Édition de l'œuvre complète de Victor Hugo
L’édition de l'œuvre complète de Victor Hugo est une entreprise éditoriale initiée en France du vivant de l'auteur Victor Hugo et poursuivie après sa mort, jusqu'à nos jours[1].
Historique
modifierVictor Hugo, dès 1840, avant même d'être élu à l'Académie française, fait en sorte que ses œuvres soient éditées sous un format complet, en volumes successifs, et illustrés. L'entreprise éditoriale devient au fil du temps collective, elle est initiée chez Charles Furne, sous le titre générique Œuvres (16 volumes), achevés en 1846 et corrigés par l'auteur[2],[3]. Une autre édition va ensuite associer Hetzel, Michel Lévy et Pagnerre[4], et se terminer en 1856, en 18 tomes reliés. Les premières illustrations sont issues de compositions dessinées, d'abord par Auguste Raffet, Tony Johannot, Alexandre Colin et Louis Boulanger, sous la forme de gravures sur acier. On trouve aussi des illustrations complémentaires signées Achille Devéria, Charlet, Célestin Nanteuil. Ces illustrations ont contribué à assurer le succès de cette entreprise, et à asseoir définitivement la réputation de Hugo auprès des libraires et des publics comme auteur à succès : en effet, certaines de ces œuvres, comme Notre-Dame de Paris (Charles Gosselin, 1831-1832), avaient été prépubliées sous la forme de fascicules illustrés. Les éditeurs, grâce à ce dispositif, réemploient les illustrations dans le circuit de production de l'œuvre complète — à moindre coût.
En 1846, Hugo recommande dans une note testamentaire de donner un titre à l'ensemble de ses écrits : « Si je meurs avant d’avoir fini, mes enfants trouveront dans l’armoire en faux laque qui est dans mon cabinet et qui est tout en tiroirs, une quantité considérable de choses à moitié faites ou tout à fait écrites, vers, prose. Ils publieront tout cela sous le titre Océan. » — il changera d'avis par la suite[5].
L'exil de Victor Hugo hors de France est effectif à partir du : c'est d'abord depuis la Belgique, puis de Londres et enfin des îles Anglo-Normandes qu'il va s'occuper de la publication de son œuvre. Dès , il contacte Jules Hetzel, lui aussi un temps exilé, et Henri Marescq, pour deux éditions à bon marché de ses œuvres complètes au format in-16 (11,5 x 18,3 cm), dont une illustrée[6]. De retour à Paris le , il va dès lors se consacrer de plus près à cette édition[7].

En 1875, il rédige le Testament littéraire qui paraîtra cinq ans plus tard chez Hetzel et la Maison Quantin où commence à être publiée, sous le titre générique Œuvres complètes dite « ne varietur », l'ensemble de ses écrits. Elle est mentionnée comme définitive, établie d'après les manuscrits originaux. Hugo va y travailler jusqu'à son décès, survenu le . Les ultimes volumes de l'édition Hetzel-Quantin sont publiés en 1892 : on compte 48 volumes répartis ainsi : I. Poésie (16 vol.) – II. Philosophie (2 vol.) – III. Histoire (3 vol.) – IV. Voyages (2 vol.) – V. Drame (5 vol.) – VI. Roman (14 vol.) – VII. Actes et paroles (4 vol.) – VIII Œuvres diverses (2 vol.)[8]. Les 100 illustrations hors-textes sont composées par Leopold Flameng.

En 1876, l'éditeur Eugène Hugues (8, rue de Richelieu, Paris) se lance dans une édition complète illustrée à travers une entreprise appelée la Librairie du « Victor Hugo illustré ». Il s'agit d'une parution sous la forme de fascicule vendu 10 centimes. On en comptait 1 383 en [9]. Au cours de ces mêmes années 1870, Hugo cède aux éditions Rouff, le droit de publier son œuvre en format in-32 (11 x 7 cm) : cette édition populaire en format poche, non illustrée, comprend 227 fascicules, vendus à la pièce au prix de 25 centimes ; elle commence en 1880.
Dans un codicille datant du , Hugo précise qu'il « donne tous mes manuscrits et tout ce qui sera trouvé écrit ou dessiné par moi à la bibliothèque nationale de Paris qui sera un jour la Bibliothèque des États-Unis d'Europe »[10] : ces manuscrits font désormais référence et sont accessibles aux publics. Le testament charge Paul Meurice, Auguste Vacquerie et Ernest Lefèvre de publier les inédits[6].
