Ŋgím nu
Le festival ŋgím nu, encore connu sous l’appellation ŋgím nu, est une cérémonie culturelle organisée par le peuple Bamendou. Il se tient à Bamendou dans la région de l'Ouest du Cameroun. Réactivé en 2019 après plus d'un demi-siècle d'interruption, il vise à valoriser le patrimoine historique, culturel et immatériel Bamendou, à lutter contre l'oubli et à restaurer les valeurs spoliées lors de la colonisation.
| ŋgím nu | ||
| Type | Festival culturel ŋgím nu | |
|---|---|---|
| Pays | ||
| Coordonnées | 5° 36′ 46″ nord, 10° 17′ 46″ est | |
| Date | cycle de 5 ans | |
| Géolocalisation sur la carte : région de l'Ouest
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Histoire
modifierPeuple d'appartenance
modifierLe festival ŋgím nu est une cérémonie culturelle du peuple Bamendou[1]. C'est un peuple du groupement Grassfields du Cameroun. La chefferie bamendou est dirigée depuis 1975 par Sa Majesté Gabriel Tsidie (ou Tchinda), dixième chef de la dynasty royale bamendou, économiste de formation, considéré comme le "roi restaurateur" du patrimoine culturel de son peuple[1].
Le ŋgím nu est intimement lié aux origines de la chefferie. Il désigne à la fois une danse patrimoniale et initiatique, et un ensemble de valeurs culturelles fondatrices incluant le kah (cercle décisionnel secret du roi fondateur) et le masque tukah, objet rituel symbolisant la symbiose entre le souverain et ses conseillers[1].
Fondement et objectif
modifierL'idée de ce festival nait de la volonté des Bamendou, d'inventorier leur richesse culturelle afin de promouvoir sa sauvegarde et sa diffusion à l'echel mondial[1]. Son objectif est pluriel, il s'éttend à la fois sur le plan historique, socio-politique, économique et culturel. La visée globale est celle de classifier les sites et vestiges passés, d'établir une démarche de mise en connaissance auprés des festivaliers[1]. Le festival ŋgím nu est donc une passerelle culturelle qui unit les démandeurs aux détendeurs de cette culture. C'est une manifestation très ancienne liée aux traditions initiatiques bamendou.
Après plusieurs années d'attende, sa relance se décide en 2018 sous l'impulsion du corps chefferial, lors d'une réunion de concertation entre le comité technique d'organisation, les dignitaires et les gardiens des traditions Bamendou[1]. La 54e édition est perçue comme l'édition de relance. Elle s'est tenue du 25 au 30 mars 2019 sous le thème Zie ngong mendou, en français le dynamisme du monde Bamendou[2].
Ancrage culturel
modifierSymbolisme
modifierLe festival ŋgím nu est un canal de réintégration des valeurs culturels oubliées. Le masque tukak par exemple, représentation de la divinité en pays Bamedou, a été un constituant culturel perdue qui a entrainé un délaissement de plusieurs rites. Sa reproduction et réappropriation au sein de sa communauté en mars 2029 fait renaitre les pratiques coutumières oubliées; pendant le festival, les rites liés au rituel du masque tukah sont pratiqués. La colonisation a eu des entraves pour la sauvegarde des biens culturels, le festival ŋgím nu signifie donc pour le peuple Bamedou une voie de réconciliation avec ce qui constitue son patrimoine culturel[1].
Il a pour ambition de réinscrire les Bamendou dans leur propre histoire et de combattre les effets de l'acculturation et de la spoliation du patrimoine culturel. Il vise à établir une symbiose entre les ressortissants bamendou et leur identité collective, en prenant comme noyau principal le palais royal[1].
Sur le plan économique, il cherche à identifier les atouts d'un développement local et à s'inscrire dans la logique de la décentralisation, en plaçant les Bamendou au centre de leur propre développement et en attirant des investisseurs vers la chefferie[1].
Langue et expressions artistiques
modifierLe festival met en valeur la langue bamendou ainsi que ses formes d'expression artistiques traditionnelles : danse initiatique ŋgím nu, sculpture rituelle (notamment le masque tukah), musique et gastronomie locale. La sortie du masque tukah constitue un moment de communion entre le roi, ses notables et le reste de la population[1].
Patrimoine immatériel et question de spoliation
modifierUne dimension centrale du festival est la dénonciation de la spoliation du patrimoine culturel africain, à la fois matérielle et immatérielle. Parmi les cas documentés figure le masque tukah de Bamendou, conservé au Musée du Louvre (Pavillon des Sessions), qui aurait été remis au collectionneur et médecin français Pierre Harter en 1957[1]. Cette question de restitution s'inscrit dans un débat plus large sur la réappropriation du patrimoine africain.
Organisation
modifierPortage institutionnel
modifierLe festival est placé sous l'égide du palais de la Chefferie Supérieure Bamendou et organisé par un Comité Technique d'Organisation (CTO). Il bénéficie du soutien du Ministère des Arts et de la Culture du Cameroun et du ministère du Tourisme et des Loisirs, qui lui confèrent une dimension économique et touristique[1].
Personnalités impliquées
modifierSa Majesté Gabriel Tsidie (Tchinda): 10e chef de la dynastie royale Bamendou depuis 1975, initiateur de la relance du festival. Martin Donlefack est chercheur, historien, Université de Yaoundé I, président du Comité Technique d'Organisation de la 54e édition et auteur des principaux travaux académiques sur le festival[1],[2].
Déroulement
modifierLieu
modifierProgramme et activités
modifierLa 54e édition du festival comprend des activités variées à caractère culturel, sportif et économique, notamment[2]des danses traditionnelles, dont la danse patrimoniale ŋgím nu ;des conférences et débats sur le patrimoine bamendou ;des expositions et ventes d'objets artisanaux ;des activités d'écotourisme ;un concours de miss et master ;une gastronomie locale et des mariages collectifs.
Cérémonie d'ouverture
modifierLa cérémonie d'ouverture est présidée par le Tchinda, chef de la Chefferie Supérieure Bamendou. Elle marque symboliquement le retour du festival après plus d'un demi-siècle d'interruption et l'affirmation de l'identité bamendou[1].
Rayonnement et perspectives
modifierImpact culturel et social
modifierLa relance du festival ŋgím nu a suscité une mobilisation importante des élites bamendou de la région de l'Ouest et de la diaspora. Elle a permis d'engager un travail d'inventaire des sites et vestiges historiques liés à l'histoire des Bamendou, et de poser les bases d'un circuit touristique culturel[1].
Perspectives
modifierLe festival s'inscrit dans une vision à long terme de développement culturel et économique de la communauté bamendou, incluant la promotion du patrimoine aux niveaux national et international, et l'élaboration d'un calendrier pérenne du festival[1].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 « Festival culturel ŋgím nu du peuple Bamendou (Cameroun) : de la lutte contre l’oubli à la restauration des valeurs spoliées – Ethnologies », sur Érudit (DOI 10.7202/1082165ar, consulté le )
- 1 2 3 4 « Cameroun: Bamendou prépare le festival Ngim nu », sur Actu Cameroun, (consulté le )
Annexes
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Bamendou prépare le festival Ngim nu », Actu Cameroun, 7 février 2019.
- Martin Donlefack, « Festival culturel ŋgím nu… », Ethnologies, vol. 43, n°1, 2021 (résumé).