École de Sare
L'École de Sare, également appelée Sarako eskola en basque, est un courant littéraire de langue basque associé au village de Sare, situé dans la province du Labourd, au Pays basque français. Elle est liée au développement de la littérature basque et à l'activité d'auteurs qui ont contribué à la diffusion et à la standardisation de la langue basque, notamment dans le domaine religieux. Elle s'inscrit dans l'histoire culturelle et linguistique du Pays basque, où les écrivains et les ecclésiastiques ont joué un rôle important dans la production de textes en langue basque.
Histoire
modifierL'École de Sare est une appellation historiographique utilisée pour désigner un ensemble d'écrivains associés au développement de la littérature basque écrite au XVIIe siècle, particulièrement dans la province historique du Labourd et dans le secteur de Sare, Saint-Jean-de-Luz et Ciboure[1]. Ce groupe est traditionnellement associé à des auteurs majoritairement ecclésiastiques, parmi lesquels Pedro de Axular, considéré comme une figure centrale, et Joanes Etxeberri de Ciboure. Leurs écrits, souvent consacrés à la religion et à la spiritualité chrétienne, ont contribué au développement de la prose et de la littérature en langue basque[2]. Toutefois, l'expression « École de Sare » doit être comprise comme une catégorie de l'histoire littéraire plutôt que comme la désignation incontestable d'un mouvement organisé : des historiens de la littérature basque contestent la précision de cette notion[1].
Cette tradition littéraire s'inscrit dans le contexte religieux de la Contre-Réforme catholique, période durant laquelle l'Église a encouragé la rédaction de textes religieux en langue basque afin de diffuser la doctrine chrétienne et de lutter contre la progression de la Réforme protestante[2]. En 1643, Pedro Agerre Azpilikueta, connu sous le nom d'Axular et curé de Sare depuis 1600, publie à Bordeaux Gero, ouvrage de prose ascétique consacré notamment aux dangers du report des obligations morales et religieuses[3]. Cette œuvre est considérée comme une référence majeure de la littérature classique basque, notamment pour la qualité de sa prose en dialecte labourdin, qui a contribué à établir un modèle littéraire pour les auteurs ultérieurs[4]. D'autres auteurs, notamment Joanes Etxeberri Ziburukoa et le franciscain Estebe Materre, participent à cet essor littéraire. Materre publie en 1617 Dotrina Christiana, tandis qu'Etxeberri Ziburukoa compose plusieurs ouvrages en vers. Leurs œuvres illustrent la place importante de la littérature religieuse, de la prose ascétique et de la poésie dans le développement de la littérature basque du XVIIe siècle[3],[4].
Toutefois, l'existence d'une véritable école littéraire organisée autour de Sare fait l'objet de réserves dans les recherches contemporaines. Des historiens de la littérature basque soulignent que les sources disponibles ne permettent pas d'établir avec certitude l'existence d'un groupe littéraire structuré dirigé par Axular. L'expression « École de Sare » (Sarako Eskola) est notamment remise en question par des travaux historiographiques qui considèrent qu'elle repose sur une interprétation exagérée des relations entre les auteurs labourdins et de la préface de Gero, dans laquelle Axular évoque l'encouragement de ses amis à écrire son ouvrage[5]. L'encyclopédie Auñamendi d'Eusko Ikaskuntza souligne également que cette appellation ne désigne pas nécessairement un mouvement littéraire constitué, les écrivains concernés étant avant tout liés par des objectifs religieux et par l'usage littéraire de la langue basque[1]. L'expression doit donc être comprise comme une catégorie traditionnelle de l'histoire littéraire, dont la pertinence historique est discutée.
Fonction et rôle
modifierLa tradition littéraire associée à l'École de Sare a joué un rôle dans le développement et la diffusion de la langue basque écrite au XVIIe siècle. Ses principales fonctions étaient notamment[3] :
- la transmission religieuse : la rédaction d'ouvrages en basque permettait de diffuser les enseignements chrétiens dans une langue comprise par la population locale[2] ;
- le développement de la littérature basque : les œuvres produites durant cette période ont contribué à enrichir le vocabulaire, les formes d'expression et les usages littéraires de la langue[3] ;
- la valorisation de la langue vernaculaire : l'emploi du basque dans les textes religieux et littéraires participait à son utilisation comme langue d'écriture et de transmission des idées[2] ;
- la transmission culturelle : les textes ont contribué à préserver et à transmettre des représentations religieuses, morales et culturelles propres à la société basque de l'époque[3].
