Élisabeth Jérémine

géologue franco-russe

Élisabeth Tchernayev, dite Élisabeth Jérémine, en russe : Елизавета Владимировна Ерёмина, née le à Kamenka, en Russie, et morte le à Bad Zurzach, en Suisse, est une géologue et pétrographe franco-russe. Elle est spécialiste des roches et des météorites.

Élisabeth Jérémine
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 84 ans)
Bad ZurzachVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Елизавета Владимировна ЕрёминаVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
française (à partir de )
russeVoir et modifier les données sur Wikidata
Domiciles
Formation
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Maître
Directeur de thèse
Distinctions
signature d'Élisabeth Jérémine
Signature.

Biographie

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Élisabeth Tchernayev naît dans la ville de Kamenka, province de Moscou, dans la famille de Vladimir Tchernayev[1].

En 1904, elle obtient son diplôme du département de physique et de mathématiques (chimie) des Cours supérieurs féminins (cours Bestoujev)[1],[2]. Elle étudie sous la direction du professeur Franz Loewinson-Lessing et devient son assistante au département de pétrographie de l'Université de Saint-Pétersbourg. Ils travaillent sur les roches ignées (magmatique), et elle se spécialise dans l'utilisation du microscope optique polarisant. Avec son professeur, elle participe à la 8ᵉ session du Congrès géologique international, à Paris. De 1904 à 1913, elle enseigne la géologie aux cours Bestoujev. Ses premiers articles scientifiques sont publiés en 1905, en collaboration avec Loevinson-Lessing, dont les relations scientifiques jouent un rôle déterminant pour permettre à Élisabeth de se rendre en Europe et d'approfondir ses études pétrographiques[réf. souhaitée].

En 1905, elle étudie les méthodes optiques en pétrographie avec L. Duparc à l'Université de Genève. Pendant la préparation de sa thèse de doctorat, elle travaille avec le professeur Maurice Lugeon du l'Université de Lausanne[1]. En 1912, elle obtient un doctorat de l'Université de Lausanne pour ses travaux sur la géologie des bassins des pré-Alpes suisses, travaux qui sont publiés dans une monographie co-écrite avec Lugeon en 1911[3]. La Société de géographie lui décerne le prix Charles Grad (médaille d'argent) en 1913[4],[5].

Élisabeth Jérémine aux cotés d'Émile Haug et d'autres éminents géologues européens en 1912.

En 1921, elle participe à la première expédition sur la péninsule de Kola menée par le géochimiste soviétique Alexandre Fersman. Elle est alors son assistante à l'Université de Moscou. À la suite de la révolution d'Octobre, elle fuit la Russie via la Finlande, sous un faux nom et déguisée en gouvernante[6],[1].

Elle commence par travailler au laboratoire de géologie de la Sorbonne sous la direction d'Émile Haug et d'Albert Michel-Lévy. Elle est chargée d'initier les étudiants à l'examen microscopique des roches en lames minces[1]. Bien que de nationalité russe, elle est autorisée à participer aux travaux de la 13e session du Congrès géologique international en 1922 à Bruxelles[7]. En 1926, elle commence à collaborer avec le laboratoire de minéralogie du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, auprès du professeur Alfred Lacroix[1]. De 1924 à 1932, elle reclasse et triple la collection des roches endogènes. En 1927, en collaboration avec le minéralogiste Jean Orcel, elle intervient dans la classification des météorites. À partir de 1928, elle enseigne un mois par an à l'Institut de géologie appliquée de Nancy.

Elle est naturalisée française en 1931[8] et obtient une bourse de la Caisse nationale des sciences[1]. En 1937, elle devint responsable du département de recherche pétrographique du Muséum. En 1939, elle est chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique.

Dans ses travaux scientifiques, elle reste fidèle à l'école géologique russe, même si l'influence de l'école géologique française est manifeste. Au cours de sa carrière académique, Jérémine publie plus d'une centaine d'articles scientifiques et collabore avec des scientifiques de renom, tels que Émile Haug, Alfred Lacroix, Émile Argan ou encore Pierre Pruvost[9]. Elle participe à l'élaboration de la carte géologique de la France en se chargeant de la révision des feuilles de Lunéville, Pontivy, Lannion, Tréguier et Morlaix[1]. Elle mène des expéditions de recherche et étudie des échantillons provenant de différentes régions du monde : France, Canada, Algérie, Cameroun, Kenya, Madagascar, Mali, Niger, Tchad, Portugal, Tahiti[10],[11]. Elle est membre de plusieurs sociétés savantes, tels que la Société géologique de France (1921), la Société française de minéralogie (1928) ou la Société vaudoise des sciences naturelles. Très respectée parmi les pétrographes, elle forme de nombreux étudiants. Elle enseigne la pétrologie à la Sorbonne et intervient à l'Institut de géologie appliquée de Nancy[10]. Elle a prédit un avenir prometteur à l'hypothèse de la dérive des continents d'Alfred Wegener.

Elle étudie la pétrographie des roches sédimentaires, métamorphiques et volcaniques. Ses dernières années, elle étudie avec minutie la composition des matériaux météoriques. Dans les années 1920, elle seconde Alfred Lacroix dans l'élaboration de la collection pétrographique, en remplacement du colonel Azéma, minéralogiste autodidacte, afin de classer et cataloguer la collection[1]. Elle commence aussi l'étude des météorites lorsque la collection du Muséum est transférée à la chaire de minéralogie dont Alfred Lacroix à la charge[1]. À la mort de ce dernier en 1948, elle est nommée, avec Jean Orcel, déléguée de la France au Comité permanent des météorites au Congrès géologique international de Londres. Cela l'amène à décrire une dizaine de chutes de météorites en France, au Portugal, au Maroc, au Cameroun, au Niger, au Sahara, au Soudan et reprend l'étude d'anciennes chutes, comme celle de la météorite de Chassigny[1].

