Énarque
Un énarque est un élève ou ancien élève de l'École nationale d'administration (ENA) ou de l'Institut national du service public (INSP) qui a pris sa suite.
Histoire
modifierLe terme apparaît pour la première fois dans le livre L'Énarchie ou les Mandarins de la société bourgeoise (1967), coécrit, sous le pseudonyme de Jacques Mandrin, par Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez, et Didier Motchane[1],[2]. Le Trésor de la langue française rapporte que le terme est utilisé dès décembre 1967 dans la presse écrite, par L'Express[3].
Étymologie
modifierLe mot est forgé à partir de l'acronyme « ENA » et de la racine grecque antique arkhos (« pouvoir ») formant le suffixe « -arque ». Il est ainsi décalqué sur des mots tels que « monarque ». Il renvoie au pouvoir technocratique dont disposent les anciens élèves de l'école. Il permet ainsi à Chevènement, Gomez et Motchane, eux-mêmes énarques, de critiquer « la sélection sociale des élèves, la logique du classement [et] la faiblesse de la formation » de leur ancienne école[4].
Le terme d'énarque, et avec lui d'énarchie, passent ensuite dans le langage courant. En 1979, Marcel Jullian publie un livre intitulé Courte supplique au roi pour le bon usage des énarques[5]. En 1999, le terme est repris par Michel Schifres dans un ouvrage critique intitulé La désertion des énarques[6]. Dans la réédition de son livre (1980), Chevènement reconnaît toutefois que « l'énarchie est un fantasme », dans le sens où les énarques ne forment pas une classe sociale ni homogène, ni séparée du monde[7].
Edwy Plenel parle d’« énarchie », terme défini par « droit que se donnent les énarques de gouverner la société sur base de leur diplôme[8] ».
Débats
modifierJean-François Kesler critique le terme d'« énarchie » en soutenant, dans L'ENA, la société, l’État (1985) que « [l]'énarchie est un mythe. Elle est doublement un mythe : elle n'existe pas en tant que catégorie sociale ; elle n'existe pas en tant que catégorie dirigeante. Elle ne constitue ni une couche homogène, ni un pouvoir autonome »[7].
Notes et références
modifier- ↑ Jérémy Collado, « Le masque et la plume », Charles, no 15, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ François Camé, « Chevènement: «On devrait davantage ouvrir le recrutement»L'ancien ministre reproche surtout à l'école sa sélection sans audace. », sur liberation.fr, (consulté le ).
- ↑ « Rapport sur une exception française : que peut le roman pour l’énarque ? – Études françaises », sur Érudit (consulté le )
- ↑ Philippe Teillet, Jours de la Cinquième République, p. 21, 2011, Presses Universitaires de Grenoble.
- ↑ Marcel Jullian, Courte supplique au roi pour le bon usage des énarques, (Mazarine) réédition numérique FeniXX, (ISBN 978-2-7062-1964-1, lire en ligne)
- ↑ Michel Schifres, La Désertion des énarques, Stock (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-234-10613-0, lire en ligne)
- 1 2 Jean-François Kesler, L'ENA, la société, l'État, Berger Levrault, (ISBN 978-2-402-08474-1, lire en ligne)
- ↑ Cfr. « Affaires sensibles », diffusée en radio sur France Inter le 08/09/2014.