Élection présidentielle hongroise de 2026
L'élection présidentielle hongroise de 2026 (en hongrois : 2026-es magyar elnökválasztás) se tient le afin d'élire au suffrage indirect le président de la République de Hongrie pour un mandat de cinq ans.
| ||||||||||||||
| Élection présidentielle hongroise de 2026 | ||||||||||||||
| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Inscrits | 199 | |||||||||||||
| Votants | 146 | |||||||||||||
| 73,36 % | ||||||||||||||
| Votes exprimés | 146 | |||||||||||||
| Blancs et nuls | 0 | |||||||||||||
| András Baka – Indépendant | ||||||||||||||
| Voix | 140 | |||||||||||||
| 95,89 % | ||||||||||||||
| Président de la République | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| Ágnes Forsthoffer (intérim) Tisza |
András Baka Indépendant | |||||||||||||
| modifier - modifier le code - voir Wikidata | ||||||||||||||
L'élection intervient de manière anticipée à la suite de la signature le par le président Tamás Sulyok d'un amendement voté par l'Assemblée nationale prévoyant sa propre démission, dans la foulée de la large victoire du parti Tisza de Péter Magyar aux élections législatives d'avril 2026.
L'ancien président de la Cour suprême András Baka est élu en absence d'opposants. Candidat indépendant soutenu par Tisza, il entame un mandat à la durée incertaine. Le parti au pouvoir a en effet annoncé son intention de mettre en oeuvre une révision constitutionnelle visant à élire le président au suffrage direct, suivie d'une élection présidentielle anticipée.
Contexte
modifierÉlection présidentielle de 2024
modifier
En février 2024, la présidente en exercice Katalin Novák se retrouve au cœur d'un scandale national après avoir accordé sa grâce présidentielle l'année précédente à plusieurs personnalités controversées, dont un prêtre condamné pour avoir couvert des agissements pédophiles[1]. Après des manifestations réclamant son départ, Katalin Novák annonce sa démission le [2]. Le président de l'Assemblée nationale, László Kövér, assume l'intérim de la présidence de la République.
Le , Tamás Sulyok, un juriste sans appartenance politique mais soutenu par le Fidesz, alors président de la Cour constitutionnelle, est sans surprise élu par le Parlement, où le parti national-conservateur dispose d'une majorité absolue[3].
Le scandale ayant mené à l'élection anticipée d'un nouveau chef d’État a pour conséquence indirecte l'ascension politique de l'ex-mari de Judit Varga et député du Fidesz, Péter Magyar, qui annonce sa démission de ses fonctions et forme peu après le Parti Respect et liberté (Tisza), principal parti d'opposition au Fidesz, qui remporte les élections législatives de 2026[4],[5].
Démission de Tamás Sulyok
modifierÀ la suite des élections législatives du qui voient le parti d'opposition Tisza remporter une large majorité des sièges à l'Assemblée nationale, Tamás Sulyok reçoit le chef du parti vainqueur, Péter Magyar, qui lui suggère de démissionner dans les semaines suivant l'installation du nouvel exécutif puisqu'il le juge « indigne d'incarner l’unité de la nation hongroise [et] incapable de veiller au respect de la loi »[6]. Dès le soir du , Péter Magyar a sommé le chef de l'État de partir au plus vite, le qualifiant de « marionnette » au service de « l'ancien système »[7],[8],[9]. Le , Tamás Sulyok inaugure la nouvelle législature puis propose formellement aux députés d'élire Péter Magyar, qui prend ses fonctions dans la foulée après avoir appelé de nouveau le chef de l'État à se démettre[10]. Le président Sulyok refuse toutefois de se retirer, malgré l'ultimatum fixé au par Péter Magyar[11]. Ce dernier déclare par la suite qu'il compte le faire destituer par la nouvelle majorité parlementaire dans les plus brefs délais[12],[13].

Le Parlement hongrois examine, à partir du une série d’amendements constitutionnels prévoyant la destitution du président[14]. Le , le Parlement vote la fin du mandat du président de la République[15]. Tamás Sulyok dispose de cinq jours pour promulguer le texte qui mettrait fin à ses fonctions dès le lendemain. Il peut également démissionner ou renvoyer le texte à la Cour constitutionnelle qui ne dispose plus du contrôle de constitutionnalité depuis une réforme votée par Viktor Orbán qui a réduit ses pouvoirs. Péter Magyar indique que si le président sortant ne démissionne pas ou renvoie le texte à la Cour constitutionnelle, une procédure de destitution sera lancée à son encontre. Bien que la destitution soit décidée par la Cour constitutionnelle, le président de la République est suspendu de ses fonctions par l'Assemblée nationale en attendant cette décision, ce qui permet à sa présidente, devenue présidente de la République par intérim, de promulguer le texte à la place du président sortant[16],[17],[18],[19].