L'importance de cette tradition réside principalement dans sa contribution à la littérature basque classique. Elle doit néanmoins être replacée dans un mouvement littéraire plus large, qui dépassait les limites de la commune de Sare et concernait notamment Saint-Jean-de-Luz et Ciboure[2]. Son importance était telle qu'elle a également eu un impact sur des écrivains, tels qu'Arnaud Oihenart et Joan Tartas[3].
Membres
modifierOn peut réaliser trois ensembles :
Écrivains jusqu'en 1643
modifier- Stephanus Hirigoiti médecin basque mentionné dans une étude historique sur les auteurs et les personnes gravitant autour de la littérature basque du XVIIe siècle. La même source cite également un prêtre nommé Heriogiti, en précisant qu'il pourrait s'agir d'une personne différente[6].
- Klaberia, poète de langue basque associé au milieu littéraire du XVIIe siècle. Son nom figure parmi ceux des personnes citées dans les ouvrages et les textes liminaires de cette période. Les informations biographiques disponibles sont limitées[6].
- Guillentena, prêtre navarrais cité parmi les personnes appartenant au réseau littéraire basque ancien. La source consultée ne fournit pas de biographie détaillée permettant d'établir davantage son identité[6],[2].
- Esteve Materra, est un religieux franciscain qui a appris le basque à Sare. Il publie en 1617 Dotrina Christiana, un ouvrage de doctrine chrétienne considéré comme l'un des premiers livres en labourdin au XVIIe siècle. Il a joué un rôle de précurseur pour les écrivains basques de la génération suivante[6].
- Joanes Etxeberri Ziburukoa, est un prêtre, théologien et écrivain basque originaire de Ciboure. Il est notamment connu pour ses œuvres religieuses en vers, dont Manual Devotionezcoa (1627), Noelac (1631) et Eliçara erabiltceco liburua (1636).
- Joanes Haranburu, est un écrivain religieux basque du XVIIe siècle. Il est notamment connu pour Debocino escuarra, mirailla eta oracinoteguia (1635), un ouvrage consacré à la dévotion chrétienne. Il appartient au contexte de développement de la littérature religieuse en langue basque au Labourd.
- Arnaud d'Argainaratz,également orthographié Arnaud d'Argaignarats, c'est un auteur religieux basque du XVIIe siècle, associé à la littérature spirituelle en langue basque. Il est notamment connu pour le Devoten breviarioa, un ouvrage de dévotion. Son nom apparaît dans les études consacrées au réseau littéraire basque de cette époque[2].
- Pedro Agerre (Axular)
Écrivains apparaissant dans des livres antérieurs à 1643
modifierÉcrivains apparaissant dans des livres postérieurs à 1643
modifier- Silvain Pouvreau est un prêtre et écrivain d'origine béarnaise qui a contribué au développement de la littérature religieuse en langue basque au XVIIe siècle. Il est notamment connu pour ses traductions d'ouvrages religieux et pour ses travaux lexicographiques, dont un dictionnaire basque-français resté à l'état de manuscrit[2].
- Bernard Gazteluzar est un prêtre, poète et écrivain basque du XVIIe siècle, originaire du Labourd. Il est principalement connu pour son ouvrage Egia katolikoak, publié en 1686, dans lequel il aborde des thèmes religieux au moyen de compositions poétiques en langue basque[2].
- Mixel Xurio est un religieux et écrivain basque associé à la littérature religieuse du XVIIIe siècle. Son activité s'inscrit dans la continuité de la production de textes spirituels en langue basque, destinés notamment à transmettre les enseignements chrétiens aux populations bascophones[7].
- Joanes Etxeberri Sarakoa est un médecin et écrivain basque du XVIIIe siècle, originaire de Sare. Il a rédigé plusieurs textes consacrés à la langue basque, à son enrichissement et à sa valorisation, défendant notamment son utilisation dans l'enseignement et la transmission des connaissances.
- Joanes Haraneder est un prêtre et traducteur basque du XVIIIe siècle, connu pour ses travaux de traduction d'œuvres religieuses en langue basque. Ses écrits ont contribué à la diffusion de textes chrétiens auprès des populations bascophones et à la poursuite de la tradition littéraire religieuse du Labourd[8].
