Évangéliaire de Gannat
L’évangéliaire de Gannat est un manuscrit enluminé du dernier quart du IXe siècle qui faisait partie de trésor de l'église Sainte-Croix, à Gannat (Allier). Il est exposé aujourd'hui au musée Yves-Machelon, au château de Gannat.
| Comprend |
Reliure de l'Évangéliaire de Gannat (d) |
|---|---|
| Lieu | |
| Collection | |
| Nombre de pages |
280 |
Description
modifierManuscrit
modifierLe manuscrit comporte 140 feuillets (280 pages) répartis en 22 quaternions sur parchemin[1]. Il mesure 285 mm de haut sur 213 mm de large. L'écriture en est la minuscule caroline avec parfois la première ligne en onciale[2].
Il contient le texte latin des quatre évangiles canoniques. Plusieurs feuillets ont disparu. Le texte des évangiles comporte un certain nombre de lacunes, surtout l'évangile de Luc qui ne commence qu'au chapitre XVII, 12. Il est précédé de préfaces d'Eusèbe de Césarée et de saint Jérôme. À la suite, se trouve un calendrier liturgique. Le manuscrit comprend aussi une distribution des rôles pour permettre la lecture à plusieurs voix de la Passion et un exemple de notation musicale.
Chaque évangile (sauf celui de Luc qui a perdu ces éléments) est précédé d'un portrait de l'évangéliste ; le folio suivant porte une grande lettrine à l'initiale du texte.
Wilhelm Koehler (de) et Albert Boeckler (de) remarquent dès 1938-1938 que l'ornement du manuscrit est comparable à celui du ms. Hamilton 249 (Berlin, Staaatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz) dont l'appartenance à l'abbaye Saint-Maximin de Trèves est documentée à partir du XI-XIIe siècle[3]. Matthias Exner (de) relève les liens stylistiques entre les deux manuscrits et les fresques de Saint-Maximin ou les Évangiles de la collection Oettingen-Wallerstein (de)[4] (Augsbourg, Universitätsbibliothek, Cod. I.2 2° 1)[5].
Reliure
modifierLa reliure, qui n'est pas d'origine, est particulièrement remarquable. Les plats sont constitués de deux planchettes de bois recouvertes de plaques d’argent dorées.
Le plat supérieur (30 x 22,5 cm) est incrusté de six émaux cloisonnés (deux ont disparu), de deux plaques de cuivre ciselé à motifs d'arabesques, de six gemmes – dont une améthyste représentant une Victoire ailée – et d’un camée romain placé au centre.
Il est possible qu'un morceau d'une tunique (que quelques rumeurs attribuaient au Christ) conservée à Trêves ait été intégrée au plat supérieur sous deux cristaux de roche triangulaires aujourd'hui remplacés par deux lames de verre[6].
Le plat inférieur est recouvert d'une plaque en ivoire (21,7 x 12,2 cm) sertie dans un cadre de cuivre, sur laquelle sont représentées les scènes de la Passion et de la résurrection de Jésus-Christ[7].
L'iconographie de cette plaque du plat inférieur renvoie aux ivoires sculptés pour Charles le Chauve, appartenant au « groupe Liuthard », et certains détails stylistiques (mâchoires rectangulaires, fluidité des drapés, acanthes) aux ateliers dits « de la seconde école de Metz ». Elle peut être rapprochée d'autres œuvres[8] :
- une plaque d'ivoire du même groupe mais d'une autre main (Paris, Louvre, OA 10652 prêtée à long terme au New-York, Metropolitan Museum of Art de New York, dépôt 1974.266, acquis en 1975 en copropriété[9])
une plaque de reliure provenant de la cathédrale de Metz de mêmes iconographie et main (Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 9453)Images externes 
Plaque d'ivoire du manuscrit de Gannat 
à comparer à la plaque d'ivoire du manuscrit Latin 9453 conservé à la Bibliothèque nationale de France - un coffret carolingien (Paris, Louvre, MRR 75)
Histoire
modifierL'évangéliaire de Gannat fait partie de la série des évangéliaires lotharingiens émanant de l'école de Metz. Au folio 17v les trois premières lignes de la vie du Christ sont accompagnées de neumes dont la forme est celle pratiquée dans la région de Metz, Verdun et Trèves[10].
On a fait l'hypothèse qu'il pouvait venir d'Ébreuil, dont l'importance à l'époque carolingienne est attestée par la présence de l'un des palais de Louis le Pieux et où il a pu être conservé à l'abbaye Saint-Léger avant d'être transporté à Gannat à une date sûrement ancienne ; mais cela reste une hypothèse.
Dans les inventaires du trésor de l'église Sainte-Croix de Gannat (1774 et 1778) ce manuscrit n'est pas mentionné. Sa présence n'est attestée que par l'étude de Bonneton à partir de 1868[11].
Il avait un usage liturgique. Avant la Révolution, lors des grandes fêtes, d'après René Rigodon, on le transportait en grande pompe sur le haut de l'ancien jubé et on l'utilisait pour la lecture de l'évangile[12]. Au XIXe siècle, selon Jean Bonneton, il servait encore pour le rite du baiser de paix et, jusqu'au XXe siècle, les enfants renouvelaient sur cet évangéliaire les promesses du baptême[13].
Conservation
modifierMalgré quelques taches et la disparition de deux émaux, le manuscrit est dans un bon état de conservation. Depuis les années 1970, pour plus de sécurité, il est conservé au musée municipal de Gannat. Il a été numérisé ; dans la salle où il est exposé à l'intérieur d'une vitrine en verre, une borne à écran tactile permet de le feuilleter virtuellement ; il peut également être visualisé en ligne.
La reliure du manuscrit a été classée monument historique au titre des objets le [14].
Expositions
modifier- Paris, Bibliothèque nationale de France, exposition initialement prévue en mars-juin 2026[15]
- Chefs d’œuvres de l'art français, Paris, Palais national des arts, 1937, n° 1248
- Exposition d'art français, Londres, 1931
- Exposition d'Art Byzantin, Paris, Pavillon de Marsan, 1931
- Exposition rétrospective de l'art français 1900, Paris, 1900, n° 19
- Exposition rétrospective de l'art français au Trocadéro, Paris, 1889, n° 69
Notes et références
modifier- ↑ 19 cahiers selon Clara de Raignac sur 24 qu'il comportait initialement d'après Clara de Raignac
- ↑ Stirnemann 2018, p. 4.
- ↑ Exner 1989.
- ↑ (de) « Evangeliar - Universitätsbibliothek Augsburg, Cod.I.2.2.1 | bavarikon », sur www.bavarikon.de (consulté le )
- ↑ Stirnemann 2018, p. 82.
- ↑ Stirnemann 2018, p. 32-33.
- ↑ P. Chevalier, A. Maquet (avec une note de F. Malacher), « La reliure de l'évangéliaire de Gannat », Hortus Artium Medievalum, 5, Zagreb-Motovun, 1999, pp. 205-217.
- ↑ Stirnemann 2018, p. 27.
- ↑ Seconde école de Metz, Plaque de reliure : Crucifixion ; Saintes Femmes au tombeau, (lire en ligne)
- ↑ Stirnemann 2018, p. 13.
- ↑ Stirnemann 2018, p. 35-36.
- ↑ Rigodon 1933, p. 314.
- ↑ J. Bonneton, op. cit., pp. 318-319.
- ↑ Notice no PM03000112, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture
- ↑ « L’Évangéliaire en passe d’être restauré », La Montagne, (lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Patricia Stirnemann, Jean-Baptiste Lebigue, Claudia Rabel, Danielle Gaborit-Chopin et Clara Raignac (préf. Véronique Pouzadoux), Les Évangiles de Gannat, Gannat, Mairie de Gannat, , 84 p.
- Clara de Raignac, Mise(s) en œuvre(s) des Ecritures dans le Haut Moyen Âge latin : le témoignage des Evangiles de Gannat (Mémoire de Master 2 (2016-2017), sous la direction de Christiane Veyrard-Cosme, Master 2 Etudes médiévales), Paris, Sorbonne nouvelle, ENS Ulm, Ecole Nationale des Chartes (cohabilitation),
- Danielle Gaborit-Chopin, « Les Évangiles de Gannat », Art de l'enluminure, no 28, mars-avril-mai 2009, p. 2-49 (ISSN 0758-413X)
- Patricia Stirnemann, Jean-Baptiste Lebigue et Claudia Rabel, « Les Evangiles de Gannat conservés au Musée municipal Yves Machelon (Allier) », Art de l'enluminure, nos 28-2, mars-avril-mai 2009 (ISSN 0758-413X)
- Louis Virlogeux, « L'Évangéliaire carolingien de Gannat », Cahiers bourbonnais, n° 180, été 2002, p. 49-52, ill. ; n° 181, automne 2002, p. 49-52, ill. ; n° 182, hiver 2002-2003, p. 71-73, ill.
- Louis Virlogeux, « L'évangéliaire carolingien de Gannat », Église en Bourbonnais, no 1373,
- Pascale Chevalier, Arlette Maquet et Ferdinand Malacher, « L'évangéliaire carolingien de Gannat », Hortus Artium Medievalium, no 5, , p. 209-217
- (de) Matthias Exner, Die Fresken der Krypta von St. Maximin in Trier und ihre Stellung in der spätkarolingischen Wandmalerei, Trier, Selbstverlag des Rheinischen Landesmuseums, , 341 p., p. 187 sqq.
- Jean Porcher, Les manuscrits à peintures en France du VIIe au XIIe siècle : exposition, Paris, Bibliothèque nationale, , p. 33, n° 71 [lire en ligne]
- (de) C. Nordenfalk, « Französische une italienische Buchmalerei in New York, Paris und Rom », Kunstchronik, no 7, , p. 212
- Solange Corbin, « Les notations neumatiques en France à l'époque carolingienne », Revue d'histoire de l'église de France,
- René Rigodon, « Notice sur l'Evangéliaire de Gannat », Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, , p. 188-196 (lire en ligne
) - René Rigodon, « Notice sur l'Evangéliaire de Gannat », Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, , p. 305-315 (lire en ligne
) - (de) Adolph Goldschmidt, Die Elfenbeinskulpturen aus der Zeit der karolingischen und sächsischen Kaiser, VIII. - XI. Jahrhundert, Berlin, Cassirer,
- Louis Quarré-Reybourbon, La ville de Gannat et son Évangéliaire du Xe siècle [Texte imprimé] : souvenir de voyage : lu à la séance du 11 janvier 1886 de la Commission historique du Nord, Lille, L. Quarré, , 11 p.
- C. Gallier, « Couverture d'évangéliaire en ivoire sculpté (église Sainte-Croix de Gannat, Allier) », Revue de l'art chrétien, no III-1, , p. 180-185
- Joseph Bonneton, « Études sur les manuscrits du Xe au XIe siècle. Notice sur le livre des évangiles appartenant à l'église de Sainte-Croix de Gannat », Bulletin de la Société d'émulation du département de l'Allier, no 10, , p. 297-321 (lire en ligne)
Article connexe
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- L'évangéliaire de Gannat, à feuilleter en ligne.