Finalement, Tamás Sulyok accepte le de signer le texte de loi, provoquant effectivement la fin de ses fonctions à compter du lendemain de son entrée en vigueur, soit le 20 juillet[20]. Il est provisoirement remplacé par la présidente de l'Assemblée nationale, Ágnes Forsthoffer, en attendant la tenue d'un nouveau scrutin présidentiel[21].
Système électoral
modifier
Le président de la République de Hongrie est élu pour un mandat de cinq ans — renouvelable une seule fois — au suffrage indirect et secret par un collège électoral composé des 199 membres de l'Assemblée nationale[22].
Le mode de scrutin utilisé est une forme modifiée du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Pour l'emporter, un candidat doit réunir au premier tour la majorité qualifiée des deux tiers de l'ensemble des membres du collèges, soit 133 voix. À défaut, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête au premier tour. Est alors élu le candidat qui remporte la majorité absolue des suffrages exprimés[22].
Pour se présenter, un candidat doit être âgé d'au moins trente-cinq ans et recevoir les signatures de parrainage de la part d'au moins un cinquième des membres du collège, soit 40 députés. Chaque député ne peut apporter son soutien qu'à un seul candidat, ce qui réduit à cinq le nombre maximum de candidatures possibles au cours d'une même élection[22]. Depuis la fin du régime communiste en 1990, les élections présidentielles n'ont jamais vu s'opposer plus de deux candidats.
L'élection est organisée entre soixante et trente jours avant la fin du mandat du président sortant, ou dans les trente jours en cas de fin de mandat anticipée. La Loi fondamentale impose au scrutin d'être organisé sur un maximum de deux jours. Le président nouvellement élu prête serment devant l'Assemblée nationale et prend ses fonctions à l'expiration du mandat de cinq ans de son prédécesseur, ou huit jours après son élection si la fin de mandat est anticipée[22].
Candidats
modifierLe , le Premier ministre hongrois Péter Magyar dit vouloir proposer à Judit Polgár d'être candidate à la présidence. Cherchant une personnalité apartisane afin de « servir et représenter tous les Hongrois » dans un esprit d'« unité » , il estime que la joueuse d'échecs pourrait être celle-ci[23]. Dès le lendemain, après s'être entretenue avec elle, le Premier ministre annonce que la joueuse d'échecs a refusé la proposition[24].

Le , au terme d'une consultation interne, András Baka est finalement choisi comme candidat à la présidence de la République par le groupe parlementaire Tisza. Juge à la Cour européenne des droits de l'homme puis président de la Cour suprême entre et , il est surtout connu pour avoir été destitué à l'instigation du gouvernement de Viktor Orbán en raison de son opposition à une réforme prévoyant l'abaissement de l'âge de départ à la retraite des juges, que Baka considérait comme une purge déguisée de la magistrature. La loi en question est ensuite jugée contraire au droit européen par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), mais Orbán ne tient pas compte du verdict[25]. Dans un communiqué, le parti du Premier ministre indique que « l'expérience et l'indépendance professionnelle » d'András Baka le qualifient suffisamment pour exercer la magistrature suprême et veiller à l'unité de la nation[26].
Résultats
modifier| Candidats | Partis | Premier tour | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Voix | % | |||||||
| András Baka | Indépendant[a] | 140 | 95,89 | |||||
| Contre András Baka | 6 | 4,11 | ||||||
| Majorité requise[b] | 133 voix | |||||||
| Votes valides | 146 | 100 | ||||||
| Votes blancs et nuls | 0 | 0 | ||||||
| Total | 146 | 100 | ||||||
| Abstentions | 53 | 26,64 | ||||||
| Inscrits / participation | 199 | 73,36 | ||||||
Conséquences
modifierL'ensemble des 51 députés du Fidesz boycottent la séance. En tant que présidente du parlement et de présidente de la République par intérim, Ágnes Forsthoffer ne peut prendre part au vote et s'abstient ainsi également.
L'indépendant András Baka est élu dès le premier tour, celui ci bénéficiant du soutien de la large majorité détenue par Tisza. Président de la Cour suprême de 2009 à 2011, Baka avait été démis de ses fonctions en raison de son opposition aux réformes judiciaires voulues par le Fidesz.