- Cristobal Harizmendi est un écrivain religieux basque du XVIIe siècle, connu notamment pour son ouvrage Doctrina Christiana, publié en 1660. Son travail s'inscrit dans le mouvement de diffusion de la doctrine chrétienne en langue basque, qui a marqué une partie importante de la production littéraire basque de cette période[2].
- Pedro Agerre (Axular)[2].
- Voltoire, écrivain et lexicographe du XVIIe siècle, auteur de L'Interprect ou traduction du françois, espagnol et basque (1620). Son origine est incertaine et certaines sources l'associent à l'École de Sare[9].
Galerie
modifier- Doctrina Christiana d'Étienne Materra, publiée en 1617, ouvrage de doctrine chrétienne en langue basque.
- Manual devotionezcoa, manuel de dévotion en langue basque.
- Debocino escuarra de Joannes Haranburu, publié à Bordeaux en 1635.
- Première édition de Gero (Guero), œuvre de Pedro Agerre, dit Axular, publiée à Bordeaux en 1643.
- Guiristinoaren dotrina, ouvrage de doctrine chrétienne de Silvain Pouvreau.
- Philotea, traduction basque de l'ouvrage de dévotion Introduction à la vie dévote de François de Sales, réalisée par Joanes Haraneder.
- Manuscrit de la traduction du Nouveau Testament en basque réalisée par Joanes Haraneder.
Caractéristiques
modifierLes caractéristiques qui unissent les écrivains de l'école de Sare sont les suivantes :
- la plupart étaient des ecclésiastiques qui écrivaient des livres religieux[4];
- ils avaient tous reçu une solide éducation humaniste[2] ;
- ils utilisaient une langue plus proche du basque populaire, s'éloignant du niveau élevé utilisé par Joanes Leizarraga, mais adoptant certaines de ses réalisations, du moins en termes d'orthographe et de vocabulaire[2] ;
- ils formèrent un groupe et s'écrivirent des éloges funèbres et des poèmes religieux les uns aux autres[2] ;
- ils se sont particulièrement intéressés à la poésie[2].
Critique
modifierPlusieurs experts, dont Patxi Salaberri Muñoa, se demandent si l'on peut vraiment parler d'une « école », car il n'est pas clair s'il y avait une réelle amitié ou collaboration entre ces écrivains[1]. Des écrivains très éloignés géographiquement, chronologiquement et en termes de hiérarchie sociale ont été inclus dans le groupe connu sous le nom de Sarako Eskola. Ce concept n'est rien de plus qu'une étiquette servant à regrouper des écrivains d'une certaine période[1].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 (eu) « Euskal literatura — Sarako Eskola: Axular eta Ziburuko Etcheberri », Eusko Ikaskuntza, Auñamendi Eusko Entziklopedia (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (eu) « Axular eta Sarako Eskola », Gouvernement basque, Euskadi.eus (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (eu) « Euskal literatura klasikoa: XVII. mendea », Eusko Ikaskuntza, Auñamendi Eusko Entziklopedia (consulté le )
- 1 2 3 (eu) « Euskal Literaturaren Hiztegia (ELH) », Université du Pays basque (UPV/EHU) (consulté le )
- ↑ (en) « Authors and languages in a sociohistorical context: Basque literature in the seventeenth century », Journal of Historical Sociolinguistics, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 (eu) Luis Villasante, « Donibane Lohizuneko Idazle-eskola XVII. mendean », Euskera, no 3, (lire en ligne)
- ↑ (eu) « Mixel Xurio », sur Literaturaren Zubitegia
- ↑ (eu) « Joanes Haraneder : Jesu Kristoren ebanjelio saindua », sur Klasikoak, Euskaltzaindia
- ↑ (es) « Spèce de grammaire », sur Biblioteca Virtual de la Filología Española
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean-Baptiste Orpustan, Précis d'histoire littéraire basque 1545-1950 : Cinq siècles de littérature en euskara, Saint-Étienne-de-Baïgorri, Izpegi, , 298 p. (ISBN 2-909262-14-6)
Liens externes
modifier- Xabier García Arguello : « Sur les traces des écrivains classiques », El País, 29/08/2005.