En 1959, elle obtient le Prix Jérôme Ponti de la Académie des sciences[1],[12].

Jusqu'à sa mort intervenue à l'âge de 84 ans elle poursuit ses travaux et ses publications[1]. Elle meurt le à la station thermale suisse de Bad Zurzach et est inhumée sur place. Selon ses dernières volontés, sa pierre tombale comporte son nom inscrit en français et en russe[13],[14]. Jean Orcel, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, rédige sa nécrologie au nom de la Société géologique de France[1].

Hommages et distinctions

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Publications

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  • « Les bassins fermés des Alpes suisses », Bulletin de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles, vol. 47, no 174, , p. 465-535 (lire en ligne Accès libre [PDF])

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Jean Orcel, « Notice nécrologique : Élisabeth Jérémine (1879-1964) », Bulletin de la Société géologique de France, vol. 7, no 4, , p. 608-614
  2. (en) Platon Tchoumatchenco, Michel Durand-Delga, Jean Ricour et Michel Wiazemsky, « Geologists of Russian origin in the francophone countries », Boletín Geoló-gico y Minero, vol. 127, nos 2-3, , p. 711-738 (lire en ligne Accès libre)
  3. « Jérémine Elisabeth – Histoire de la géologie lausannoise » (consulté le )
  4. Jean de Paris, « Société de géographie », Le Figaro, , p. 4 (lire en ligne Accès libre)
  5. 1 2 Emmanuel de Margerie, « Mme Élisabeth JÉRÉMINE », La Géographie : bulletin de la Société de géographie, , p. 400 (lire en ligne)
  6. (en) « International Women In Science : A Biographical Dictionary To 1950 », sur vdoc.pub (consulté le )
  7. « Jérémine Élisabeth », sur Histoire de la géologie lausannoise
  8. Décret du 27 juillet 1931 publié au Journal officiel du 9 août 1931, page 8732.
  9. « Jérémine Élisabeth », sur Histoire de la géologie lausannoise
  10. 1 2 (en) Platon Tchoumatchenco, Michel Durand-Delga, Jean Ricour et Michel Wiazemsky, « Geologists of Russian origin in the francophone countries », Boletín Geoló-gico y Minero, vol. 127, nos 2-3, , p. 711-738 (lire en ligne Accès libre)
  11. (en) « JÉRÉMINE, ÉLISABETH (TSCHERNAIEFF) (1879-1964) », dans Marilyn Ogilvie, Joy Harvey, The biographical dictionary of women in science : Pioneering lives from ancient times to the mid-20th century, vol. 1 : A-K, Routledge, (ISBN 0-415-92038-8, lire en ligne), p. 656-657
  12. 1 2 (en) Platon Tchoumatchenco, Michel Durand-Delga, Jean Ricour et Michel Wiazemsky, « Geologists of Russian origin in the francophone countries », Boletín Geoló-gico y Minero, vol. 127, nos 2-3, , p. 711-738 (lire en ligne Accès libre)
  13. « Notice nécrologique », Bulletin de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles,
  14. « Jérémine Élisabeth », sur Histoire de la géologie lausannoise
  15. Jean de Paris, « Société de géographie », Le Figaro, , p. 4 (lire en ligne Accès libre)
  16. Guillaume Delpech et al., « Alfred Lacroix et les îles Subantarctiques (Kerguelen, Crozet, Marion) : une relation pétrologique à distance », Journées Alfred Lacroix, (lire en ligne)
  17. Edgar Aubert de la Rüe, Étude géologique et géographique de l'archipel de Kerguelen, (lire en ligne), p. 19

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Jean-Pierre Lorand et Serge Reubi (dir.), Savanturières : Une histoire naturelle au féminin, Paris, Éditions du Muséum, (EAN 9782382790304, présentation en ligne), « Irène Landau », p. 79-81. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • « Notice nécrologique : Élisabeth Jérémine (1879-1964) », Bulletin de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles, vol. 68, no 314, , p. 466 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  • Jean Orcel, « Notice nécrologique : Élisabeth Jérémine (1879-1964) », Bulletin de la Société géologique de France, vol. 7, no 4, , p. 608-614
  • (en) « JÉRÉMINE, ÉLISABETH (TSCHERNAIEFF) (1879-1964) », dans Marilyn Ogilvie, Joy Harvey, The Biographical Dictionary of Women in Science : Pioneering lives from ancient times to the mid-20th century, vol. 1 : A-K, Routledge, (ISBN 0-415-92038-8, lire en ligne), p. 656-657
  • (en) « Jérémine, Élisabeth née Tschernaieff », dans Catharine M. C. Haines, International Women in Science : A Biographical Dictionary to 1950, (ISBN 1-57607-090-5, lire en ligne), p. 151-152
  • (en) Platon Tchoumatchenco, Michel Durand-Delga, Jean Ricour et Michel Wiazemsky, « Geologists of Russian origin in the francophone countries », Boletín Geoló-gico y Minero, vol. 127, nos 2-3, , p. 711-738 (lire en ligne Accès libre)
  • « Jérémine Élisabeth », sur Histoire de la géologie lausannoise

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