L'élection d'un ancien juge démis par Viktor Orbán est vue comme une revanche sur l'ancien chef de gouvernement. Après son élection, le chef de l'État ne devrait effectuer qu'un mandat d'un à deux ans, Péter Magyar ayant annoncé vouloir faire adopter une nouvelle Constitution restaurant les droits fondamentaux réduits sous l'ère Viktor Orbán[28].
Notes et références
modifierNotes
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Tamás Sulyok » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Soutenu par Tisza.
- ↑ Au premier tour, la majorité des deux tiers des inscrits est requise, et non pas une majorité des suffrages exprimés. Au second, l'élection ne nécessite plus que l'obtention du plus grand nombre de voix entre les deux candidats restants, soit la majorité absolue des suffrages exprimés.
Références
modifier- ↑ « En Hongrie, démission de la présidente Katalin Novak, critiquée pour avoir gracié un condamné impliqué dans une affaire de pédocriminalité », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ Marianne avec AFP, « Grâce dans une affaire de pédocriminalité : la présidente de la Hongrie, Katalin Novak, démissionne », sur www.marianne.net, (consulté le ).
- ↑ « Hongrie: face au scandale, un nouveau président pour tourner la page », sur L'Obs, (consulté le ).
- ↑ (hu) « Varga Judit volt férje: Egy percig sem akarok olyan rendszer részese lenni, amelyben Tónik, Ádámok és Barbarák vígan röhöghetnek a markukba », sur Telex,
- ↑ « Victoire électorale de Péter Magyar en Hongrie : quels effets possibles pour l'Union européenne ? », sur vie-publique.fr, (consulté le )
- ↑ « Hongrie : Péter Magyar dit avoir demandé au président de démissionner en tête-à-tête », Le Soir, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Elections en Hongrie : revivez la victoire écrasante de Péter Magyar sur Viktor Orban, qui était en poste depuis seize ans », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (hu) « Közjogilag aggályos, hogy Magyar Péter lemondásra szólította az államfőt », Magyar Nemzet, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (hu) « Magyar Péter durván nekiment a köztársasági elnöknek », sur origo.hu, (consulté le ).
- ↑ « En Hongrie, le nouveau Premier ministre Peter Magyar lance la chasse aux fidèles d’Orban », sur france24.com, (consulté le ).
- ↑ « Politique. En Hongrie, le président défie Peter Magyar, qui veut son départ », Courrier international, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Hongrie : Tamás Sulyok refuse de démissionner de la présidence de la République », sur euronews.com, (consulté le ).
- ↑ « En Hongrie, le Premier ministre Péter Magyar menace le président de destitution », sur france24.com, (consulté le ).
- ↑ Jean-Baptiste Chastand, « En Hongrie, Péter Magyar lance une procédure contestée pour destituer le président », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Rulers, 13 juillet 2026.
- ↑ (hu) Tóth Hajni, « Elfogadták az Alaptörvény-módosítást, megszűnik Sulyok Tamás megbízatása, létrejön a vagyonvédelmi hivatal », sur 10perc.hu, 10perc.hu, (consulté le ).
- ↑ (hu) /szerzo/cseke-balazs, « Négy út áll Sulyok Tamás előtt az Alaptörvény módosítása után », sur telex, (consulté le ).
- ↑ « Hongrie : le parlement adopte un amendement pour évincer le président, proche allié de Viktor Orbán ».
- ↑ Jean-Baptiste Chastand, « En Hongrie, le Parlement vote la destitution du président de la République », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (hu) /szerzo/nemeth-halasz-nikolett, « Kihirdették a Magyar Közlönyben a 17. Alaptörvény-módosítást », sur telex, (consulté le ).
- ↑ « Soutien de Viktor Orbán, le président hongrois Tamás Sulyok va finalement démissionner », sur Le Figaro, (consulté le )
- 1 2 3 4 (en) Jean-Pierre Maury, « Constitution hongroise, 2011, Digithèque MJP », sur mjp.univ-perp.fr (consulté le ).
- ↑ « Hongrie : la légende juive des échecs Judit Polgár sollicitée pour briguer la présidence du pays », sur i24news.tv, (consulté le )
- ↑ « Hongrie : la championne d'échecs Judit Polgár refuse de devenir présidente », sur fr.euronews.com, (consulté le )
- ↑ « Hongrie : Andras Baka, le « juge qui a dit non » à Viktor Orban, choisi par le camp de Péter Magyar pour devenir président », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (hu) « Baka Andrást jelöli a Tisza köztársasági elnöknek », sur 444.hu, (consulté le )
- ↑ (hu) Nikolett Németh-Halász, « Baka András az új köztársasági elnök », Telex.hu, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « En Hongrie, Andras Baka, opposant à Viktor Orban, est élu président par le Parlement », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )