Éveline et Estelle LeBlanc
Les sœurs Éveline LeBlanc (née en 1898 à Bonaventure (Gaspésie) et morte le 25 octobre 1977 à Québec[1]) et Estelle LeBlanc (née en 1899 à Bonaventure (Gaspésie) et morte le 17 avril 1988 à Québec[2]) sont des Québécoises connues pour leur travail dans le domaine de l'enseignement des sciences ménagères[3].
| Naissance | Bonaventure |
|---|---|
| Décès | Québec |
| Nationalité |
Canadienne |
| Formation |
École ménagère de Saint-Pascal-de-Kamouraska |
| Activité |
Technicienne en sciences domestiques, chef du Service de l’enseignement ménager, conférencière, animatrice, doyenne des étudiantes |
| A travaillé pour |
Ministère fédéral de l’Agriculture, Département de l’instruction publique, Radio-Canada, Université d’Ottawa. |
|---|---|
| Distinction |
Officier de l’Ordre de la fidélité française, Doctorat honoris causa de l'Université Laval, commandeur de l'Ordre du mérite scolaire de la province de Québec, Compagnon de l’Ordre du Canada. |
| Naissance | Bonaventure |
|---|---|
| Décès | Québec |
| Nationalité |
Canadienne |
| Formation |
École ménagère de Saint-Pascal-de-Kamouraska |
| Activité |
Enseignante, animatrice, directrice |
| A travaillé pour |
Ministère des Pêcheries du Canada, École ménagère provinciale, Canadian Home Economics Association, Nations Unies |
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Biographie
modifierJeunesse
modifierÉveline et Estelle LeBlanc grandissent à Bonaventure, en Gaspésie. Elles sont toutes deux formées en Sciences domestiques à l’École ménagère de Saint-Pascal-de-Kamouraska dans les années 1920[3]. Elles visent à former d'autres femmes dans le domaine des sciences domestiques, notamment afin de leur permettre de faire carrière en enseignement[4].
Formations et carrières
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Éveline devient en 1923 la première technicienne en sciences domestiques du ministère fédéral de l’Agriculture[3]. Elle est responsable du Service de l'enseignement ménager (SEM) au département de l’instruction publique (DIP) entre 1944 et 1948. Jusqu'aux années 1960, elle est la seule femme à exercer un poste de pouvoir dans ce milieu composé majoritairement d'hommes[3]. Elle est ensuite conférencière au ministère fédéral de l’Agriculture[5] et termine sa carrière comme doyenne des étudiantes à l’Université d’Ottawa[3]. Éveline reçoit le titre d'officier de l’Ordre de la fidélité française en 1950[6] et reçoit un doctorat honoris causa de l’Université Laval en Sciences domestiques en 1961[7]. Elle est nommée commandeur de l'Ordre du mérite scolaire de la province de Québec en 1967 et elle est devenue Compagnon de l’Ordre du Canada en 1968[6].
Après des études à l’Université Laval et à l'Université de Montréal[8], Estelle enseigne l’art culinaire à l’École ménagère provinciale de Montréal (EMP) à partir de 1937, avant d’en être la directrice de 1946 à 1952[3]. Elle anime ensuite l’émission Estelle LeBlanc vous propose… à la radio de Radio-Canada pour offrir « son aide précieuse à toutes les ménagères de la province de Québec »[9]. Elle est mandatée par l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) afin de contribuer à la réorganisation et à la mise en œuvre des programmes de nutrition, d’éducation et de sciences ménagères en Yougoslavie en 1954-1955[10].
Féministes et traditionalistes
modifierContexte historique
modifierDans les années 1950 au Québec, peu de femmes mariées travaillent. En 1951, elles sont seulement 7,3 % à travailler, contre 11,1 % dans l’ensemble du Canada[11]. Ce taux est néanmoins en hausse : il était de 1,8 % en 1921[11]. La présence des femmes mariées sur le marché du travail commence à susciter un débat. L’enseignement ménager occupe une place centrale dans ce débat, car, s’il est défendu comme une formation professionnelle, il est également perçu comme un moyen de préserver la famille et de former des épouses et mères idéales[3]. Le conflit entre les sœurs LeBlanc et l’abbé Tessier illustre ce débat, qui reflète également les tensions entre les tendances féministes et antiféministes de la communauté chrétienne québécoise.
Féministes et traditionalistes
modifierAu cours de leur carrière, les sœurs LeBlanc cherchent à professionnaliser le travail domestique tout en valorisant la famille. Elles estiment que les femmes peuvent être à la fois formées pour être de bonnes maitresses de maison et des professionnelles des sciences ménagères[12]. Cela les rapproche du féminisme chrétien, qui vise à améliorer la condition des femmes dans le respect des valeurs chrétiennes[13]. Ce courant est parfois contesté et plutôt considéré comme du maternalisme, un courant qui « fonde ses revendications sur l'acceptation de la nature maternelle des femmes qui leur confère un rôle social particulier »[14].
Bien qu'Éveline et Estelle LeBlanc n'aient probablement jamais revendiqué le titre de féministes ni remis en question l'assignation des femmes au travail domestique[15], elles ont été des pionnières dans l'éducation des jeunes femmes[3]. Elles incarnent néanmoins une forme de paradoxe : elles sont célibataires, laïques et professionnellement actives[3]. Ainsi, si leurs discours mettent de l’avant une vision traditionnelle des femmes[16], leurs parcours en constituent un contre-exemple, voire la manifestation d’un discours plus émancipateur[3].
Conflit avec l’abbé Tessier
modifierEn 1948, un conflit éclate entre les sœurs LeBlanc, particulièrement Éveline, et l'inspecteur des écoles ménagères, l’abbé Albert Tessier. Ce dernier a une « définition conservatrice de « la femme » - à saveur nettement antiféministe »[17] et refuse la professionnalisation des sciences ménagères, estimant que cette discipline doit avant tout contribuer à « l’exaltation du rôle familial de la femme »[15]. L'antiféminisme de l'abbé Tessier se manifeste également dans une déclaration sur le « déséquilibre de la ménaupose [sic] »[15] qui affecterait Éveline, reflétant sa vision négative des femmes vieillissantes[15]. Ce conflit conduit au départ d’Éveline LeBlanc de son poste de directrice du SEM. Elle aurait été « sacrifié[e] pour éviter toute atteinte à la philosophie éducative d’Albert Tessier »[3], lequel hérite de son poste.
Selon Albert Tessier, Éveline aurait été manipulée par sa sœur Estelle afin de nuire à sa vision de l’enseignement ménager[15]. L’abbé Tessier voulait que l’EMP, alors dirigée par Estelle LeBlanc, soit davantage axée sur la vocation familiale des femmes que sur les aspects techniques du travail ménager. Estelle démissionne de son poste de directrice de l’EMP en 1952, « dans l’espoir que son départ améliorera les relations avec le SEM et le Comité catholique »[18].
L'héritage des sœurs LeBlanc
modifierMalgré le départ des sœurs LeBlanc, les choses évoluent. À partir de 1952, les finissantes des instituts familiaux peuvent enseigner au primaire[3]. Plus tard, avec la commission Parent, « la formation du corps enseignant, incluant celle des professeures d’enseignement ménager, est réorganisée et transférée à l’université, ce qui marque un jalon important de son processus de professionnalisation »[18].
Les sœurs LeBlanc ont également laissé leur marque chez les femmes qui les ont côtoyées, comme le témoignait Marguerite Brien-Désourdy à la suite du décès d'Éveline :
« La femme que je suis devenue, l'éducatrice que j'ai appris à être, la militante sociale pour la femme, c'est à elles, les démoiselles [sic] LeBlanc que je le dois. Toutes mes collègues (élèves et professeurs) qui ont côtoyé ces éducatrices des années 1945-50 se souviennent de leur haut idéal, de leur jugement ferme et de leurs vues avant-gardistes. Nous expérimentons aujourd’hui à peine ce qu'elles préconisaient déjà[19]. »
Références
modifier- ↑ « Décès, Éveline Leblanc », Le Devoir, vol. LXIX, no 246, , p. 6 (lire en ligne)
- ↑ « Décès et avis divers - LEBLANC (Estelle-Marie) », Le soleil, , p. C-15 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Marilyne Brisebois, « L’enseignement ménager au Québec : entre « mystique » féminine et professionnalisation, 1930-1960 », Recherches féministes, vol. 30, no 2, , p. 17-37 (DOI https://doi.org/10.7202/1043920ar)
- ↑ Fédération Histoire Québec, « Femmes en éducation », (consulté le )
- ↑ Éveline LeBlanc, « Le rôle de la femme dans l’équilibre du budget », Le front ouvrier, vol. 6, no 41, , p. 13 (lire en ligne)
- 1 2 « Décès de Éveline Leblanc », Le droit, vol. 65, no 177, , p. 3 (lire en ligne)
- ↑ « Doctorats honoris causa | Notre université | Université Laval », sur www.ulaval.ca (consulté le )
- ↑ « Vedette de la radio », Le Guide, vol. XXII, no 27, , p. 6 (lire en ligne)
- ↑ « Une technicienne dans votre foyer », L'autorité, vol. 38, no 13, , p. 2 (lire en ligne)
- ↑ « Les sciences ménagères en Yougoslavie », La Presse, vol. 70, no 138, , p. 14 (lire en ligne)
- 1 2 Nicolas Zay, « Analyse statistique du travail de la femme mariée dans la province de Québec », L'Actualité économique, vol. 32, no 3, , p. 488-501 (DOI https://doi.org/10.7202/1000180ar)
- ↑ Aline Charles et Elsa Galerand, « Du travail ménager au service domestique, de l’emploi féminin au travail militant : critiques féministes en évolution », Recherches féministes, vol. 30, no 2, , p. 1-16 (DOI https://doi.org/10.7202/1043919ar)
- ↑ « Droits égaux ou influence accrue? Nature et rôle de la femme d’après les féministes chrétiennes et les antiféministes au Québec 1896-1930 – Recherches féministes », sur Érudit (consulté le )
- ↑ « Une organisation maternaliste au Québec la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et la bataille pour le vote des femmes – Revue d'histoire de l'Amérique française », sur Érudit (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Marilyne Brisebois, Former et être formée au travail domestique : l’enseignement ménager et la couture à l’école publique québécoise (1937-1969), Québec, , 310 p. (lire en ligne), p. 157
- ↑ « Au Congrès de la fédération nationale Saint-Jean-Baptiste à Montréal - Mlle Eveline LeBlanc », La bonne fermière, vol. 11, no 3, , p. 69-70 (lire en ligne)
- ↑ Anita Caron et Lorraine Archambauit (dir.), Thérèse Casgrain, une femme tenace et engagée, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, , 393 p. (ISBN 2-7605-0701-7, lire en ligne)
- 1 2 Maryline Brisebois, Former et être formée au travail domestique : l'enseignement ménager et la couture à l'école publique québécoise (1937-1969), Québec, , 310 p. (lire en ligne), p. 165
- ↑ Marguerite Brien-Désourdy, « En reconnaissance aux demoiselles LeBlanc », Le Devoir, vol. LXIX, no 290, , p. 4 (lire en ligne)