Moray Press.
- Royal Commission on the Ancient and Historical Monuments of Scotland (1951). An Inventory of the Ancient and Historical Monuments of the City of Edinburgh with the Thirteenth Report of the Commission. His Majesty's Stationery Office.
- Stephenson, Marigold H.; Hunter, Ailsa B. J.; Thow, Jean (1994). The Kirk below the Castle. St Cuthbert's Parish Church
Références
modifier- 1 2 Dunlop 1988, p. 109.
- ↑ Gray 1940, p. 23.
- ↑ « 'Edinburgh St Cuthbert's Parish Church' », arts.st-andrews.ac.uk (consulté le )
- ↑ Dunlop 1988, p. 110.
- 1 2 « Our History », stcuthberts-edinburgh.uk (consulté le )
- 1 2 3 « Our Building – the Sanctuary », stcuthberts-edinburgh.uk (consulté le )
Liens externes
modifier- Site officiel
- Ressource relative à la musique :
