Émilie Carles
Émilie Carles, née Émilie Allais le à Val-des-Prés près de Briançon (Hautes-Alpes) et morte le à Val-des-Prés[1], est une institutrice et femme de lettres française.
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Marie Julie Émilie Allais |
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Elle est l'autrice du récit autobiographique Une soupe aux herbes sauvages (1977, traduit en plusieurs langues) puis du livre posthume Mes rubans de la Saint-Claude (1982).
Sa vie est une succession de joies, de peines, de travaux, d’efforts pour aider sa famille, protéger son cadre de vie et mener une existence conforme à son idéal libertaire et pacifiste.
Biographie
modifierEnfance et formation
modifierÉmilie Carles naît dans une famille de petits paysans dans un village montagnard, avec cinq frères et sœurs. L’exploitation de la ferme exige beaucoup de travail pour une maigre production. Sa mère meurt à l'âge de trente-six ans, foudroyée dans un champ lors de l’été 1904 alors qu'Émilie avait quatre ans. Rapidement ses journées sont remplies doublement : à l’école pour apprendre, à l’étable et dans les champs pour participer aux travaux de la famille, car elle a l'ambition de devenir institutrice.
Elle écrit : « J’aimais aller à l’école, j’aimais l’étude, j’aimais lire, écrire, apprendre. Dès que je suis allée à l’école, je me suis sentie chez moi et c’est là que je me suis épanouie. » Elle est ainsi la seule de sa famille à poursuivre des études et en 1916 part à Paris pour continuer à étudier et passer son diplôme d’institutrice. Elle y découvre le milieu des pacifistes et des anarchistes et se montre sensible à leurs idées.
Carrière et engagement politique
modifierMais quelques années plus tard elle est atteinte de tuberculose et doit revenir vivre à l’air pur de ses chères montagnes. Elle enseigne alors dans différentes écoles en vivant dans des conditions matérielles rudimentaires. Les récits de ses frères, mobilisés sur le front de la Première Guerre mondiale et ses relations durables avec les mouvements anarchistes parisiens la convainquent de l’absurdité des guerres et de la nécessité d’agir pour construire un monde meilleur. En 1927, elle rencontre Jean Carles, son futur compagnon, libertaire, libre-penseur et pacifiste, qui a refusé ses médailles militaires et sa pension d’ancien combattant. Tous deux mènent une vie militante de combats pour leurs idéaux.
En 1936, le gouvernement français du Front populaire crée les premiers congés payés pour les salariés. Dans leur village de Val-des-Prés, Jean et Émilie ouvrent une auberge, utilisant les vastes bâtiments de leur ferme. Ils y reçoivent leurs camarades citadins, heureux de les faire profiter de l'air pur et de la beauté des montagnes. Les discussions sont passionnées mais la clientèle n’est pas riche : le plus souvent le salaire de l’institutrice sert à équilibrer les comptes.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, leur fille de six ans jouant dans la rue est écrasée par un camion d’un convoi militaire traversant le village. Pendant l’occupation allemande, Jean doit s’enfuir et se réfugier dans un camp de maquisards après avoir avait appris qu’il était en tête d’une liste d’éventuels otages établie par la Préfecture à la demande des occupants. Il quitte le camp volontairement quelques semaines avant la Libération sans se douter qu’il échappe de peu à la mort, le camp étant destiné à être rasé par les Allemands deux jours après son départ. Il meurt en 1962 épuisé par ses longues luttes[2].
Émilie Carles a fait don de son corps à la science.
Protection de la vallée de la Clarée
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Dans les années 1970, il est question d’un grand projet de voie rapide passant par la vallée de la Clarée, reliant Fos-sur-Mer à Turin. Émilie Carles craignant qu’une telle route ne devienne une autoroute, source de gêne, de pollution et dommages à la nature dans ce remarquable environnement, crée une association de protection de la vallée avec de simples slogans comme « Des moutons, pas des camions ! », « La vallée de la Clarée aux paysans ! », « Laissez les montagnards tranquilles ! ».
Suivent des affiches, des tracts, des pétitions, des audiences à la préfecture. Le , Émilie Carles est à la tête d’une manifestation à Briançon réunissant 13 tracteurs et 300 manifestants, venus de leurs villages malgré les heures de travail perdues en pleine fenaison. En , une conférence de presse a lieu à Paris et c'est un nouveau succès pour le mouvement. Émilie Carles répond avec spontanéité et pertinence aux questions des journalistes. Elle explique la situation des petits cultivateurs et affirme le devoir absolu de protéger la nature dans cette vallée. Peu à peu, la protestation progresse, fait son chemin dans les milieux concernés. La protestation est appuyée par la ville de Bardonnèche qui craint d'être noyée sous le flot d'un million de véhicules par le tunnel du Fréjus et s'inquiète également du projet en Clarée, qui serait traversée par six cents mille véhicules par an[3]. Le projet de voie rapide (éventuelle future autoroute) est abandonné et la priorité donnée à la protection des champs, des fermes, à la pureté de l’air, à la beauté de la nature.