Le , Hugo signe avec les éditeurs parisiens Jules Lemonnyer[11] et G. Richard & Cie, puis Émile Testard, un traité qui leur concède le « droit exclusif d’exploitation des œuvres complètes dans le format in-4° ». L’entreprise « artistique et monumentale » devient la « Société Émile Testard - L'Édition Nationale ». Mais suite à la mort de l’auteur, l’édition illustrée est très vite pensée comme un hommage à « l’homme océan » : des artistes célèbres mettent le talent de leur crayon au service de la plume du Génie disparu. 43 volumes sont publiés jusqu'en 1895, classés selon sept catégories : Poésie [A], Drame [B], Roman [C], Histoire [D], Philosophie [E], Actes et paroles [F] et Voyages [G]. Les textes publiés correspondent à ceux de l’édition Hetzel-Quantin, si bien cette édition n’inclut pas les œuvres posthumes, telles les Correspondances, qui paraîtront dans les éditions postérieures[12]. Elle accumule les récompenses, dont celle décernée lors de l'Exposition universelle de 1889[13]. Les illustrations sont particulièrement soignées et toutes originales. Les compositions ont été commandées à des peintres comme Léopold Flameng, Gérôme, Henner, Jeanniot, Luc-Olivier Merson, Jean-François Raffaëlli, George Roux, et elles furent traduites en eaux-fortes par des graveurs comme Félix Bracquemond, Charles Courtry, Géry-Bichard, Augustin Mongin[14].
Productions posthumes notoires
modifierEn 1904, les Éditions Ollendorff, plus tard associées aux Éditions Albin Michel, lancent l'édition dite « de l'Imprimerie nationale » : c'est en réalité une reprise de l'édition Hetzel-Quantin. Le titre de la série est Œuvres complètes de Victor Hugo, et c'est en effet l'Imprimerie nationale qui fabrique les ouvrages. On compte 45 volumes, s'étalant jusqu'en 1952. Les éditeurs intellectuels qui s'y succèdent sont l'exécuteur testamentaire de Hugo, Paul Meurice (1904-1905), puis Gustave Simon (1905-1928) et enfin Cécile Daubray (1933-1952). Cette édition comprend pour la première fois la Correspondance ainsi que de nombreux textes inédits[15].
Entre 1969 et 1972, le Club français du livre publie une édition chronologique en 18 tomes répartis en 36 volumes, sous la direction de Jean Massin, avec la collaboration d'Éliette Vasseur[16].
En 1985, à l'occasion du centenaire de la mort de Hugo, la collection « Bouquins » dirigée par Guy Schoeller, publie les Œuvres complètes de Victor Hugo, un travail critique établi par Jacques Seebacher et Guy Rosa, en collaboration avec le Groupe inter-universitaire de travail sur Victor Hugo-Paris VII, le tout en 15 volumes.
Voir aussi
modifier- Bibliothèque de la Pléiade [en cours] : 8 volumes, entre 1950 et 1975[17].
Notes et références
modifier- ↑ L'expression « œuvre complète » est ici au singulier, et dans le contexte de l'édition, elle connote un recueil qui collationne tous ses écrits — Dictionnaire Le Robert, en ligne.
- ↑ Marcel Clouzot, Guide du bibliophile français, Paris, 1953, p. 154
- ↑ Georges Vicaire, Manuel de l’amateur de livres du XIXe siècle, IV, col. 384-385 — sur Gallica.
- ↑ La Librairie Pagnerre, fondée en 1831 par Laurent-Antoine Pagnerre, puis reprise par son fils, Charles-Antoine (1824-1867), et enfin Alfred Busquet (1819-1883) — « Notice bio-bibliographique », sur la base Sudoc.
- ↑ Victor Hugo, Œuvres complètes, 36 volumes répartis en 18 tomes, édition chronologique publiée sous la direction de Jean Massin, Paris, Club français du livre, 1968-1972, tome VIII, « Portefeuille - Dossier », p. 502.
- 1 2 Marie-Laure Prévost, « Hugo, Victor », Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la librairie, 2005, vol. 2, p. 492-493.
- ↑ Jacques Leclerc, « L'exil de Victor Hugo aux les Anglo-Normandes », Site de l'université de Laval — CEFAN.
- ↑ (BNF 37309430).
- ↑ G. Vicaire, op. cit, coll. 395.
- ↑ « Les manuscrits de Hugo », sur Les Essentiels - BnF.
- ↑ Biographie de Jules Lemonnyer, sur La Maitron.
- ↑ « Présentation de l'Édition Nationale », sur Nakalona - CNRS.
- ↑ « Testard, Émile et l'Édition nationale », fonds IMEC.
- ↑ « Hugo en images : gravures de L'Édition Nationale », sur Université Grenoble-Alpes - CNRS.
- ↑ « Œuvres complètes de Victor Hugo, édition dite de l’Imprimerie nationale », sur Wikisource.
- ↑ (BNF 34331635).
- ↑ « Hugo dans La Pléiade », Catalogue critique de la Bibliothèque de La Pléiade.