En , le classement de deux communes de la vallée de la Clarée est acquis : Névache et Val-des-Prés. Deux autres communes de la vallée de la Guisane voisine sont également classées : Mônetiers-les-Bains et La Salle-les-Alpes. Dès lors la vallée est protégée contre les projets risquant de la dénaturer gravement[4].
Plus tard c'est le classement en zone Natura 2000 de l'ensemble de la vallée de la Clarée qui se concrétise dans un document d'objectif « CLARÉE » DH / FR9301999[5]. Pour la vallée de la Guisane, plus artificialisée en raison de la présence de la station de ski de Serre Chevalier, ce n'est qu'une partie de celle-ci qui a pu intégrer le réseau N2000 avec une troisième commune concernée : Saint-Chaffrey[6].
Une soupe aux herbes sauvages
modifierDans son livre autobiographique, Émilie Carles parle non seulement de sa vie, mais aussi avec sensibilité et humanité de la vie des montagnards. Elle détaille longuement les petits faits qui témoignent bien de la difficulté de vivre dans cette région. Elle décrit les travaux quotidiens et les améliorations apportées par le progrès aux villages éloignés. Institutrice, elle est en contact permanent avec ce milieu populaire dont elle est issue. Son récit est un témoignage remarquable sur la vie des familles de paysans dans les Hautes-Alpes pendant l’entre-deux-guerres : premiers poêles à charbon, raccordement au réseau électrique, amélioration de l’équipement ménager. La possibilité d’améliorer le confort quotidien dépend des récoltes, de la santé du bétail. Elle raconte aussi les longues veillées d’hiver et l’entraide nécessaire dans les moments difficiles. À l’école, elle s’efforce de travailler dans la ligne de son idéal. Elle tient à ce que ses élèves développent leurs propres talents, aiment l’étude et respectent les valeurs morales : solidarité, respect d’autrui, responsabilité individuelle. Elle décrit avec enthousiasme son espoir de voir le monde devenir meilleur et appliquer de nouvelles valeurs morales.
Au début de l'année 1978, Émilie Carles est invitée pour le succès d'audience de son livre, publié aux éditions Jean-Claude Simoën[7] à l'émission littéraire Apostrophes[8].
Son livre remporte un grand succès public et en 1997 est adapté pour la télévision, dans Une soupe aux herbes sauvages, téléfilm en deux parties de 90 minutes, adapté par Michèle Letellier, et réalisé par Alain Bonnot avec Annie Girardot dans le rôle de l’institutrice retraitée[9].
Mes rubans de la Saint-Claude
modifierParu en 1982, avec titre en rapport avec l'Église Saint-Claude de Val-des-Prés au hameau du Serre.
Voir aussi
modifierNotes et références
modifier- ↑ « Le 29 juillet 1979, Émilie Carles quitte la Vallée de la Clarée », sur rebellyon.info (consulté le )
- ↑ sylvieDam, « Emilie Carles, une femme engagée dans sa vallée », sur sylviedamagnez.canalblog.com, hautes-alpes-insolites, (consulté le ).
- ↑ "Fos - Turin sans les Italiens ?" par W. RABINOVTTCH, président de l'association Les amis de la Névache, dans Le Monde le 7 décembre 1977
- ↑ « Repères méditerranéens - Vers le classement de la vallée de la Clarée - Ina.fr »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?) [vidéo], sur ina.fr (consulté le ).
- ↑ http://hautes-alpes.n2000.fr/sites/hautes-alpes.n2000.fr/files/documents/page/docob_claree_note_de_synthese_r.pdf
- ↑ Les deux périmètre sont accessibles par le lien suivant : https://www.serre-chevalier.com/wp-content/uploads/2017/05/perimetre-site-1.pdf ET https://www.serre-chevalier.com/wp-content/uploads/2017/05/perimetre-site-2.pdf
- ↑ "La vie du livre contemporain: étude sur l'édition littéraire, 1975-2005" par Olivier Bessard-Banquy
- ↑ "BATAILLE DE DAMES" par CLAUDE LAMOTTE, dans Le Monde le 13 février 1978
- ↑ « Film : Une soupe aux herbes sauvages », sur Allociné (consulté le )